SCANDALE
Le scandale est toute action qui peut induire au péché. Le scandale est actif, ou passif; c'est-à-dire donné ou pris. Le scandale actif consiste dans une action, ou même une omission, propre à être un sujet de chute à ceux qui en sont témoins. Ce scandale est quelquefois direct, quand on veut expressément porter au mal ; quelquefois interprétatif, quand on fait OU qu'on dit quelque chose capable de porter au mal, sans en avoir l'intention formelle. Le scandale passif esl celui qu'on prend en conséquence de ce que quelqu'un dit ou fait. Il y a deu\ sortes de scandale passif: l'un esl pi is et donné tout ensemble; et celui-ci naît d'une action qui est mauvaise; l'autre n'est qu'un scamlale seulement pris et non donné. Ce dernier naît d'une iciion nui ne devrait pas ie causer, soit parce qu'elle est bonne, soit parce qu'cl e est indifférente. Quand le scandale vient de la pure malice de celui qui le reç it, on l'appelle pharisuîque; autrement on ie nomme scandale des faibles. Comme tout scandale actif, tant formel qu'interprétatif, est un péché de sa natuie , on est obligé de le déclarer en confession, outre l'action par laquelle on l'a causé, parce que c'est une circonstance qui augmente nolab'cmenl la malice d'une action mortelle.
Cas I. Un curé ayant entrepris une bonne mase pour curé, et s'opposent à la prise de œuvre pour le salut de ses ouai les, presque possession de Léger, quoique son droit soit tous ses paroissiens s'en sont scaud lises, incontestable. Est-il oblige de se désister, en interprétant en mauvaise part ce qu'il a lorsqu'il voit que le scandale ne peut cesser dit. Est-il obigé décédera leur faiblesse : autrement?
et s'il continue sa bonne œuvre, sera-t-il R. Il y est obligé; 1° parce que, selon saint coupable du scandale auquel il aura donné Thomas, ibid. a. 4, le scandale est un péché lieu? mortel, soit que celui qui eu est l'auteur pè-
R. Si cette bonne œuvre est de nécessité cbe mortellement par l'action qui le cause, de salut, ce curé ne doit, ni ne peut s'en soit que seulement il méprise le salut de son absteuir sous prétexte de faire cesser le prochain en ne voulant pas, pour le conserscandalc , parce qu'il pécherait mortelle- ver, s'abstenir d'une chose qui n'est pas nément , et qu'il est plus obligé de pourvoir à cessaire ; 2° parce que si Léger devenait curé son propre salut qu'à celui de son prochain. malgré tous ses paroissiens, il nuirait plutôt Mais ^i elle n'est qu'utile, il faut voir si le à l'Eglise qu'il ne la servirait, vu qu'il est scandale qui en naît vient de la malice de moralement impossible qu'un curé soit utile ceux qui s'en scandalisent exprès, pour à ses ouailles, lorsqu'elles ont de l'aversion empêcher le bien qu'elle peut produire, ou pour sa personne, etc.
s'il vient de faillisse et d'ignorance. Dans — Ici, comme ailleurs , il faut beaucoup
le premier cas, il doit mépriser ce scandale peser toutes les circonstances. Si, par exemel continuer sa bonne œuvre; dans le second pie, le peuple ne préfère Damase que cas, il doit la suspendre, jusqu'à ce qu'il ait parce qu'il est un buveur, un homme qui instruit les faibles de la juste raison qu'il a passe tout dans le tribunal; qu'il a formé de a faire, et qu'il leur ait fait connaître le par lui et par les siens une cabale contre bien qu'elle peut produire. Après quoi, si le Léger, homme né essaire à une parosse en scandale continue, il le doit considérer désordre, ne sera-ce pas là scandalum ex comme l'effet «le leur mauvaise volonté, et malilia ?
n'avoir pas plus d'égard à leurs plaintes, Cas 111. Aqobard perçoit la dîme de cer-
qu'un père sage n'en a aux murmuri s de tains fruits ; tous ses paroissiens s'en scanses enfants, lorsqu'il les reprend de leurs dé- dalisent et le décrient avec beaucoup de méfauts; ou un médecin expérimenté aux plain- pris Comme un avare. Doit-il renoue r à ce les de son malade, à qui il ordonne, dans la bien, dont le droit esl fondé sur des litres lénécessité, des remèdes violents ou degoû- gitim s, ne pouvant laire cesser autrement tanls. Tout cela est de saint Thomas, 2-2, q. ce scandale qui dure depuis trois ans qu il 43, art. 7. est curé?
Cas II* Léger et Damase, qui prétendent tous R. Il ne le doit, ni le peut ; parce qu'il deux avoir droit à la cure de N-, se présen- n'est pas le maître des biens ecclésiastiques tent en même temps pour en prendre pos • desa cure, mais dépositaire, et que, comme se.-sion. Tous les paroissiens veulent Da- tel, il est tenu de conserver à ses successeurs
le droit de les percevoir. Qand même il s'agirail d'un bien propre , il ne serait pas toujours obligé de le sacrifier, mais seulement d'apaiser par de charitables avertissements ls plaintes injustes qu'on forme contre lui. La raison est qu'en cédant son bien dans une telle occasion, on agirait contre le bien spirituel des particuliers qui profiteraient de ce qui ne leur appartient pas, et contre le bien commun; puisqu'on donnerait par là occasion aux méchants de ravir impunément le bien d'aulrui. C'est ce qu'enseigne saint Thomas, ibid. art. 8, conformément à ces paroles de saut Grégoire : Quidam, dum temporalia a nubis rapiunt, solummodo sunt tolerandi : quidam vero œquitale servata prohibendi, non sola cura nenosira subtrahantur ; sed ne rapic-nles non sua, semetipsos perdant.
Cas IV. Arnaud, voyant l'usure autorisée dans son diocèse, par un usage ancien et général, a fortement prêché contre ce désordre dans le cours de ses visites. Un grand nombre de personnes, ayant regardé sa doctrine sur ce sujet comme une nouveauté, l'ont rendu odieux et l'ont empêché de faire au:an! de bien qu'il eût fait s:ns cet injuste scandale. Peut-il continuer à prêcher contre ce vice, ou doit-il cesser, pour éviter un plus grand mal?
R. Il doit continuer, parce que, comme dit sain! Grégoire le Grand : In quantum sine peccato possumus vitare proximorum scandalum, debemus. Si autem deveritate scandalum sumilur : utilius permiltitur, nasci scandalum, quam vert tas relinquatur. Hom. 7 in Ezech.
Cas V. Apollo, juge royal , s'étant trouvé dans une conjoncture où il était de son devoir de rendre juslire sur une émotion populaire, s'en est abstenu, parce qu'il ne le pouvait &ans qu'il en arrivât un grand scandale. L'a-t-'l pu faire?
R. S'il s'agissait de punir un crime, et qu'Apollo ait prévu qu'en punissant les coupables il en arriverait de plus grands désordres, il a pu, sans péché, s'abstenir «le les punir , étant souvent de la prudence d'un juge de dissimuler pour un temps un mal qu'il ne peut empêcher sans qu'il en arriie un plus grand. Mais s'il s'agissait de rendre à ui particulier la justice qui lui est directement due, le juge serait obligé de la lui rendre, quelque scandale qu'il en pût arriver. Saint Thomas, ibid. a. 7.
Cas VI. Bruirid voulant se faire capucin, sou père, sa mère, ses parents s'en sont scandalisés, parce qu'étant fils unique et de qualité, ils étaient sur le point de le marier richement, l'eut-il entrer en religion, malgré ce scandale?
R. On serait justement scandalisé de voir entrer en religion un fils dont le père indigent a besoin pour subsister ; à moins qu'en demeurant dans le siècle, son s.;lul ne lût dans an danger évident ; parce qu'un fils est obligé par le droit naturel "de pourvoir aux besoins pressants de son père ou de sa mère; mais puisque le père de Briand est riche, on doit regard r le scandale dont il
s'agit, comme l'effet du peu de religion de ceux qui s'y laissent emporter : il peut donc exécuter sa résolution, nonobstant un tel scandale qui n'est que passif à son égard. Et même s'il avait fait vœu d'entrer en religion, ce ne serait plus un conseil pour lui, mais un précepte qu'il sérail tenu d'accomplir, quelque scandale qu'il en pu: arriver. Tout ceci est de saint Thomas in k, dist. 33, q. 2, a. h. * Le saint docteur l'a bien confirmé par son exemple.
Cas VIL Atenius uxorem suam in parti'. us al'quando tangit, Claudio et Antonio tirtutis modicœ viris prœientibus, illamque ipsius uxorem esse nescientibus. Quœritur an leiha- Hier peccet Ateniu<-, peccalo scandali; licet ad peccandum neminem inducere intendat.
R. Peccat is graviter : quamvis mini forte sine culpa sic erga uxorem sese gerere possety ubi nullus lestis adesset , modo id jieret in ordine ad action conjugalem ; non potesl ta* men sine peccalo scandali id agere, cum quis prœsens est, et attendit. Ratio est, quia quis mortaliter peccat, sive quando commillil ac> tum peccati mortalis; sive quando conlemnit salutem proximi, ut, si pro ea conseï vauda non praelcrmiltal aliquis facere quod sibi libuerit. lia sanctus Ttiotnas. Hincquanquam primis Ecclestœ fidelibus nusquam vctilum fuit idolis iminolalas carnes edere, Pau! us tainen iis vesci prohibet ; ne <:liis offendiculo sint, qui ex infirmitate et ignorantia judicani eos ; sic idolis cultum déferre. I Cor. vin, 9, etc.
Cas VIII. Louise, fille belle et sage, sait que Claude l'aime impudiquement et qu'il se trouve souvent dans l'église où elle entend la messe, et dans une promenade, où elle va avec une de ses parentes. Est-elle obligée, n'ayant aucun mauvais dessein, do ne point sortir de sa maison, pour éviter de causer du scandale à Claude, qu'elle sait être tombé dans le péché mortel presque toutes les f >is .qu'il l'a rencontrée?
R. Elle n'y est pas obligée; car une femme n'est pas responsable devant Dieu des péchés, où tombe un cœur corrompu, pourvu qu'elle n'y donne aucune occasion par sa faute. Mais si elle affectait de jeter iies regards trop fréquents sur Claude, ou que pour lui plaire davantage elle s'ajustât d'une manière immodeste, il n'y a point de doute qu'elle ne péchât et qu'elle ne participât au péché de cet homme.
—Il n'y a point de doute non plus qu'elle ne fît très-bien de dérouter cet homme corrompu en entendant la messe à un» antre heure, dans une autre église, en jetant sur lui un regard d'indignation, etc.
Cas IX. Gatus peut, en excusant Titien, par un mensonge officieux , empêcher yin très-' grand scandale qu'une action de ce dernier va causer. Ne le peut-il pas, puisque de deux maux il est permis de choisir le moindre ?
II. Tout mensonge étant de soi un péché, il n'est jamais permis d'en user pour quelque bien que ce soit. Homo, dit saint Thomas, in-4" dist. 38 q. 2, a 2, utiquud pec-
SCA
SCA
r mm r<v\nle Committerc, ne alius prccct mortulitcr, non temtiir, )irr (>rnc j'uc t commit-
itndo. Et ideo nu (lus débet fattre petcatwn
rvtii'i '<• m/ ritundttm scantlalum. Cotte maxime
du Hr concile de Tolède .• Pmo mala, licei tint oinnino cautissime pr&covenda , futur» §i ptriculi nécessitas ex lus nnnm perpetrare compulerit, \d debemui ree»tvére,qHoa minori nescu noscitnr obligart, ne peut avoir lieu dans le cas présenf, puisque rien ne contraint Gaïus lie mentir, el qu'il lui est libre de demeurer dans le silence. Voyez
Ml'NSONGl.
Cas X. Adeîar, ('lundis, dont l'office est de
soutenir son prince, lorsqu'il se prosterne devant se- idoles, s'élant converti à la foi, ih •mande s'il peut continuer de l'aire la mène chose ?
11. C'est le cas de Naaman, qui, rendant à son maître le même service dans le temple de lleiumon, eut peur de pécher. Elisée qu'il consulta là-dessus, IV Reg. v, lui répondit: Yui'iein pace, c'est-à-dire ne vous inquiétez plus de votre scrupule, et continuez à votre roi le même service ; car, dit Merhesius, auteur qui onc ne l'ut suspect de relâchement : (Juod nie Llisœus : ) ade in paie, non est vox dispensante», sed d clqramis, licitum es e qu d faciebal, La raison est qu'en tout ceci il n'y avait qu'une cérémonie mécanique, qui consistait à se prêter au mouvement d'un prince, lequel ne pouvait se baisser sans qu'un homme sur lequel il était appuyé se baissât aussi. Mais pour lors il faut faire ce que lit cet d (Scier, c'est-à-dire déclarer qu'on ne prétend point adorer l'idole : sans cela on donnerait (lu scandale, ce qui n'est
Scandale, homicide spirituel. Celui qui détruit l'union qui existe entre l'âme et le corps se rend coupable d'homicide corporel, de même celui qui détruit l'union de l'âme avec Dieu se rend coupable d'homicide spirituel; celte union de l'âme avec Dieu consiste dans la grâce sanctifiante, laquelle est enlevée par le péché. Autant l'âme l'emporte sur le corps, autant l'homicide spirituel est-il plus déplorable que l'homicide corporel. C'est ce qu'on appelle scandale. .Ne vous en ôles-vous point rendu coupable en paroles? N'avez-vous point été cause, par l'indiscrétion de votre langue, que dans cette compagnie où vous étiez, on s'est entretenu successivement des défauts de plusieurs personnes, el que plusieurs péchés ont été commis contre la charité?
N'avez-vous point tenu de mauvais propos, fait des railleries contre la religion, la piété et ceux qui la pratiquent, méprisant l<ur air modeste, blâmant leurs pieux exercices, donnant un mauvais tour à leurs plus sain es pratiques?
N'avez-vous point dit des paroles équivoques, à double sens, ou même ouve tement impures? N'avez-vous point fait des narrations voluptueuses ? Langues empoisonnées, plus dangereuses que celle du serpent, qui guérira les plaies que vous faites à l'âme de ceux qui vous entendent? Si Dieu rendait ces âmes visibles, je vous en ferais voir, et peut-être d< ns cette seule assemblée, de. dix, des vingt, que sais-je combien, qui ne doivei.tqu'à rot discours obscènes l'étal de mort où elles gémissent devant Dieu.^Oui, c'est vous, malheureux, qui avez donné la mort à l'âme de e? jeune homme, de cette jeune personne; ('est vous qui avez fait périr toute cette société où vous vous trouviez, toute celte réunion d'ouvriers, de jeunes gens, au milieu de laquelle vous avez exhalé par vos paroles le poison mortel de la volupté. Vous étiez peut-être le seul de la compagnie qui tint de mauvais propos, peut-être même aussi n'avez-vous lâché qu'une seule parole, n'importe; celle seule parole inspirant à vos auditeurs une foule de pensées impures, a enfin donné la mort à leur âme. J'interrogerais à ce moment tous ceux qui ont à se reprocher des fautes contraires à l'aimable vertu, qu'il ne s'en trouverait ; eut-être pas un seul qui ne me répondît que ce sont les mauvais discours qui l'ont perdu ; el la plupart des réprouvés, si nous pouvions entendre leurs cris, rejetteraient sur ceux qui disent des paroles obscènes les supplices qu'il-. eu lurent.
— Mais ceux devant qui je parle ne sont pas capables de se scandaliser. — Hé! mon Dieu, y a-t-il des sainb qui n'aient pas éié capables de se scandaliser ? — Mais ce ne son! oas
jamais permis. \ injcz sur cela mon -v vol., par. 308.
Cas XI. S<ivi», piètre, avant ete [iris sur nier par les Algériens, ih ne lui ont donne, pendant le carême que de la vi.indc, au mépris de sa religion, il en a mangé d'abord,
el quelques fidèles s'en sont se mdalis' s ; de\ ait-il mourir de faim pour épargner ce scandale?
H. Ce refus que lil Kléazar , Il Mark, fi, de manger de la chair de porc, au scandale des fidèles, suffit pour convaincre un chrétien qui se trouve dans le cas où est Savin, qu'il se devrait plutôt exposer à la mort, que de causer un tel scandale. Parce que, comme dit saint Thomas, Nulins débet scundolum aciivum commit tere. Cependant, si celui qui fait une chose qui paraît mauvaise aux âmes faibles, la fait par une juste raison, il suffit qu'il inst: uise ceux qui s'en scandalisent. One s'ils persistent, il ne sera plus obligé de s'en abstenir, parce que ce ne sera plus qu'un scandale passif, dont il ne sera plus coupable.
— Les chrétiens de CI*, aimèrent mieux ne m n ger poinl de pain, que d'user de relui qui se vendait dans la ville, parce q«ie Jul en ravo.it tout fait consacrer aux idoles. Ceux d'Antioche ne furent pas si scrupuleux, comme on le vol dans Théodore!, I. ni, Hist. eedés., c. 15, el ils eurent raison. N'auraientils pu boire de l'eau, parce que cel apostat aurait consacré à ses dieux toutes les fontaines, etc. Au resie, ou sait à Alger, comme en Fiance, qu'en carême on mange de la chair, quand on a rien autre chose.
des jeunes gens. — Qu'importe? Le penchant au vice honteux est-il inconnu aux vieillards, même les plus débiles ? Ne semblent-ils pas au contraire quelquefois se nourrir sous les glaces de la vieillesse ? - Mais ce sont des gens qui savent de quoi on pari-'. — Qu'importe encore ? ils n'en sont souvent que plus portés au mal; vous ne leur ôterez pas la chasteté, puisqu'ils l'avaient perdue, mais vous les rendrez plus lascifs, de luxurieux qu'ils étaient déjà. — Mais c'est devant des personnes mariées que je | arle, quel mal y a-l-il ? Double mal pour vous et pour eux, s'ils prennent plaisir à vos discours, parce que tout cola lient de l'adultère ; c'est une cironstance que vous dt vez déclarer en confession. Ceux qui ont enlendu vos mauvais discours n'ont pas été scandalisés, je le veux ; c'est un effet de leur ve lu et de la protection de Dieu qui ne vous rend pas innocent ; vous avez préparé le poison, vous a\ez présenté la coupe qui en était pleine, per*o:>ne n'y a voulu boire, en ètes-vous moins coupable ? — Mais mes paroles ne sont ni giossières, ni ouvertement obscènes. — Du poison mêlé dans le miel en est-il moins un poison ? En donne-t-il moins la mort ? N'est-il pas plus dangereux qu > si on le présentait à découvert ?
Avez-vous chanté des chansons lascives ? Tout ce que nous venons de dire des paroles, doit s'entendre à plus forte ra son des chansons déshonnêtes ; elles son même plus dangereuses, parce que l'air, la musique et la voix amollissent le cœur et le rendent plus susceptible de mauvaises impres ions, et parce que vous n'oseriez pas dire dans vos entreliens ce que vous osez chanier. Les avez-vous communiquées, les avez-vous fait copier !
N'avez-vous point, par vos conseils ou vos mauvais discours, détourné quelqu'un de ses devoirs de religion, de la fréquentation des sacrements à Pâques, de l'assistance à la messe du dimanche ?
Avez-vous eu le malheur d'apprendre le mal à un enfant ou à quelque autre qui l'ignorait et qui peut-être l'aurait toujours ignoré, sans vos funestes leçons?
Lavez-vous fait commettre par vos mauvais conseils, vos flatteries, vos sollicitations ou vos railleries ? N'est-ce point à force d 'importunités, de vaines promesses, de mensonges, qu.n vous avez ravi à une jeune personne le précieux trésor de son innocence? Ne vous êles-vous point vanté du mal que vous avez fait ou que vous n'avez pas fait, afin d'y engager les autres?
N'avez-vous point aidé quelqu'un à faire le mal, facilitant ses entrevues avec des personnes de différent sexe , prêtant vos appartements pour des rendez-vous, des danses ou des jeux criminels, avertissant, écivant, portant des lettres?
N'est-ce pas vous qui avez proposé, commencé celle danse, ce jeu indécent, qui en avez introduit l'usage dans votre société? qui avez établi celle mode, cette parure immodeste ? N'est-ce pas vous qui avez conduit ou entraîné vos amis ou Vos compagnes dans les bals et les spectacles ? N'en avez vous pas pris la défense, en disant : il n'y a pas de mal ? Avezvous donné des bals ou des soirées dansantes sans nécessité ? Combien de personnes y avez-vous invitées ? Ces assemblées de'plaisir sont-elles autre chose, selon la pensée d'un auteur moderne, qu'un carnage d'âmes? Un célèbre prédicateur admet comme bien exacte ef bien noble cette idée que Nicole nous donne d'une assemblée mondaine ou d'un bal. C'est, dit ce dernier, comme un champ de bataille : une multitude presque innombrable de personnes s'y rassemblent, pour s'entr'égorger les unes les autres : avec celte différence que sur un champ de bataille on ne lue que des corps ; ici ce sont des âmes. Quel affreux carnage s'en fuit au sonde ces instruments d'une si douce harmonie, au milieu de ces éclats de joie, dans cette agitation, ce tumulle si éblouissant ! Plus le plaisir est vif, plus les coups qui se portent de toutes parts sont fréquents et dangereux. La morl, mais c'est la véritable mort, la mort de l'âme y porte partout la désolation; et le vainqueur, c'est toujours le démon, et on serait spectateur indifférent de si cruels combats !
Avez-vous prélé, communiqué, lu à d'autres des livres impics ou immoraux? En avezvous vendu, imprimé, on fait imprimer? Péché grave, vous êtes obligé de retirer tous les exemplaires qui restent. Quelques années avant la révolution , une marchande de livres de Paris, attirée par la réputation du P. Beauregard, se rendit à l'église de Notre-Dame pour entendre un de ses sermons. La Providence l'y avait conduite pour ménager sa conversion. Le prédicateur prononça ce jour-là un discours contre les mauvais livres, et la dame avait de grands reproches «à se faire sur c t article. Touchée de la grâce, elle résolut à l'instant de renoncer à ce trafic indigne d'une âme qui conserve encore des principes de religion et de pudeur. Le sermon fini, elle se rend chez le prédicateur : « Mon Père, lui dilelle, en l'abordant les larmes aux yeux, vous venez de me faire sentir combien ic me suis rendue coupable en vendant de mauvais livres, et je viens vous prier de vouloir bien achever la bonne œuvre que vous avez commencée, en prenant la peine de venir dans mon magasin pour en ôter tous les ouvrages qui pourraient blesser les bonnes mœurs ou la religion. Quoi qu'il m en coûte, je suis déterminée à en faire le sacrifice; j'aime mieux me priver d'une partie de ma fortune, que de perdre mon âme. Hicnlôt les mauvais livres furent extraits par le P. Beauregard et brûlés les uns après les autres par cette marchande, pour une râleur d'environ six mille francs.
Ne conservez-vous point imprudemment dans votre bibliothèque quelques-uns de ces livres impies OU immoraux? Nicolas l-Yrrare, quelques jours avant sa morl , pria son frère de transporter hors de Bon cabinet trois énormes paniers de livres qui se trouvaient là depuis bien des années. «Ce sont, dit-il , des comédies, des tragédies, des poèmes héroïques