‹ Dictionnaire de cas de conscienceChapitre 178 sur 448 · COM COM · texte numérisé non relu

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peine d'excommunication portée contre les comédiens. II est très-peu de diocè>es en France où, lorsqu'il s'agit d'administrer quelques sacrements aux comédiens, de les admettre à la participation des choses saintes, de leur accorder les suffrages de l'Eglise ou les honneurs de ia sépulture, les préires des paroisses ne soient tort embarrassés et ne soient obligés d'en référer à l'ordinaire. Si là ils ne passent pas pour excommuniés, c'est du moins pour infâmes.

Nous reconnaissons du reste la sagesse de cet avis que donne monseigneur l'archevêque de Reims : « Lorsqu'un acteur est en danuer de mort, dit-il, le curé doil lui offrir son minisière. Si le malade ne paraît pas disj^é à renoncer à sa profession, il est prudent, à notre avis, de n'exiger que la simple déclaration que, s'il recouvre la saute, il s'en rapportera à la décision de l'évêque. Celle déclaration étant faite, on lui accordera les secours de la religion. Dans le cas où il s'obstinerait à refuser la déclaration qu'on lui demande, il serait évidemment indigne des sacrements et des bénédictions de 1 E .lise. »

« Si après avoir recouvré la santé, l'acteur a recours à la décision de l'évêque, celui-ci verra dans sa sagesse, eu égard aux circonstances et aux dépositions du sujet, s'il doit exiger absolument qu'il abandonne le théâtre aussitôt que possible, ou s'il est prudent de tolérer qu'il le suive encore plus ou moins de temps, !oul en lui indiquant les moyens à prendre pour ?e prémunir fortement contre les dangers inséparables de sa profession. Toutes choses égales, on sera plus indulgent envers une actrice qui est sous l'empire de la puissance maritale, qu envers un acteur qui est maître de ses actions. »

Quant à ce passage que l'on cite de saint Thomas , « que la profession de comédien, qui a pour but le divertissement des hommes, n'est point de soi illicite et mauvaise, » il y a longtemps que les théologiens et les c isuistes ont fait remarquer que celte idée de la comédie, séparée de toutes circonstances, est une idée spéculative et générale de c divertissement que l'on peut regarder comme une chose de soi indifféi ente, qui n'est ni bonne ni mauvaise. Mais elle n'a pas cette indifférence dans son usage, et lorsqu'on la considère avec les circonstances qui l'aceompagneut ordinairement. En effet, loin d'approuvé» les comédiens et la comédie, saint Thomas dit au contraire « que l'assistance aux spectacles e t quelque chose de mauvais, en tant qu'ils inclinent l'homme aux vices ou de l'impureté ou de lq cruauté

On sait d'ailleurs que saint Louis qui aimait à prendre conseil de saint Thomas, chassa les comédiens de son royaume. Or, comme le remarque un savant théologien, y a- -ii apparence que ce sainl docteur eût voulu dans s< s écrits justifier les comédiens, pendant que saint Louis qui estimait sa doctrine, qui prenaii autant qu'il pouvait et suivait toujours ses avis, les cha sait de ses états? Il est donc constant que quand sant Thomas a dit que l'exercice des comédiens et de la comédie était licite, il n'a jamais voulu parler de cet exercice considéré en lui-même et non de la manière dont on l'exerce oïdinairement, ni du degré d'infamie qu'on attache à celte profession. Il en est de même des passages que l'on cite de saint Antonin,de saint Charles et de saint François de Sales, qui certes sont bien loin d'être favorables aux comédiens et à îa comédie; ils ne la considéi aient qu'en elle-même, dans sa substance et non dans ses circonstances.

2° 11 est bien clair que si les comédiens sont excommuniés ou réputés infâmes, on ne peut pas les admettre à la communion, à moins qu'ils ne promettent de renoncer à leur profession. Mgr Gousset fait une distinction entre les comédiens proprement dits et les bateleurs , farceurs publics, danseurs de corde, histrions. « Or, dit-il, on doit certainement refuser les sacrements aux histrions, à moins qu'ils n'aient renoncé ou ne déclarent publiquement renoncer à une profession justement flétrie par l'opinion publique; ce sont des gens sans toi, sans religion, sans moralité. On doit encore les refuser à un acteur qi est diffamé dans le pays par la licence de ses mœurs ou l'abus de sa profession , taudis qu'il n'aura pas réparé les scandales qu'il a commis. En est-il de même de tous les comédiens? est-on obligé de les éloigner des sacrements pour cela seul qu'ils sont comédiens? Nous ne le pensons pas. » Nous pensons qu'un prêtre prudent fera très-bien de suivre son Hituel, et d'examiner si la peine d'excommunication est tombée en désuétude dans son diocèse. Or, la plupart des Rituels défendent d'admettre les comédiens à la communion sans distinction de farceurs, histrions et comédiens, les uns les déclarant excommuniés, et les autres, parce qu'ils les regardent comme infâmes; et quand le Rituel ne dit rien, non plus que la coutume, le prêtre dans le doute consultera son évêque.

3° Doit-on refuser la sépulture aux comédiens, acteurs et actrices? Oui , évidemment, quand avant de mourir ils n'ont pas donné des marques de conversion, et quand les Rituels le prescrivent. L'histoire est là pour dire que < 'est ainsi qu'en France on en a agi jusqu'à présent. Dans le doute, un prêtre prudent aura recours à ses supérieurs.

k" Enfin, peut-on admettre pour parrains et marraines les acteurs et actrices, les comédiens? Presque tous les Rituels le défendent expressément; celui de Paris, qu'on cite comme le moins positif, est celui de tous qui les déclarent plus formellement excommuniés. A la pag. 108 de ce Rituel, il est ordonné d'éloigner de la communion les comédiens; à la pag.291, d'exclure des saints ordres les bouffons, les bateleurs, les comédiens et les farceurs ; le» auteurs de ce Rituel savaient donc bien qu'il y a de la différence entre les bateleurs et les comédiens ; néanmoins ils excluent les comédiens de la table sainte. « Cet archevêque, dit le •ynode de Paris en 1074, en parlant de M, de Gondi, premier archevêque de Paris, fit de»

statuts très-saints, et particulièrement de ne point recevoir à la participation des sacrements et de priver de la sépulture ecclésiastique les comédiens qui n'auraient pas voulu renoncer à leur profession infâme et indigne d'un chrétien. Les Rituels de Reims, de Coulances, i!e Resançon, de Langres , d'Orléans, de Rayeux, etc., ne sont pas moins exprès. Le Rituel de Reims, pag. 119, met au nombre de ctux à qui il faut refuser la communion les bateleurs, les farceurs; à la pag. 619, il les prive de la sépuilure ecclésiastique » Le Rituel de Langres, fait par .Mgr de la Luzerne, dit, pag. 37 : « Les curés refuseront pour parrains ceux que les règles de 1 Eglise défendent d'admettre dans cette fonction, tels que les infidèles, les excommuniés dénoncés, les comédiens. » « Il faut prendre garée, dit le Rituel de Coutances de 1 année 1682, pag. Ikl, de ne point porter la communion aux indignes; ce.- indignes sont les usuriers publics, les comédiens. » Le rituel de Rayeux compte parmi les infâmes les comédiens et les bateleurs. Le Rituel de Senez dit : « Nous déclarons excommuniés ceux qui vaquent au jeu des spectacles et les farceurs. » Les Rituels d'Orléans, de Bourges, de Clermont, de Toulon, de Limoges, de Lyon, d'Agen, d'Aux< rre, de Soissons, de Belley, excluent tous les comédiens, farceurs, bateleurs de la fonction de parrains et de marraines, les regardant comme infâmes, indignes, excommuniés. On peut assurer que la presque généralité des Rituels de France mettent les comédiens, bateleurs, histrions, quelque nom qu'ils portent, au rang des infâmes, des excommuniés, des pécheurs publics, des srandileux à qui il faut refuser la communion , la sépulture s'ils ne se convertissent et ne renoncent à leur profession , et qu'on ne doit point recevoir pour parrains. Dans l'étal actuel des mœurs et de l'affaiblissement de la foi , un prêtre peut se trouver quelquefois embarrassé : à cet égard qu'il suive son Rituel, et, s'il doute, qu'il consulte ses supérieurs ; c'est à eux à juger si ces lois et ces règlements sont tombés en désuétude , et à en faire l'application selon les circonstances et les règles de la prudence. Mais, d'après les autorités et l'usage maintenu dans beaucoup de diocèses, il nous semble qu'on ne peut pas soutenir en thèse générale que les comédiens ne sont pas excommuniés.

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