COLLATION
On croit communément que ce mot collation tire son origine des anciennes conférences des moines qui s'assemblaient le soir pour taire des lectures. Ils lisaient la Vie des saints, les collations ou conférences des saints Pères. Après ces conférences, ils allaient au réfectoire, où il leur était permis de boire et non de manger. Comme le relâchement fait toujours du progrès , on s'est donné la licence de prendre le soir quelque nourriture. Gerson parle de fruits confits qu'on mangeait à la collation. La collation s'est insensiblement introduite, et elle est tolérée par l'Eglise. Puisqu'elle est tolérée , il ne faut donc pas la condamner , il est certain qu'on peut s'en tenir à l'usage établi ; mais celte collation doit être telle pour 1« qualité ou la quantité des mets, qu'on ne puisse pas la regarder comme un second repas.
Cas. C'est aujourd hui l'usage , surtout dans les grandes villes, de ne dîner qu'à l'heure où les premiers chrétiens faisaient leur repas du carême, et de co!lalion;ier vers midi ou onze heures. Cela est-il permis?
R. L'Eglise semble tolérer celle dérogation contre laquelle elle n'a pas réclamé; mais , abstracliou l'aie de l'usage qui s'est établi à cet égard, et qui semble avoir acquis sa force de déroger à la loi , nous dirons avec saint Lignori que l'heure n'est pas de l'essence du jeûne, mais seulement une circonstance accès oire : une anticipation de l'heure du repas , quelque notable qu'elle soit , ne peut donc pa< ê re une iaute grave, mais qu'elle est vénielle seulement ; que cette anticipation n'e>l même pas un péciié véniel quand elle aurait un motif plausible, tel que la nécessilé de faire un vo)age, l'arrivée d'un ami qui ne peut pas attendre l'heure ordinaire de la collation. Ceux qui ont l'habitude de prendre leur repas principal vers les cinq ou six heures oui une raison fondée de collationncr vers onze heures du malin, dans l'inconvénient qui résulte presque toujours dans une famille du changement de l'heure des repis. A plus forte raison devraii-on excuser ceux qui , à raison de leurs emplois ou de leurs travaux, ne sont pas liores de dîner à midi.
Avez- vous Mangé à la collation autant qu'à un repas ordinaire? Vous avez dans ce cas violé la loi du jeûne, vous avez péché mortel ement. Selon Bilbcart, vous pécheriez mortellem ni si les aliments dont vous usez à une seule coll ition étaient suffisants pour deux collations telles que l'usage les autorise. Du reste, les auteurs ne s'accordent pas sur la quaniiu d'aliments qu'on peut prendre à la collation, Saint Liguori et plusieurs autres doc eurs permet eut de prendre dix onces de nourriture. Il nous semble, comme le dit saint Thomas , qu'eu ceci il est fort difficile cl établir une règle générale ;