CONSACRER
On ne prend ici le mot de consacrer que pour l'action par laquelle le prêtre change, par les paroles de Jésus-Christ, le pain et le vin au corps et au sang du même Sauveur. Il n'y a que le prêtre seul à qui cette puissance ait été accordée. Le pain dont on se sert, selon le rite de l'Eglise latine, doit être azyme, c'est-à-dire fait sans levain: autrement, le prêtre pécherait mortellement, quoique la consécration qu'il ferait du pain levé fût valide. Le pain doit être fait de farine de pur froment, délayée avec de l'eau naturelle. Le vin doit aussi être naturel ; autrement la consécration serait nulle. — Les paroles dont le prêtre doit se servir pour consacrer le pain et le vin sont marquées dans le canon de la messe ; mais elles ne sont pas toutes essentielles, comme on le fera voir. — Tout prêtre, fût-il excommunié dénoncé, peut consacrer validement , quoiqu'il ne lo puisse faire sans commettre un énorme sacrilège.
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Cas I. Charles, curé à la campagne, se trouve, la veille de Pâques au soir, dans l'impossibilité d'avoir dos pains faits de froment à consacrer, et n'a que de la farine de seigle ou d'orge dont il en puisse faire pour célébrer le lendemain et pour communier ses paroissiens. Peut-il s'en servir dans un cas si pressant; et s'il s'en servait, la consécration de cette espèce de pain serait-elle valide?
R. Ce curé non-seulement pécherait mortellement en consacrant avec du pain qui ne serait pas de froment, mais consacrerait même invaïïdement. C'est le sentiment de toute l'Eglise, que le pape Eugène a exprimé en disant: Tertium est eucharistiœ sacramentum, cujus materia est panis triticeus.
— Saint Thomas, cité par l'auteur, a cru, p. III, quest. 74, a. 3, que le froment dégénéré en seigle dans de mauvaises terres, pouvait être la matière d'une vraie consécration ; et Gonet soutient qu'on pourrait s'en servir dans des cas pressants, comme est celui de donner le saint viatique à un moribond. Tournely a pensé la même chose, et Estius a été p!us loin. li faut absolument s'en tenir au sentiment contraire. Voyez mon Traité des mystères, ch. k, n. 2.
Cas II. Jovin n'a que de la farine de froment et d'orge mêlée ensemble; il en a fait des pains pour les consacrer dans une pressante nécessité où il était de célébrer. L'a-t-il pu sans péché ? a-t-il au moins consacré valideraient?
R. Si la mixtion de l'orge est fort peu considérable, en sorte qu'elle ne puisse altérer la nature du froment, ce curé a pu s'en servir, à cause de la pressante nécessité où il était, suivant cette maxime de saint Thomas : Quocl est modicum, quodammodo assumitur aplurimo. Mais si cette mixtion était un peu considérable, il n'a pu s'en servir sans pécher grièvement , et si elie l'était jusqu'à changer l'espèce du pain, il n'a pas même consacré valideraient.
Cas III. Àlphius, se trouvant pressé de consacrer une hostie pour donner le viatique à un mourant, et n'ayant point d'eau, a délayé de la farine de froment avec du vin blanc ou avec de l'eau distillée à l'alambic , et en a fait un pain avec lequel il a célébré. A-t-il consacré valideraient?
R. Non : car, comme dit saint Cyprien en. son épître à Cécilius, il n'y a que le pain fait de farine et d'eau naturelle, qui soit la matière du sacrement de l'eucharistie. Nec corpus Domini potest esse farina sola, aut aqua soin, nisi utrumque adunatum fuerit et panis unius compage solidatnm. Il en serait de même si au lieu d'eau on se servait de lait ou de miel. De l'eau distillée serait, selon la rubrique, une matière douteuse, et, selon plusieurs savants, une matière certainement nulle.
Cas IV. Sabin peut-il, sans péché mortel, consacrer avec du pain levé, pour donner le viatique à un homme qui autrement va mourir sans le recevoir?
R. Il ne le peut, ni dans ce cas, ni dans
aucun autre, puisqu'il violerait la coutume universellement pratiquée dans toute l'Elatine. L'état de son paroissien n'est pas uns raison qui l'autorise à s'écarter de V, 1 ,\ , parce qu'un moribond n'est pas obligé à recevoir le viatique, quand on ne peut le lui donner que contre les règles.
— L'auteur se trompe en disant qu'on ne peut, en aucun cas, consacrer avec du pain levé. On le pourrait et il le faudrait , pour continuer le sacrifice d'un prêtre, qu'on reconnaîtrait avoir prononcé les paroles sur une formule corrompue, ou qui aurait disparu. Le célébrant devrait le faire lui-même en cas pareil, s'il ne pouvait trouver de pain azyme.
Cas V. Gervais, prêtre de l'Eglise latine, étant en Morée, où l'Eglise grecque se sert de pain levé, a consacré avec cette sorte de pain pendant qu'il y a séjourné. L'a-t-il pu faire validement et licitement ?
R. Il l'a fail validement, puisque, selon le décret d'Eugène IV, la consécration est valide avec du pain levé, comme avec du pain sans levain ; il l'a fait aussi licitement, s'il n'y a dans le lieu aucune église des Latins, où il pût célébrer. * S'il y en avait une, il eût été plus à propos qu'il y célébrât , quoiqu'il eût pu, avec la permission de l'évêque, célébrer ritu Latino chez les Grecs catholiques, comme ceux-ci célèbrent chez les Latins ritu Grœco. Voyez le Traité des SS. Mystères, ibid., n. k.
Cas. VI. Hilder étant obligé de célébrer un dimanche, et n'ayant point de vin, s'est servi de moût, en exprimant une grappe de raisin mûr dans le calice. L'a-t-il pu?
R. Il l'a pu, puisque le moût est de véritable vin , et que ia nécessité est alors plus forte que l'indécence qu'il y a à s'en servir. Hors de ce cas, il ne l'aurait pu sans péché. Prohibetar ne nmslum statim expression de uva in calice offeratur; quia hoc est indecens propter impuritalem musti. Potest tamen in nécessitât e fieri. Saint Thomas, p. III, q. 7 V, art. 5, ad 3.
Cas VIL Octave trouva, en 1709, le vin entièrement gelé dans le calice lorsqu'il fut près de le consacrer. Pouvait-il le consacrer validement, sans le faire dégeler auparavant?
R. Comme on est partagé sur ce poiut,et que la chose est douteuse, un prêtre ne doit jamais, consacrer du vin gelé, mais il doit le faire dégeler auparavant, * ou ne consacrer pas. Gavaulus et Quarti, qui croient que du vin gelé peut être la matière du sacrifice, avouent qu'on ne pourrait, sans Déché mortel, le consacrer en cet état.
Cas VIII. Geoffroi s'est aperçu à la communion que le vin dont il s'était servi pour la consécration, commençait à s'aigrir notablement, quoiqu'il ne "fût pas encore entièrement aigre. L'a-t-il consacré validedemenl ?
R. Il faut dire avec saint Thomas, ibid.. ad 2, que si la corruption du pain ou du n'est pas totale, mais seulement coi la consécration en est valide; parce que fa
et l'autre conservent encore en ce cas sa première nature de pain ou de vin , quoique le prêtre ne puisse se servir d'une telle matière pour la consacrer, sans un péché considérable, quand il le fait avec connaissance * et sans nécessité. Il faut raisonner du vin cuit et de celui qu'on appelle poussé, c'est-à-dire corrompu, comme de celui qui est entièrement aigre ; car ces deux sortes de vins ont perdu totalement la nature du vin , et n'en conservent que le nom.
Cas IX. Un prêtre, à qui on a présentéquatre pains, a-t-il pu n'en consacrer que trois sans en exclure aucun?
R. Cette consécration est nulle, ainsi que le dit la Rubrique, parce que le pronom hoc demande une matière déterminée par l'intention. Ce serait autre chose, si le prêtre avait cru qu'il n'y avait que cinq pains, et qu'il y en eût six; car alors il les aurait consacrés tous six, pourvu qu'il eût eu intention de consacrer tous les pains qu'on lui aurait présentés ; parce que cette erreur , purement spéculative, ne pourrait détruire l'intention pratique qu'il aurait eue de consacrer tous les pains qui lui étaient présents. D'où il suit qu'il est important d'avoir toujours l'intention de consacrer tous les pains qui sont sur le corporal.
Cas X. Léon ayant mis sur l'autel un ciboire plein de pains à consacrer, a oublié ou négligé de le découvrir avant que de consacrer. La consécration est-elle néanmoins valide?
R. Le prêtre doit toujours découvrir au temps de la consécration le vase où sont les pains qu'il doit consacrer. Néanmoins s'il oublie ou qu'il néglige de le découvrir, il ne laisse pas de consacrer validement tous les pains qui y sont, parce qu'il suffit qu'ils lui soient moralement présents. C'est le sentiment commun des théologiens. Foyez Intention, Cas I.
Cas XI. Samson ayant mis sur le corporal plusieurs hosties à consacrer pour des personnes qui demandaient à communier, a consacré celle qu'il devait consumer, sans faire attention aux autres qu'il avait préparées. Ces hosties sont elles consacrées?
R. Elles le sont; parce que l'intention actuelle n'est pas d'une nécessité absolue pour la validité de la consécration, l'intention, qu'on appelle virtuelle, étant suffisante. Or, dans le cas proposé, ces hosties ont été consacrées avec une intention virtuelle , puisque le prêtre ne les a mises et laissées sur l'autel qu'avec l'intention actuelle qu'il a eue de les consacrer avec celle qu'il devait consumer, et qu'il n'a prononcé les paroles de la consécration qu'on vertu de l'acte d'intention ou de l'intention actuelle qu'il avait eue auparavant, cl laquelle s'étendait également à toutes les hosties qu'il avait préparées et mises sur le corporal avant que de commencer la messe.
Cas XII, Sophrone, célébrant la messe avec beaucoup de promptitude, à cause qu'il était pressé d'aller secourir un malade, s'est ressouvenu, après la consécration du calice,
qu'il avait omis -ces paroles : Novi et œterni testamenti et les suivantes. A-t-il consacré validement?
R. Celte consécration est valide, et Sa* phrone ne doit pas répéter les paroles qu'il a omises par précipitation ou par distraction. La raison est que les paroles qu'il a omises ne sont pas plus essentielles à la consécration du vin que celles-ci : Quod pro vobit tradetur, ne le sont à celle du pain. Or ces dernières ne le sont pas, de l'aveu de saint Thomas lui-même. Vouez mon Traité De Eucharistia, p. 2, cap.*, art. 3, tom. VIII, p. 803.
Cas XIII. Démius, prêtre grec, célébrant la messe, un docteur a prétendu que ce Grec ne consacrait pas, parce que les Grecs attribuent la vertu surnaturelle, par laquelle se fait la consécration, à l'oraison qu'ils adressent au Saint-Esprit, et nullement à ces seules paroles : Hoc est corpus meum. Hic est ca~ lix sanguinis mei, comme on le voit par Cabasillas. A-t-il raison ?
R. Point du tout : 1° parce qu'il n'y a point de Grec qui n'ait intention de faire ce que Jésus-Christ a institué; 2° parce que quand on demanda aux Grecs, en 1*38, au concile de Florence, quelle était leur intention, eu récitant, après les paroles de la consécration, cette oraison qui se trouve dans leur liturgie, et en celle de saint Jacques, de saint Basile et de saint Chrysoslôme : Fac panem quidem hune honorabile corpus Christi tui : quod autem in calice isto est, honorabilem sanguinem Christi lui, ils répondirent qu'ils croyaient fermement que le sacrement était accompli par les paroles mêmes de Jésus- Christ, etqu'ils n'avaient d'autre intention que de demander à Dieu que le corps et le sang de Notre-Seigneur deviennent salutaires, et au prêtre qui offre le saint sacrifice, et à ceux pour qui il l'offre.
Cas XIV. Simon, ayant été excommunié et même dégradé de ses ordres, n'a pas laissé de célébrer la messe en secret. A-t-il offert un véritable sacrifice ?
B. Il a consacré validement , parce que les censures et les dégradations ne peuvent effacer le caractère sacerdotal, et notent seulement que le pouvoir de l'exercer. Cela est indubitable, chez saint Thomas, 3 p., q. 82, art. 8, et chez tous les docteurs.
Cas XV. Durius a eu l'impiété de consacrer une hostie pour chercher des trésors. L'a-t-il consacrée validement avec une si détestable intention?
R. Dès que Durius a eu une véritable intention de consacrer dans ce cas , sa consécration est certainement valide, quoiqu'il ait commis un crime énorme en consacrant pour une fin si criminelle.
Cas XVI. Eustase ayant été averti , après la communion, qu'un de ses paroisiens demandait le viatique, et n'ayant point d'hosties consacrées, en a consacré une avant que de finir la messe. L'a-t-il pu sans péché?
R. Il ne l'a pu sans péché mortel; car quoique le prêtre puisse consacrer validement le pain sans le vin, ou le vin sans le
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pain; il n'est pourtant jamais permis de consacrer l'un sans l'autre, sous quelque prétexte que ce soit, parce que c'est violer l'usage universellement observé dans toute l'Eglise. Et c'est pour cela : 1° que si l'un des deux lui manquait, il serait indispensablement obligé de s'abstenir de toute consécration; 2° que selon saint Thomas et la Rubrique , si un prêtre qui a communié sous l'espèce du pain, s'aperçoit qu'il n'y a que de l'eau dans le calice, il doit y mettre du vin et prendre un nouveau pain , et consacrer l'un et l'autre.
— Ce dernier sentiment de saint Thomas et de la Rubrique souffre une très-grande difficulté. Je le suivrais cependant si cela se pouvaitfaire sans troubler la multitudequi
entendrait la messe. Voyez le Traité des SS. Mystères, ch. h, n* 11.
Cas XVII. Octavia, fœda peccatrix , ipso Paschatis die, ad amovendam improbae vit» suspicionem a conscio parocho Eucharistiam accepit; at tanto scelere terril;», hostiam ex ore extractam , sudario involvit, eamque parocho tradidit adhuc integram.
Quid de ea faciendum?
R. Non licet eam comburere : sed in sacrario reponenda est , donec species sacramentales' fuerint omnino corruptœ, et tune in piscinam injicientur. Melius tamen fuorit, ut eadem hostia , si fîeri potesl, ab nliqut mtssam célébrante quamprimum consumatur.
Voyez Communion , Eglise , Messe.
La conscience est un jugement actuel de l'entendement qui dicte qu'il faut ou qu'on peut faire une chose particulière, parce qu'elle est bonne ou permise; ou bien qu'il ne la faut pas faire, parce qu'elle est mauvaise. Il y a une conscience droite qui porte à faire ce qui est conforme au précepte , ?t une conscience fausse ou erronée, qui porte à faire ce que le précepte défend, en persuadant qu'il n'est pas défendu. Il n'est jamais permis d'agir contre la conscience, quand même elle est erronée. Mais l'erreur excuse de péché, quand elle n'est point volontaire. — Il y a enc ure une conscience que les théologiens appellent probable , et qui est une conviction intérieure, causée par la certitude morale que nous avons de la bonté d'une action, laquelle est fondée sur des conjectures qui paraissent graves ou aux sages, ou à ceux d'entre les sages qui ont le plus d'autorité. La conscience douteuse est opposée à la probable, en ce que celle-ci fournit des lumières sufûsantes pour convaincre de la bonté de l'action , au lieu que la conscience douteuse se trouve balancée par des raisons contraires, sans se pouvoirdéterminerau choix qu'elle doit faire, ni juger quelles sont les meilleures. Dans ca cas de doute, on doit choisir leparti le plus sûr pour le salut, suivant cette maxime delà glose: Tutius in dubio déclarant jura sequendum ; et en cas qu'on ne pût connaître quel parti est le plus sûr, il faut suivre ce qu'on croit être plus conforme aux règles de l'Eglise, sans consulter ses intérêts ou ses inclinations ; et si enfin le doute ne cesse pas, on doit consulter des personnes éclairées, et surtout les supérieurs. On parlera de la conscience scrupuleuse au mot Scrupule
Cas I. Proti croyant, par une conscience erronée, qu'on n'est pas tenu, sous peine de péché mortel, d'assister à la messe les jours de fête, lors même qu'on en a la commodité, y manque souvent. Peut-on l'excuser dépêché mortel , à cause de la persuasion où il est?
R. Pour résoudre cette difficulté et beaucoup d'autres, il faut supposer : 1° que l'erreur et l'ignorance n'excusent pas toujours de péché, puisque l'ignorance est souvent elle-même un péché et la source de bien des péchés; 2° que néanmoins elle en excuse quelquefois ; savoir, quand elle est involontaire et qu'un homme, eu égard à son état, n'a pu la vaincre : et c'est ce qui arrive nonseulement dans les choses de fait, mais aussi en celles de droit, soit humain, soit divin , mais jamais quant aux premiers principes du droit naturel. Sur ces principes il est aisé de résoudre la difficulté proposée ; car si l'ignorance de Proti, à l'égard du précepte qui oblige les fidèles à assister à la messe les dimanches et les fêtes, est volontaire, ou directement, parce qu'il n'a pas voulu savoir, ou même indirectement, parce qu'il a négligé d'assister aux instructions ou d'en demander, sa conscience erronés ne l'excuse