GLANAGE
Le glanage est une dos prérogatives du pauvre; l'usage en remonte au berceau de la société. Dieu avait ordonné dans l'ancienne loi de ne pas ramasser dans les champs les épis qui échappent à la faux du moissonneur ou qui restent après que les gerbes ont été liées. Il avait prescrit la même chose par rapport aux grains qui tombent aux pjeds des ceps, ou des grappes qui y restent après la vendange. Il voulait que tout cela fût abandonné aux pauvres, afin que, tandis que les riches se réjouissent de la récolte, les pauvres eussent aussi quelque part à la joie commune. Ce que Dieu prescrivait dans l'ancienne loi était un acte de charité. Les chrétiens, obligés à une rlus grande perfection, regarderontils cet article comme absolument indifférent? Le P. Marchant ne craint point de taxer de péché même grief l'inhumanité et l'avarice de ces cultivateurs qui font suivre les moissonneurs par leurs domestiques et écartent brusquement les pauvres de leurs champs. Et quoique la jurisprudence (5 septembre 1835, cour de cassation) autorise les propriétaires à faire ramasser à leurs gens les épis ép.nrs dans les champs non encore dépouillés, l'humanité leur fait un devoir d'abandonner à l'indigent les miettes du festin.
Cependant l'article 471 du code pénal dispose que ceux qui, sans autre circonstance, auront glané, râtelé ou grapillé dans les champs non encore entièrement dépouillés et vidés do leurs récoltes, ou avant le lever du soleil, ou après le coucher du soleil, même avec la
permission du propriétaire, seront punis d'une amende. La défense du code rural est générale et absolue : elle comprend nécessairement les propriétaires comme les autres individus. Le propriétaire qui envoie son troupeau dans son champ encore garni de la récolte, et avant les deux jours accordés pour le glanage, encourra les peines attachées à cette infraction. Ceux à qui on permet de glaner ne doivent pas abuser de cette permission : ce serait en eux une injustice et un crime punissable de ne pas se borner aux épis qui leur sont abandonnés, et d'en prendre dans les gerbes ou les andains.