‹ Dictionnaire de cas de conscience; (volume 2)Chapitre 246 sur 402 · TENTER DIEU · texte numérisé non relu

TENTER DIEU

Tcnler signiûe quelquefois dans l'Ecriture éprouver la fidélité ou la vertu de quelqu'un : c'est dans ce sens qu'il est dit, que Dieu tenta Abraham, lorsqu'il lui commanda de lui immoler son fils unique. Ici, tenter Dieu, c'est faire ou dire une chose sans une raison légitime, dans le dessein d'éprouver sa puissance, ou quelque autre de ses attributs, et sans vouloir se servir des moyens qu'on a en main pour y réussir ; ou c'est demander à Dieu, sans une juste cause, ce qu'il n'a pas promis : comme si un homme s'exposait volontairement à tomber dans un précipice, en laissant à Dieu le soin de l'en préserver. C'est ce que le démon suggéra à Noire-Seigneur, lorsqu'il lui dit que s'il élait le Fils de Dieu, il se jetât du haut du temple en bas; à quoi Jésus-Christ répondit : Scriptum est enim : Non tentabis Dominum Deum tuum. Malth. iv.

Ce fut ce péché que commirent les Israélites, quand ils dirent : Eprouvons si Dieu est laut-puissant, ou s'il est parmi nous, ou non. D'où il arriva que le lieu où ils étaient alors fut appelé Tentation : Etvocavit nomen illius Tentatio, quia tentaverunt Dominum, dicentes : Estne Dominus in nobis, an non ? Crime dont ce peuple infidèle et ingrat se rendit encore coupable en plusieurs autres occasions, et en punition duquel il ne le fit pas alors entrer dans la terre promise : Tentaverunt me jam per decem vices. Non videbunt terrain pro qua \uravi patribus eorum. Num. xiv, 22 et 23 ?

C'est donc avec raison que les théologiens définissent ce péché en ces termes : Tentatio Dei...est dictum, vel factum ad capiendum de Deo experimentum per extraordinarium effectum, ab eo temere exspectalum. Polman, qui donne celte définition, l'explique en disant, que par ces termes : dictum, vel factum, on doit aussi entendre, omissio dicti vel facti. Par ces autres : ad capiendum de Deo experimentum, on doit entendre les premiers, ad capiendum, en ajoutant, expresse, vel implicite : et ces autres : de Deo, en ajoutant aussi ejusve attributo; car tout atlribut divin n'est autre chose que Dieu même. Ce dernier mol experimentum renferme nécessairement la fin qu'on se propose par celte expérience, qui est de savoir s'il y a véritablement un Dieu, à qui tout soit connu, qui puisse faire toutes choses, et qui soit fidèle dans ses promesses. Ces autres paroles suivantes : per extraordinarium effectum, marquent qu'on attend cet effet, non pas selon l'ordre et le cours ordinaire établi de Dieu, mai» par un événement miraculeux et qui ne peut élre ordinairement produit par la créature. Enfin, ces dernières paroles, temere exspectatum, signifient qu'on n'a aucune juste raison d'attendre un tel effet; c.ir ce ne serait pas tenter Dieu, si l'on avait un sujet légitime de l'attendre : comme si, par exemple, on agissait par une véritable inspiration du Sainl-Espril, ou que l'on fût fondé sur sa promesse, ou qu'on fût dans une indispensable nécessité d'agir, ou qu'on eût obtenu de Dieu le don d'opérer des miracles, ou qu'enfin il y allât de la gloire de Dieu ou de la défense de la religion et de celle de son Eglise : ce qui demande un très-grand discernement et une vraie sagesse pour ne se pas tromper en ce qu'on fait. Nous allons voir incontinent quelle est la qualité de ce péché, et s'il peut quelquefois n'être que véniel.

Cas I. Scipion, allant à Orléans par curiosité, apprend que dans la forêt il y a une troupe de voleurs qui tuent les passants. 11 continue sa route, quoique sans armes, en s'abandonnant à la Providence : est-ce là tcnler Dieu?

K. Quand quelqu'un, dit saint Thomas, 2-2, q. 37, s'abandonne à la protection de Dieu pour quelque utilité, on ne peut dire qu'il lente Dieu. Quando ergo propler aliquam necessitatem seu utilitatèm committit se aliquis divino auxilio in suis petilionibus vel factis; hoc non est Deum tenture . Dicilur enim in II Paralipomenon : Cum ignoremus quid ageredebcamus , hoc solum habemus residui, ut oculos nostros dirigamus ad le. Mais, quand il n'y a ni nécessité, ni utilité, c'est tenter Dieu d'une manière au moins interprétative, puisqu'on fait la même chose que si l'on voulait expressément le tenter. Quando vero, ajoute saint Thomas, hoc agitur absque utililate et necessitate, hoc est interprétative Deum tenture : Unde super illud Deutcronomii vi, Non tenlabis Dominum Deum luum , dicit Glossa : Deum tentât qui habens quod facial, sine ralione commiltit se periculo, experiens utrum possil liberari a Deo. D'où il s'ensuit que , puisque Scipion pouvait ne pas

continuer son chemin, ou en prendre un autre , et qu'il s'y est exposé sans aucune utilité, il a tenté Dieu , et par conséquent il a péché; puisque, comme dit saint Thomas, hic, a. 1 ; Manifestum est quod tentait aliquem ad irreverentiam eju* perlinet : nullus enim prœsumit tentare eum, de cujm ercellentia certus est. Unde manifeslum est quod lenlare Deum , est peccatum religioni oppositum.

Cas II. Arnobe, faisant une exhortation à ses paroissiens sur ces paroles du Deutéronome : Non tentabis Dominum, a dit que tout homme qui lente Dieu pèche mortellement : cela est-il vrai?

IL Tenter Dieu est un péché qui de soi est morlcl, parce que c'est une irrévérence criminelle envers Dieu, que de vouloir qu'il change les lois de sa providence pour satisfaire au caprice de sa créature. C'est pour cela, dit saint Augustin , I. \xn , contra l'auslum, c. 36, que Jésus-Christ voulut que ses apôtres eussent soin de fuir d'une ville en une autre, pour éviter leurs perséruleurs, quoiqu'il cûl pu les en garantir par sa puissance; et qu'il se relira lui-môme en Egypte, pour se souslraire à la fureur d Hérode. Mais enfin ce péché, eomme bien d'au-

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très peut n'être que véniel à raison des cir- que c'est la tenter Dieu. UU f/'u unie orûtio-

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R. Saint Thomas, 2-w2, q. 97, aJ, décide ter Dieu.

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