DEHN1ÈRE LETTRE A MADAME D. D
J'avais d'abord craint que notre ami, qui n'a jamais beaucoup aimé à mésallier sa conversation, n'eût cru mésallier ses leilres en répondant à la dernière que je lui ai écrite ; ou que mon incrédulité naissante ne l'eût offensé. Heureusement je m'étais trompé. Un voyage assez long a été la cause de son silence. De retour il s'est mis à l'ouvrage, et il m'a écrit en fort beau latin ce que je vais vous rendre en français très-médiocre. Après bien des respectueuses civilités pour vous, et bien des marques de bonté pour moi, voici comme il entre en matière :
voulu contrefaire. J'en dis autant des visions. Eu bonne logique on ne conclut point du par
ticulier au général. De votre aveu même, je n'admets rien en ce genre, qui porte l'empreinte de l'illusion. En vertu de quoi voulez-vous que je m'intéresse à des visions dont des gens habiles auraient démontré ou la répugnance ou le naturalisme? Ce n'est pas néanmoins quo je regarde comme démonstration le verbiage deLenglet, ou le discours à perle de vue de votre dissertateur.
« Le premier m'a paru impertinent. Il récuse Trithème, parce qu'il n'a vécu que plusieurs siècles après Raban Maur. Mais quelle preuve a-t-il que Trithème, qui fut sans contredit un des plus savants hommes de son siècle, n'a pas travaillé sur des monuments certains. Quinte-Curce n'a écrit l'histoire d'Alexandre qu'environ quatre cents après la mort de ce prince; son ouvrage en est-il moins estimé? Ne croira-t-on ni saint Augustin, ni saint Epiphane. ni Eusèbe de Césarée, parce qu'ils rapportent une multitude de faits très-anté-
rieurs à leur temps, et qu'on ne trouve que chez eux ? Enfin faudra-t-il mettre au rebut Baronius, parce qu'il nous adonné un nombre prodigieux de monuments, dont la plupart semblaient être condamnés à un éternel oubli? Si par hasard vous pensiez ainsi, il ne me serait pas difficile de vous opposer le suffrage des plus habiles protestants (1). Peut-être même que je pourrais vous opposer à vous-même. Croyez-vous que votre histoire de saint Germain, écrite par un témoin digne de foi, et racontée par vingt autres, fût moins vraie en deux cents ans d'ici, si le manuscrit d'où vous l'avez tirée ne paraissait pour la première fois que deux ou trois siècles après celui où nous vivons? Comme je vous crois fort éloigné de ces sentiments» je crois aussi que la première raison de Lenglet vous paraîtra très-peu décisive. Il semble lui-même s'en défier. Un moment après il a recours au fond même de l'apparition pour la combattre, et il se croit si ferme de ce côté-là, que, quand Raban luimême la lui aurait contée, il ne l'en croirait pas. »
Il faut cependant avouer que le sage, savant et judicieux Raban valait mieux en tout sens que celui qui le traite si mal. Mais examinons la preuve de ce dernier; elle est d'un sérieux qui, à force du travers qu'il renferme, approche du comique. La voici mise en forme.
« Ceux qui sont en purgatoire sont morts en grâce, et la charité dans le cœur, pir conséquent avec un esprit de douceur et de compassion pour le prochain. Or des moines qui, comme ceux de Fulde, se jettent impitoyablement sur le corps d'un malheureux célérier, le battent à outrance, le laissent presque mort sur la place, n'ont ni compassion, ni dou-« ceur; et, pour corriger, ils se servent d'une voie qui ne convient point à une âme prédestinée. Donc, etc.
« Tel est le raisonnement du sieur Lenglet. Pour le mettre en poussière, je me contente de lui demander si les âmes des morts, que Dieu purifie encore parle feu, ont plus de charité que les anges qui sont dans la gloire. Il ne le dira pas, ou il le dira sans preuve. Qu'il lise donc le troisième chapitre du second livre des Machabées, il y verra si Héliodore, quand il voulut piller les dépôts du temple de Jérusalem, fut bien ménagé par ces bienheureux esprits; et si l'historien sacré a cru qu'une justice, plutôt terrible que simplement rigoureuse, était indigne d'une âme prédestinée. Qu'il lise le douzième chapitre des Actes des apôtres, et il nous dira, ou d'autres pour lui, si l'ange du Dieu vivant tenta de corriger Hérode par la douceur, lorsqu'il le frappa d'une maladie où son corps, dévoré par les vers, trouva, dès la vie, le tombeau qui l'attendait après sa mort. Qu'il lise même dans saint Jérôme la manière dont cet illustre docteur fut traité pour être trop cicéronien, etc.
« Que, s'il lui faut absolument des exemples d'âmes séparées de leurs corps, l'Apocalypse lui offrira celles des martyrs, qui semblent en quelque sorte reprocher à Dieu l'excès de sa patience, et qui le conjurent de venger leur sang que l'injustice et la tyrannie ont cruellement répandu (2). Qui doute qu'elles n'eussent fait, si cela leur eût été permis, ce qu'elles priaient Dieu de faire?Cequia trompé votre écrivain, c'est qu'il a cru, ou paru croire, que les âmes saintes agissent dans ces sortes d'occasions par leur propre mouvement; au lieu qu'elles ne font qu'exécuter les ordres de Dieu, qui quelquefois suit les vues de sa mi éricorde, quelquefois cède aux intérêts de sa justice. Si vous n'osez juger le Maître souverain, pourquoi osez-vous juger ses ministres? Que saint Pierre punisse donc d'une morl subite l'orgueilleux mensonge d'Ananie et de Sapphire, il ne sera ni moins grand, ni moins plein de l'esprit de charité, qui l'a fait pasteur de tout le troupeau, que quand il rend la via à ïabilhe, ou qu'il guérit dans les rues de Jérusalem les malades par son ombre. Après tout, ce que M. Lenglet regarde comme une cruauté exercée sur l'économe de Fulde, fut le plus grand bonheur qui pût lui arriver; et l'on pourrait souhaiter à ce fécond et caustique écrivain, qu'il eût eu en mourant un sort pareil à celui d'Adelhard. Rien de plus vrai que ce que disait à ce dernier le saint abbé Raban, qu'il importe forl peu que le corps soit châtié dans ce monde, pourvu que l'âme soit épargnée dans l'autre. C'est ce que demandait saint Augustin, et pour lui-même, et sans doute pour son peuple : Hic urc, hic seca, hic non par cas, modo in œternum par cas.
«Vous trouverez bon, Monsieur, que je ne m'arrête pas à réfuter la calomnieuse conjecture de votre docteur. Que, sous un homme, comme Raban, les moines de Fulde crussent n'avoir jamais assez bu; que leur célérier soit tombé ivre dans un cloître; que, pour cacher sa turpitude, il leur ait persuadé, contre le témoignage de leurs propres yeux, qu'il était meurtri de coups; qu'il leur ait annoncé sa mort dans trois jours (j'aurais ajouté, et qu'il se la soitjdonnée comme Cardan, afin de ne pas passer pour un faux prophète); ou qu'enfin quelque ennemi de ce religieux ait imaginé ce conte pour le décrier (en nous le donnant cependant pour un bienheureux qui jouit de la gloire); c'est ce qu'on peut appeler un tissu d'absurdités qui tombent d'elles-mêmes. Voyons si l'on se tire mieux de l'apparition du marquis de Rambouillet.
«La réponse du chanoine Poupart (8) se réduit à ces trois chefs, 1° que l'imagination de
(1) Magni.Baronii Annales, opns plane sinpendiun nosirum de iis qui habitant in terra. Apocal. vm, ls unus est, qui ex abdito lam mulla, v. 10.
plane prius ignoia primus prompsilin lucem (T») Le P. Ilicbard, dominicain, et le P. Calmel,
qui denique (seoluso parlium studio) dignus cr.U sine après lui, oui fait voir qu'il y a dans la dissertation
controversia, oui omnes assorgerent. Deyoreus We- de M. Poupart plusieurs choses contraires à la foi
heur in relecl. hiemal. pag. mihi 164. de l'Eglise. Votiez les Vampires de Dom Calmel, loin.
(2) Usqucquo, Domine, non vindicas sanguineni 11, ebap. 02, pag. 510.
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M. de Préci était échauffée par l'ardeur de sa lièvre; '2" que , Iroublé par le souvenir de la promesse que Rambouillet et lui s'étaient faite de si* donner des nouvelles de l'autre monde, il se représentait sans cesse le fantôme de son ami, qu'il savait être à tout moment en. danger «être tué ; 3" qu'on ne peut rien conclure, ni de la vue distincte qu'il eut de la blessure du marquis, ni de la prédiction qu'il crui entendre de si mort; parce qu'il est des prêté nlimcnls qui annoncent des choses pour le moins aussi difficiles à deviner. Or, monsieur, cette réponse ne peut plaire qu'à vos nouveaux philosophes, c'est-à-dne à cet amas de gens qui croient tout, pour avoir le plaisir de ne rien croire.
a Car, 1° où l'auteur de la dissertation a-t-il trouvé que, dans le temps de l'apparition réelle ou prétendue de Rambouillet, le marquis de Préci avait l'imagination échauffée par l'ardeur de son mal, ou même qu'il eût encore la fièvre? Tout cela était nécessaire à l'abbé Pouparl; mais toui cela est deviné, cl probablement très-mal deviné. Un homme d'une condition bien intérieure à celle de M. de Preci, quand il est dans le cours d'une fièvre violente, a une garde qui ne le quille ni le jour ni la nuit; et il paraît que le marquis de Préci n'avait pas même un valet de chamhre auprès de lui. Ce domestique eût au moins été témoin des mouvemenls de son maître, et il aurait entendu la conversation d'un côté, s'il ne l'avait pas entendue de l'autre. Rien de tout cela n'arrive : Préci fut le seul qui vit cl qui entendit.
«2° Le dissertateur suppose que le marquis de Préci était tout plein de la promesse quo Rambouillet lui avait faite de lui donner des nouvelles de l'autre monde. On peut encore lui demander où il a pris cela, ou plutôt l'assurer qu'il se trompe. Les deux amis s'étaient entretenus des affaires de l'autre inonde, comme font une infinité de gens qui n'y croient guère. Or de mille personnes qui, après ces sortes d'entretiens, se font en badinant de semblables promesses, il n'y en a pas un qui y pense le moment d'après. On va son tiain à l'ordinaire. On ne croyait rien, ou presque rien, on conlim e à ne rien croire. Ainsi cette agitation continuelle de Préci, qui suivait Rambouillet dans tous les hasards de la guerre, qui le voyait toujours au feu, qui à tous moments attendait son fantôme pour en apprendre sa propre destinée (article dont il ne s'était point agi dans la convention), tout cela, uis-je, n'est qu'une imagination puérile, qui multiplie les fantômes pour en expliquer un seul. Kl pourquoi cet homme, qui à tous les instants attendait son ami, ne le vit-il que quand il eut été tué? Pourquoi \it-il sa blessure aux rei.is plutôt qu'ailleurs? Pourquoi et comment apprit-il de lui qu'il ne lui survivrait que jusqu'à la première occasion?
« Ce fut, dit-on, l'effet du pressentiment, .le vous avoue que j'aurais besoin que le dissertateur ou quelque autre pour lui m'apparût pour m'expliquer ce que c'est que pressentiment. Serait-ce un corps, un esprit, une modification de l'un ou de l'autre? Est-ce une illustration? Et si c'en est une, vient-elle à l'homme de l'homme même ou d'une intelligence étrangère? En attendant qu'on m'en instruise, j'admettrai le pressentiment comme j'admets le hasard; c'est-à-dire que je regarderai 1 un et l'autre comme de grands termes, qui signifient qu'on veut parler, quand on n'a rien à dire. Encore passe, si l'on s'était servi de l'expédient des corpuscules. On les aurait fait partir à point nommé de la blessure du marquis de Rambouillet. Ils seraient venus en droite ligne à l'hôtel de Préci, dont ils savaient la route, et ils auraient conté au malade la tragique histoire de son ami. Tout cela bien et dûm< nt étayé de la poudre de sympathie du chevalier d'I^bi aurait pris un air de physique; et l'abbé de Vallemont, qui s'en est si heureusement servi pour expliquer le fameux songe dont parle Cicéron, auraii pu y applaudir 1). Mais nous donner du pressentiment, sans dire ni où il va, ni d'où il vient, c'est nous payer d'une monnaie qui ne peut avoir de cours que quand il n'y en aura point d'autre. Je finis par une réflexion toule
(1) Cicéron, dans son premier uvre de Divinatione, raconte que deux amis qui voyageaient ensemble, étant arrivés à Mégare, l'un deux alla loger dans une hôtellerie et l'autre chez un ami. Ce dernier vit en dormant son ami, qui le priait de venir à sou se* cours, parce que l'hôte voulait le tuer. Ce songe le réveilla; mais il le regarda comme une chimère et se rendormit. Peu de temps après, son compagnon lui apparut une seconde fois, et lui dit que, puisqu'il ne l'avait pas secouru vivant, il eût au moins soin de ne pas laisser sa mort impunie; que l'hôte avait caché son corps dans du fumier, et qu'il se trouvai de grand matin à la porte de la ville, avant qu'on l'eût emp né. L'ami obéit enfin, et trouva à la pointe du jour un charretier prêt à sonir de Mégare : il lui demanda ce qu'il y avait dans son chariot. Ce malheureux, qui le savait bien, put la fuite. Le mort fut retiré de dessous le fumier, et l'hôte, convaincu de ce meurtre, fut puni du dernier supplice. M. de Vallemont, dans sa Physique occulte, prétend expliquer ce fait par le mouvement des corpuscules que cet homme qu'on assassinait répandit dans l'air, soit par ses cris, soU par une
transpiration vioiente et forcée, etc. Mais, dit l'auteur de l'Onéirocrilique, c'est-à-dire de Interprétation des songes : « Quelle chimère d'imaginer que des corpuscules viennent raconter les circonstances d'un meurtre ! Un pareil usage des corpuscules n'est pas moins frivole que le-* qualités occul es de l'ancienne phy^i lue, etc. » Voyez le Recueil de dissertations de Lenglet, tom. Il, pag. 201.
Ce sera apparemment aussi par des corpuscules ou par un pressentiment que M. Surniin, conseiller au parlement de Dijon, emendit la nuit quelqu'un qui lui dit, dans une langue étrangère (quo M. de Saumaise lui expliqua le lendemain), de sortir de s;» maison, parce qu'elle devait être renver-ée le même jour, comme il arriva. Dom Calmel, qui a ranponé deux fois cette histoire, savoir, pag. h% et 80 de sa première édition, la dit d'abord arrivée à Paris, et puis à Dijon. C'est dans celle dernière ville qu'elle est arrivée, et très-sûrement arrivée. La mémoire s'en conserve dans la famille; et je l'avais apprise de M. l'abbé Surmin, chanoine de Meaux, avant que de la lire dans le P. Calwet.
simple. La voici en deux mots : Quand on veut tout croire, on croit oten des sottises ; mais on on dit bien, quand on veut ne rien croire. Souvent même on s'en trouve assez mal. Si la luthérienne dont parie M. de Mollinger n'eût été ni crue, ni croyante, le sieur Cavallari n'aurait pas trouvé le précieux trésor qu'elle lui annonça en conséquence d'une vision plusieurs fois répétée, et que l'événement a plus justifiée que tous les serments que celle femme a voulu prêter (1).»
Voilà, madame, la réponse de noire ami. Je ne lui pardonnerai pas sa vivacité contre le pauvre M. Lenglet, qui a eu quelque complaisance pour moi. Mais, à cela près, il me semble raisonner aussi juste que son adversaire. Je m'en rapporte volontiers à vous, qui aux vertus de votre sexe joignez toute la solidité que devrait avoir le nôtre.
Si par hasard vous me demandiez mon avis sur celle matière, j'aurais l'honneur de vous répondre : i° avec M. l'abbé Trublet, dans ses Essais de littérature, que, s'il y a de la faiblesse à croire tout, il y a de V emportement et de la brutalité à nier tout; 2° avec Gerson, qu'en fait de visions il y a du danger à les approuver, parce qu'il y en a d'illusoires ; el à les rejeter, parce qu'il y en a de vraies et d'importantes i; 3° avec M. Lenglet, que f admets celles qui ont de fortes preuves; que je doute de celles qui ne sont pas suffisamment appuyées; et que je rejette toutes celles où l'on trouve des marques évidentes de fausseté ou de supposition; h" avec Benoît XIV, que, pour juger si une vision réelle vient de Dieu, j'examine :>i elle porte au bien, si la personne qui l'a eue devient en conséquence plus humble, plus soumise, etc. J'aurais plus de peine sur la première condition qu'exige ce savant pape par ces paroles : Si persona, cui conlinyunt visiones, virtutibus prœdita sit. Il me semble <|Ue Dieu pourrait bien dire ou faire dire à quelqu'un, comme dans l'Evangile : Stulte, hac nocté animam tuam répétant a te. J'ajoute qu'en fait de visions qui tendraient à inspirer quelque dessein extraordinaire, et surtout relativement au prochain, l'homme le plus sage ne devrait i ien entreprendre sans avoir consulté. Je suis, avec les sentiments de respect auc vous inspirez à ceux qui ont l'honneur de vous connaître, ele
VOEU
Le vœu , selon saint Thomas , 2-2, q. 38, a. 2, est une promesse délibérée faite à Dieu de quelque plus grand bien. C'est une promesse, et par conséquent ce n'est point un simple désir , une simple résolution, mais un vrai engagement à remplir l'obligation qu'on s'impose. C'est une promesse délibérée, et par conséquent volontaire jusqu'à un certain point. Enfin , c'est une promesse faite à Dieu , soit qu'elle se fasse immédiatement à lui , soit quelle se fasse aux saints d'une manière qui lui soit relative. Enfin, c'est une promesse d'un plus grand bien , c'est-à-dire la promesse d'un bien qui soit meilleur que celui qui lui esl opposé , qui soit plus agréable à Dieu , et qui enfin ne soit pas incompatible avec un plus grand bien.
On divise le vœu, 1° en vœu absolu et vœu conditionnel; 2° en vœu réel et vœu personnel, ou vœu réel et personnel tout ensemble; 3 en vœu simple et vœu solennel.
Le vœu absolu est celui qu'on fait sans aucune condition , el qui oblige à l'exécution aussitôt qu'il a été fait. C'est de cette espèce de vœu que l'Ecriture dit : Cum votum voveris Domino Deo tuo,non tardabis reddere, quia requiretillad Dominus Deus tuus ; et si moratus fueris , reputabitur tibiin peccatum. Deut. xxm, 21.
Le vœu conditionnel est celui qui a élé fait sous une condition, et il n'oblige qu'après l'événement de cette condition. Tel fut ce vœu des Israélites : Si tradideris populum istum in manu mea, delebo urbes ejus, Num. xxi, 2.
Le vœH réel est celui qui a pour matière une chose qui est hors de la personne qui le fait, comme quand on promet à Dieu de donner une certaine somme par aumône aux pauvres.
Le vœu personnel esl celui dont la matière consiste en nos personnes et en nos actions, comme quand on promet à Dieu de se faire religieux, ou de faire un tel pèlerinage ou une telle prière.
Le vœu réel et personnel tout ensemble, qu'on appelle vœu mixte, est celui dont la
(1) Voyez la lettre de M. Mollinger à M. Scliœpf- que parte qu'on le Irait* de visionnaire (qu'il fallait
flin, de l'acadértlie royale des inscriptions. Celte lei- désabuser a ses dépens), a'as>ocia pour la moitié
ire, qui est du premier janvier 1747, se trouve à la M. de Molltn-er, premier secrétaire de l'électeur;
lin'ilu second tome de l'.ibbé Lenglet. Elle porte en ci qu'avant f.iil creuser, ils trouvèrent de petits pois
suit tance (lire là femme d'un censier de Kbtueiri- de terre remplis d'un or plus lin que les dînais d'au-
kiirhein, autrefois i élclire monastère, mais ruiné jourd'IiUi, el dont la plupart sont du xive cl x\e du temps de la prétendue réformation, asMirael vou- " siècle ; que lui, Mollinger, eu a eu pour sa pari six
fut prêter Serinent qu'elle avait vu plusieurs fois en cent soixante-six, et qu'on lui a offert dé charnu
plein midi, et surtout le 7 mai, pendant deux années neuf a dix ff>rins. M. l'abbé Lenglet, qui avait TU
consécutives, An prêtre vénérable, éri habits pontiii- un de ces durits, dit, tool. Il, pag. 445, qu'il a
eaux, diodes en or, qui jetait devant lui un grand donné, dm-, sa préface, l'empreinte des deux qui
las de pierrêS; que M. Ctv.illaii, premier musicien avaient clé envoyés à M. Schœplflin. Mais cette
de l'électeur Palatin, avant dein.nidé la permission empreinte ne se trouve pas, au moins dans mon
de Creuser, permission qui lui lut accordée, moins édition, parce que le dixième des trésors appartient au prince
îoor» v(n;u vœu ioo«)
matière consiste dans nos personnes ou dans nos actions et dans nos biens, comme quand Une personne fait vom daller en pèlerinage à une église, et d'y laire un tel don ou une telle aumône.
L'obligation d'exécuter le vœu réel pisse aux héritiers du défunt qui l'a fait, comme l'a delini Imioeenl 111 , c. 18, (le Cetisib. Le vœu personnel n'oblige que celui-là seul qui l'a fait.
Le vœu simple est tout vœu , tel qu'il soit, qu'on fait en particulier ou même publiquement; et celui qu'on appelle solennel est celui qu'on l'ait par la profession solennelle d'une religion approuvée par l'Eglise, ou bien par la réception des ordres sacrés.
Le fœU solennel de religion renferme trois différents vmux particuliers, qui sont celui de la pauvreté , celui de la Chasteté cl celui de l'obéissance. Ce sont là les plus importants, les principaux et les plus sûrs moyens d'arriver à la perfection ebrelienne, parce qu'ils détruisent les trois grands ohstacles qui empécbent les fidèles d'y parvenir ; savoir: 1 l'amour des biens de la terre et des richesses de ce monde ; 2° l'amour des plaisirs sensuels; .'L le dérèglement de notre volonté.
Le vœu de la pauvreté détruit le premier obstacle, en détachant la personne qui l'a fait de l 'attachement aux faux biens du monde, où porte la nature corrompue. Le vœu de chasteté s'oppose fortement à l'amour des plaisirs, où l'homme est encore plus violemment porté par la concupiscence avec laquelle il naît, et par ses fréquentes tentations , qui viennent de la corruption de son propre fonds. Enfin le vœu de l'obéissance redresse et rectifie la volonté, en la soumettant à celle de la personne qu'on a choisie pour supérieur ; car quoiqu'il suit vfai que, régulièrement parlant, on puisse, avec le secours de la grâce, pra'iqucr les trois vertus que ivnl'crniiMit ces vœux-, satiS s'y obliger expressément , il est encore plus vrai que l'engagement que contractent les personnes religieusos est un puissant frein qui arrête l'inconstance de la volonté, et qui la l'ail persévérer dans l'exécution de la promesse qu'on a faite à Dieu , ce qui fait dire, à M. Godeau , évéque de Vence, dans sa Morale chrétienne, tom. II, p. 281, qu'il n'y a pis de doute que les actions faites par un vœu solennel de religion ne soient plus excellentes que celles qui se font sans vœu , parce que le vœu solennel est un dépouillement de sa propre volonté et un engagement qui fait donner à Dieu l'aibre et les fruits tout ensemble. Ce sont les propres termes de ce digne prélat, qui ajoute celle observation importante : « Il faut savoir, dit-il , que l'amour de Dieu est ce qui donne proprement la valeur aux actions chrétiennes, et ce qui les distingue les unes des autres ; de sorte qu'une action faite sans amour, et simplement par l'obligation du vœu , ne serait pas si agréable à Dieu que celle qui sérail faite par son amour, sans vœu.
Enfin, pour achever la division des vœux différents qu'on peut faire, nous ajoutons qu'il y en a de choses qui sont bonnes en elles-mêmes, mais qui ne sont pas commandées : tel est le vœu qu'on ferait de jeûner tous les mercredis de l'année, ou de donner tout son bien aux pauvres ; et tel fut sans doute le vœu d'Ananias et de Saphira, sa femme, qui furent frappés de mort subite, pour n'avoir apporté à saint Pierre que la moitié du prix qu'ils avaient retiré de la vente de leur héritage, et il y en a d'autres, de choses qui sont de précepte.
Entre toutes les sortes de vœux dont nous venons de parler, il n'y en a aucun que lo solennel qui soit empêchement dirimanl du mariage; de sorte que celui qui a reçu quelqu'un des trois ordres sacrés ne peut pas contracter validement mariage, non plus qi.e celui ou celle qui s'est engagé dans l'état religieux par une profession solennelle, ainsi que l'a déclaré Bonilace \ 111 , cap. unie, de Yoto , in 6.
L'Eglise ou ceux qui y sont supérieurs majeurs, tels que sont le pape et les évêques, peuvent dispenser des vœux ou les commuer, quand la chose dont on a fait vœu devient nuisible, ou inutile, ou contraire à un plus grand bien. La dispense de ceux qu'on a faits de visiter les tombeaux des apôtres à Rome, le saint sépulcre de Noire-Seigneur et les autres saints lieux de Jérusalem, et d'aller en pèlerinage à Sainl-Jacques de Composlelle en Galice, est réservée par le droit au pape. Il en est de même du vœu de chasteté perpétuelle et de celui d'entrer en religion. Les évêques peuvent cependant dispenser de ces vœux, quand iis sont douteux ou qu'on ne les a faits que sous une con lition qui n'est pas encore accomplie : par exemple, celui qu'aurait fait une fille de garder toute sa vie la continence, en cas que son père revîr»^, sain et sauf d'une bataille qui fût près de se donner, ou pour un temps déterminé, dont le ternie n'est pas expiré, comme aussi de quelques autres vœux, dont la matière princ/pâle qu'on a eue en vue ne renferme que d'une manière indirecte celle dont l'cvêque ne pouirait dispenser, si elle en avait été le principal objet , tel qu'est le vœu qu'on aurait fait de recevoir les ordres sacrés, sans faire attention que la continence perpétuelle y est attachée, comme en étant l'accessoire, ou celui de ne se point marier.
Cas I. Liébaud a soutenu qu'on peut faire veut seulement dire qu'il a promis une chose des vœux à la Vierge et aux saints , aussi à Dieuf en prenant les saints ou les hommes bien qu'à Dieu. Ne s'est-il pas trompé? à témein de la promesse qu'il lui a faite, et
K. ' Le vœu esl un acte de religion et de en les pr ant de demander pour lui au Seilalrie. qui ne se peut faire qu'à Dieu. Ainsi, gneur la grâce d'y être fidèle , ou bien qu'il quand on dit que quelqu'un a fait un vœu à a fait à Dieu un vœu dont la matière est une tel saint, à son évéque, à son supérieur, on chose qui regarde l'houneur d'un saint; car
on peut s engager par un vœu fait à Dieu de mettre les reliques d'un saint dans un lieu plus décent , ou de bâtir une. chapelle sous son invocation. C'est ce qu'enseigne Sylvius avec son exactitude ordinaire, v. Pro/essio monastica, n. 10, où il parle ainsi : Dicendum est vota quœ sanctis fiunt , habere hune sensum , vd quod fiant coram sanctis , tanquam testibus et suffra./atoribus pro petendo auxilio ad illorum impletionem ; vd quod fiant Deo , secundum quod habent rationem promissionis : quœ tamen promissio etiam cadat sub volwn, quia Deo vovetur , quod promissio sanctis facta implebitur.
C'est en ce sens qu'il faut entendre quelques formules de vœux, même solennels, qui sont en usage dans certains ordres religieux. Telle est celle qui est en pratique en quelques monastères de Bénédictines reformées, el qui est conçue en ces termes : Profiteur et promitto Deo omnipotenti, benedictœ Virgini Mariœ , sanctis apostolis Petro et Paulo , Patri nostro sancto Benedicto , omnibus sanctis et vobis , reverendissime mi domine episcope... et reverendœ abbatissœ hujus monastei ii , et vestris legitimis successoribus, obedienliam, paupertatem, castitatem, immutationem morwn et clausuram perpétuant, etc. Laquelle formule se trouve mol pour mot dans les constitutions que, la congrégation qui se tint à Rome, au sujet des réguliers, déclara, le 6 mars 1615, dignes de l'approbation du pape Paul V, qui les approuva en effet le 2 juillet de la même année. Sylvius, qui est notre garant, témoigne que cette formule est encore actuellement en usage chez les Bénédictines réformées du diocèse d'Arras , de celui de Namur et de plusieurs autres. Ajoutons à cela que celle manière de former de tels vœux solennels n"e>t pas particulière aux seules religieuses Bénédictines , comme le témoignent plusieurs auteurs, lusage pratiqué par d'autres ordres réguliers étant d'adresser non-seulement leurs vœux à Dieu , mais d'ajouter encore le nom de la bienheureuse Vierge et celui du saint fondateur de l'ordre où se fait la profession solennelle, et d'y joindre ces paroles : El omnibus sanctis.
Cas 11. Bnudo ne, pauvre fille âgée de 10 à H ans seulement, ayant lu un livre qui faisait l'éloge de la virginité, et ayant appris de Jeanne, sa sœur, qui est religieuse, combien l'étal de la religion est parfaii , a fait vœu de virginiié et de se faire religieuse dès qu'elle serait en âge d'être admise à la profession solennelle. Son vœu est-il valide? et s'il l'est, n'en peul-ello être dispensée que par le pape ?
K. Les auteurs sont partagés sur celte difculié. Saint Anlonin met les impubères au rang de ceux dont les vœux soni nuls, el se fonde sur l'autorité de saint Thomas cl de Paludanus ; plusieurs autres sont du même avis, cl il est sûr que saint Thomas favorise beaucoup cette opinion par ces paroles in 4, dist. 38, q. 1, art. 1 : llli qui non habent vsum Itberi arbitra, sicut a'iqui qui non sunt eunœ mentis, vovere non possunt, nec etiam
pueri ante annos puberlatis. Mais dans sa Somme 2-2, q. 88, art. 9 , il parle en ces termes: Contingit tamen propter naturœ disposilionem, quœ legibus humanis non su'idit»r, in aliqutbus, licetpaucis, accelerari usum rationis, qui ob hoc dicuniur doli capaces. Est ergo dicendum quod, si puer vel puella ante pubertatis annos nondum habeat usum rutionis, nullo modo potest ad diquid se obligare: 'si vero anie puberlatis annos attingit usum rationis, potest quidem, quantum in ipso est, se obligare : sur quoi Sylvius dit: Qui ante puberlatem usum illum ralionis habent, possunt (quantum est exporte sua) rôtis se obstrinoere : sed ea non sunt firma, quandoquidem possint irrituri per patrem aut tutorem ; obligant tamen quandiu non irritantur. Mais suflît-il, pour qu'un impubère, soit censé avoir assez de raison, et que par conséquent son vœu soit valide, qu'il soit capable de discerner le péché mortel d'avec le péché véniel ? Navarre le prétend ; mais il nous semble que saint Thomas et les autres docteurs ne reconnaissent un vœu de continence el de religion po .r valide, qu'à l'égard de ceux qui sont suffisamment instruits de la nature de tels vœux et des difficultés qu'il y a à les accomplir fidèlement dans la suite de la vie. Or est-il vraisemblable qu'une fille âgée de 10 à 11 ans seulement, qui, comme il est très-ordinaire à des enfants de cet âge, n'a point encore ressenti les attaques de la concupiscence, et qui ne peut par conséquent connaître la peine qu'il y a à les vaincre, puisse être suffisamment instruite de la violence des tentations, auxquelles on ne commence d'être sujet qu'après qu'on est parvenu à une pleine puberté ?
Néanmoins comme il se peut faire que, par «ne disposition prématurée de la nature, Baudoiue ail à dix ans au aut de discernement sur la nature de son vœu et sur les difficultés qui se peuvent trouver dans son exécution, qu'elle en aurait à l'âge de douze ans accomplis , on doit présumer eu ce cas que son vœu est valide, à moins qu'on n'ait de fortes raisons d'en juger autrement. C'est pourquoi Alexandre 111, consulté sur un jeune garçon, In puerili œtate consiitutus , qui avait fait vœu d'aller en pèlerinage à Jérusalem, ce pape, h en loin de déclarer nul ce vœu, quoiqu'il y eût lieu de croire que ce jeune enfant n'était pas encore capable de bien prévoir tous les inconvénients qu'il y avait dans son exécution, suppose au contraire qu'il est valide, puisqu'il lui en accorde la dispense sous l'obligation de faire des aumônes. Nos ipsum a coto, quod in œtate (cnera, facilitale polius quam ex arbitrio diserctionis promisil, absolvimus ; ila tamen, quod idem votum deemosynis redimat , c. 1, de Voto, etc. Disons donc, pour le plus sûr, que Baudoinc est tenue à accomplir son vœu, à moins qu'elle n'en obtienne dispense, laquelle, à raison de sa grande jeunesse et de l'incertitude qu'il y a qu'elle ail eu assez de jugement pour s'engager, peut être accordée par son évêque, sans qu'elle ait besoin de recourir à Rome , n'y ayant que les