FORNICATION
Le mot fornication qui se prend souvent dans l'Ecriture pour l'idolâtrie et pour les autres
vœu ou par l'ordre sacré, c'est un sacrilège; si enfin ils sont parents oh alliés, c'est un inceste. Le clergé de France condamna, en 1700, cette indigne proposition ■ Tarn clarum videtur, fornicationem secundum se nullam involvere malitiam, et solum esse malam, quia interdicta, ut contrarium omnino rationi dissonum esse videatur.
Censura. Doctrina hœc scandalosa est, perniciosa, castarum et piarum aurium offensiva, et erronea.
messe de mariage, et qu'autrement elle soit diffamée ?
H. 1° Si Adélaïde savait l'inégalité qui était entre Tétradius et elle, ou qu'elle ait pu facilement connaître [qu'il la voulait tromper par ses fausses promesses, elle doit s'imputer à elle-même le déshonneur qui lui est arrivé par sa faute, et Tétradius n'est pas obligé de l'épouser, parce qu'elle n'a pas réellement été trompée, mais fait semblant de l'être. Il est cependant tenu de réparer le tort qu'il lui a fait, secundum suam facultatem et mulieris indigcntiam, comme parle saint Antonin , soit par un supplément de dot, qui rende sa condition égale à celle où elle se trouvait avant qu'il l'eût corrompue, soit en lui procurant le moyen d'entrer en religion, si elle y consent. 2° Si Adélaïde ignorait la condition supérieure de Tétradius, et qu'elle ait cru de bonne foi qu'en consentant à sa volonté il l'épouserait, il est tenu de l'épouser, ou tout au moins de la doter conformément à son état; en sorte qu'elle puisse sans peine trouver un parti aussi sortable à sa condition qu'elle l'eût pu trouver auparavant. Nous croyons que ce second moyen est suffisant pour l'acquitter dans le for de la conscience, sans que dans la rigueur il soit obligé de l'épouser. La raison est, 1° que la justice commutative ne demande qu'une réparation du dommage qui a été causé Or, si l'on obligeait un magistrat, par exemple, à épouser sa servante, la réparation surpasserait de beaucoup le tort qu'il lui aurait fait : l'honneur d'un homme constitué en dignité, ou d'ailleurs puissant en noblesse ou en bien, étant sans doute plus estimable que celui d'une fille de basse naissance ; 2* que selon toutes les apparences, un tel mariage ne pourrait avoir que de très-fâcheuses suites; la haine, le mépris de toute une famille qui ne pourrait souffrir une telle alliance, etc.
— La première partie de cette décision n'est pas bien claire. Une fille qui fait semblant d'être trompée, sans l'être en effet, consent très-librement à sa perle. Or, scienti et consentienti non fit injuria. Mais ce qu'on ne doit pas à laûlle on le doit aux parents, lesquels n'ont pas consenti à l'injure qui leur a été faite. Voy. la dernière édition demonTraiîé de la Justice, part, m, chap. 2, n. 170, et seq. Cas IV. Gédouin, ayant corrompu Anne par de fausses promesses de mariage, vont bieu réparer l'injure qu'il lui a l'ai lu eu
Cas I. Bertaud, ayant corrompu Pauline par de fausses promesses d'argent, et par des instances très-importunes et violentes, est-il obligé à l'épouser, étant tous deux d'une égale condition; ou au moins à la doter, le péché étant connu de tout le voisinage, quoiqu'il ne lui ait fait aucune promesse de mariage ?
R. Comme les instances importunes et violentes ne s'entendent pas de celles dont une honnête fille peut aisément se défendre, mais de celles qui, étant accompagnées de dol ou de crainte, diminuent notablement la liberté et tiennent eu quelque manière de la contrainte, nous estimons que Bertaud, qui adjoint la fraude à ses instances violentes pour corrompre Pauline, est obligé de l'épouser, pour réparer l'injure qu'il lui a faite et le scandale qui en est arrivé; ou qu'au moins, s'il a quelque juste cause qui le dispense de cette obligation, il est tenu de la doter et de réparer par là le tort qu'il lui a fait : en sorte qu'au moyen de la dot qu'il lui donnera, elle puisse trouver un parti aussi avantageux que celui qu'elle eût trouvé étant vierge. C'est le sentiment de saint Antonin et de Tolet qui le prouve solidement, 1. v, c. 21, etc.
•Cas IL Léopold a corrompu, sous de fausses promesses de mariage, Cécile, dont la réputation était intacte. Est-il obligé de l'épouser, l'un et l'autre étant d'une condition égale?
R. Il y est obligé, 1° à cause du scandale qu'il lui a causé et du dommage qu'elle en souffre; car il n'y a point de meilleur moyen de réparer l'un et l'autre qu'en épousant cette fille qu'il a déshonorée et trompée, et qui ne veut point accepter d'autre réparation ; 2' parce que, selon la justice commutative, le corrupteur est tenu de donner son consentement et son corps, en acceptant celui de la personne qu'il corrompt; car c'est là proprement le contrat, do, ut facias, qui, ayant été accompli de la part de Cécile, doit l'être aussi de la part de Léopold, et de; la même manière qu'il l'a été de la part de cette fille.
— Cette seconde preuve souffre de la difficulté en elle-même.
Cas 111. Tétradius, homme de qualité ou constitué en dignité, a corrompu par fraude Adélaïde qui est roturière et pauvre. Est-il obligé, nonobstant l'inégalité do conditionne l'épouser, s'il a péché avec clic sous pro-
l'épousant ; mais Anne refuse de l'épouser, et veut qu'il la répare par une somme d'argent comptant. A quoi est-il obligé devant Dieu?
R. 1° Si Anne est noble, et que Gédouin soit d'une condition beaucoup inférieure, il est tenu de réparer par une somme d'argent l'injure qu'il a faite à Anne, et le dommage qu'il lui a causé en la déshonorant, et elle n'est pas obligée d'accepter l'offre qu'il lui fait de l'épouser; puisque par un tel mariage elle ajouterait un nouveau déshonneur à celui qu'elle a déjà reçu.
2° S'ils sont d'une condition égale, Anne, qui refuse l'offre du mariage, n'a plus droit de prétendre à aucune autre réparation selon cette règle 66, in 6 : Cum non stat per eum ad quem perlinet, quominus conditio impleatur, haberi débet perinde ac si impleta fuisset. Et certes pourquoi obligerait-on Gédouin à subir une autre peine que celle à laquelle il s'est engagé du consentement exprès d'Anne, qui s'en est d'abord contentée, sans en exiger d'autres?
— Cette preuve de la seconde partie de la décision combat la première. Anne n'a demandé qu'à être mariée à Gédouin, qu'elle savait être roturier-. Pourquoi veutelle qu'il la dote au lieu de l'épouser?
Cas V. Théogène pèche avec Suzanne, sous la promesse qu'il lui fait de l'épouser, sans en avoir aucune intention. Suzanne de son côté s'efforce de tromper Théogène, en lui faisant accroire faussement qu'elle est riche, ou qu'elle est vierge, quoiqu'il reconnaisse dans la suite le contraire. Suzanne devient enceinte : Théogène est-il obligé de l'épouser dans l'une ou l'autre de ces circonstances?
R. Quoiqu'il semble qu'en ce cas il y a une compensation de fraude : Cum paria delieta mutua compensatione tollantur, cap. 6, de Adult., etc., il est néanmoins de la justice que, Suzanne demeurant diffamée, Théogène répare le tort qu'il lui a fait sous la fausse promesse de mariage; car quoiqu'elle ne fût pas vierge quand il a péché avec elle, son premier péché était secret, et c'est Théogène seul qui lui a fait perdre sa réputation par le péché qu'il a commis avec elle. Il est donc tenu de le réparer, autant qu'il est en son pouvoir, et selon le jugement d'un homme prudent. C'est le sentiment de Navarre, c. 16. Man. n. 19.
Cas VI. Calistrate, ayant fait un vœu simple de religion ou de chasteté perpétuelle, a péché avec Justine scus promesse de mariage, accompagnée de violence ou de dol, est-il obligé de l'épouser nonobstant son vœu, aGn de réparer le déshonneur qu'il lui a causé?
— Le vœu de religion est ici assez déplacé : il n'y a point d'ordre qui voulût recevoir un homme dans le cas où est Calistrate, et il y en a où sa profession serait nulle. Mais sans entrer dans cette discussion, le parti le plus sûr est d'obtenir dispense. El je cro s que l'évéque peut la donner pour le mariage, parce qu'il est