‹ Dictionnaire de cas de conscience; (volume 2)Chapitre 307 sur 402 · VIS VIS · texte numérisé non relu

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lier eu bas; les malades furent aussi plus inquiétés qu'auparavant. Ils voyaient leurs rideaux tires , ils entendaient an grand fracai et ne découvraient personne. Ce qu'il y a de singulier, c'est que les sœurs qui les veillaient d'ordinaire, et qui avaient pour le moins aussi grande peur qu'eux, tâchaient de les rassurer; parce qu'on craignait beaucoup que le braH de cet accident ne transpirât dans la ville , où il aurait sans doute fourni matière à bien des raisonnements.

Enfin la revenante se saisit un soir de la supérieure, la mena devant l'autel de sainte Thérèse et la jeta sur le marchepied. Celle-ci , malgré sa frayeur, conjura l'esprit de lui dire ce qu'il demandait d'elle. La réponse ne tarda pas. le suis , dit le fantôme, la sœur Catherine Cerar. Il y a un an qu'en revenant de Taris avec moi, vous tombâtes du haut de la chaivlte qui nous ramenait et lûtes fort longtemps évanouie. Je lis vœu à Dieu de vous mènera Notre-Dame des Vertus et d'y faire dire une messe en action de grâces en cas qu'il vous rendit la santé. Je ne l'ai pas fait. Demandez à vos supérieurs la permission de faire ce voyage , et faites-le au plus tôt avec la sœur Charlotte : c'est une âme qui va bien à Dieu* Eue ajouta , et celle prédiction s'accomplit cxaclcment , qu'il viendrait une telle femme d'Egremont rapporter de l'argent qu'elle lui avait prêté dans son besoin , et que cet argent n'était pas celui des pauvres. Elle lin it par donner de bons avis à la supérieure et répéta plus d'une fois ce qu'elle avait si souvent dit pendant sa vie, que les jugements de Dieu sont terribles.

Le lendemain ces deux filles se rendirent à Paris et demandèrent la permission de faire le voyage qui leur avait été prescrit. On les pria de différer. C'était le plus sage moyen do connaître s'il y avait de l'illusion à l'IIôtcl-Dicu de Saint-Germain. Si les sœurs de cette maison n'avaient plus rien entendu, quoiqu'il n'y eût point de vœu acquitté, toute l'histoire devenait suspecte, ou du moins très-difficile à expliquer.

Ce délai , quoique sagement ordonné , leur valut une des plus tristes nuits qu'elles eussent encore essuyées. Ces bonnes filles, qui s'attendaient à une paix profonde, furent plus fatiguées que jamais. Une main invisible mit les chandeliers du grand autel, la lampe , le confessionnal, et surtout la porte de l'apo'.hicaireriedans une si violente agitation, qu'une barre de fer maniée par un bras vigoureux n'aurait rien pu y ajouter. Sûr les nouvelles qu'en reçurent les premiers supérieurs, le pèlerinage fut ordonné, le vœu accompli, et dès cejour on n'entendit plus rien. 11 est vrai que quelque temps après il mourut cinq de ces filles ; mais ce fut moins avec résignation qu'avec ces sentiments de paix et de joie qui caractérisent les élus.

Telle est en substance l'histoire sur laquelle je prie notre ami de décider. Je l'ai tirée d'un gros recueil qui m'est venu du cabinet du sieur Bellier, mort appelant et chanoine de Poissy. Elle s'y trouve écrite de la propre main de Cantienne Amiette , qui étant pour lors sœur de la Charité à Saint-Germain, fut témoin de visu et auditu de toute la scène , et qui ayant quitté son état à cause de ses infirmités , ne se crut plus obligée à la loi du rigoureux silence qui avait été imposée à toutes ces filles par leurs supérieurs. Mais de quelle trempe était le génie de celte bonne sœur? Le voici en peu de mots : « Cette fille , qui vit encore , « disait , en 1701 , M. Bellier (a), est un fort bon esprit, fort sage , fort vertueuse.... Sa « vertu et sa sincérité, connues de tout le monde en ce pays-ci, ne se démentent « en rien depuis plus de vingt ans qu'elle y est, soit à Saint-Germain, soit à Cham- « bourcy; et j'ai d'autant plus sujet de croire ce qu'elle assure par cet écrit, qui « est de sa main... que je la cunnnais parfaitement , c'est-à-dire autant qu'il est humaine- « ment possible, etc. >>

Vous aimez, Madame, les lettres un peu longues; celle-ci est de bonne taille. Je ne sais cependant si vous m'en tiendrez compte. Ce que je sais, à n'en pouvoir douter, c'est que je suis avec tous les sentiments qui vous sont dus, votre, etc.

P. S. J'oubliais à vous dire, que si madame la comtesse de Voivire, votre sœur, a su cette histoire, ce n'est sûrement pas de moi qu'elle l'a apprise.

Extrait de la réponse de M. de B. à la lettre précédente.

Je me défie un peu de l'air innocent avec lequel vous me faites prier de dire ce que ju pense sur l'aventure de Saint-Germain. Mais comme un ami a droit de tout exiger, je vous dirai en trois mots, 1° que votre histoire vaut en effet mieux que la plupart de celles du Père Calmet ; 2° que je ne vois ni comment je puis traiter de fourbo une fille pleine de vertu et de sincérité, ni comment je puis traiter de visionnaire une fille qui n'a vu et entendu, pendant six semaines, que ce que trente personnes saines ou infirmes, voyaient et entendaient tous les jours.

La grande objection qu'on m'a faite cent fois, c'est que Dieu ne badine point, et que, dans un assez bon nombre des apparitions dont on nous étourdit, il y a une multitude de puérilités qu'on ne peut mettre sur le compte d'un être infiniment sage, tel qu'est celui dont le culte nous est proposé par la religion. Et il suffit, me dira-t-on, pour s'en convaincre, do donner un coup d'œil à l'histoire dont votre chanoine de Poissy veut bien se^faire garant. Qu'est-ce que ce fracas énorme qu'on entend pendant six semaines dans les salles d'un Hô-

(1) Ce mémoire fut donne par la sœur Amielle à d'autres pièces qu'en 1701, et ce fut alors qu'il j M. liellier, en 1G92; mais il ne le lit relier avec joignit l'esp«ce de certificat que je rapporte ici.

tel-Dieu. Qu'est-ce que ces vases et ces fruits Aies d'un lieu et transportés dans un autre? Heconnaîi-on à ces traits la marche de ce Dieu suprême, qui, selon l'Ecriture, est grand et magnifique dans louies ses voies. Et lui passera-t-on, comme il le f;iut dans votre système, ce qu'on ne passerait pas à ses créatures? Voilà l'objection, et voici la réponse.

Dieu n'agit pas autrement dans les apparitions que dans les événements que la nature nous présente tous les jours. Ceux-ci même, quand ils ne sont que physiques et sans rapport à la liberté, semblent en un sons demander une opération plus immédiate et plus forte. La matière ne peut d'elle-même faire un pas sans un principe intérieur et absolu de son mouvement; au lieu qu'un esprit, joint ou séparé, a en lui-même un principe de sa propre détermination. Cela posé, examinons le tonnerre et ses effets, qui semblent destinés à annoncer la puissance, à inspirer la crainte du Seigneur. Combien, à n'y donner qu'un premier coup d'œil, combien de bizarreries dans ses opérations? Tourner sens dessus dessous une pierre qui sert de base à un édifice, brûler un cheval sans loucher à sa selle, ciseler comme je I ai vu, un clocher depuis le haut jusqu'en bas, transporter un corps d'un lieu à un autre : un Chinois lettré prendrait de loin tout cela pour un jeu ; car de près le jeu paraît un peu trop sérieux.

Si de ces phénomènes, vous passez aux événements dont nous parle l'Ecriture, combien de choses qui nous paraîtraient fabuleuses, petites, ou même indécentes, si l'autorité du Saint-Esprit ne captivait pas nos suffrages? Les trois cents renards de Samson avec des flambeaux attachés à la queue; la mâchoire d'un âne avec laquelle ce grand guerrier tue mille Philistins ; la source d'eau qui lui vient tout à coup d'une denl de celle mâchoire; les portes de Gaza qu'il charge et qu'il emporte sur ses épaules; sa force qu'il perd en perdant ses cheveux, etc. Tout cela 'est aussi frivole aux yeux de celui qui ne croit pas, que grand aux yeux de celui qui plein de foi voit la nature se plier aux ordres de son Maître ; et les moucherons s'unir en Egypte aux sauterelles pour servir sa vengeance. Ne jugeons donc de la pelilesse d'une chose, ni par sa matière, qui peut être moins que rien, ni par sa singularité, qui peut blesser la prétendue élévation de nos idées; jugeons-en par deux principes plus sûrs : l'un que tel effet qui nous paraît tenir du ridicule ne peut venir que d'une puissance supérieure ; l'autio, que, sous la direction de Dieu, les moyens les plus minces vont sûrement à leur but. Un prophète n'aurait fait sur l'esprit de Nabuchodonosor qu'une faible impression; un songe en fit une qui pensa coûter la vie à tous les sages de son royaume.

Puisque vous m'avez mis en train d'écrire, vous me permettrez d'ajouter deux enoses : la première, qu'il y a des milliers de visions, dont les unes ne doivent leur naissance qu'à une imagination échauffée, soit par le jeûne, soit par des récits souvent fabuleux; les autres n'ont pour principe que l'hypocrisie, la cupidité, l'envie de faire parler de soi, souvent même la dangereuse illusion de cet esprit séducteur, qui sait se transformer en ange de lumière. Ainsi, pour ne se pas méprendre en fait d'apparitions, il faut non-seulement les bien étudier en elles-mêmes, pour voir si elles ne présentent rien d'indécent, rien de contraire aux vérités de la foi , rien d'absolument inutile, mais encore peser dans une exacte balance le génie des personnes qui croient les avoir, les effets qu'elles y produisent, et les circonstances dont elles sont accompagnées. Ce sont les règles que Gerson a données sur celte matière dans son Traité de Probatione spiriluum, part. 1, et Benoît XIV les a développées fort au long dans son grand ouvrage de Servorum IJei beatificalionc, etc., liv. m, ch. 51, n. 3, pag. 729. Voici comme il y parle : Divinas visiones et apparitiones esse dignoscendus a personna cui contingent, a modo quo contingunt, et ab iis e/fectibusqui ex liis seijuuntur. Si enim persona cui contigerunt , virtutibus prœdita sit ; si niltil in visionc aut upparitione sit quod a Deo arertat; quin imo si omnia ad Dei cultum relata sint ; si post visiones et appariiiones humilitas, obedientia, cœterœque virtutes, non modo perseveraverint, sed ad sublimiorem gradum ascenderint... de eurum qualitate supernaturali et divina non eril ullo modo dubitandum. Voyez le même ouvrage, ibid. cap. 52, num. 12, pag. 7V5. Vous pouvczjaussi consulter le Traite historique de. Lcnglet, tom. I, chap. 7, pag. 182 et suiv.

Surces principes, auxquels l'autoiilé des deux grands hommes quilesont établis doit donner beaucoup de poids, on mettra sans peine au nombre des apparitions indécentes, celles qui sont rapportées par le moine CésarfuB au livre vu dos miracles, chap. 32 et 57; au nombre de ce les qui sont contre la foi , l'entretien de Luther avec le diable, qui est vision à sa manière, et où le maître et le disciple raisonnent tous deux à qui plus mal; au nombre de celles qui sont absurdes, celle de Zuingle, si tant est qu'on puisse appeler vision une entrevue où ce novateur ne put découvrir si l'esprit qui lui parlait était blanc ou noir; cl enfin au nombre de celles qui portent l'empreinte de l'opération divine, celle qui découvrit à saint Vincent de Paul la gloire de la vertueuse .Mère de Chantai.

La seconde observation que je vous prie de faire, c'est que, selon le même pontife, les visions particulières ne font par elles-mêmes, et indépendamment de la révélation divine, ni foi, ni autorité dans l'Eglise. Il est bien vrai qu'elles doivent servir de règle à ceux qui les ont eues, quand, après un mûr et légitime examen, i's sont sûrs de leur vérité; mais elles ue forcent point le consentement des fidèles, comme font les décisions de l'Eglise. Et les conciles mêmes, qui quelquefois les ont approuvées, n'ont jamais prétendu leur donner d'autre autorité que celle d'un fait probable, et qu'on peut croiro d'une foi humaine, sans se rendre suspect do manquer à la piété. Comme le texte de co savant pape est important,

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et qu'il semble combattre l'opiiron d'un 0e nus plus fameux évéquei, je crois devoir la rapporter, l.e voici : Porta pnrdiclis rci elulionibus //. /Iildn/ardis, ianctCf Jlriqiilœ et siuichr Cti>/i<irintr Scnas', elsi approbul is , non drberc, \i<; PUgM adlnberi nssensum fidei ntt/ioliciv, sed (n'ititm fiilci humaine, ju.rta régulas prudenlur, ju.rla t/wis prn dirln- \ evclutionti sunt probables i:r imi: cm diiiii i:s, etc. Idem iliiil. cap. •").'{, mini. 12. Jllr tamrn, continue ce pontife, et cYst ce que. j'ai dit plus haut, çui proponiiur ci intitnatur revelalio Wa

privait, Icnelur credrre cl obedire />< i mnndalo, sive nunlio, si proponatnr cum sufficienlibus tnotivis : Dais enim Mi loquttur, sallcm médiate, qç proinde ab en e.rii/il jidrm ; idem ihid. iium. Ii. Pour prouver que ces sortes de visions n'appartiennent ni de près ni de loin à la foi de l Eglise. Benoît XIV ajoute ces paroles pleines de sens et de raison : Fides est tir lus llicolo(jic<i ( uni religione Ecvlesiœ erga Deurn conjuncta cl sociala : Xoti ergo quœcunque a Dco re relata ad fidei virlulem pertinent, sed en tantum quœ ad Ecclesiœ eliam religionem perliurbuni. Quia irro uilul Ecclesiœ refert, en credere an non (/aœ lirigitiœ, ('ulhari turque, Senensi visa sunt, nullo vote modo ad /idem illareferuntur, etc. Mclrhior Canus, lib. xn, de Lacis ihculo jicis, cap. 3, concl. 3. Or, Monsieur, je vous prie de remarquer que ce langage, probubilcs, pic crcdtbilcs, etc., est assez différent de celui de M. Godeau : ce n'est point là dire, comme a fait ce prélat, que « l'Eglise, qui a approuvé les révélations de sainte Brigitte dans le concile de Râle, ne permet plus de douter de leur certitude ; et que le Saint - Esprit a prononcé l'arrêt qui nous oblige à les révérer » comme indubitables, puisqu'il n'est plus permis de douter de leur certitude. M. l'abbé Lenglet du Fresnoi, qui fait celte réflexion dans un endroit, semble la combattre dans un autre. Il dit, tom. II, pag. 320, en parlant de la vénérable Mère Marie d'Agreda, qu'il a fallu commencer l'affaire de sa béatification par examiner si les ouvrages qui ont paru sous son nom sont véritablement d'elle, et s'ils no renferment rien de contraire à la doctrine de la foi, à la morale cbréiicnne, etc., parce que, ajoute-t-il, la doctrine d'un saint, reconnu tel dans le culte de l'Eglise, porte avec elle son autorité dogmatique, et fait preuve, non-seulement dans la théologie de l'école, mais encore dans la religion. La tbèse générale, qui concerne l'examen, est vraie; mais la preuve en est fausse ou mal énoncée. Saint Thomas, saint Bonavenlure, saint Antonin, saint Raimond de Pennafort, sont honorés comme saints dans l'Eglise. Ils sont tous d'accord pour le fond du dogme, mais ils sont quelquefois opposés sur des matières libres, quoique d'ailleurs importantes ; et alors leur doctrine ne porte, ni ne peut porter avec soi son autorité dogmatique. Non-seulement on abandonne saint Cyprien, mais on convient encore tous les jours que quelques saints Pères se sont trompés, ou du moins fort durement expliqués sur des points très-intéressants.

Tout ce préambule vous fait plus qu'entrevoir ce que je pense des visions. Je dis donc d'abord qu'il y en a eu ; et de là je conclus qu'il peut encore y en avoir. Qu'il y en ait eu, c'est un article de foi. Sans parler de l'Ancien Testament, qui nous en olïre de toutes les espèces, vous en trouverez un grand nombre dans l'Evangile et dans les Actes des apôtres. Tantôt c'est un ange qui apparaît à Zacharie, pour lui annoncer la naissance de saint Jean; à Marie, pour lui prédire qu'elle sera mère sans cesser d'être vierge; au Sauveur, soit pour le servir après un jeûne de quarante jours, soit pour le fortifier dans son agonie; nu centenier Corneille, pour lui prescrire une conférence avec saint Pierre, qui en avait déjà été averti par la fameuse vision dont il est parlé au dixième chapitre des Actes. Tantôt c'est un Macédonien qui conjure saint Paul de passer dans son pays pour y secourir ses compatriotes (1); tantôt enfln ce sont des morts qui sortent de leurs tombeaux et qui apparaissent à plusieurs personnes (2).

Il est vrai que, parmi ceux qui respectent encore l'Ecriture, il s'en trouve qui nous répondent que cela était bon dans les premiers jours du christianisme, à qui ce genre de merveilles avait été très-spécialement promis (3); mais qu'on ne voit pas sur quoi l'on se fonde pour l'étendre aux. siècles postérieurs. Mais je puis leur répliquer à mon tour que, dans le christianisme entier, il n'y a point de société qui ne mette une pareille objection au nombre des plus insensés paradoxes. J'ai plus d'une fois, à cette occasion, cité le savant Dodwel, qui, dans le sein de la communion anglicane, a cru pouvoir dire que, depuis les apôtres jusqu'à saint Cyprien, il y eut toujours des visions dans l'Eglise, et qu'elles méritèrent constamment son approbation (h). Dom Thierri Ruinard prouve invinciblement la même cliose ; et pour s'en convaincre, il suffit de lire chez lui les Actes (5) et les monu-

(1) Visio per noctem Paulo ostensa est ■ vir Ma- Ecclesia defecerinl, nmnisque earum pratextus in

cedo quidam erat sians, et deprecans eum, etc. Act. Ecclesia suspectus fuerit aique improbaïus, solisque

xvi, 9. Monianisiis relictus. JNihil est omnino cur ila een-

(i) Multa corpora sanctoruni qui dormierant, sur- liant. Poiius in illo omni Ecclesiœ intervallo ab apo-

rexerunt et apparuerunt muliis. Malth. xxvu, stolis, ad Cyprianum usq> e perpetuus erat visionum

5V2 et 55. usus, semperque ab Ecclesia probatus. Dudwel, Dis-

(7j) Effundam de spiritu meo super omnem car- sert. 4. Cyprianica, num. 1, pag. 14. Henri Dodwel,

nem, et propletabunl fil ti vestri et filial vestne, et professeur d'histoire à Oxfort, mourut le 7 juin 1711,

îuvenes vestri visiones videbunt, Act. u, 17; ex à 70 ans. Joël u, -28. (5) Cerle pauca sunt ex antiqnioribus et sincerio-

(4) .Maie faciunt prudiii quidam, qui quae le- ribus marlyrum Aclis, in quibus ejusinodi visiones

gunt iu illius sxculi auctoribus de visipnibus, ea non ha béant ur. Theodor. liuinart. Act. martyr., pag.

ad Montanum n alunit aique MonLanïslas; quasi veto 211. Dom Thierri Kuinaii mourut le i'.9 septembre

ab ipsis usque apostolorum temporibus visiones in 1709, à 53 ans.

ments qui regardent saint Ignace, saint Polycarpe, sainte Perpétue, saint Basilide, saint Pion, saint Denis d'Alexandrie, et un grand nombre d'aulres qui sont également incontestables. Mais il y a entre le célèbre bénédictin et le fameux anglican une différence marquée ; et le premier n'aurait pas moins battu le second au sujet de la courte durée qu'il donne aux visions, qu'il ne l'a battu au sujet du prétendu petit nombre des premiers martyrs. En effet, sans parler de la fameuse vision de Constantin, qui a été vérifiée par un des plus grands événements dont l'histoire ait jamais parlé, n'osera-t-on plus croire ni celles que le grand Atbanase a rapportées de saint Antoine, ni celles que saint Augustin, toujours précautionné, a cru devoir admettre? Traitera-l-on de visionnaires, ou saint Chrysostome, parce qu'il vit le martyr Basilique qui lui annonçait la fin de son exil et de ses maux ; ou saint Ambroise, parce que, sur une apparition réitérée, il chercha et trouva les corps des saints martyrs Gervais et Protais; ou enfin l'incomparable Spiridion, à qui sa fille Irène découvrit le lieu où elle avait caché un dépôt dont elle n'avait fait confidence à personne avant sa mort?

Mais, permettez-moi, Monsieur, de faire venir à mon appui la plus saine métaphysique. Je vous demande donc s'il répugne, soit aux attributs de Dieu, d'envoyer une intelligence séparée de la matière partout où il jugera à propos ; soit aux attributs de cette intelligence d'obéir à Dieu, et d'opérer où il veut, et comme il veut. J'ose même vous demander si l'Eglise est aujourd'hui assez destituée de saints, faits ou à faire, pour qu'on puisse assurer qu'il n'y en a point qui reçoive jamais des visions, ou consolantes, comme l'étaient d'ordinaire celles de la primitive Eglise; ou capables d'instruire, d'effrayer, de ramènera la yoie ceux qui ont eu le malheur de s'en écarter. Vous ne pouvez donc combattre les apparitions à titre d'impossibilité. Mais pourquoi les combattriez- vous à titre d'imagination creuse ou d'erreur, quand elles ont pour témoins un grand nombre de personnes de bonne foi, qui n'ont ni intérêt, ni dessein de tromper; ou qu'elles arrivent à des gens, que la solidité de leur esprit, une probité soutenue, souvent même les plus forts préjugés mettent à l'abri de tout soupçon , et que d'ailleurs la physique à bout est obligée, pour toute réponse, de leur donner un démenti?

Voilà mes sentiments : je n'y ai jusqu'ici rien trouvé qui fût indigne d'un chrétien, je n'y trouve rien qui soit indigne d'un philosophe. Je ne reçois pas tout, il s'en faut bien; mais je ne rejette pas tout. Vous pouvez , Monsieur, penser différemment sans que je le trouve mauvais. Ce que je vous demande au nom de notre ancienne amitié, c'est de m'expliquer un peu vos motifs. Je vous passerai tout, jusqu'au badinage; il vous délasse, et la matière en est susceptible. Je suis très-tendrement, etc.

Réponse à la lettre précédente.

On voit bien, cher et ancien ami, que vous n'êtes que des philosophes de province. Vous regardez comme possible ce que vos pères, gens simples s'il en fut jamais, regardaient comme tel. Visions, apparitions, revenants, tout vous est bon quand, après un certain examen, vous croyez en avoir des preuves. Depuis l'heureuse révolution qu'a commencée le grand V***, les choses ont bien changé de face. A l'exception de l'existence d'un Dieu, qui, grâces à une brute et stupide félicité dans laquelle il est endormi, ne fait ni bien ni mal à ses créatures, tout le reste n'est que boue, fange, superstition. Ce dernier mot est consacré par la nouvelle philosophie. Sans pouvoir choquer personne, il renverse tout.

Yrenez donc ici, pauvre homme; en moins de huit jours, vous changerez de ton après avoir changé d'idées. Nous ne vous citerons ni Bib'e ni Pères; ces vieilles armes ne sont bonnes que pour ceux qui savent encore et qui croient leur catéchisme. En récompense nous vous citerons la raison, et puis encore la raison. Que Bayle lui-même la dégrade autant qu'il est possible : qu'il la regarde comme une girouette qu'on tourne en tous sens à son gré; comme une source publique où toutes les sectes, quelque opposées qu'elles soient entre elles, vont puiser leurs provisions de maximes contradictoires; comme une Pénélope qui , pendant la nuit , défait la toile qu'elle avait faite pendant le jour (1) ; il est sûr qu'elle est en fait de système, et pour nous et pour ceux qui pensent (comme nous, s'entend), d'une trèsgrande utilité. Si, au moyen de celte raison bienfaisante, nous savons bien prouver que l'esprit n'est que matière, et que le chien et l'homme sont également automates, nous saurons bien prouver que la fameuse vision de Constantin est une pure imagination (2), et toutes les apparitions du monde de misérables fadaises. De là ce principe général, et qui n'est point d'un déiste : « Toutes ces fables de revenants sont bonnes pour endormir des enfants. Un homme raisonnable, à qui on les raconte, doit les nier. Si l'on insiste, si l'on ajoute des circonstances, des témoignages, des preuves, il doit se taire et gémir sur la fai-

(1) Diction, de Bayle, art. Il yparchia, remarque cond, pag. r>7G. Jacques Godcfroi (mort à Genève D.;arl. Manichéens, rem. D.;arl. Pauliciens, rein. F. en 175-2), dans ses noies sur Philostorge, traite de Vouez aussi les œuvres du même, lom. 111, p:«g. 778; fable la vision de Constantin. Le médecin, Jacques tom. IV, pag. 2">, etc. Tollius, ne la regarde que comme un stratagème.

(2) Voyet sur' celle apparition les deux disserta- Albert Fabricius, mort en 1736, n'y voit qu'un tions de M. Lcslocq et du révérend Père du Mouli- phénomène naturel. Ces trois auteurs, qui étaient net, chanoine régulier «I.: Sainte-Geneviève, dans le lions prolestants, ne pouvaient aimer le signe de In premier tome de M. I.englet, p. 584, el dans le se- croix.

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blesse île l'esprit humain (1). » Au moyen d'une maxime aussi féconde, tout est dit. On vous passera peut-être la possibilité, mais on vous niera toujours fort et ferme l existence. Au fond, s'il y a un Dieu, oserait-il, sans nous consulter, faire sortir du sein des ombres quelque Samuel pour le présenter à un nouveau Satil?

Mais que répondre à tant d'exemples cités par des personnes qu'on ne peut, sans injustice, taxer de mauvaise loi ni d'une sotte crédulité? Je vais vous l'apprendre D'un nombre infini d'apparitions, qui valent bien celle dont je vous ai parlé dans ma première lettre, je n'en prendrai que deux, qui vraisemblablement vous auraient paru indubitables. Rien de plus solide, de plus lumineux que la manière dont on les a pulvérisées. La première, qui est connue de tout le monde, se Gt à Paris dans le dernier siècle. La voici en peu de mots :

Le marquis de Rambouillet, frère aine de la duchesse de Montausier, et le marquis de réci , aine de la maison de Nantouillct, amis intimes, et tous deux âgés de 2i> à 30 ans , s 'entretenant un jour des affaires de l'autre monde, après plusieurs discours qui témoignaient assez qu'ils n'étaient pas fort persuadés de tout ce qui s'en dit, se promirent mutuellement que le premier des deux qui ferait le voyage viendrait en apporter des nouvelles à l'autre. Au bout de trois mois, le marquis de Rambouillet partit pour la Flandre, où la guerre était alors; et Préci , arrêté par une grosse lièvre, demeura à Paris. Six semaines après, ce dernier entendit sur les six heures du matin tirer les rideaux de son lit, et au moment même il aperçut le marquis de Rambouillet en buffle et en bottes. Il sortit de son lit et voulut l'embrasser. Mais Rambouillet lui dit que ses caresses n'étaient plus de saison ; qu'il ne venait que pour s'acquitter de la parole qu'il lui avait donnée; qu'il avait été tué la veille en telle occasion ; que ce qu'on disait de l'autre inonde était très-certain ; qu'il (levait songer à mieux vivre, et qu'il n'y avait point de temps à perdre, parce qu'il serait tué à la première bataille où il se trouverait. Préci, ne pouvant croire ce qu'il entendait, fit de nouveaux efforts pour embrasser son ami, dont il regardait les paroles comme un badinage; mais il n'embrassa que du vent, et Rambouillet, pour le guérir de son incrédulité, lui montra l'endroit où il avait reçu le coup, et dont le sang paraissait encore couler. A l'instant le fantôme disparut et laissa Préci dans un trouble plus aisé à comprendre qu'à décrire. Il appela en môme temps son valet de chambre et réveilla toute la maison par ses cris. On accourut, il conta ce qu'il venait de voir; mais on l'attribua ou à l'ardeur de la fièvre ou à quelque illusion du sommeil, et, malgré toutes ses protestations, il no fut pas cru. L'arrivée de la poste de Flandre , qui apprit la mort de Rambouillet et ses circonstances , fit juger à quelques-uns de ceux qui avaient entendu de Préci même son aventure qu'il y avait là quelque chose que la physique ne pouvait expliquer. Dans Paris, où cette histoire se répandit tout d'un coup, les uns n'y virent que les suites d'une imagination effrayée, les autres crurent devoir suspendre leur jugement jusqu'à ce qu'on vît ce qui arriverait à Préci. Je ne sais ce qu'ils en pensèrent dans la suite, mais je sais que ce jeune officier ayant voulu, malgré les avis de son père et de sa mère, qui craignaient la prophétie, se trouver à la bataille de Saint-Antoine, il y fut tué au très-grand regret de toute sa famille.

La seconde vision date de plus haut. On la place sous Raban Maur, célèbre archevêque de Mayence (2). Pendant que ce saint homme était abbé de Fulde, où il édifia par toutes les vertus de son état, il ne se lassait ni d'exercer ni de recommander la charité envers les pauvres, qui l'appelaient leur père. Il avait surtout ordonné que, toutes les fois qu'il mourrait un religieux, on leur donnât pendant trente jours toute la portion du défunt. Adel'hard, célérier du monastère, trouva de l'excès dans celte aumône, qui venait à la suite d'un grand nombre d'autres. Il eu retrancha d'abord une partie, et peu de temps après, un grand nombre de moines étant morts coup sur coup, il la retrancha tout entière, quoique le charitable abbé, qui avait reconnu dans cet économe une assez forte empreinte d'avarice, lui eût réitéré ses ordres en présence de toute la communauté. Sa désobéissance lui coûta cher, et voici comment il en fut puni.

Un soir qu'après avoir été longtemps occupé de quelque chose qui regardait son office, il s'en retournait fort tard au dortoir, il aperçut à la lueur de sa lumière un bon nombre de religieux qui étaient assis des deux côtés du chapitre. 11 en fut surpris, parce que c'était l'heure du repos. Mais il le fut bien davantage, lorsqu'ayant regardé de plus près, il reconnut que ces religieux étaient ceux-là mêmes dont il avait retenu les aumônes. Il aurait bien voulu fuir; mais la frayeur dont il fut saisi lui glaça le sang dans les veines et le rendit immobile. Dans ce moment, toutes ces ombres s'approchèrent de lui, le renversèrent par terre, et l'ayant dépouillé : « Voici, lui dirent-elles, le commencement des peines préparées à votre cruauté. En trois jours vous serez des nôtres , et vous apprendrez par une funeste expérience qu'il n'y a point de miséricorde pour ceux qui la refusent au prochain. » Ce vif, mais juste reproche fut suivi d'une sanglante discipline. L'infortuné moine resta évanoui sur la place, et ce ne fut qu'à minuit que les religieux, en allant à matines, le trouvèrent dans ce pitoyable état. On le porta à l'infirmerie, où revenu à lui, il raconta à ses frères le traitement qu'il avait essuyé et l'irrévocable arrêt qu'il devait subir en trois jours. Il n'y eut personne dans la communauté qui ne fût louché d'un si tragique événement; le saint abbé de Fulde le fut plus que les autres. Il s'efforça de soutenir le malade et de lui inspirer

(1) Année littéraire de 1760, cahier 19, lettre XI, (2) Haban Maur mourut en 856, à 68 ans Ses

pag. 259. ouvrages sont en six vol. m Ici.

de la confiance. Surtout il lui fit sentir qu'il importait peu quo DreiK traitât. dans ce monde le corps sans miséricorde , pourvu que dans l'autre il en fit à l'âme. Ces idées consolantes raffermirent Adelhard. Il donna toutes les marques possibles d'un véritable repentir et muni des sacrements, il mourut en paix.

Le pieux abbé ne l'oublia pas après sa mort. Il fit même plus pour lui en messes et en aumônes qu'il n'avait fait pour ceux qui l'avaient précédé; parce qu'il ne douta pas qu'ayant moins bien vécu qu'eux, il ne fût plus rigoureusement puni. Sa conjecture se trouva vraie, et peut-être plus vraie qu'il n'avait pensé. Trente jours après, Raban, qui ne perdait point de vue le soulagement de son religieux, étant en oraison pour lui après matines, le défunt lui apparut sous un visage triste, défiguré, et portant jusque sur son habit le signe lugubre de ses tourments. L'abbé, sans s'effrayer, l'interrogea sur son état et lui demanda si les bonnes œuvres qu'on avait faites pour lui ne l'avaient point soulagé. Le défunt répondit en substance que ces bonnes œuvres étaient aussi agréables à Notre-Seigneur que salutaires à ceux pour qui elles étaient offertes; mais que son ancienne faute l'empêchait d'en recevoir le mérite, parce que ce mérite était appliqué tout entier aux âmes de ceux dont il avait retardé le bonheur par son avarice ; qu'ainsi il ne pouvait être soulagé qu'après l'entière délivrance de tous ses frères ; qu'il le conjurait donc de redoubler ses aumônes, et que c'était l'unique moyen de le délivrer de ces brasiers ardents où il souffrait plus qu'on ne oeut s'imaginer.

Le saint abbé le lui promit et il l'exécuta avec la plus grande ponctualité. Adelhard ne tarda pas à en sentir l'effet. Trente jours après sa première apparition, il se présenta une seconde fois à Raban, mais sous des traits qui annonçaient autant son bonheur et sa gloire, que ceux sous lesquels il s'était d'abord présenté annonçaient sa tristesse et sa douleur. Il rendit de très-vives actions de grâces à son ancien Père, dont le zèle et les soins avaient avancé sa félicité. Cet événement, ajoute l'historien, fit tant d'impression sur toute la communauté, qu'il n'y avait point de religieux qui ne se retranchât tous les jours une partie de sa nourriture en faveur de l'indigence; et le saint abbé eut à la fin plus de peine à modérer leur ferveur qu'on n'en a d'ordinaire à vaincre la dureté d'un avare déclaré.

Voilà, Monsieur, l'histoire de Fulde, ancienne et fameuse abbaye d'Allemagne. Un de vos amis dit d'abord, après l'avoir entendue, qu'e//e a du moins Vavuntage de n'avoir pas été imaginée pour faire venir Veau au moulin, puisqu'elle ne tend qu'à la faire couler sur ceux qui n'en ont pas, et que d'ailleurs la connaissance en fut dérobée au public pour des raisons qu'il n'est pas difficile d'apercevoir. Un autre ajouta que, si elle était contre la religion ou ses ministres, il n'y a point d'esprit fort qui ne la reçût avec applaudissement. Car enfin, poursuivit-il, ces hommes qui se font vanité d'être incrédules sont , quand leur intérêt l'exige, les plus crédules de tous les homme3. Parlez-leur de magie et de sortilège, ils vous rient au nez. Qu'il vienne quelque nouvelle histoire à la G., le sortilège et la magie seront pour eux propositions démontrées. »

Je crois que ce vif discoureur avait tort et raison à différents égards. Mais comme c'est y vous , Monsieur , que j'ai affaire aujourd'hui, permettez-moi de vous demander, avec toute la franchise d'un ancien ami , ce que vous pensez des deux visions que je viens de rapporter. Je parierais bien cent contre un que vous n'oseriez presque les révoquer en doute, ou que pour le moins elles vous paraîtront très-vraisemblables. Or, c'est sur cela même que je prétends vous battre à plate coulure. Je ne vous citerai, au reste, ni '*, ni ***, leurs noms, si chéris de tous les impies, vous font tomber en faiblesse, et je serais condamné sur l'étiquette. Ma partie n'en est pas moins bien liée; ains au contraire. J'ai à vous opposer un homme qui ne nie point les apparitions , et qui prouve même qu'il y en a d'incontestables. Les coups qui partiront d'une main si peu suspecte seront plus tranchants, plus décisifs. Ecoulez donc , c'est l'abbé Lenglet du Fresnoi qui va parler. Quoique son livre , où dom Calmet, Marie d'Agréda , les vivants et les morts paraissent tour à tour sur la scène , soit un vrai labyrinthe, il ne laisse pas d'y avoir de fort bonnes choses. Voici en peu de mois comme il parle de la prétendue vision du moine. Adelhard, dans son Traité historique et dogmatique sur les apparitions, imprimé à Paris, chez J. Noël le Loup, en 1751, t. II, p. i05.

1° Celle histoire ne se trouve qu'en Trithème, auteur qui n'a écrit que plusieurs siècles après la mort de Raban (1), et dans un temps où ces sortes de merveilles étaient à la mode. Sur un fait de cette nature, dit M. Lenglet, je n'en croirais pas Raban lui-même , et l'on voudrait (jue j'en crusse Trithème.

Mais sur quel fondement un homme du mérite de Raban ne mériterait-il pas la créance du sieur Lenglet? il no diffère point à nous l'apprendre. Si sa réponse ne vous plaît pas beaucoup par l'aménité du style, elle ne vous fatiguera point par la prolixité. 11 est sûr, poursuit-il, que ceux qu'on supposées purgatoire sont morts dans la grâce de Dieu et la charité dans le cœur, par conséquent avec la douceur qui convient au vrai chrétien ; au lieu qu'on nous représente les moines de celte apparition comme des furieux, qui se jettent sur ce pauvre célérier et qui le réduisent à la mort. Il est vrai qu'il avait fait mal; mais ce n'est point par des coups morlels que les âmes prédestinées corrigent ou doivent corriger les dé- I uls d'autrui ; donc ce seul manque de charité me fait voir que celte apparition est fausse.

(I ) Jean Triilième, l'un des plus savants hommes le diocèse de Maycnce, en 1483, mourut le 13 déilu w* siècle, né en UG4, abbé de Spanlicim, dans cembre 1516.

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Le pauvre céléricr se sera sans doule livré à quelque excès | selon l'usage assez commun des moines allemands qui. ou égard à leurs grands biens, croient n'avoir jamais assez lin. 11 aura ét4 surpris clans cet élat, et pour couvrir sa turpitude, il aura Ceint celte apparition. Peut-être aussi quo quelque moine, mécontent de lui, aura imaginé cette historiette: car

alors, quand on n'en trouvait point de vraies, on en fabriquait dé fausses. Mais aujourd'hui nous rivons dans un temps plus heureux , parce f/u'il est plus reluire. Nous ne voulons ni du faux ni du vraisemblable. Il nous faut du vrai, et du vrai même bien et solidement appuyé. fjes dernières paroles sont très-judicieuses.

PoUr Ce qui est de la vision du marquis de Préci, on l 'explique pour le moins aussi bien que celle d'Adelhard. Mais, comme il ne s'agit pas d'un moine, on n'y suppose ni fourberie, ni ivresse. Voici le dénouement de la pièce; il esl tout simple, tout naturel :

« Il n'est pas difficile de comprendre que l'imagination du marquis échauffée par la fièvre, troublée par le souvenir de la promesse que Rambouillet et lui s'étaient faite, ne lui ait représenté le f.mlômc de son ami qu'il savait êlre aux coups, et à tout moment en danger d'être tué. Les circonstances de la blessure du marquis de Rambouillet, et la prédiction de la mort de Preci, qui se vérifie, ont quelque chose de plus grave. Mais ceux qui ont éprouvé quelle esl la force des pressentiments, dont les effets sont tous les jours si ordinaires, n'auront pas de peine à concevoir que Préci, dont l'esprit agité par l'ardeur de son mal suivait son ami dans tous les hasards de la guerre, et s'attendait toujours à se voir annoncer par son fantôme ce qui lui devait arrivera lui-même, ait prévu que le marquis de Rambouillet avait été tué d'un coup de mousquet dans les reins, et que l'ardeur uu'il se sentait lui-même pour se battre le ferait périr à la première occasion. »

Ainsi raisonne M. l'abbé Poupart dans sa Dissertation sur ce qu'on doit penser de l'apparition des esprits ; et comme saint Augustin est bon à tout, il y trouve une partie de sa réponse.

Je suis persuadé, Monsieur, qu'après une minute de réflexion, ce développement sera tout à fait de votre goût. Pour moi je vous avoue qu'il m'a beaucoup plu. 11 est vrai que je n'ai pas une idée bien nette du pressentiment, et que je n'y ai d'abord trouvé qu'une qualité occulte. Mais enfin, il y a des pres*enliments qu'on ne peut regarder que comme naturels : toi fut celui d'une dame d'esprit qui, à Chartres, songea en dormant qu'elle voyait le paradis; que quelqu'un frappait à la porte de ce lieu délicieux ; que saint Pierre l'ayant ouverte, il parut deux enfants, dont l'un élait vêtu d'une robe blanche, et l'autre était "tout nu; que l'apôtre ayant pris le premier par la main, le "ûl entrer, et laissa dehors le second qui pleurait amèrement. Cette dame se réveilla dans le moment et conta son rêve à plusieurs personnes qui le trouvèrent fort singulier. Une lettre qu'elle reçut de Paris l'aprèsmidi, lui apprit que sa fille était accouchée de deux enfants, qui étaient morts, et dont un seul avait reçu le baptême. Bien des gens auraient trouvé là un soupçon de miraculeux; l'abbé Poupart, qui savait ce fait de science certaine, n'y trouve rien que de fort naturel. Ce lut un pressentiment, et ce ne fut rien davantage. Je crois que vous n'en jugerez pas autrement, et je serai charmé de l'apprendre de vous. Quel honneur pour la philosophie, si elle peut vous mettre au nombre de ses conquêtes. Voire exemple m'affermira sur ce point elsurbien d'autres. Car, entrenousj'ai encore peine à goûter la maxime, qui veut, que pour être vrai philosophe, on commence d'abord par oublier son catéchisme; mais peu à peu l'on se fait à tout. 11 n'y a que le premier pas qui coûte. Je suis, etc.

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