‹ Dictionnaire de cas de conscience; (volume 2)Chapitre 23 sur 402 · LUXURE · texte numérisé non relu

LUXURE

Péché capital, qu'on appelle le vice honteux, le vice infâme, le vice déshonnête, le vice mauvais.

Vice honteux, parce qu'il a pour objet des actions ou des désirs qu'on a le plus de honte d'accuser en confession ; des actions qu'on aurait houle de commettre à la vue du monde, et dont une personne d'honneur rougirait d'être seulement soupçonnée.

Vice infâme, parce qu'il couvre d'infamie celui qui s'y livre.

Vice déshonnête, parce qu'il avilit l'honnête homme. Il le rend tout animal, il ne lui laissa qu'un cœur de bête.

Vice mauvais, par le coup mortel qu'il donne toujours à l'âme. C'est pour cela que les pensées impures sont appelées mauvaises pensées. Cependant les pensées et les tentations impures, que l'on a sans sa faute, par surprise et malgré soi, ne sont point péchés. Si vous êtes négligent à y renoncer, il y a péché au moins véniel, si vous les avez, si vous les retenez, si vous les continuez volontairement dans l'esprit, c'est-à-dire avec connaissance et avec une complaisance sensuelle, elles sont péchés mortels; les théologiens ne reconnaissent poinl de légèreté de matière en fait de luxure voulue directement et en elle-

iiiéuie. Le péché est toujours mortel qoand il y a pleine adverlance ou consentement partait, niais ce péché est beaucoup plus grave dans un acte de luxure parfaite que dans un acte de luxure imp tr faite.

Dans tous les actes de l'âme, bons ou mauvais, la pensée, ledé-ir, la volonté, les actions et l'intention ne sont pas la même chose, et 9onl des actes d stincls. Plusieurs personnes, éclairées d'ailleurs, les confondent, en voici L'explication : La pensée est une idée ou un souvenir, ou une représentation dans l'esprit. Le désir est une demi-volonlé. La volonté, c'est lorsqu'on le veut en effet. Les actions, ce sont quelques actes extérieurs que l'on l'ait. L'intention c'est la fin on le motif qu'on se propose.

La pensée est comme le premier pas et le moindre degré du bien au mal. Si l'objet auquel on pense est bon et saint, la pensée est bonne et sainte. Si l'objet est mauvais, dangereux, ou défendu, la pensée volontaire est un péché p'us ou moins grand, selon que le cœur s'attache à cet objet; le désir est un plus grand péché que la pensée; la volonté un plus grand que le désir; l'action, toute proportion gardée, plus grand péché que la seule volonté. Tous les actes sont plus ou moins criminels selon l'intention qu'on se propose et selon qu'il y a pius ou moins de délibération.

Remarquons que la pensée volontaire n'est pas la volonté de faire ce que l'on pense. La pensée est vo'ontaire, lorsqu'on veut avoir cette pensée, qu'on y prend garde et qu'on la retient dans son.esprit avec connaissance. Si l'on ne veut pas celte pensés', elle n'est ni volontaire, ni péché. La pensée volontaire d'impureté est un péché plus ou moins grief, selon les acli jus et les objets auxquels on pense. Les personnes qui vivent dans la crainte de Dieu, qui veillent sur elles-mêmes, qui n'aiment ni les idées impures, ni les discours obscènes, ni le occasions du péché, peuvent croire que les pensées et les tentations qui les attaquent, même souvent, ne sont point volontaires ; elles ne doivent pas s'en inquiéter, elles doivent les mépriser, s'en humilier devant Dieu, employer même très-peu de temps à s'examiner sur celle matière, et se confesser en peu de mots de quelques négligences dont elles se sentiraient coupables sur ce point ; si elles s'examinaient longtemps sur celle matière, elles ne feraient qu'irriter leur imagination et s'attirer par là de nouvelles et de plus fréquentes tentations. .Mais si vous vivez dans la dissipation, si vous donnez toute liberté à vos sens, si vous vous échappez facilement et fréquemment en paroles libres, si vous aimez les lec ures de romans, vous devez craindre que vos pensées impures ne soient volontaires, n'est-ce pas les vouloir que d'en aimer la cause et l'occasion?

Pour juger si une pensée est volontaire, on doit d sliuguer trois choses : la sugeestion ou la représentation de l'objet; la délectation ou le plaisir qu'on éprouve à se représenter l'ob et, et le consentement qu'on donne à ce plaisir. La suggestion ou la représentation est la première idée du mal qui se présente à l'esprit; elle n'est point en elle-même un péché. La délectation est le plaisir charnel qu'. ccasionne la pensée du mal; si on ne rejette pas ce plaisir aussitôt qu'on s'aperçoil qu'on ne peut s'y arrêter sans péché et qu'on s'y complaise de propos délibéré, il v a péché mortel; si la volonté ne consentait qu'a demi, si el'.e résistait, ne fût-ce que médiocrement, le péché ne serait que véniel.

Il ne faut pas confondre le consentement de la volonté, ni avec la pensée, ni avec le plaisir ou là délectation qui accompagne ordinail émeut la pensée impure. Ce plaisir peut subsister sans que la volonté y soit pour rien ;et lani que la volonté n'y prend aucune part, qu'elle n'y adhère point, il ne peut y avoir de péché; ce n'est plus qu'une tentation qui dévie, t un sujet de mérite pour nous.

Avcz-vous arrêté en votre cœur un désir impur? Péché mortel : désirer une chose, c'est la vouloir avec une certaine ardeur; le désir impur renferme donc un consentement volonlaire, une adhésion de la voionlé à l'action déshonnéle que l'on désire; si on ne la commet pas, c ■ n'est que l'occasion ou les moyens qui manquent; le crime est donc déjà consommé dans le cœur. Quel dé uge d'iniquités sont sorties d'un co'ur où une flamme impure a séjourné pendant des années entières! Voyez Rjbgabds, PAKor.i:s. Danses, Comedibs, Livrrs, Fornication.

MAGNÉTISMF.

Sans discuter sur le magnétisme en lui-même, nous examinerons seulement s'il est permis ou non de magnétiser ou de se faire magnétiser. 11 serait aujourd'hui difficile de décider absolument la question prise en général; cependant nous a voos de Home deux décisions qui pourraient nous diriger pour les cas particuliers : la première est une réponse à une consultation adressée à la sacrée pénitenreric, par M. Fnntana, chancelier de l'évê- Ché de Lausanne cl Genève, en mai 18V1. Voici dite consultation :

« Eminbntissimr Domink,

« Cum bactenus responsa cire a magnetismum animaient minime sullicere videantur, ftilque magnopere oplandura ut lulius magùque uniformiter solvi queanl casus non raro incidentes i infra nignalus Kminen iajVestrœ humililersequentia exponit.

« Peisonamagnelisala, qu;e plerumquc sexus cslfeminei.ineumsl ilum soporis ingreditur,

:j MAG MA(i 90

dielum iûmiuunàutismum magne ticum, tara alte, ut nec maximua fragor ad ejus aures, nec ferri, ignisve ulla veheiaentia illam rascilare valeant. A solo magnetitatorê cui eonsensnm

suum «ledit (consensus enim est neceaaarius) ad illud cxstasia genua addocitur, sive va ■ ii ^ palpnlionibua, gesticulalionibusve, qaando ille adest, sivc limplici mandaio eodemqnc inlerno, cum vd pluriboa leucia disi.it.

* Tune vl va voce se u menlaliter do suo abaenliomqup, penitus igno'orum libi, morbo inlerrogata, hsec persona rvidenter indocla illico medicoa acienlia longe superal ; rcs anaiomicas aecuratissime enuntial ; mnrborum iniernorum in humano corpore, qui cogniln definiiuque peritis diffirillimi aunl, cauaam, aedem, naiaram indigit'it ; roraradem pr gegsus, variationes, oomplica iones«»volvit,idque proprin lerminis, icepe eliara diclorum morboram diuturniiatcm exacte preenunlial, reinudiaquc Biinplicissima cl eflicacissimn pracipit.

« Si adest persona de qna magnetisata consulilur, relalionem inler ulramque per conlactuin insliluit magnelisalor. Cum veroabe-l, cincinnus e\ ejus essarie eani supplot ae, suffici'. Hoc enim cincinno tantum ad palmam magnétisais admoto, confeslira deciarare qnid sit (quin aspiciat o tilis) cojus sint capilli, ubinara versetur nu ne peraon? ad quam perlinet, qnid rernin ngat ; circaque eus inorbum omnia supra dicta documenta ininistrare, hand aliter atque si(medicorom more, corpus ipsa inlrnspiceret.

« Postremo magnetisata non oculh cernit. Ipsis velalis, qnidquid erit, illud leget, legendi nescia, seu librum, aeu manuscriptum vel aperium vel clauaum, auo capiti vel ventri impositum. Eliam ex hrtc reg'one ejus verba egredi videnlur. Hoc autem statu educla, vel ad jussum eliam internum magnelisanlis, vil quasi aponte sua, ipso lemporia punclo a so pi83nunii.ro, nihil oinnino de rébus in paroxysmo pi radis sibi conscire videlur quantumvis ille duraveril : quamam ab ipsa peila fuerinl, quee vero responderit, quœ perlulerit, hase omnia nuilam in ejus iniellectu ideam, nec minimum in memoria vesligium reliquerunt.

« Iiaque orator infra scriptus, tam validas cernons rationes dubitandi an simpliciter naturalea sint taies effectua, quorum oicasionalis tam parum com eis proporlionata demonstratur enixe, veliemeniissimeque Veslram Eminentiararogat ut ipsa, pro sua sapientia, ail majore m Omnip nteutia gioriam, neenon ad majua animarum bonum, qua3 a Domino redemptœ tanli consliterunt, decernere velit an, posita prœfatorum verilale, cunfessarius parocbusve tuto possit pœnitentibus aui parochianis suis permiliere :

« 1° Ut magnetiaraum animalcm illis ebaracteribus, aliisque similibus prsedictum exerceani, tanquam artem mediçinsB auxiiiatricem alque suppleloriam.

« 2° Ut se illum in statum somnambulismi magnetici demitlendos consentianl.

« 3* Ut vel de se vel de aliis pet sonas consulant illo modo magnelisalas.

« 4° Ut unum de tribus prœdclis suscipiant, liabiia prius caufela formaliler ex animo renuniiandi cuilibet diabolit o pacio explicilo vel implicilo, omni eliam salanicae inlervenlioni, quoniam hac nonohslanie cautione, a nonnullis ex magnelismo hujusmodi vel iidem vel aliquot efleelus obtenii jam fuerunt. »

Il fut répondu à celle consultation par la sacrée pénilencerie, comme il suit :

« Sacra pœniteniiaiia, mature perpensis expositis, respondendumcensel prout respondet : Usum magne;ismi, prout in casu exponitur, non licere. Dalum Komae in pœnilentiaiia die 1 julii 1841.

«Gard. Castracane, m. p

« P. H. Pomella S. P., sccrelarius.

voilà donc la ebose décidée pour ce cas particulier ; il n'est permis ni de magnétiser, ci i de se faire ou laisser magnétiser de la manière exposée à la pénilencerie par M. Foutana. Mais celle décision de la pénilencerie n'est ni générale ni absolue; et Mgr l art hevêque de Reims, en 18V2. consulta aussi le souverain pontife; il demanda à Sa Sainteté, si sepositis rei abusibus rejectoque omni cum dœmone fœdere, il est permis de magnétiser ou de recourir au magnélisme comme à un remède. Et voici ce que le même cardinal Castracane répondit à Mgr l'archevêque de Reims, le 2 septembre 1843 :

a Monseigneur,

« J'ai appris par Mgr de Brimont que Votre Grandeur attend de moi une lettre qui lui fasse savoir si la sainte inquisition a décidé la question du magnétisme.

« Je vous prie, Monseigneur, d'observer que la question n'est pas de nature à être décidée de sitôt, si jamais elle l'est, parce qu'on ne court aucun risque à en différer la décision, et qu'une décision prématurée pourrait compromettre l'honneur du saini-siége ; que lant qu'il a été question du magnélisme et de son application à quelques cas particuliers, le saintsiége n'a pas hésité à se prononcer, comme on l'a vu par celles de ses réponses qui ont élé rendues publiques par la voie des journaux.

« Mais à présent qu'il ne s'agii pas de savoir si, dans tel ou tel cas, le magnétisme peut être permis ; mais que c'est en général qu'on examine si l'usage du magnétisme peut s'accorder avec la foi et les bonnes mœurs, l'importance de cette question ne peut échapper ni à votre sagacité, ni à l'étendue de vos connaissances.»

On voit par cette réponse du grand pénitencier que si le magnétisme, ou plutôt l'appli-

cation qu'on eu fait dans certains cas peut être et a été plus ou moins condamnée , la péniiencerie n'a rien décidé sur la question du magnétisme en général; il serait donc imprudent à un simple prêtre de condamner ou d'autoriser le magnétisme, il est donc prudent de le tolérer jusqu'à ce que la décision de Rome ait tranché la question.

« En disant, ajoute Mgr Gousset, qu'un confesseur doit tolérer l'usage du magnétisme, nous supposons premièrement, que le magnétiseur et le magnétisé sont de bonne foi, qu'ils regardent le magnétisme animal comme un remède naturel et utile; secondement qu'ils ne se°per!nellent rien ni l'un ni l'autre, qui puisse blesser la modestie chrétienne, la vertu ; troisièmement, qu'ils renoneent à toute intervention de la part du démon. S'il en était autrement, on ne pourrait absoudre ceux qui ont recours au magnétisme. Nous ajouterons qu'un confesseur ne doit ni conseiller ni approuver le magnétisme, surtout entre personnes de différent sexe, à raison de la sympathie trop grande et vraiment dangereuse qui se forme le plus souvent entre le magnéliseur et la personne magnétisée. »

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