INJURE
L'injure est tonte action par laquelle on viole sans raison légitime le droit d'autrut. el a se fait par des reproches qui regardent l'esprit ou le corps, et on les appelle convicia ; ou par des outrages qu'on fait à la personne présente ,
appel et on les
dans la morale
Cela
en latin
nomme contumeliœ; ou en l'insultant , soit sur sa pauvreté , soit sur les services qu'on
lui a rendus dans son besoin , et on les exprime par le mot ù'improperia. On va
donner quelques règles sur cette matière , qui tient un grand rang
chrétienne.
Cas I. Eilarin a quelquefois dit des paroles injurieuses à une personne , à dessein de l'offenser. Peut-on dire qu'il a péché mortellement toutes les fois qu'il les a proférées ?
R. Si les paroles injurieuses que profère Hilarin offensent ou déshonorent notablement la personne à qui il les adresse, on ne peut l'exempter de péché mortel, tout autant de fois qu'il les profère ; mais si ces paroles ne sont que légèrement injurieuses , ou que l'étant notablement, il ne les profère que par inadvertance et par une trop grande lé-
gèreté d'esprit, sans avoir le dessein d'insulter ou dedéshonorer considérablement la personne , on peut dire que son péché n'est en ces circonstances que véniel. Saint Thomas, 2-2, q. 72, a. 2.
— Je doute que la légèreté d'esprit excuse toujours de péché mortel une parole notablement injurieuse.
Cas IL Sostcnes dit quelquefois à des personnes une parole, qui dans son sens naturel est injurieuse; mais il ne la dit que par fmr divertissement, et sans avoir dessein de es offenser ni de les mépriser. Commet-il en cela quelque péché ?
R. Il n'y a pas de péché en cela , selon saint Thomas , ibid^ pourvu qu'on ne passe pas les bornes que prescrivient la prudence et la modestie. Ce serait pourtant une chose manifestement condamnable , si Sostènes disait celte parole dans le seul dessein de faire rire la compagnie ioù il se trouve , sans se mettre en peine que les personnes à qui il les adresse s'e.; offensassent ou non, A quoi il faut ajouter qu'il -est assez rare que ces sortes de plaisanteries soient entièrement exemples de péché, quoiqu'on n'ait pas un dessein formé d'offenser les personnes à qui on les adresse, parce que d'ordinaire on n'y observe pas toutes les circonstances qu'on y doit garder , selon les règles de la charité, de l'honnêteté , de la sagesse et de la modestie. C'est pourquoi on doit prendre (garde de ne se pas flatter trop légèrement sur ces manières de parler, dont la prudence demande souvent qu'on s'abstienne pour ne pas consister le prochain , ou mal édifier les personnes qui sont présentes , surtout lorsqu'on les connaît pour des personnes faibles.
Cas III. Volusien, ayant plusieurs enfants et cinq dotiK! ti (U< s , qui tont souvent des fautes considérables, leur dit quelquefois des paroles outrageantes ou injurieuses , pour les humilier ou pour les corriger. Commet-il on ce a quelque pécbé?
H. Si un père ou un m; iiro poul bien châ-
tier ses enfants et ses domestiques , il peut bien les humilier par des paroles dures : Et hoc modo Dominus discipuios vocavit stultos, et apostolus Galatas insensatos , dit saint Thomas. Cependant, ajoute le saint docteur , parce qu'il est rare que la seuiechariié soit le motif qui fasse parler de la sorte , et que la passion y a souvent plus de part que la justice et la raison, il est important de n'user que rarement, et dans une véritable nécessité, de ces sortes de paroles.
Cas IV. Falcidius insulte souvent Elie par des injures fort outrageantes. Elie est-il tenu, sous peine de péché , par le précepte de la charité, de les souffrir, sans pouvoir s'en venger ni les repousser?
R. Elie peut sans péché repousser ces injures et les réprimer par des voies légitimes, pourvu qu'il agisse en cela par un esprit de charité envers cet homme, pour arrêter son audace , ou qu'étant constitué en quelque dignité ecclésiastique ou séculière , il juge qu'il soit nécessaire de le faire , par rapport au bien de l'Eglise du public ou des particuliers. Mais s'il agit par un esprit de haine, ou de vengeance, ou par le désir immodéré de son honneur particulier, il ne peut être excusé de péché. Qui vindicari vult , a Do~ mino iuviniel vindictam, Eccli. 28.
Cas V. Possidius , ayant été outragé par 'Saturnin, qui, non content des injures atroces qu'il lui a dites , lui a mente donné un souftlet en présence de plusieurs personnes, demande s'il pont sans péché en demander en justice la réparation el la punition, puisque la religion ne lui permet pas de se venger de son autorité privée?
R. Quoiqu'il fût beaucoup plus parfait d'imiter la paltence de Noire-Seigneur, qui n'a jamais pensé à se plaindre, dans aucun tribunal, des injures atroces qu'il a tant de fois reçues si injustement de la part des hommes , Possidius peut cependant, sans péché, poursuivre Saturnin en justice ; mais il est obligé de ne le l'aire que dans le dessein de procurer son .amendement , et de l'empêcher de 1 outrager à l'avenir, ou dm outrager d'autres qui n<e seraient pas dans l'état ni dans le pouvoir de se défendre ; ou dan; l'intention de conserver la ju-tice. et non {ms dans le désir de .se- \eu-er.
pourquoi il doit : 1° ne pas désirer «pie le coupable soit puni d'une plus grande peine que celle qu'il a méritée ; 2 renoncer à tout désir de venge,: "ce, et cons*rver u\\ ol . ment la charité, en ne se proposant jour lin que la gloire ûo Dieu et le bien spirituel du coupable, et étant véritablement disposé à