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DÉTRACTION

La détraclion est définie par saint Thomas une injuste diffamation du prochain ; elle comprend les soupçons, les doutes et les jugements téméraires, la médisance et la calomnie; elle peut devenir mortelle par elle-même.

Les soupçons, les doutes et les jugements téméraires , sont défendus par la loi divine e' même par la loi naturelle. Ils sont di s péchés mortels lorsqu'ils sont accompagnés de deux conditions, 1° lorsqu'ils sont foi mes a ce adverlauce et avec délibération; 2° quand le mal qu'on p use du prochain est considérable.

lin doute, un soupçon, un jugement , s'appellent] téméraires quand ils sont formés sans fond ment, ou du moins sans raison suffisante ; en oIT.ï , c est une témérité de soupçonner ou de croire le mal «ans en avoir -'es preuves

Avez-vous distingué en confession le jugement du doute et du soupçon téméraire? Le doute e t une espèce de suspension qui tient notre esprit dans l'équilibre , sans qu'il penche d'un côté ni d'un autre. Le soupçon est une disposition à consentir, (punique l'a hlcment. Le jugement enfin esi un consentement ferme et déterminé. Figurez-vous une balance; si la balance est dans un parlait équilibre, voilà le «toute; si eil penche plus d'un côté que de l'autre, voilà le soupçon; enfin, si l'un des bassins Je la balance l'emporte entièrement sur l'autre, voilà le jugement formé : par exemple, vous pensez à la probité de cet homme, v«»us ne la ctoyez ni bonne ni mauvaise, voilà le doui»-; vous penchez à la croire mauvaise plutôt qu'à la croire bonne, vo là le soupçon; vous affirmez en vous-même qu'e. le est ma tvaisc, voilà le jugement. Saint Paul ayant pris une po guée de sarments pour la eler dans le feu, une vipère qui s'y trouvait mordit la main du saint apô re. Les habitants du pays portèrent dans celt«' occasion un jugement téméraire et précipi é contre saint Paul, et se dirent entre eux : Il faut que cet homme soit b en coupable, puisqu'à peine échappé du naufrage, la vengeance divine le poursuit encore. Parce «jue votre œil est mauvais, vous voyez du mal partout; vous jugez les autres méchants, parce que vous l'êtes vousmême.

Il y a plus de mal dans le jugement que dans le doute et le soupçon téméraire; i! faut plus de raison pour juger que pour soupçonner; il en faut plus pour soupçonner que pour douter. Par exemple, vous avez vu un homme voler, vous pouvez sans témérité juger que c'est un «oleur; vous l'avez vu fuir d'uue mai>on où l'on a fait un vol , vous pouvez, sans témérité, soupçonner que c'est cet homme , mais vous n'avez pas assez de raison pour juger.

Les jugements, les doutes, les soupçons, sont plus ou moins téméraires , par conséquent plus ou moins grief-» selon les raisons plus «tu moins fortes qu'on a de juger, de douter ou de soupçonner. Pour connaître la témérité d'un jugement, il f ut avoir égard à la nature de l'action, aux circonstances du temps, du lieu, de la personne, et surtout à ce qui porte à juger; si c'est l'orgueil, l'envie, la haine, la légèreté.

Tel croit aujourd'hui ne s'être pas trompé dans son jugement, qui demain en reconnaîtra la témérité. Que si nous ne pouvons justifier l'action d a prochain, excuson» du moins linteniion. Si une action aval cent visages, disait un saiut évéque, il faudrait toujours la Dictionnaire de Cas de conscience. I. 18

regarder par le plus beau. II vaut mieux se tromper en jugeant favorablement qu^ de ne poiin4. go tromper en jugeant malignement.

Cas. Ennius a chez lui un domestique depuis quelques jours ; en sortant, il met tout sous clef; fait-il un jugement téméraire?

R. Non, lorsqu'il s'agit de remédier à un mal ou de le prévenir, on peut sans péché prendre ses précautions contre certaines personnes. 11 vous est bien permis do renfermer tout sous clef, lorsque vous avez chez vous quelqu'un, quelque domestique que vous ne connaissez pas ; ce n'e^t point un jugement que vous formez, c'est une supposition , un doute négatif, et ce doute , loin d'êlre blâmable, est un acte de prudence; tels sont les doutes et les soupçons des supérieurs, des maîtres et des pères de famille

chargés de veiller sur leurs inférieurs dont ils doivent se défier, aGn de les empêcher de faire le mal.

Il faut remarquer que les doutes, les soupçons , les jugements téméraires, lors même qu'ils seraient en matière grave, ne seraient que des péchés véniels, lorsqu'ils ne seraient pas pleinement volontaires; et voilà ce qui doit rassurer les personnes timorées qui s'Imaginent sans cesse former contre le prochain des jugements téméraires pouriesquels cependant elles ont de l'aversion : elles ne commettent pas même un péché véniel, puis-< que ces jugements ne sont pas consentis.

Voyez Calomnie, Médisance.

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