‹ Dictionnaire de cas de conscienceChapitre 350 sur 448 · FILLES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

FILLES PUBLIQUES

Cas I. Arbès, maire d'une ville de dix mille habitants, a été se confesser pour la fêle de Noël, et son curé n'a pas voulu l'absoudre parce qu'il permet les filles publiques dans sa paroisse.

R. Le petit nombre de ceux qui prétendent qu'on peut permettre les filles publiques dans une ville, donnent pour raison que s'il n'y en avaitpasilenrésulterait de plus grands inconvénients , des crimes horribles outre la prévarication des femmes honnêtes. Ce sentiment n'est que très-peu probable ; et dans la pratique le sentiment contraire est beaucoup plus probable et le seul qu'on puisse suivre : car les maux qui résultent de la fréquentation des maisons de débauche sont bien plus grands que ceux qu'on croit éloigner en permettant les filles prostituées dans une ville. Je croirais cependant que dans la pratique on ne devrait pas trop inquiéter un maire qui souvent dans sa ville ne peut pas toujours faire ce qui est bien et ce qu'il désire.

Cas II. Catherine loue à des filles publiques une grande maison qu'elle possède dans un assez mauvais quartier de la ville : est-elle en sûreté de conscience ?

R. Si cette maison n'est pas située de manière à fournir une plus grande occasion de péché et qu'elle ne puisse pas être louée à d'autres, Catherine peut la louer à ces filles de mauvaise vie, pourvu qu'elles ne nuisent pas gravement aux voisins honnêtes. Tel est le sentiment de saint Liguori, de Suarez et de beaucoup d'autres.

Cas III. Péliot, conducteur de fiacres, conduit souvent chez uu bourgeois du voisinage

une fille prostituée qui le paie largement. Le peut-il sans pécher?

R. Il ne le peut pas, à moins que par son refus il n'encoure un grand dommage. C'est le sentiment de saint Liguori, et Innocent XI a déclaré que le sentiment contraire n'est pas assez probable : il ne peut donc pas être suivi.

Cas IV. Alysia a fait une assez grande fortune par sa prostitution qui a duré plus de dix ans. Elle est maintenant revenue à Dieu : peut-elle retenir ce qu'elle a gagné par le crime?

R. Saint Liguori affirme qu'elle le peut; c'est aussi le sentiment de saint Thomas : Si guis dat meretrici propter fornicalionem> mulier potest sibi retinere quod ei datum est. Sed si superflue aliquid per fraudem , vel dolum extorsisset, tenetur eidem restituere. Le continuateur de TourneJy est du même avis : Quod meretrici datur, dit-il, repeti non potest, quia licet turpiter faciat quod sit meretrix,non tamen accipit cum sit meretrix. Toutefois l'auteur des Conférences d'Angers combat cette opinion. Il apporte contre elle une censure du clergé de France; mais nous ne voyons pas que dans la proposition ceusurée il soit question des filles prostituées : il ne s'agit que des magiciens, devins et gens de ce métier. Cependant le confesseur d'Alysia fera bien de l'engager à faire aux pauvres le plus d'aumônes que sa situation le lui permettra, et de donner, par son testament, en œuvres pies une fortune si mal acquise. Il pourrait même l'exiger s'il le jugeait convenable comme une pénitence salutaire et propre à réparer le scandale de dix ans de libertinage.

Voy. Fornication.

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