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HYPOCRISIE

L'hypocrisie est un vice par lequel on veut passer pour bon, quoiqu'on ne le soit pas, ou pour meilleur qu'on n'est. Quisquis se vult videri quod non est, hypocrita est, dit saint Augustin. Or, l'on pèche par hypocrisie : 1° par action, en faisant quelque acte extérieur d'une vertu qu'on n'a pas en effet; 2° par paroles, quand on s'explique d'une manier.- à faire entendre que l'on a une vertu qu'on n'a pas; ainsi un impudique peut être hypocrite, en faisant une action chaste, ou en parlant avec éloge de la chasteté, dans la vue principale de faire croire qu'il aime et qu'il pratique cetto vertu ; ce qui est condamné par l'Ecriture qui dit : N'approchez point de Dieu avec un cœur double : ne soyez point hypocrite devant les hommes. Ne accesseris ad illum duplici corde : ne fueris hypocrita in consptetu hominum. Eccl. 1, 37. Cependant ce péché n'est pas toujours mortel, comme on v a le prouver par saint Thomas.

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Cas 1. Eparchius, qui, ayant entendu plusieurs fois en confession deux de ses paroissiens, reconnaît qu'ils sont ordinairement coupables d'hypocrisie, demande par quels principes il doit juger de la qualité de. leur péché; et si toute hypocrisie est toujours péché mortel ?

11. Il faut, dit saint Thomas, in-k, dist. 16, raisonner de .'hypocrisie comme du mensonge. Or, le mensonge n'est fort souvent que péché véniel; car il n'est mortel que lorsqu'il est pernicieux et notablement dommageable au prochain. Il en est donc de même de l'hypocrisie. Ainsi elle est mortelle : 1° quand l'hypocrite méprise la sainteté, quoiqu'il l'affecte à l'extérieur pour se faire une bonne réputation ; 2" quand son intention est contraiie à la charité qu'il doit au prochain; comme si son hypocrisie tend à introduire une fausse doctrine contre la foi ou contre les bonnes mœurs, ou à obtenir quelque dignité ou quelque bénéûce ecclésiastique dont il est indigne d'ailleurs. Hors de ces cas , elle peut n'être que vénielle.

Nous ajouterons que, quoiqu'on ne doive pas feindre une vertu qu'on n'a pas, on peut néanmoins cacher un vicje qu'on a; et l'on doit même le faire en certaines occasions, de peur de scandaliser ceux qui nous en croiraient coupables. Par exemple , un homme vit dans un adultère secret ; il se trouve dans une compagnie où l'on parle de

ce vice, et il sait que quelqu'un de ceux qui sont présents l'en soupçonne; alors, nonseulement il peut, mais i< doit même parler comme s'il en "était innocent, pourvu qu'il ne dise rien qui soit foutre la vérité, la défense de la pureté et la modestie extérieure étant des veilus que les plus grands pécheurs ne peuvent se dispenser de pratiquer, sans se rendre encore plus coupables.

Cas II. Avez-vous affecté au dehors d.^ ne pas croire ce que vous croyiez véritablement ? vous êtes un hypocrite. Les hypocrites ne viennent donc pas tous dans nos églises avec des apparences trompeuses. Les vrais et les plus dangereux hypocrites sont ceux qui ne viennent plus dans nos églises, et qui affectent de ne pas croire ce qu'ils croient, et qui insultent au d hors ce qu'ils révèrent au fond du cœur ; et combien ces hypocrites ne sont-ils pas nombreux aujourd'hui ! Si pour parvenir à la fortune ou à leurs fins criminelles, il ne s'agissait que d'affecter de la dévotion, tous ces prétendus incrédules, tous ces railleurs de la religion feraient foule dans nos églises.

Vous allez dans un lieu de divertissement et vous passez devant l'église. Vous donnez à entendre que vous y entrez afin de tromper ceux qui vous observent ; c'est un mensonge d'action, un trait d'hypocrisie. Vous mentez en confession pour recevoir l'absolution et aller ensuite à la table sainte , c'est une hypocrisie sacrilège, un péché mortel.

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