‹ Dictionnaire de cas de conscienceChapitre 34 sur 448 · ADV ADV · texte numérisé non relu

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de soumission et de respect; c'est ce que l'on appelle une adoration civile que l'on rend aux rois, aux princes et à ceux qui sont constitués en dignité. C'est dans ce sens que l'on doit prendre cette expression d'adorable que l'on donne quelquefois à une personne aue l'on chérit.

Nous n'adorons ni les anges, ni la sainte Vierge, ni les saints; les honneurs que nous leur rendons se rapportent à Dieu, auteur de tous les biens dont ils ont été comblés.

ADVERTANCE.

C'est l'attention par laquelle celui qui agit remarque la qualité morale de son action, sa bonté ou sa malice. 11 ne faut pas confondre l'ignorance avec l'inadvertance. Une personne mange de la viande le vendredi parce qu'elle ne se rappelle pas que c'est un jour d'abstinence, elle ne pèche point; c'est l'inadvertance et non l'ignorance qui l'excuse.

On distingue l'advertance actuelle, l'advertance virtuelle et l'advertance interprétative. Inadvertance par rapport au péché est actuelle , lorsqu'en agissant on sait bien qu'on fait un mal, et qu'on y fait actuellement réflexion. L'advertance est virtuelle lorsque, sans être bien instruit de la malice d'une action ou sans faire actuellement assez de réflexion à ce qu'on en sait, on sent néanmoins en soi quelque scrupule, quelque doute, quelque soupçon qui fait craindre qu'elle ne soit pas permise; ou bien encore lorsqu'on en entrevoit confusément la malice ou les mauvaises suites. La première caractérise le volontaire direct, la seconde le volontaire indirect. L'advertance interprétative n'est autre chose que la faculté de remarquer la malice de l'acte, que l'on remarquerait, en effet, si la pensée s'en présentait a l'esprit. Mais cette advertance n'est point une advertance proprement dite, car elle ne suppose aucune attention, aucune idée même confuse de la malice de l'acte. Pour pécher mortellement, une advertance actuelle à la malice de l'action ni même un doute positif à cet égard ne sont pas absolument nécessaires. Car il peut arriver , comme il arrive en effet, qu'une action soit formellement mauvaise et imputable à péché sans que celui qui en est l'auteur la reconnaisse présentement comme telle: quand, par exemple, on viole une loi par suite ou d'une ignorance vincible et coupable, ou d'une passion, d'une habitude volontaire dans sa cause, ou de la légèreté avec laquelle on se porte à un acte, nonobstant le doute ou le soupçon qu'on a sur la malice de cet acte. L'advertance virtuelle suffli pour pécher mortellement ; l'advertance interprétative ne suffit pas

Doit-on regarder comme véritablement coupables des péchés qu'ils commettent, même sans s'en apercevoir , 1° ceux qui n'y tombent que parce qu'ils négligent de s'instruire de leurs devoirs ou de s'en retracer le souvenir; 2" ceux qui, vivant dans la dissipation, agissent, parlent au hasard et sans réflexion, souvent même dans les choses qui en méritent davantage ; 3° ceux qui, avant d'agir, ne savent point examiner si ce qu'ils font est bon ou mauvais , permis ou défendu ; k° ceux qui, de peur de se troubler ou pour quelque autre motif, négligent de propos délibéré d'éclaircir et d'approfondir des vues confuses et imparfaites du mal qui peut se rencontrer dans une action, détournent leur esprit do cette idée inquiétante qui, quoique encore obscure, avec plus d'attention, les eût conduits à une connaissance plus distincte; 5° ceux qui se conduisent par humeur, par passion, se laissent séduire par de faux préjugés, et ne savent point se faire violence; 6° ceux qui, emportés d'abord par les premiers mouvements d'une passion involontaire qui s'allume tout à coup à la présence d'un objet, négligent de les réprimer aussitôt qu'ils s'en aperçoivent; 7° ceux qui agissent en conséquence d'une mauvaise habitude qu'ils se sont formée*, et ne font pas assez d'efforts pour s'en corriger.

U. Dans tous ces cas il y a péché ; il est plus ou moins grief selon que la matière est plus ou moins considérable, et la négligence plus ou moins grande, le principe de l'inadvertance plus ou moins coupable. C'est pourquoi la faculté de Louvain a très-justement censuré une proposition qui enseignait qu'une action n'est ui bonne ni mauvaise quand celui qui la fait ignore absolument ou ne pense pas en la faisant qu'elle est défendue.

On convient qu'une advertance entière et parfaite est nécessaire, qu'une advertance imparfaite ne suffit pas pour un péché mortel. L'enseignement sur ce point est unanime. Mais quand l'advertance est-elle parfaite et entière, quand ne l'est-elle pas assez pour consommer un péché mortel? c'est sur quoi les casuistes, quoiqu'ils conviennent en général et dans l'essentiel, ne s'expliquent pas d'une manière uniforme. Pour expliquer d'une manière sensible la différence de l'une et de l'autre advertance, on ne peut pas en donner une plus juste idée qu'en la comparant à celle d'un homme qui est parfaitement éveillé ou qui ne l'est qu'à demi. Quand on est parfaitement éveillé, on voit bien alors ce que l'on fait, on est entièrement à soi. Quand on n'est éveillé qu'à demi, le sommeil dont on n'est pas entièrement tiré répand des nuages dans l'esprit qui ne voit les choses qu'à travers une sorte d'obscurité ; les idées sont encore enveloppées , on entrevoit plutôt les choses qu'on ne les voit véritablement. Nous disons donc que l'advertance est parfaite lorsqu'on est parfaitement à soi , qu'on voit bien ou qu'on est en état de connaître ce que l'on fait, si c'est un mal ou s'il y a lieu de le soupçonner.

L'advertance est imparfaite lorsqu'on n'a pas un usage de la raison entièrement libre, et qu'en se trouvant dans cet état on ne voit les choses qu'à demi et confusément, et que l'âme uo

peut exercer pleinement toutes ses facultés. C'est pourquoi on peut présumer que ceux qui

ne faisant que sortir du sommeil éprouvent des tentations fâcheuses, qu'ils rejettent aussi-

tôt qu'ils sont pleinement revenus à eux-mêmes; que ceux même qui doutent si dans ces occasions ils étaient pleinement éveillés, ne sont pas coupables de péché mortel, quelquefois même d'aucun péché, faute d'avoir eu alors un usage assez libre de la raison oour une advertance au moins pleine et parfaite.

Ce n'est pas le sommeil seul dont on ne fait que de sortir qui peut occasionner une advertance imparfaite : d'autre? causes également innocentes peuvent produire le même effet, comme un accident subit et auquel on ne s'attend pas, une application forte à un autre objet qui occupe toutes les facultés de l'âme , un accès de folie, de frénésie, de délire dont on ne commence qu'à revenir; une ivresse de sur rise, une profonde mélancolie dont on n'est pas maître; un défaut de raison qui n'est pas assez développée, etc.

Au reste il ne faut pas admettre légèrement l'excuse de l'advertance imparfaite. Dans l'usage ordinaire, ceux qui jouissent d i libre usage de la raison en agissant ne peuvent guère être excusés à ce titre. La chose faite et mieux examinée, ils peuvent bien se flatter qu'ils auraient agi différemment s'ils avaient aussi bien connu le mal qu'ils ont commis; mais ils en connaissaient assez pour les arrêter et les en détourner. Quoi qu'il en puisse être, il faut abandonner au jugement de Dieu ce qu'on ne peut bien juger soi-même. Les 6aints eux-mêmes ont tremblé par leurs advertauces et leurs méprises, et les personnes les plus vertueuses éprouvent encore les mêmes sentiments.

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