‹ Dictionnaire de cas de conscience; (volume 2)Chapitre 49 sur 402 · MENSONGE · texte numérisé non relu

MENSONGE

Le mensonge est une fausse signification do quelque chose, accompagnée du dessein de tromper. Ainsi le meilleur affirme une chose contraire à sa Déniée, soit de paroles, par écrit ou par quelque signe extérieur. Il s'onsuil de là que mentir et dire faux sont deux choses différentes : car on ne peut mentir sans dire une chose fausse, ou sans la croire telle; au lieu qu'on peut dire une chose fausse sans mentir, lorsqu'on la croit vraie. Nemo, cl î C saint Augustin, can. V, XXII, q. 2, mentiens judi catulus tel qui dicit faltum, quod pulat rcrum; quoniam quantum in ip<o est, non fallit ipac, sed [ullilur. 11 y a trois principales espèces du

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mensonge; savoir : le joyeux, l'officieux et le kire : les dcu\ autres ne sont d'ordinairo que Comme nous le dirons plus bas.

Cas !. Palantède «lit qu'il a vu passer Alexis par la rue, au lieu que c'était Paul. A-t-il fait en cola quelque pèche, s'il a cru dire vrai?

II. Il n'y a là qu'un mensonge matériel , puisque Palamède n'a point voulu tromper, et qu'il n'a dit que ce qu'il croyait vrai. ' Il pourrait cependant y avoir trop de précipitation.

Cas II. Polybe a promis de faire une chose. Kst-il coupable de mensonge, lorsqu'il y manque?

H. Non, s'il a eu intention d'accomplir sa promesse, puisqu'alors il ne parle pas contre sa pensée ; mais il pèche contre la fidélité lorsqu'il ne l'accomplit pas. Car, dit saint Augustin, I. de Doct. Christ, n. 40: Otnnis fidei violator iniquus est, à moins cependant, ou que la chose promise ne soit mauvaise, ou qu'il n'arrive un changement qui le dispense de tenir sa parole.

Cas III. Gaïus ne dit rien de faux , mais 6ans parler, il fait entendre par signe ou par aclion une chose qu'il sait élre fausse. Lst-il coupable de mensonge?

R. Oui ; puisqu'il veut tromper. Ille, dit saint Augustin, 1. de Mendacio, c. 3,mentilur quiuliud kabel in anima, et aliud verbis vcl quibuslibet signifiôationibus cnuntiat : unde duplex cor dicitur esse mentientis. Et saint Thom. 2-2, q. 110, art i : Cum dicitur quod mendacium est falsa vocis siynificatio, nomine vocis intelligitur omne signum. Unde ille qui aliquid falswn nutibus significare intenderet , non esset a mendacio immunis.

Cas IV. Sébastien dit une chose fausse en plaisantant, et sans aucune intention delà faire croire. Par exemple, il dit en riant qu'il a parcouru les quatre parties du monde, etc. Fait-il un mensonge?

R R. Non, quoiqu'en pense la morale de Grenoble : car, dit saint Augustin, le mensonge e-l une fausse signification d'une chose faile à dessein de tromper : Mendacium est falsa significatio cum volttntate fallendi. Or il n'y a rien de pareil dans le fait de Sébastien. 11 n'est donc pas coupable de mensonge, quoiqu'il puisse l'être de vanité ou de légèreté.

Cas V. Landri a payé à Martial 1,000 écus qu'il lui devait, dont il a lire quittance ; mais l'ayant perdue, et Martial étant mort, les héritiers du défunt lui ont demandé le payement de cette somme. Landri, pour éviter un procès dont ils le menaçaient, a si bien contrefait la signature de Martial, qu'ayant fait une quittance nouvelle, ils l'ont crue véritable et l'ont laissé en repos. Landri n'a-t-il rien à se reprocher?

R. Landri s'est rendu coupable de fausselé et de mensonge; puisque selon saint Aug. in Psal. v, il n'est pas permis de mentir pour sauver sa vie, ni même pour procurer le salut éternel du prochain. Ad sempilernam salutem nnllus ducendus est opituiante mendacio, 1. de Mcnd. n. V2. La propo-

DlCTlOMXAlRE DE Cas DF. CONSCIENCE.

pernicieux. Ce dernier est mortel do sa navéniels. On nienl en se servant d'équivoque,

silion contraire à ce que nous soutenons ici a été condamnée dans A. Gnimenias en 1(>G5 par la Fac. de théol. de Paris sous celte note : litre doctrina falsu est, scandnlosa, et reipublicœ perniciosa. Voyez saint Thomas 2-2, q. 110, art. 2.

Cas VI. Valier, portier d'un seigneur, répond à ceux qui viennent demander son maître dans le temps qu'il ne veut voir personne, qu'il n'est pas à la maison, ou il répond d'une manière équivoque, en disant qu'il est sorti, sous prétexte qu'il était sorti le malin. 1° Cet homme est-il coupable d'autant de mensonges, qu'il fait de telles réponses? 2° Son maître, qui a besoin de tout son lenips pour des affaires pressées, ne. peut-il pas lui donner cet ordre, vu qu'il vient chez lui des personnes de qualité, à qui on ne pourrait dire, sans les offenser beaucoup, qu'il est a la maison, mais qu'il ne veut voir personne.

P. Tout mensonge étant contre la loi de Dieu ; et dire qu'un homme n'y est pas quand il y est élant un mensonge, Valier doit plutôt s'exposer à être congédié, qu'obéir à son maître dans le cas présent.

— Je pense bien différemment, persuadé que ces mois : M. n'y est pas, selon un dictionnaire introduit par l'usage connu et approuvé ne sont qu'une manière honnête de dire, non que le maître n'y est pas absolument, mais qu'il ne peut actuellement voir personne. Ce serait autre chose dans un pays où cet usage ne serait point établi. A l'égard des équivoques, j'en ai ajouté un petit article sous leur propre mol.

Cas VIL Théodulphe, religieux, a dit plusieurs mensonges officieux ou joyeux en présence de plusieurs séculiers qui en ont été scandalisés. A-t-il péché mortellement s'il a connu qu'il leur donnait du scandale ?

R. Saint Thomas 2-2, q. 110, a. h, dit que, quoique ces sortes de mensonges ne soient que véniels de leur nature, ils peuvent pourtant devenir mortels par accident, à causo du scandale nolable qui en provient, ou du dommage considérable qu' il peuvent causer au prochain. Il semble donc qu'on peut dire que Théodulphe a péché mortellement, si ayant connu qu'il causait un scandale considérable par ses mensonges, il a continué, sans se mettre en peine du mauvais effet qu'ils produisaient.

— Un mensonge joyeux ne peut souvent être un mensonge, que devant des imbéciles ; parce que, comme dit saint Aug. I. de Mendacio, c. 2, habet evidentissimam ex pronuntiatione atque ipso jocantis affectu significalionem animi ncquaquam fatlentis , etsi non vera enuntiantis. Cependant il faut avoir égard à l'imbécillité. Vous me demande/ d où je viens aujourd'hui, et je vous réponds, de Rome. Ce n'est pas un mensonge, parce que vous connaissez ma pensée.

Cas VIII. Briand a usé de dissimulation II. s

pour délivrer un ami d'un mal considérable dont il était menacé. Sa dissimulation estelle un mensonge?

R. Saint I homas , après «voir prouvé qu'il n'est jamais permis do faire le plus léger mensonge, sous quelque prétexte que ce soit, ajoute, ibid. a. 3 : Lied tumen veritatem occultare prudenter sub aligua dissimulatione. On ne peut donc condamner Briand de mensonge, précisément parce qu'il a usé de dissimulation, pourvu qu'il n'ait rien dit ou fait contre la vérité; mais s'il s'e»t servi de termes ou de signes capables de faire croire le contraire de la vérité, on ne peut l'excuser de mensonge, suivant cette sentence de saint Aug. Mentiri.... nuvquam licet.Ergo necoccullare menliendo,\.de Mend.f c. 17.

Cas IX. Berlin, diacre, pour engager une fille au péché lui a assuré qu'il n'était pas dans les ordres sacrés, et qu'il pouvait l'épouser si elle devenait enceinte. 11 s'est confessé de son péché sans s'accuser de son mensonge, qu'il n'a regardé que comme véniel.

R. Le mensonge de Berlin renferme la plus noire malignité par la fin criminelle qu'il s'est proposée en le faisant, et par conséquent il est mortel. Donc sa confession n'a pas été entière, en supprimant un mensonge si pernicieux, et il doit la recommencer.

Cas X. Adrien, qui a une haine mortelle contre Joseph, ne se rend-il pas coupable du péché de mensonge toutes les fois qu'il dit : JHmitle nobis débita nostra, sicut et nos dimi aimas débit or ibus nostris?

11. Saint Thomas, 2-2, q. 83, croit qu'il n'y a point là de mensonge, tant parce qu'un ennemi qui récite cette prière parle au nom de l'Eglise, que parce qu'il n'a pas intention de tromper Dieu. S. Aug. serm. 49, alias 217 de Tempore, pense différemment, Interrogo : dicitis, annon dwitis? Odisti cl dicis, dimitte nobis, etc. Ergo si dicis, menliris ; si non dicis, niftil mercris. Mais que ce soit un mensonge ou non, c'est sûrement une grande irrévérence , et une espèce d'imprécation contre soi-même.

Cas XI. A\cz-vous fait du tort à quelqu'un en mentant. C'est ce que l'on appelle mensonge pernicieux; si c'est en matière grai e et avec délibération, il y a poché mortel et obligation de réparer le dommage qu'on a occasionné. C'est du mensonge pernicieux que l'Ecriture sainte vous a dit : « La bouche qui ment tue l'âme du menteur; vous perdrez, Seigneur, tous ceux qui profèrent des mensonges. » C'est un mensonge très-pernicieux que de tromper un malade sur le danger de mort où il est. parce qu'on est cause qu'il ne met ordreni à sa conscience ni à sa famille. Il ne faut affliger un malade que le moins qu'on peut, mais faut-il le laisser mourir sans qu'il y ait pensé?

Avez-vous menti en confe-sion, et en matière nécessaire à accuser? C'est un mensonge pernicieux à votre pauvre âme, c'est une profanation du sacrement de pénitence, un horrible sacrilège. Mais j'ai déjà bien pleuré mon péché, suis-je encore obligé de l'accuser? Toutes vos larmes, si vous n'accusez pas votre péché, ne vous exempteront pas d'aller brûler en enfer. Mais c'est la circonstance qui me fait horreur : ruse du démon. Cette circonstance n'est peut-être pas nécessaire à déclarer; mais enfin, puisqu'elle vous tourmente, dites-la. Vous y êtes obligé, sinon vous ne recouvreriez pas la paix. Quand on ôte une épine, il faut en arracher jusqu'à la pointe.

Tous les mensonges ne sont pas également criminels ; il faut donc bien prendre garde de faire en ceci de fausses consciences aux enfants. Ne leur dites pas qu'ils seront damnés s'ils mentent; on n'est pas damné pour avoir dit un petit mensonge. Cependant faites tous vos efforts pour préserver vos enfants du mensonge; ce vice moins excusable que la gourmandise est du plus mauvais augure. On ilil que la vérité est sur les lèvres de l'enfant : qu'on lui apprenne donc de bonne heure à en connaître la 1 cauté et combien elle est digne d'être aimée. Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable.

Voyez Ahsolution, cas IX; Accusé, cas

1, II, III et VI. M i; KIT K II.

Le mérite se prend ici pour une œuvre digne do récompense. On distingue deux sortes démérites: l'un de congrue, qui n'est digne de récompense que ex decenlia et gatuita ftberalitate ; l'autre de condigno, à qui la récompense est due à litre de justice, pourvu toutefois qu'on ne prenne pas ce mot dans un sens rigoureux; car le mérite de l'homme est principalement fondé sur la grâce; et ainsi Dieu, en couronnant nos bonnes œuvres, couronne ses dons, comme l'a dit saint Augustin. Le| cinq conditions du mérite de condigno seront expliquées, Cas 1.

Cas I. Pascal, dans une disputo a soutenu que p»iur mériter il suffisait de faire une bonne action par le molif d'une chariié imparfaite. Paul soutient que l'étal de grâce est nécessaire.

R. Paul, a raison ; car pour qu'une œuvre soit méritoire de <ondign>, il faut 1° qu'elle soit libre; 2" qu'elle soil faile avant la mort : quia post liane vitnm non est status mcrrmh, dilsaintThomas,q.7r/<' Wo,a.l1;3"qu'clle ail la grâce pour principe; k» qu'elle soil faite

en état de grâce; 5° qu'elle se fasse au moins virtuellement par le motif de la chante.

— On peut lire sur la troisième et la cinquième de ces conditions ce que j'en ai dii dans le Traité des actes hutnains, c. k.

C\s II. Jacques, homme charitable, a coutume de passer les apiès-dinées à servir les pauvres malades; mais il fait souvent ces a< lions sans pensera les rapporter à Dieu. Il en est de même de Grégoire, pendant qu'il

Ut MES MES li2

Conteste louto la matinée. Leurs actions fait avec un esprit de libéralité; le second,

sont-elles méritoires ? BWC répugnance. Qui des deux mérite da->

K. Pour que ces actions soient méritoires, vantage '.'

il n'est pas nécessaire qu'on les rapporte ac- \\. Si Antoine l 'efforce de vaincre la répu-

tuellement à Dieit, mais il suffît qu'on les y gnance naturelle qu'il a à donner, son au-

rapporte virtuellement; c'est-à-dire qu'on mône es! plus méritoire. Mais s'il n'a «il «pin

les offre à Dieu en les commençant, parce par une espèce de contrainte, et sans amour

que cette première ohlatiou influe dans tout de Dieu, il faut raisonner différemment ; puis-

lc cours de la bonne touffe. Que si on l'in- que, comme le dit saint Thomas, in .'{, <|;st.

lerrompt pour une autre espèce d'action, il ï\. a. .'{, le martyre même ne peut être mé~

faut alors, selon saint Honaventure, renou- riloire que quand on le souffre par le mu-

vêler sa première intention. Au reste nous lifde l'amour de Dieu. Quod sit werilo) ium

supposons que ces deux hommes sont en état (Martyrium) liochubel ex chnritnte, sicut qui-

dc grâce. libet virlutis actus, et ideo sine charilate non

Cas III. Prosper et Antoine donnent cha- valet. cun un écu à deux pauvres. Le premier le

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