OCCASION PROCHAINE DU PÉCHÉ MORTEL
On entend par occasion du péché tout ce qui nous y porte : Illud omne, dit saint Charles, quodpeccali causam administrât. H y a des occasions de péché (mortel), qui sont éloignées, qui ne nous mettent pas dans un danger prochain de pécher, dans lesquelles on pèche rarement; il n'est pas possible de les éviter toutes ; autrement il faudrait sortir du monde. H y a des occasions de péché qui sont prochaines ; ce sont celles qui mellent dans un danger probable, moral, prochain de pécher; ce qui fait que celui qui s'y trouve tombe fréquemment dans le péché. In en positus fréquenter peccat, ainsi qu'on s'exprime dans l'école ; et au contraire, qui sœpe versatur in occasione remola, raro peccat.
J'ai dit: fréquenter et non semper , parce que, pour juger que l'occasion est prochaine, il n'est pas nécessaire qu'elle fasse toujours tomber.
J'ai dit: fréquenter et non aliqunndo , parce que celui qui ne tombe que quelquefois, dans une occasion où il se trouve souvent, n'est pas encore dans l'occasion prochaine.
Enfin j'ai dit fréquenter; ce qui est ordinairement vrai ; il peut cependant y avoir quelques cas exceptés, où, à raison des circonstances, une seule chute peut rendre l'occasion prochaine; comme si une personne, déjà fort portée d'elle-même au mal, se trouvait toujours avec son séducteur qui a beaucoup d'ascendant sur elle.
Cette définition est celle de la Méihode de Kesançon ; nous l'avons citée littéralement, telle qu'il est facile de la lire à la page 2o7 du premier vol., chap. 7, art. 2, § 1, édition de Besançon, 1822, chez Petit.
Or, nous lisons à la page 373 t. II de la Thc'oloyie morale, de monseigneur Gousset celte singulière remarque : « La Méthode de direction, par un dire» leur du séminaire de Besançon, définit les occasions prochaines celles qui nous niellent dans un danger probable, moral et prochain de pécher ; ce qui fait que c lui qui s'y trouve, tombe presque toujours •'ans le péché: In ea positUI srrpius pecCat i ainsi qu'on s'exprime dans l'école. » Ch. 7, art. 2, § 1. « Nous n'admettons point cette notion, continue monseigneur Gousset, quoiqu'on la trouve dans plusieurs théologiens ; pour que I 'oceasion du péché loit prochaine, il suffit que celui qui s'y Irouvc tombe fréquemment, supe, fréquenter, < onmie le dit saint Alphonse. Toutefois nous sommes loin d'accuser l'auteur de celte méthode d'avoir voulu favo ïiser le relâchement pour l'absolution de ceux qui sont dans l'o< casion prochaine du péu
?»l ou: OCC
«ht* ; car cil.int d'une manière incomplète et quelquefois inexacte les avertissements de saiul Charlei ;mx confesseurs, il se montre plus lëvèt 0 encore que M grand archevêque, auquel certainement personne ne reprochera d'avoir élé lro|) indulgent. »
,>lle citation de monseigneur (îou^scl nous étonne, nous ne pouvons nous en rendre compte qu'.n supposant que ce «-avant an hevèque a un exemplaire de ta Méthode tout à fait particulier; en le pflfisagé incriniiné ne se trouve pas dans les d VOTÉ exemplaire! que nous avons parcourus; nous n'y avons lu que fréquenter el non le presque toujours qu'on lui prêle; elle n'enseigne sous ce rabpdft fine ce que (lisent saint Liguori elle bienheureux Léonard de Paul Maurice ; « Occasio pro.rimo, dit saint Alphonse, per se est illa in qua hommes commuuilcr , ut plurinnnn, peccanl : proxirna per m cidens est lllfl que • licet per se respeetu âliorum non si) prolJrtiB eoquod nonsitapta de sua nalura cotnmuniter inducere hommes ad peecalum, tamen respeetu alieujus est pioxima : vel quia hic in i la occasione, etsi non feré semper, hec frequrulius, fréquenter tamen cecidil ; vel quia speclala ejus praMcrita fragMilatc, prinlenter limelur ipsius lapsus. Unde perperarn dicunl Navarrus, Lugo el Viva cuni allia non esse in occasione proxirna adolescentes, qui laborando cuin feminis peccanl consensu , verbis aut laclibus, eo quod, ul dicunt, non fere semper in talibus occasionibus peccanl ; nain, ul diximus, ad occasionem proximam consliluendam sufficil ut bomo fréquenter in ea labatur. Nolandum vero quod aliquando occasio, quœ respeetu âliorum est proxirna, respeclu hominis valde pii etcauti poterit esse remota. Ex praemissis inferlur esse in occasione proxirna, 1e qui domi retinet mulierem cum qua sœpe peccavil. Et hic nolandum quod si quis non habet ad suam dispnsilionem mulierem, cum qua peccat, sed cum ea peccat semper ac accedit in illius domum, tune illuc accedere erit occasio proxirna, eiiamsi semel in anno accederel ; 2° qui in ludo fréquenter labilur in blasphemias vel fraudes ; 3° qui in aliqua domo, caupona aut conversatione, fréquenter incidit in ebrietatem, rixas, verba aut gestus laseivos. »
Suivant le bienheureux Léonard de Port-Maurice , « on donne communément le nom d'occasion prochaine à celle où, attendu les circonstances de la personne, du lieu et de l'expérience passée, on pèche toujours ou presque toujours, ou du moins fréquemment. C'est ce qui la dislingue de l'occasion éloignée, dans laquelle, eu égard aux mêmes circonstances, on ne pèche que rarement. Ainsi l'occasion prochaine n'est jamais telle que quand elle a, d'une manière absolue ou relative, une union fréquente avec le péché. Tel est le caractère propre qu'assignent les théologiens pour distinguer l'occasion prochaine de l'occasion éloignée. Mais il est à propos de remarquer que nous n'entendons pas ici que la fréquence des chutes soit toujours absolue quant au temps et quant aux actes, de sorte que pour constituer l'occasion prochaine il soit nécessaire de pécher lous les jours ou presque tous les jours, on de commettre dans le même espace de temps un certain nombre de péchés. Non, mais il suffit qu'elle soil relative au nombre de fois qu'on s'est exposé à l'occasion. Ainsi un homme ne tient pas, à la vérité, dans sa propre maison, la personne avec laquelle il a coutume de pécher, mais encore il l'entretient ailleurs dans sa dépendance, le concubinage serait trop évident. Mais il la visile dans une maison qui ne lui appartient pas, el pour cacher son intrigue, et tromper les regards de ceux qui épient ses démarches, il ne la visite qu'une seule fois par mois, el même plus rarement. 11 esl certain que s'il pèche le plus souvent, quand il se rend dans celle maison, si de douze fois l'année il n'en passe pas cinq ou six sans tomber, il doit être i failliblement réputé dans l'occasion du péché. Quelquefois encore il ne faudra pas s'attacher au nombre matériel des chutes, mais plutôt à examiner quelle esl 1 influence de l'occasion sur le péché et jusqu'à quel point le péché dépend de l'occasion. Toutes ces considérations sont abandonnées à la prudence du confesseur, qui pèsera mûrement le faSt avec ses circonstances.
11 y a des occasions prochaines, nécessaires ou involontaires ; ce sont celles qu'un malheureux pécheur ne peut ni éviter ni détruire ; c'est par exemple un homme qui esl en prison avec la personne avec laquelle il p che. Dans ce cas on ne peut ôter la circonstance extérieure qui constitue l'occasion prochaine ; il faut donc affaiblir le danger prochain produit par la propension intérieure à pécher, et ainsi faire que l'occasion qui est prochaine par elle-même devienne éloignée. Celui qui s'y trouve donne-t-il des signes d'une contrition spéciale ou d'autres indices de ses bonnes dispositions intérieures, absolvez-le en lui indiquant les préservatifs suffisants pour affaiblir le danger; mais si l'on ne voit pas de marques sur lesquelles on puisse fonder un jugement prudent de la réalité de ses bonnes dispositions intérieures, et surtout si après avoir élé averti deux ou trois fois, il n'a pas donné de signes d'amendement, ce serait une grande imprudence de lui donner l'absolution. Le confesseur doit la lui différer en lui assignant les moyens propres à affaiblir le danger prochain. Si le pécheur obéit et qu'il se corrige à l'aide de ces pratiques, on doit l'ahsoudre. Sion ne voit aucun signed'amendement, on doit le juger incapable d'absolution car dans ce cas, remarquez-le bien, l'occasion, de nécessaire devient volontaire.
L'occasion prochaine volontaire est celle qu'on peut, mais qu'on ne veut pas quitter. Il faut distinguer, avec saint Charles, celle qui esl prochaine de sa nature el celle qui ne l'est qu'accidentellement. Le saiul archevêque entend par occasions prochaines de leur nature les fréquentations criminelles qui ont lieu dans la propre maison, la lecture des livres immoraux, les statues, les tableaux immodestes.
9S DICTIONNAIRE DK C
Cas I. Un libertin a placé le portrait d'une personne aimée criminellement, dans l'appartement où il se trouve souvent et qu'il peut, s'il veut, enlever sur-le-champ; une domestique entraînée au mal par son maître peut aussitôt quitter la maison; à coup sûr en pareil cas on doit refuser l'absolution jusqu'à ce qu'on ait été l'occasion.
Cas II. Un maître a dans sa maison une personne qui est pour lui une occasion prochaine de péché; mais il n'y a ni scandale ni soupçon, l'un et l'autre jouissent d'une bonne réputation dans le public; si dans un temps de mission le confesseur persiste à refuser l'absolution à ce maître, s'il ne renvoie aussitôt sa servante, le renvoi subit, dans un moment de pénitence publique, peut faire naître des soupçons ; dans ce cas quel moyen trouvera le confesseur pour procurer le bien du pénitent, sans charger sa propre conscience ?
R. Je vais dire comment se conduisit un habile confesseur en pareille circonstance : « Ecoutez, mon fils, dit-il à son pénitent, en réalité, je ne devrais pas, je ne pourrais pas vous absoudre, mais parce que je vous vois si contrit et si résolu à renvoyer cette personne et que vous vous confessez avec tant de douleur de tous les péchés que vous avez commis, je veux croire qu'il n y a point de feinte de votre part et que vous parlez dans toute la sincérité de votre cœur ; je ne le croirais pas dans un autre temps que celui de la mission et si je ne vous voyais pas aussi contrit. Je vous absoudrai donc, à condition que vous me promettiez de renvoyer cette domestique quinze jours après que la mission sera finie, et jusqu'à ce temps-là, de ne la laisser jamais entrer dans votre chambre quand vous êtes seul, de ne pas lui parler, si ce n'est pour des choses nécessaires. De plus, pendant ces quinze jours, confessezvous au moins deux fois, pour rendre au confesseur compte de votre conduite ; faites naître pendant ce temps-là quelque circonstance favorable pour la renvoyer aussitôt après les quinze jours. Passé ce terme, vous ne devez pas même la garder une heure. » Ce moyen terme, dicté par la prudence dans une circonstance où il y a une espèce d'impossibilité morale de faire autrement, mérite d'être loué jusqu'à un certain point. Mais il ne faut pas en faire usage avec toute sorte de pénitents ni dans toute occasion ; soyez donc sur vos gardes, si vous ne voulez pas être trompé; tenez pour règle générale que dans l'occasion prochaine de sa nature in es*e, il faut employer le fer et le feu surtout en deux matières, l'injustice et l'impureté. Lorsque l'habitude est forte, la tentation pressante et l'inclination vive, m? vous en rapportez pas aux belles promesses, mais armez-vous d'une sainte rigueur et dites en deux mots: Allez, ôlez l'occasion et venez recevoir l'absolution. Si le pénitent objecte l'impossibilité morale, ne le croyez pas sur parole ; mais mesurez, examinez attentivement celle difficulté qu'il grossit. Bien souvent vous reconnaîtrez qu'elle n'est pas plus
grande que celle que rencontrait Abraham à chasser son esclave.
Les occasions qui ne sont prochaines qu'accidentellement per arcidens, et non de leur nature, exigent moins de rigueur et autorisent plus de condescendance ; elles consistent à fréquenter les maisons de jeu, les assemblées de divertissements, les ba!s, les cabarets. Suivant l'avis de saint Charles, lorsque le pénitent engagé dans de pareilles occasions promet sincèrement de les quitter, on peut l'cibsoudre au moins deux ou trois fois, supposé toujours que le confesseur connaisse qu'une semblable promesse sort d'un cœur résolu et contrit ; s'il a déjà promis d'autres fois sans se corriger, le saint archevêque veut qu'on lui refuse l'absolution jusqu'à ce qu'il ait entièrement quitté l'occasion.
Avant de terminer celte matière de l'occasion prochaine, je dois faire remarquer que beaucoup de confesseurs mettent un ?é* ritable zèle, non-seulement à séparer, maïs encore à éloigner leurs pénitents de toute occasion prochaine de péché contre la chasteté, mais négligent de leur faire quitter les autres occasions trop nombreuses de pécher contre les différents commandements de Dieu. Saint Charles a bien soin de faire celte remarque. Or, parmi les occasions qui ne sont prochaines qu'accidentellement, il compte celles où se trouvent un grand nombre de personnes qui en exerçant leur profession tombent fréquemment dans des fautes très-graves : blasphèmes , calomnies, haines, fraudes, parjures et autres semblables. Il veut qu'on leur diffère l'absolution, lorsque, avertis deux ou trois fois, ils ne donnent pas de signes d'amendement ; bien plus, si après des avertissements réitérés, ils ne se corrigent pas, on doit les obliger à quitter ces professions qui sont pour eux une occasion prochaine de péché. Mais avant d en venir à celte résolution extrême, il faut employer beaucoup de précautions et de moyens de prudence.
Le saint archevêque veut qu'on use d'une bien plus grande rigueur avec ceux qui vont au bal, qui fréquentent les spectacles, qui hantent les cabarets, qui sont pour eux, du moins relativement, des occasions prochaines de péché, puisqu'à. raison de leur mauvaise disposition, ils y tombent fréquemment dans des fautes très-graves. Ainsi , continue le saint, on ne doit pas les absoudre, s'ils ne commencent par promettre de s'en éloigner ; cl si, après avoir promis deux ou trois fois, ils retombent, il veut qu'on leur refuse l'absolution jusqu'à ce qu'ils aient éloigné l'occasion. Tout ce que nous venons de dire est fondé sur les décisions de L'Eglise, qui fulmine sa censure contre celui qui ose enseigner qu'on peut absoudre le pécheur qui vit dans l'occasion prochaine du pèche.
Cas III. On doit encoreconduire selon les maximes qu'on vient de proposer ceux qui donnent aux aulres occasion de péché; lois sont les comédiens , les chefs de famille qui tiennent chez eux dos assemblées de jeunes
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Ot'.C
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gens, où l'on se permet des libertés, aes cli.i ii siuis , di's paroles déslionnèles ; les librairei qui vendent on qui louent de mauvais livres, Ceux qui les impriment ou qui les prêtent, ceux qui exposent des tableaux ou des statuts déslionnèles, les receleurs, les cabaretiers qui ne suivent pas les rè-
gles de leur état, les maires et adjoints qui ne répriment pas les désordres publics autant qu'ils le peuvent ; les personnes de l'autre sexe qui s'habillent immodeslement. Voyez Absolution, cas XIII, XIV, XV, XVI, XVII, XVIII, XIX, XX, XXI, XXII.