FLEUVE
Si un fleuve ou une rivière navigable ou non enlève par une force subite une partie considérable et reconnaissable d'un champ riverain, et la porte vers un champ inférieur ou sur la rive opposée, le propriétaire delà partie enlevée peut réclamer sa propriété; mais il est tenu de former sa demande dans l'année: après ce délai il n'y sera plus recevable, à moins que le propriétaire du champ auquel la partie enlevée a été unie n'eût pas encore
Ëris possession de celle-ci. Cette disposition du code donne lieu à diverses interprétations, [ennequin l'applique à l'adjonction latérale ou juxtaposition, et l'étend anssi à la superposition du champ riverain. Dans le cas de la superposition on devrait, suivant Durauton, appliquer le principe de l'alluvion, parce qu'il ne serait pas juste que le maître du champ inférieur perdît son droit; il est plus convenable que le dommage soit supporté par celui sur le champ duquel le fleuve a exercé ses ravages. Selon Proudhon, si la loi ajoute que le propriétaire delà partie enlevée peut réclamer sa propriété, cela ne signiûe point qu'il puisse venir revendiquer et se faire adjuger une partie du sol comme formant un second fonds qui soit à lui, mais bien seulement reprendre et enlever les terres et débris reconuaissables provenant de son fonds.
Au milieu de ces divers sentiments, il nous paraîl, dit Carrière, que dans le cas de juxtaposition, la partie de terre enlevée reste la propriété de celui à qui elle appartenait auparavant, et que le propriétaire du champ voisin ne peut nullement s'en emparer. Dans le cas de superposition, le propriétaire de la partie enlevée ne peut pas s'attribuer le sol même, mais seulement réclamer ce qui est reconnu comme lui appartenant; par là se trouvent conciliés les droits de l'un et de l'autre.
Si un fleuve ou une rivière en se formant un bras nouveau coupe et embrasse le champ d'un propriétaire riverain et en fait une île, ce propriétaire conserve la propriété de son champ, encore que l'Ile se soit formée dans un fleuve ou dans une rivière navigable ou flottable.
Si un fleuve ou une rivière navigable, flottable ou non, se forme un nouveau cours en abandonnant son ancien lit, les propriétaires des fonds nouvellement occupés preuuentà titre d'indemnité l'ancien lit abandonné, chacun dans la proportion du terrain qui lui a été enlevé.
FOI
La foi prise dans le sens dont il s'ag't ici estnne verlu théologale par laquelle notre entendement croit fermement tout ce qui a été révélé de Dieu, comme étant la première vérité.
On peut diviser la foi théologale en foi formée et foi informe, en foi vive et en foi morte, en foi explicite et en foi implicite. La foi qu'on appelle formée est celle à laquelle est jointe la grâce habituelle et la charité. La foi informe est ainsi appelée pirce qu'elle est destituée de l'une et de l'autre. La foi vivt est une foi agissante par la charité. La foi morte est celle qui est destituée t'es œuvres de la charité. La foi explicite est celle par laquelle on croit quelque article de foi en particulier, consrdiéré en soi et d'une manière distincte. La foi implicite est celle par laquelle on croit un point de foi en conséquence d'un autre ariicie que l'on croit d'une foi explicite. Ainsi quand je crois explicitement le mystère de la résurrection des morts, je crois implicitement que les bons ressusciteront pour être récompensés éternellement dans le ciel et les méchants pour être punis éternellement dans l'enfer.
11 a toujours été nécessaire, pour être justifié et pour être sauvé, de croire en un Dieu rémunérateur; et depuis le péché du premier homme, il est nécessaire en outre de croire en Jésus-Christ médiateur, et par conséquent d'avoir une foi explicite du mystère de la sainte Trinité, de l'incarnation du Verbe éternel, de la rédemption des hommes par les mérites de la mort de Jésus-Christ, de la résurrection générale des morts, de la récompense éternelle de tous les justes, comme de la punition éternelle de tous les réprouvés.
Outre cette nécessité qu'on appelle de moyen, il y en a une autre qu'on appelle de précepte, qui consiste à savoir le symbole des apôtres au moins quant à la substance, les commandements de Dieu et ceux de l'Eglise, l'oraison dominicale, et à être instruit des sacrements qu'on doit recevoir, et enfin tous les devoirs de son état. Il ne suffit pas de croire intérieurement les vérités chrétiennes; c'est un précepte divin de confesser sa foi de cœur et de bouche, et par les œuvres : de sorte qu'un chrétien, interroge sur sa religion par un juge revêtu de l'autorité publique, doit la professer de bouche aussi bien que de cœur, et ne peut même la celer par un silence qui causerait du scandale aux fidèles, ou par lequel la foi pourrait souffrir quelque dommage. Voici neuf propositions que le clergé de France condamna en 1700 d'après Alexandre VII et Innocent XI
Prop. VII. Homo nullo unquam vitee suœ tempore tenetur elicere actum fidei, spei et charitatis, ex vi prseceptorum divinorumad e;is virtutes pertinentium.
Prop. VIII. Satis est actum fidei semel in vita elicere.
Censura. Hœ duœ propositiones sunt scandnlosœ, in praxi perniciosœ, erroneœ, fidei ei Evangr.lii oblivionem inducunt.
Prop. IX. Assensus fidei supernaturalis et utilis ad salutem stat cum nolitia solum probabili de revelatione; imo cum formidine, qua quis formidet, ne non sit locutus Deus.
Censura. Hœc propositiu scandalosa est, perniciosa, et apostolicam fidei definiiionem tvertit.
Prop. X. Si a potestate publica quis interrogetur, fidem ingénue confiteri, ut Deo et fidei gloriosum consulo, tacere, ut peccaminosum per se non damno.
Censura. Hœc propositio scandalosa est, prœceptis evangelicis et apostolicis aperte contraria el hœretica.
Prop. XL Religio christiana est évidente** credibilis : nam evidens est prudentem esse quisquiseam amplexatur : non evidenter vera; nam, aut obscure docet, aut quae docet obscura sunt. Imo qui aiunt religionem christianam esse evidenter veram, fateantur necesse est falsam evidenter esse. Infer hinc evidens non esse, 1° quod existai nunc in terris aliqua vera religio. Uncle enim habes, non omuem carnem corrupisse viam suam? 2° Quod omnium quae in terra sunt verae simillima sit chrisliana. An enim omnes terras peragr.isti, aut peragratas ab aliis esse nosti? 3° Quod ab apostolis et dsemonibus manifesta fuerit divinitas Christi : id enim si doces, doc ro te oportet Christum manifeste Deum esse. +° Quod alflante Deo fusa sint prophetarum oracuia : quid enim mihi opponas, vel si negem ilia fuisse vera vaticinia, vel affirrnem, conjecturas? 5° Quod vera fuerint quœ a Chrislo édita fuisse commemorantur miracUfta, quanquam negare hœc nemo prudenter potesi.
Censura. Doctrinu hac propositione contenta, impia est, blasphéma, erronea, et initnicis christianœ religionis favet.
Prop. XII. Evidens non est evidentia morali propric dicta et physica religionem calholicani esse veram.
Censura. Hœc propositio, doctrinam superiori propositioni consentaneam conlinens, terneraria est, et in errorem inducens.
Prop. XIII. Non nisi fides unius Dei necessaria videtur necessitate medii, non autem explicita remuneratoris.
Prop. XIV. Fides late dicta ex lestimonio creaturarum, similive motivo, ad justificationera sofûoit.
Irop. XV. Absolut ionis capax est homo, quanlumvis laboret ignoranlia mysteriorum piler, et eiiain si per negliçentiaoi) eliam culoabilem, nesciat mysleriiun sanctissimœ Trinitaus et Incarnalionis Domini.
FOI
FOI
Censura. Hœ 1res propositions et in Deum remuneratorem et in Christi mtdiatoris notnen contumeliosœ sunt, erroneœ et hœrclicœ.
Cas I. Josse, berger, s'élanl voulu confesser à Pâques , Théotime son curé l'a voulu interroger sur son catéchisme, pour savoir s'il était suffisamment instruit des principaux mystères de la religion. Josse, qui s'en est tenu offensé, n'a fait d'autre réponse, sinon qu'il croyait eu général tout ce que l'Eglise propose de croire aux. fidèles. Théotime lui a répliqué qu'une telle foi générale ne suffisait pas pour être sauvé, et qu'il était en outre nécessaire qu'une personne qui a atteint l'usage de raison eût soin d avoir une foi explicite de plusi urs vérités, ei qu elle en formât des actes, non en générât et confusément, mais en les distinguant les uns des autres. Josse, après avoir répondu que les autres confesseurs ne lui avaient jamais parlé d'une telle obligation, s'est retiré du confessionnal. On demande si Théotime a eu tort en refusant d'entendre la confession de Josse, jusqu'à ce qu'il se fût soumis à ce qu'il lui demandait?
R. Ce curé n'a fait que son devoir. Car tout fidèle ayant atteint i'âge de raison doit croire distinctement les mystères de la sainte Trinité, de l'Incarnation, de la Rédemption, delà Résurrection, c'est-à-dire de la récompense préparée aux bons, et de la peine réservée aux méchants. Un adulte doit même croire aussi qu'un chrétien baptisé ne peut être du nombre des bienheureux, s'il n'a accompli les commandements de Dieu et ceux de son Eglise; qu'il ne les peut accomplir sans le secours de la grâce, c'est-à-dire, sans un secours surnaturel qu'il doit demander à Dieu; que pour être du nombre des malheureux, il suint d être coupable d'un seul péché mortel. Outre cela, un fidèle doit savoir les articles du Symbole des Apôtres, au moins quant à la substance, le décalogue, les commandements de l'Eglise, et l'oraison dominicale. 11 doit aussi être instruit des sacrements qu'il faut recevoir, et de tous les devoirs de son état. D'indignes casuistes ayant avancé le contraire de ce que nous enseignons ici, ont été condamnés par le saint-siége et par le clergé de France. Saint Liguori regarde comme plus probable et plus commun le sentiment de ceux qui soutiennent que l'on doit croire explicitement et de nécessite de moyen les mystères de la sainte Trinité et de l'Incarnation ; il ne regarde même que comme assez probable l'opinion qui paraît plus probable à Mgr Gousset, que la foi de ces mystères n'est nécessaire que d'une nécessité morale, d'une nécessité de précepte. Ce savant théologien, il est vrai, met à son opinion un correctif très-grand pour la pratique. Il veut qu'on se comporte comme si la foi aux mystères de la Trinité et de l'Incarnation était nécessaire de nécessité de moyen.
Cas II. Anténor, disputant à une thèse contre Armand, a pré endu qu'aucune proposition n'était croyable de foi divine ou Ihcolog que, si elle n'avait clé définie par
un concile œcuménique. Armand a soutenu le contraire. De quel «été est la vérité?
R. Elle est du côté d'Armand , parce que l'Eglise universelle dispersée a la même infaillibilité, dans les jugements qu'elle porte de la doctrine, que l'Eglise assemblée dans un concile œcuménique; ce qu'il est aisé de prouver, 1* par saint Augustin, qui, écrivant contre les deux épîtres des pélagieus, prouve qu'il n'était pas nécessaire d'assembler un concile général, comme ils le demandaient, pour condamner leurs erreurs. Aut vero conijregatione synodi opus erat, dit ce Père, c. 22, n. k, ut aperta pernicies damnaretur ; quasi nulla hœresis aliquando, nisi synodi congrcgatione, dnmnata sit : cum potius rarissimœ inveniantur, propter quas damnandas nécessitas talis exstiterit : multoquesint atque incomparabililer plures, quœ ubi exsliterunt, illic improbari damnarique meruerunt> atque inde per cœteras terras devitandœ innotescere potuerunt. A quoi ce grand saint ajoute , que ce n'était que le seul orgueii de ces hérétiques qui leur faisait demander qu'on assemblât un concile général; 2° par la censure que fit en 16W- la faculté de Paris de semblables propositions qu'avait avancées Théoph. de la Milletière dans son Pacifique véritable. Petrus Aurélius ( faussement attribué à i'abbé de Saint-Cyran) enseigne et prouve la même chose. * On peut voir, dans le docteur Dupin, le jugement qu il portait de cet ouvrage.
Cas 111. Thucydide n'a presque pour paroissiens que des bûcherons et autres gens fort grossiers, dont la plupart ne savent pas le symbole, ni les commandements de Dieu, tant est grande leur négligence à les apprendre. Peut-il leur donner l'absolution à Pâques, surtout s'ils promettent de s'en instruire ?
R. Il y a des gens si épais qu'ils ne peuvent réciter les choses mot à mot, et cela n'empêche pas qu'on ne puisse leur donner l'absolution, pourvu qu'étant d'ailleurs suffisamment disposés à la recevoir, ils vivent conformément aux maximes de l'Evangile et aux principes de la foi.
Mais il n'en est pas de n.ême de ceux dont l'ignorance est coupable; car avant que de les absoudre, on doit les obliger à apprendre le symbole et l'oraison dominicale, et les y contraindre en leur imposant quelque peine pour punir leur négligence. Symbolumquod est signaculum fidei , dit un concile de Mayence assemblé en 813, et orationem dominicam discere semper admonennt sacei dotes populuih christianum; volumusque , ut disciplinant condiijnam habeant q d hœc discere negiigunt, sive in jejunio, site in alia casti~ gatione emendentur.
Cvs IV. Eleuthère, jeune prédicateur, faisant le panégyrique d'un saint du quatrième siècle, a l'ait entendre qu'on ne pouvait douter de sa béa'ilude sans tomber dans l'hérésie. Cléarque, qui était présent à son sermon, lui a souleiivi ie .Msi main que ri u
n'était de foi théologique ou divine, que ce que Dieu a révélé immédiatement à son Eglise. Or, a-t-il ajouté, Dieu n'a point révélé immédiatement à l'Eglise la béatitude de ce saint , puisque les théologiens enseignent que, depuis la mort des apôtres jusqu à la consommation des siècles, Dieu ne révèle rien immédiatement à l'Eg ise ; et qu'autrement nous pourrions croire, par la foi théologique , des vérités que les apôres n'ont pas crues par une telle foi : ce qui est contraire à la doctrine de saint Ambroise, etc. Eleulhère a répliqué à ce raisonnement, que si la béatitude du saint dont il s'agit n'était pas de foi théologique, il serait donc permis d'en douter : ce qu'il ne croyait pas qu'on pût faire sans péché. Lequel des deux est dans l'erreur?
R. Gléarque a tort : car on n'est obligé à croire de foi divine que les vérités que l'Eglise décide être contenues dans l'Ecriture et dans la tradition. 11 est néanmoins trèssûr qu'on ne peut sans erreur contester le culte des saints que l'Eglise propose aux fidèles. * Saint Thomas, que l'auteur aurait pu citer aussi b en que Petrus Aurelius , dit en deux mots, quodlib. 9, art. 10 : In Ecclesia non potest esse error damnabilis : sed hic esset error damnabilis, si veneraretur lanquam sanctus qui fuit, et mortuus est, petcator. M. Pontas ajoute judicieusement qu'il est fort à désirer que ceux qui se mêlent de prêcher ou d'enseigner les autres , n'avancent jamais que les choses dont ils sont parfaitement instruits.
Cas. V. Pascharius, faisant son premier prône sur la foi, a dit que la pratique de celte première vertu théologale était aussi nécessaire à ceux qui avaient l'usage de la raison que le baptême, cl en quelque sens davantage. Le seigneur du lieu l'a taxé de nouveauté. A-t-il raison?
H. Non, puisqu'absolument on peut se passer du baptême d'eau, et qu'on ne peut être sauvé sans la foi. De là ce mot de saint Bernard, epist. 77 : Salvator, cum diceret : Qui crediderit et baptizatus fueril , salvus erit, caule et vigilanter non repetiit : Qui vero baptizatus non fuerit; sed tantum : Qui vero non crediderit, condemnabitur; nimirum innuens solam interdum fidem sufficere ad salutem, et sine ipsa sufficere nihil.
Cas VI. Les ecclésiastiques de N. ont disputé sur le temps où un adulte est obligé à produire des actes de foi. Hiérothée a soutenu qu'il suffisait de faire des actes de foi des vérités qu'il faut croire explicitement en trois sortes de temps : 1° lorsqu'on est parvenu à l'usage de la raison, et qu'on est suffisamment instruit des choses révélées de Dieu, proposées par l'Eglise ; 2 quand on est dans un évident péril de mort; 3J lorsqu'on se trouve tenté contre la foi, et qu'on ne peut vaincre autrement la tentation. Philaïète est couvenu que le précepte de la foi oblige en ces trois temps : mais il ajoute
.qu'il oblige encore , tout au moins par accident, en plusieurs autres occasions. Le juste, a-t-il dit, vit de la foi : Justus autem ex fide vivit, Rom. xvn. Suffit-il donc, a-t-il ajouté, à un homme qui vit quarante ans, de mettre en pratique seulement deux ou trois fois en toute sa vie ce d'où dépend sa vie spirituelle, et par conséquent son salut? Que doit-on penser de celte difficulté?
R. Il faut faire des actes de foi dans les trois temps qu'Hiérothée a désignés, el de plus quand on y est obligé par accident. Or être obligé par accident à faire un acte de foi , c'est y être obligé parce qu'on ne peut bien s'acquitter autrement de quelque autre chose qu'on veut faire. C'est pourquoi 1° si l'on est obligé de faire un acte d'i spérauce ou de charité théologique, on est tenu de faire un acte de foi, parce que les actes d'espérance et de charité ne se peuvent faire si la foi actuelle ne les précède (1); 2° on est aussi obligé pour la même raison d'avoir une foi actuelle du sacrement qu'on veut recevoir; 3° quand on se trouve dans l'obligation de prier Dieu, puisqu'on ne peut invoquer sans la foi, suivant ces paroles de l'Apôtre, Rom. x : Quomodo ergo iniocabunt in quem non crediderunt? k" lorsqu'on se rencontre dans l'obligation de rendre un témoignage extérieur de sa foi : car si alors ce témoignage n'était accompagné d'une véritable foi intérieure, ce ne serait qu'une hypocrisie criminelle. * Voyez le Ve tome de ma Morale, p. 1, de fide, p. 343.
Cas VII. Durand croit véritablement tous les articles de la foi catholique; mais il a quelque doute sur celui de la transsubstantiation. Devient-il par là coupable d'un péché mortel contre la foi , el encourt-il par ce doute les censures de l'Eglise?
R. On suppose le faux, lorsqu'on dit que Du, and croit véritablement tous les articles de la foi catholique. Car puisque la foi est une vertu surnaturelle, par laquelle nous croyons en Dieu et à tout ce qu'il a révélé à son Eglise, sur l'assurance que nous avons qu'il ne peut m tromper ni être trompé , on ne peut pas dire que Durand ail une véritable foi, puisque sa foi est chancelante et accompagnée d'un doute volontaire , et par conséquent criminel. Dubius in fide infidelis est, dit une ancienne décrétale. D'où il suit que Durand, qui demeure volontairement dans le doute sur l'article de la transsubstantiation, se rend par là coupable de péché mortel. Cependant il n'encourt pas les censures, si son doute n'est qu'intérieur, parce que l'Eglise non judicat de occultis , ainsi que parle le concile de Trente. Mais s'il le manifeste au dehors cum perlinacia, comme dit Tolet, il encourt l'excommunication portée contre les hérétiques. Est autem pertinacia, ajoute cet auteur, quando homo scit, aut scire debuit et potuit, aliquid esse contrariuiH Scriptunv sancla-, aut ab Ecclesia dumnatum, et ei adkœret assensu.
(1) Faudra-t-il, toutes les fois qu'on dit : Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, avoir dit actuellement: Uon Dieu, je crois que vous eut un seul Dieu en trois personnes, eic.
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Cas VIII. Bertarius , marchand, qui sait Bertarius ne doit donc avoir aucune liaison assez bien sa religion, mais qoi n'a jamais avec cet hérétique, sans une juste nécessité, fait d'autres études que ses humanités , loge et il doit au contraire l'éviter, suivant le avec un calviniste, qui ne cherche qu'à l'en- conseil de l'Apôtre, Tit. m, 10; et même les gager à disputer sur la réalité, la confession, ecclésiastiques qui re se sentent pas assez le purgatoire, etc. Bertarius, qui a beaucoup forts pour confondre un hérétique, ne doide bon sens et de lecture, dispute très-sou- vent pas s'exposer à disputer avec lui, puisvent et sans succès avec lui sur ces arti- que, selon saint Jérôme, il y en a qui par clés. Le peut-il sans péché? leurs sophismes les réduisent à ne pouvoir
R. Le zèle de Bertarius est indiscret, et il défendre la vérité: De hareticis manifestas est
s.'expose à affaiblir sa foi. Car, comme dit smsus, quod sophismatibus suis et arte dia-
Tertullien, I. Praeser. c. 15 : Hœrelici Scri- leclica scepe opprimant ecclesiasticos : in
pturas obtendunt , et har sua audacia stalim cap. v Oseae.
guosdam movent. In ipso vero conyressu (îr- — Suavcz, Lugo, les Salamanques, etc.,
mos quidem fatigant , infirmos capiunt , me- remarquent 1° que la décrétale d'Alexan-
dios cum scrupulo dimittunt. C'est pour cela dre III est abrogée dans les lieux où il y a
que les conciles et les pipes ont défendu, beaucoup d'hérétiques; 2' qu'un séculier
sous peine d'excommunication, aux laïques habile peut disputer avec un hérétique, et à
de disputer, soit en publie ou en particulier, plus forte raison le réfuler, quand il est à
avec les hérétiques sur les points qui con- présumer que cela servira, soit à l'héréti-
cernent la foi catholique. Jnhibemus , dit que, ce qui est rare, soit à confirmer les ca-
Alexandre IV, c. 2, de Hœret., ne cuiquam Iholiques, que les d scours du novateur
laicœ personœ liceat publiée ve! privatim de pourraient ébranler. Voyez mon cinquième
fide calholica disputai' e. Qui vero contra fe- vol., pag. nunc 418. cerit, excommunicationis laqueo innodetur.
Etes-vous instruit des vérités de la religion qu'il faut croire et savoir sous peine de péché mortel; des mystères de la Trinité, de l'Incarnation, de l'immortalité de l'âme, du paradis et de l'enfer, des"devoirs de votre état et de ce qui a rapport aux sacrements que vous devez recevoir?
Savez-vous du moins, quant à la substance et de manière à pouvoir répondre exactement sur chaque article si vous étiez interrogé, le symbole des apôtres, les commandements de Dieu et de l'église, l'oraison dominicale et même la salutation angélique? 11 est difficile que les personnes grossières les sachent bien, quant à la substance, si elles ne le» savent pas par cœur dans leur langage. II en est beaucoup qui ne récitent ces choses qu'en estropiant les paroles; ils ne comprennent presque rien à ce qu'ils disent. Quand on ne les comprend pas, c'est à peu près comme si on ne les savait pas du tout.
Avez-vous reçu l'absolution ignorant les principaux mystères de la foi? Ceux qui ignorent ces importantes vérités sont incapables d'absolution, dit saint Liguori avec le commun des théologiens. « Il suivrait de là , dit le pieux évêque de Bellcy, que toutes les absolutions données à ceux qui ignorent, même sans qu'il y ait de leur faute, ces vérités fondamentales, sont nulles, et qu'on doit faire renouveler toutes les confessions qu'ils ont faites pendant qu'ils étaient dans celle ignorance. «Cependant, avant d'en venir à fai»"e renouveler toutes ces confessions, il est à propos d'observer que dans un pays catholique ou le culte s'exerce publiquement, où l'on fait sans cesse le signe de la croix au nom de la sainte Trinité, où le signe augusle de notre rédemption se trouve à l'église, dans les maisons, dans les champs, souvent avec l'image de Jésus-Christ attaché à la croix , et dans un état propre à exciter l'attention ; dans un pays où l'on célèbre chaque année la mémoire de la naissance, de la mort et de la résurrection du Sauveur; où l'image de Marie tenant Jésus entre ses mains, et d'autres images représentant les diverses circonstances de sa vie sont à chaque instant sous les yeux; il est difficile qu'on puisse ignorer les grands myslères de la sainte Trinité ou de l'incarnation, de manière que les absolutions qu'on a reçues soient nulles : on peut certainement connaître et croire ces mystères sans être en état de les énoncer.
Il en est chez qui celle ignorance est involontaire; dans ce cas, !e pénitenl est plutôt incapable qu'indigne de l'absolution ; on doit l'instruire avant de la lui donner, s'il est encore capable d'instruction ; mais s'il en est incapable, le confesseur doit lui faire former des actes de foi, d'espérance et de charité, de contrition de ses péchés, cl l'absoudre s'il n'y a pas d'autre empêchement. C'est le sentiment de saint Liguori et même de la Méthode de direction. Benoît XIV fait'onserver qu'on peut quelquefois donner l'absolution à ceux qui ignorent l'oraison dominicale, le symbole des apôtres, les commandements de Dieu et de l'Eglise, les dispositions nécessaires aux sacrements qu'on doit recevoir, lorsqu'ils témoignent un regret sincère de leur ignorance et promettent de s'instruire à l'avenir. On pourrait aussi donner l'absolution à ceux qui, à raison de leur âge ou de la faiblesse de leur esprit, seraient dans l'impossibilité de les apprendre.
Avez-vous été indifférent, insouciant sur les vérités de la religion, nt» disant dans votre cœur ni oui ni non? Que vous ne daigniez pas vous informer des vérités qui n'influent eu rien sur vos destinées, par exemple, si c'est le soieil qui tourne autour de la terre, ou la terre autour du soleil, je le conçois; mais quand on vous dit qu en vivant comme vous vivez
vous tomberez p;mr toujours dans des feux, ne pas vous en inquiéter, c'est une stupide indifférence, c'est l'jnsjoq iance d'un homme ïvre'qui dort sur le penchant d'un abîme.
Avez-vousnégligé d'instruire ou de faire instruire dos vérités nécessaires au salut, ceux qui étaient à votre charge? Péché mortel, si la négligence es! grave. Les pères et mères et les maîtres qui n'ont pas soin de leurs entants et de leurs domestiques, qui !es Lis>ent vivre dans l'ignorance coupable des vérités de la religion, sont pires que des infidèles.
Avez-vous entretenu fies p nsées ou des doutes contre la foi, volontairement, y consentant de propos délibéré ? Péclié mortel. Si ce doute réel, volontaire, a pour objet quelque article de foi que vous saviez être déclaré tel pa^ l'Eglise, il y a ron-seulement pé hé mortel, mais de plus hérésie intérieure. Il est des personnes de piélé horriblement assaillies par res sortes de doutes ou de pensées ; si elles en ressentent de la peine, si elles ont de l'aversion pour l'erreur et de la crainte de Dieu, elles doivent se rassurer, regarder ces pensées comme involontaires, et un pur effet de l'imagination. Lorsqu'elles s'aperçoivent* de ces tentations, qu'elles fassent un acte de foi, elles triompheront et Dieu les récompensera.
Avez-vous refusé de croire quelques vérités décidées par l'Eglise , parce que vous ne les compreniez pas? avez-vous cherché à approfondir les mystères par une vaine curiosité? Dans les objets de la foi, ie pourquoi et le comment sont la source des hérésies. Dieu ne propose pas les mystères à l'examen de votre esprit, mais à votre soumission. Ils cesseraient d'être des mystères, s'ils pouvaient être compris: un mystère expliqué est un mystère anéanti. Partout dans la nature, <lans vous, hors de vous , ne rencontrez-vous pas des mystères également incompréhensibles?Qui devous oserait dire : Je n'y crois pas, parce que je ne les corn; rends pas? Alors personne n'aurait le droit d'être incrédule plus que les ignorants pour qui tout est mystère. Une princesse qui avait perdu la foi, eut un songe qui lut, selon l'expression de Bosquet, comme la première touche d'une providence miséricordieuse qui voulait la ramener à la vérité. Elle crut que marchant seule dans une forêt, elle y avait rencontré un aveugle dans une petite loge; elle s'approche pour lui demander s'il était aveugle de naissance ou s'il l'était devenu par quelque accident : il répondit qu'il était né aveugle. — Vous ne savez donc pas, reprit-elle, ce que c'est que ia lumière qui est si belle et si agréable, et le soleil qui a tant d'éclat et de beauté? — Je n'ai, dit-il, jamais jouide ce bel objet et je n'en puis concevoir aucune idée : je ne laisse pas de croire, continue-t-il, qu'il est d'une beauté ravissante. — L'avsugle parut alors changer de voix et de visage, et prenant un ton d'autorité : Mon exemple, dit-il, doit vous apprendre qu'il y a des choses excellentes et admirables qui échappent à noire vue et qui n'en sont ni moins vraies ni moins désirables, quoiqu'on ne puisse ni les comprendre ni les imaginer. La religion renferme des mystères, tant mieux. Si elle était sans mystères , elle porterait l'empreinte de l'homme, elle serait faite à sa mesure, elle me serait suspecte. Ses mystères sont incompréhensibles, tant mieux encore; c'est une preuve de plus de sa divinité. Car comment l'univers a-t-il pu les croire? Un homme se trouvant dans une société où l'on dé clamait contre les mystères, crut devoir prendre la parole et défendre sa foi : « Messieurs, dit-il, je ne vous demande qu'une chose et vous me l'accorderez facilement : convenez au moins qu'il est bien difficile de croire nos dogmes. » Ce ne fut qu'un cri : Difficile, dites impossible! Le jeune homme reprit : « Mais si nos mystères sont si incroyables, s'il est impossible de les croire, comment donc ont-ils été crus par toute U terre?» Atterrés par un raisonnement aussi simple, les esprits forts se turent, et l'on crut trouver du miracle dans un silence aussi subit.
Le Fils de Dieu a été mis en croix, s'écriait Terlullien : je le crois, cela est vrai, parce que vous le jugez impossible.
Avez-vous assisté aux assemblées, aux sermons, aux prières, aux pratiques d'un autre culte que celui de l'Eglise catholique? Péché mortel, s'il y a grand scandale et danger probable de perversion. Si c'est par curiosité, pour rire, et qu'il n'y ait ni scandale grave, ni danger de perdre la foi , péché véniel.
Avez-vous pris part aux cérémonies religieuses des hérétiques, au baptême des protestants, à la réception de leurs catéchumènes, à la célébration de ce qu'ils appellent la cène? En plusieurs endroits, dit saint Liguori , c'est défendu sous peine d'excommunication. Si c'est par légèreté, par curiosité, sans scandale, il peut n'y avoir aucun péché ; mais si cela se renouvelait souvent et qu'il y eût sc:mdale ou danger de perdre la foi, la faute serait griève.
On ne peut excuser d'une faute grave ceux qui , pour le mariage, $£ présentent devant un minisire notoirement hérétique ou schismalique, soit qu'ils l'aient déjà contracté auparavant/soit qu'ils se proposentde recourir ensuiie au ministère d'un prêtre catholique. N'importe que l'une des deux parties soit catholique et l'autre protestante. Pour ce qui regarde l'acte civil, on peut se présenter devant le magistrat, fût-il calviniste, juif ou mahométan. Servir de témoin pour ces sortes de mariages n'est qu'un acte politique qui n'a rien de contraire à la foi; il n'en serait pas de même silo mariage, se faisant «vaut un ministre protestant , devenait une cérémonie religieuse. Assister aux funérailles des hérétiques est plutôt un témoignage d'amitié qu'une action contre la loi. Il est difficile dans quelques diocèses de France qu'on le fasse sans scandale.
Avez-vous lu ou fait lire les livres des hérétiques, les ouvrages des \ ollaire, des llous-