HAINE
La haine, c'est-à-dire celte aversion qui nous porte à vouloir du mal à une personne, est défendue par le précepte de la charité : mais comme on peut distinguer dans le prochain sa personne d'avec les mauvaises qualités qui sont en lui, on peut fort bien haïr ses vires ou ses péchés sans haïr sa personne; et c'est même aimer sa personne que de haïr son péché qui le rend odieux à Dieu lui-même. On peut aussi, par la même raison, lui souhaiter quelque mal temporel, qu'on appelle malwn pœnœ, quand on n'a en vue que son bien spirituel, ou d'éviter le mal qu'il nous veut et qu'il nous peut faire. Il n'est pas permis de haïr nos plus grands ennemis, ni ceux qui nous font le plus de mal. Ego aulem dico vobis, dit Notre-Seigneur, Mallh. v, diligite inimicosvestros, etc., quoique nous puissions haïr en eux le péché de l'inimitié qu'ils ont pour nous. C'est la doctrine de saint Thomas, qu'il faut lire 2, 2, Iota q. 25.
La haine est péché mortel de sa nature; mais elle peut n'être que péché vénieien plusieurs cas, soit ob imper feclionem acttis, comme parle Cajetan, vel quia non est odium délibération, vel quia circa minimum bonum.
Cas I. Frodulfc, homme de vertu, voyant que Basile vit dans l'impiété depuis plusieurs années, a couça une forte haine contre lui. Sa haine est-elle criminelle?
R. On ne peut haïr sans un grand péché , et l'on doit même aimer dans le prochain ce qu'il a reçu de Dieu, savoir la nature humaine et la grâce : mais on ne doit pas aimer, au contraire on doit haïr ce qui vient d<; l'homme et du démon, c'est-à-dire, le défaut de justice et le péché qui est en lui , ce qui est, à proprement parler, aimer le prochain, bien loin que ce soit le haïr. Ainsi Frodulfe peut et même doit haïr dans Rasile son impiété ; mais il ne oeut sans crime haïr
sa personne même, en faisant abstraction de son péché, comme il est évident par l'exemple de Jésus-Christ, qui a tellement aimé les pécheurs, qu'il est venu dans ce monde pour les racheter de l'enfer. Nonenim venivocare justos, sed peccatores. Matlh. îx.
Cas II. Alypins a un puissant ennemi, à qui il souhaite souvent <; îelques maux temporels, comme des maladies, etc. Le peut-il faire sans se rendre coupable de haine, et par conséquent d'un péché grief ?
R. Si l'intention d'Alypius esl que ces maux temporels soient utiles au sajut de son ennemi, il ne pèche point. Mais s'il lui souhaite quelque mal par ttfl esprit de ven-
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gean ce ou de haine, il viole le précepte de la charité du prochain, selon lequel un chrétien est obligé d'aimer son propre ennemi , rie prier pour lui, de lui pardonner les offenses qu'il en a reçues, et de l'assister c>rporellement et spirituellement dans les besoins pressants où il peut se trouver, comme il ferait pour tout autre chrétien : ce qui peut se pratiquer par le secours de la grâce, qu'on doit demander instamment à Dieu, qui est trop miséricordieux pour la refuser à ceux qui la lui demandent de la manière qu'ils le doivent. Saint Thomas, 2-2, q. 86, q. 3.
Cas III. Avez-vous eu de la haine contre quelqu'un? Cette haine a-t-elle été grande? a-t-elle duré long-temps ? avez-vous souhaité du mal par vengeance? avez-vous refusé de vous réconcilier, de voir votre ennemi, de loi parler, de le saluer ? vous êtesvous détourné de votre chemin afin de ne pas le rencontrer ? Ces sentiments de haine se sont-ils souvent présentés à votre esprit? y donniez-vous votre consentement ? avezvous cherché les moyens de vous venger? Disiez-vous du mal de votre ennemi? étiez- vous content quand on en disait du mal, fâché quand on en disait du bien? Vous êtes-vous affligé de ses succès, réjoui de ses humiliations, de ses malheurs ? Avez-vous traversé ses entreprises, cherché à lui nuire en quelques manières ? Dans tous ces cas, s'il y a consentement etque le mal souhaité ou fait soitgrave, il y a péché mortel.
R. On distingue deux sortes de haine : la haine d'inimitié, par laquelle nous voulons du mal à quelqu'un en tant que c'est un mal pour lui , et la haine d'abomination, qui fait que nous détestons quelqu'un à cause du mai qu'il fait. La première, qui est mortelle de sa nature, peut devenir vénielle par légèreté de matière et le défaut de consentement. La dernière est rarement péché mortel.
Des raisons légitimes peuvent excuser le refus des signes ordinaires de bienveillance * si c'était, par exemple, pour corriger son ennemi, lui faire sentir sa faute, lui témoigner sa douleur, encore ne faudrait-il pas que ce refus passât les bornes de la prudence. S'il a été fait avec une mauvaise intention, par mépris, ou parce que vous jugiez votre pro chain indigne de vos regards et de votre amour, si c'est pour le contrister gravement, il y a péché grave. Si ce n'est que, par haine pour ses défauts, vous ne péchez point, à moins qu'il n'y ail scandale; même s'il n'y a pas de scandale et que vous prévoyiez que vos témoignages de bienveillance ne feront qu'irriter votre prochain, vous ne péchez point en les lui refusant.
Ce refus scandalisera-l-il ou offensera-t-il gravement votre prochain ? Passera-t-il pour une marque de haine? prendra-t-il de là occasion d'augmenter son inimitié, c'est ce qu'il faut examiner pour juger si vous péchez gravement ou non par ce refus.
Quand on vous a demandé pardon, d'une injure que vous aviez reçue, l'avez-vous refusé? si c'est par haine grave, péché mortel. Si uneréparation pubfiqueest nécessaire, vous pouvez l'exiger ; des raisons légitimes peuvent autoriser le délai du pardon, pourvu qu'aussitôt on dépose toute haine.
Prenez garde, vindicatif: si vous ne pardonnez pas, Dieu ne vous pardonnera pas. Il faut un jugement sans miséricorde à celui qui n'exerce pas la miséricorde. Faites attention à ces paroles de votre Pater : Pardonnez nos péchés comme nous pardonnons. C est comme si vous disiez: Mon Dieu, traitez-moi comme je traite mon frère. Soyez implacable envers moi, repoussez-moi comme je repousse mon frère. Affreuse orière 1 Vœu détestable.
Voyez Charité.