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GLOIRE HUMAINE

La gloire humaine n'étant pas moins un bien temporel que le sont les autres biens de cette vie, ce n'est pas un péché de sa nature, selon la doctrine de saint Thomas, de la désirer, pourvu que l'on ne la désire que pour une bonne fin et à cause d'une bonne action; car il est même souvent nécessaire de faire connaître au prochain les bonnes œuvres que l'on fait, afin de Ici donner bon exemple et de le porter par là à en faire de pareilles. Mais quand la gloire qu'on délire et à laquelle on prend plaisir est vaine, il y a toujours du péché, ou mortel, ou véniel, selon les différentes circonstances. Quant à la vaine gloire, qui est un désir désordonné de la réputation, de la louange et de l'honneur, c'est un péché capital, quoiqu'il ne soit pas toujours mortel, parce qu'il est la source de plusieurs autres péchés, qui sont, selon saint Grégoire le Grand, 1. xli, inobedientia, jactantia, hypocrisis, contentiones, pertinaciœ, discordiœ et novitatum prœsumptiones.

Cas I. Valérien, homme de qualité, est par rapport à celle qui est due à Dieu, ou

fort amateur de gloire. Son confesseur lui dit qu'il pèche en cela; mais il ne le peut croire, parce que, dit-il, ses désirs ne sonl point contraires à ce qu'il doit à Dieu et au prochain. Lequel des deux a raison?

R. On peut sans péché désirer qu'une action belle et sainte soit connue, selon celle maxime de Jésus-Christ, Matth. v : Sic luceat lux vestra coram hominibus. Mais à celle gloire, qui n'a rien de vicieux, on substitue aisément la vaine gloire, et cela en trois manières : 1° quand on désire la gloire pour une chose qui n'en est pas digne , telle qu'est celle qu'on veut tirer d'une chose caduque et fragile; 2° quand on l'attend de la part des hommes, dont le jugement est sujet a l'erreur; 3° quand on ne la rapporte pas à Dieu ou au salut du prochain. De ces principes, qui sont de saint Thomas, 2-2, q. 132, a. 1, il suit que si Valérien, selon l'usage des gens de qualité, aime la gloire d'une de ces trois manières, il ne peut être excusé de péché plus ou moins grief, selon que les désirs de son cœur sont plus ou moins déréglés; mais que s'il ne désire la gloire que

qui a pour fin l'utilité du prochain, on ne le peut condamner.

Cas IL Valérien avoue que la gloire dont ii est amateur, est vaine dans tous les sens que l'explique saint Thomas. Mais il prétend qu'il ne pèche en cela que véniellement. N'est-il point dans l'erreur?

R. La vaine gloire n'est qu'un péché véniel, quand elle ne détruit pas l'amour qu'on doit à Dieu et au prochain. Mais elle est mortelle, quand elle le détruit; et c'est ce qui arrive, 1° quand on se glorifie, contre la révérence qui est due à Dieu, suivant cette parole de l'Ecriture, Ezech. xxv m :Elevatum est cor tuum,et dixisti : Deus sum\ 2° lors qu'on préfère à Dieu quelque chose de temporel, dont on veut tirer sa gloire, comme lorsqu'on se bat en duel, pour avoir la réputation de courageux \ C'est sur ces principes, que |'ai développés d'après sainl Thomas, dans mon IIIe vol. de peccatis, qu'on peut juger de la qualité du péché de Valérien. J'ajouterai qu'il est à plaindre, s'il pèche tranquillement, sous prétexte qu'il ne pèche que véniellement.

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