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un corps dont il doit à Dieu l'usage comme de son Ame. Pourquoi ne ferait-il pas concourir ce corps à l'honneur et à la gloire de Dieu? Avei-voui dit: J'ai de la religion, maii ma religion est dans mon cœur? La religion du
couir 8*1 la religion de ceux qui n'en <>nt pas el n'en veulent point av< ir. Celui «pu n'a que la religion ducœur l'aur.i bientôt, comme le dit l'impie déjà cilé, reléguée dans le paya de la lune.
\\ez-vous attaqué les pratiques et les cérémonies extérieures de la religion , disant que c'est du fanatisme et <|ue Dieu n'a pas besoin de toutes ces cérémonies? Non, Dieu n'a pas -, besoin des hommages de nos corps, ni même de ceux de nos cœurs, mais c'est nous qui en avons besoin pour nous élever jusqu'à lui.
Avez-vous dit que toutes ces cérémonies ne sont bonnes que pour le peuple? Ici tous les hommes lOnt peuple, et depuis le plus grand génie jusqu'à l'esprit le pus b««rné, il n'en est pas un qui ne soit soumis à l'influence des choses qui frappent les sens. Un protestant célèbre de l' Angleterre, assistant dans le palais de nos rois à la célébration des divins mystères, é rouva un saisissement involontaire au moment où Louis XIV et sa cour, dans un silence majestueux, s'abaissaient devant l'hostie. J -J. Rousseau lui-même, oubliant se- faux arguments contre nos cérémonies sacrées,«ie fut-il pas ému jusqu'à verser des larmes en entrant dans nos églises ? Montaigne avait raison lorsqu'il dit qu'il n'y a « âme si r^ véche qui, à l'église, dans les grandes fêles, ne soit touchée du chant et du son révérencieux des oigues. »
« L'enthousiasme de la multitude à la processsion de la Fête-Dieu, dit Diderot, me gagne moi-mêne ; je n'ai jamais vu cette longue file de prêtres en habits sacerdotaux, ces jeunes acolytes vêtus de leurs aubes blanches, ceints de leur longue ceinture bleue, et jetant des Heurs devant le saint sacrement, cette foule qui les précède el qui les suit dans un silence religieux, tant d'hommes le front prosterné contre la terre; je n'ai jamais entendu ce chant grave et pathétique entonné par les prêtres et répondu affectueusement par une infinité de voix d'hommes, de femmes, de jeunes enfants sans que mes entrailles s'en soient émues, en aient tressailli, el que les larmes m'en soient venues aux yeux. J'ai connu, ajouie-t-il, un protestant qui avait fait un long séjour à Rome et qui convenait qu'il n'avait jamais vu le souverain pontife officier dans Saint-Pierre, au milieu des cardinaux el de toute la prélature romaine, sans se croire pour un moment catholique. »
« A la Fête-Dieu, j'allai à la messe, dit une femme du très-grand monde et qui a beaucoup écrit, quand la processon rentra dans l'église avec le saint sacrement porté sous un dais magnifique, entouré de jeunes filles vêtues de blanc et voilées , escorté d'un nombreux clergé et de troupes dont la musique à la fois guerrière, religieuse et triomphante, faisait retentir lis voûte-, j'éprouvai une sensation inexprimable d'enthousiasme et d'attendrissement; j'ai toute ma vie ressenti dans celte occasion une inconcevable émotion, la seule véritablement délicieuse sur la terre, car elle détache de tout ce qui est matériel, elle r< mplit l'âme tout entière et la fait jouir avec ravissement de toutes ses facultés immortelles. »
Il est vrai que ces cérémonies ne sont que des dehors, que l'écorce de la religion ; mais dépouillez un arbre de son écorce, de ses feuilles, pourra-t-il ensuite porter du fruit et se conserver lui-même? de même si vous ôtez de la religion ses solennités, ses pompes et ses cérémonies, bientôt il n'en restera plus rien. Que signifie donc le langage du misanthrope Roussi au déclamant contre nos temples sur un ton qui passait alors pour sublime et qui n'était que ridicule. « Les hommes, disait-il, ont relégué la Divinité dans un sanctuaire; les murs d'un temple bornent sa vue, elle n'existe point au delà. Insensés que vous êtes, détruisez ces enceintes qui rétrécissent vos idées; élargissez Dieu. » Comme si la religion n'enseignait pas dans ses livres les plus élémentaires que Dieu est partout, bien qu'il rende sa prést nce plus sensible dans un lieu que dans un autre. « Rien, dit Montesquieu, n'est plur, consolant pour les hommes qu'un lieu où ils trouvent la Divinité plus présente, el où, tous ensemble, ils font parler leurs faiblesses et leurs misères. » Cependant Dieu n'accepte jamais de notre pari le culte extérieur et sensible, à moins que notre cœur ne soit d'accord avec nos sens.