‹ Dictionnaire de cas de conscience; (volume 2)Chapitre 41 sur 402 · MARTYRE · texte numérisé non relu

MARTYRE

Le martyre est un acte de la force chrétienne qui nous fait souffrir la mort pour la défense de la foi ou d'une autre vertu comme de la chasteté. Il y a un martyre incomplet, qui ne va pas jusquà la mort, soit que Dieu l'empêche par un miracle, ou que les tourmenta ne soient pas assez forts pour la causer. Les petiis enfants sont martyrs quand on leur fait souffrir la mort en haine de la religion. Mais ceux qui ont l'usage de la raison ne peuvent l'être qu'en acceptant volontairement celle qu on leur fait souffrir en haine de Jésus- Christ, etc.

Cas 1. On a demandé dans une compagnie s'il y a des cas où le marlyre soit nécessaire de nécessité de salut. Ceecilius a soutenu qu'il y en a plusieurs. An bene?

H. Oui. certes; car quand un chrétien se trouve dans un» pays infidèle ou hérétique, et qu'il est interrogé juridiquement sur sa religion, il est ohligé, sous peine de damnation, de professer la vraie foi, quoiqu'il soit assuré de ne le pouvoir faire sans perdre la vie. 11 en est de même, quand on se trouve engagé à faire un péché mortel ou à souffrir la mort. C'est la doctrine de saint Thomas, Quodl. iv, art. 20.

Cas II. Maxime, missionnaire dans le Tunkin, étant animé du désir du martyre, est dans le dessein d'inciter les païens à lui raire souffrir la mort pour Jésus-Christ. Le peut-il en conscience?

R. Non, parce qu'il les inciterait par là à faire un crime; ce qui ne peut jamais être permis. Saint Thomas, 2-2, q. 12'*, a. 1.

— Cas III. Mais ce prêtre ne peut-il pas au moins se présenter aux tyrans pour jouir plutôt de Jésus-Christ.

R. Sans une inspiration très-spéciale, telle que l'ont eue quelques saints, et dont il ne faut point se flatter, un chrétien doit se dérober sagement aux persécuteurs, jusqu'à ce que les moments que Dieu a marqués pour sa gloire arrivent. C'est l'avis que le Sauveur a donné lui-même à ses disciples

par ces paroles, Matth. x : Cnm persequmtur vos in is(a civitatc, fugite in aliam. On sait que saint Paul , qui disait bien sincèrement : Cnpio dissohi, a fui plus d'une fois ses persécuteurs.

Cas IV. Marc ulfe, missionnaire à Siam, est résolu, s'il se voit entre les mains des bourreaux, de se jeter lui-même dans le feu qui lui serait préparé, ou même de se précipiter, afin d'éviter de plus longs tourments. Le pourrait-il sans péché?

R. L'histoire ecclésiastique nous fournit des exemples de saints dont le zèle est allé jusqu'à prévenir ainsi la rage des bourreaux. Nous avons même encore l'épître que saint Ignace écrivit aux fidèles de Rome avant son martyre, où il leur dit : Ulinam fruar bestiis, quœ mifti sunt prœparatœ; quod sivenire noluerint , eqo vim faciam; ego me urgebo ut dévorer. Mais en général il n'est permis à personne de se donner la mort; el ainsi les saints, dont on cite l'exemple, ont été excités par le Saint-Esprit à prévenir leurs bourreaux, tant pour la gloire du vrai Dieu que pour mieux affermir les fidèles dans la foi chrétienne. Augustin, 1. vi, de Civ. D. Thomas in-i, dist. 49 , q. 5, art. 3, quœst. 2. Marculfe ne pourrait donc sans péché accélérer sa mort dans le cas dont il s'agit, sans y être poussé par le Saint-Esprit, ce qu'on ne doit pas aisément présumer.

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