RÉSIDENCE DES ÉVÊQUES
On appelle résidence la demeure continuelle que fait un bénéficier dans le lien où est situé son bénéfice, afin qu'il soit toujours prêta le desservir.
Les évéques sont obligés à résider dans les évéchés, comme le sont les autres bénéficiers, qui soni curés ou chanoines, ou qui possèdent des bénéfices à charge d'âmes, ou qui y sont tenus par le titre de leur fondation.
Le concile de Trente, sess. 23 de Réf., c. 1, ordonna qu'un évéque ne pourrait s'absenter de son diocèse plus de deux ou trois mois dans une année , à moins qu'une absence plus longue ne fû fondée sur quelque cause just<* et urgente, c'est-à-dire sur la chante, la nécessité, l'obéissance ou l'utilité évidente de l'Eglise. (Ce qui regarde aus>«i les curés.) Louis XI, par une déclaration du mois de janvier 14-75, enjoignit aux archevêques et évèqu'S de se retirer > ans leurs diocèses et d'y résider. François 11 fit ausNi un édit qui enjoignait la résidence aux évéques ; Charles IX renouvela cet édit en 1560, et le parlement, eu enregistrant cet édit, posa pour principe que la résidence dans les évéchés était de droit divin.
Cas I. Nicandre , évéque, prévoit une prochaine et violente persécution de la part des Turcs ou des hérétiques. Est-il obligé de résider dans son diocèse, même au péril de sa vie?
H. La nécessité de la résidence est trop incontestable pour qu'on puisse la révoquer en doute; et chacun sent que demander si un pa-leur doit résider dans le I eu où Dieu la placé, c'est dem nder si un médecin peut abandonner ses malades , ou un pilote le gouvernail du vaisseau. H est donc inutile de citer des canons pour prouver que le» évéques et les autres pasteurs qui ont charge d'âmes sont obligés par le droit divin et par le droit ecclésiastique à résider sous peine de péché mortel. Il suffit de lire le fameux décret du concile de Trenie, sess. 23, c. 1 , Cum prœcepto divino manda tum sit omnilus, etc., dans lequel il déclare que ceux qui y manquent pèchent mortellement, et sont en outre obligés à la restilut on des fruits de leurs bénéfices, à proportion du temps de leur absence.
Nicandre ne peut donc abandonner son troupeau 60us prétexte des malheurs qui le niei acenl: Aon débet pùstor, dit S. Th., 2-2, q. 183, art. 5, personaliter suum gregem dese< ère, negue propter aliguod incommodum temporale, neque ettam propter aliquod personale piriiulum imminens ; cum bonus pasior animam su<>m ponere tenca urpro ovibus suis. C'est même u.iis le temps de la persécution que sa présence est plus nécessaire pour confirmer les fidèles dans la foi.
Si cependant la persécution ne regardait que la personne même de Nicandre, et qu'il pût, par de dignes grands vie ires, pourvoir aux heso us de bon tioupeau, non-seulement il pourrait s'en ebs< nier, mais il semble même qu'il le devrait foire pour 'e b en des Gdèlcs qui sont sous sa conduite, et revenir
après que l'orage serait dissipé. C'est le sentiment de saint Thomas, qui poursuit ainsi : Si vero subdiiorum saluti passif snf\cienter in absenlia pastoris per alium provideri , t>nc lie t pastori, vel propter aliquod commodum eccisiœ, vel persanœ swb periculum, gregem deserere : unde Auyustinus diat in epislola 218, ad Honoratum : « Fugiant de civitale in civitalem servi Chrisli, quando eoru n quispiam a persecutonbus specialiler qua3itur, sic ut ab aliis qui non ita qu.truntur, non descratur ecclesia. »
Cas IL Le pape a consacré Jérôme évéque pour aller dans une ile réunir à l'Eglise romaine des Grecs s< hismatiques. Mais depuis si\ mois qu'il y est, il n'a éprouvé qu'une opposition générale de la part de tous les habitants et des magistrats qui l'ont maltraie et lui ont défendu «le ne jamais parler, soit en public, soit en particulier , de la religion grecque. Jérôoie dans ce cas est-il obligé de résider dans cette ile ?
IL II v serait ab>olument obligé s'il y avait quelques catholiques, pour veiller à leur salut. Mais comme on suppose qu'il n'y eu a point, et que sa personne est non-seulement inutile aux schématiques, mais qu'elle leur est même une occasion de commettre de nouveaux péchés, il peut se retirer ailleurs. C'est le sentiment « e (iraiien, post can. Adversités, 48, 7, q. 1, qui le pmuve par ces paroles de saint Grégoire, lib. n Dialog., c. 3 : Ibi adunati aquonimiler porlavdi sunl mtdi, ubi inieniuniur a iqui qui adjuvenlnr boni: vam ubi omnimoUo de bonis (ructus deest , fit aligumuto de mulis labor supervacuu>, <lc. C'est pour cela que saint Paul et saint Barnabe dirent aux Juifs, Acl. xui, k6 : (Juoniam repelluis iltud (vetbum Dei)... eccc convertimar ad gentes: sic *mm prœccpit nobis VominuSf etc.
(1) Vouez 1rs Discours du comte de Bussi-Nabulin à bcs enfants sur le bon usage des adversités, etc. Porli, 174fi, i>ag. 2.0 ci 291
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