BIGAMIE
La bigamie est, à proprement parler, la conjonction successive d'un homme avec plusieurs épouses. On distingue cependant trois sortes de bigamie : la vraie ou réelle, l'interprétative et la similitudinaire : la vraie, quand un homme a successivement épousé et connu plusieurs femmes légitimes ; l'interprétative, lorsque, n'en ayant épousé qu'une, il est censé, par fiction de droit, en avoir épousé plusieurs ; ce qui arrive : 1° quand un homme marié épouse une seconde femme du vivant de la première, soit de bonne foi, parce qu'il la croyait morte, soit de mauvaise foi et par une passion criminelle ; 2° quand un homme contracte deux mariages nuls à cause de quelque empêchement connu ou inconnu ; 3* lorsqu'un homme épouse une veuve ou une fille qu'un autre avait déjà connue; et cela, quand même il ignorerait le premier mariage de l'une d le malheur de l'.iutre; k° lorsqu'un homme qui avait épousé une vierge, la connaît depuis qu'elle a eu commerce avec un autre, soit de gré, soit malgré elle. La bigamie similitudinaire est lorsqu'un homme, après avoir contracté un mariage spirituel avec l'Eg.ise par le vœu solennel de chasteté qu'il a lait en religion, ou en prenant les ordres sacrés, contracte un mariage charnel avec une personne, ou vierge, ou corrompue, ou veuve. Ces trois sortes de bigamie rendent un homme irrégulier ; et le bigame réel léserait, quand il aurait contracté deux mariages avant son baptême, ou l'un devant, et l'autre après. Si un homme avait simplement fiancé deux personnes, il ne serait pas bigame, ou, comme nous I entendons ici, irrégulier ex bigamia, quand même il aurait péché avec elles. Il n'y a point de bigamie sans consommation de mariage, per debilam seminis emissionem. Si donc Tîli *i quille son mari anlc consummationem, pour entrer en religion, il ne sera pas bigame pour en épouser pleinement une seconde : et il ne léserait pas non plus s'il en épousait en premières noces une que sou mari aurait laissée vierge. Celui qui contracte un second mariage nul par défaut de consentement, ne lai-se pas d'être irrégulier, quoi qu'en pense Avila. Mais un homme marié, ou in suais, qui a plusieurs concubines, ne l'est pas, non plus que celui qui épouse une fille qu'il avait luimême débauchée. Ce serait autre chose si, même parla crainte des censures, il voyait sa prorre femme après qu'elle serait tombée en adu 1ère. Quoiqu'un religieux qui ose se varier devienne irrégulier, un laïque qui épouserait une religieuse lie le deviendrait pas, parce que le droit n'en parle point. (En France la bigamie est punie Jes travaux forces à temps, à moins que le bigame ne puisse prouver une bonne foi qui le rende excusable.)