‹ Dictionnaire de cas de conscienceChapitre 439 sur 448 · IRONIE · texte numérisé non relu

IRONIE

L'ironie dans son propre sens est une raillerie fine, qui consiste à se moquer de quelqu'un avec esprit, pour lui faire connaître adroitement ses défauts ou les défauts de ceux de ;uj on parle : mais quoique ce genre de raillerie ne soit pas mauvais ex natura rei, il est pourtant rare et difficile qu'on s'en serve sans péché, soit par imprudence ou par le défaut de charité, ou parce que les termes dont on se sert sont ordinairement des paroles oisives que Jésus-Christ condamne dans l'Evangile , ou enfin parce qu'il est presque toujours accompagné de quelques autres circonstances mauvaises.

Il y a une espèce d'ironie dont nous ne parlons pas ici, laquelle est toujours péché, parce qu'elle renferme un mensonge ; et c'est quand une personne, sous prétexte d'humilité, s'attribue des défauts qu'elle ne reconnaît pas en elle, ou qu'elle nie quelque vertu ou quelque bonne qualité contre ce que lui dicte sa couscience. Voyez saint Thomas , 2-2, q. 113.

Cas I. Claude, qui a un esprit enjoué, se sert souvent d'ironie avec ses amis et avec d'autres qui se trouvent dans les compagnies qxj'il fréquente. Pèche-l-il en cela ?

R. L'ironie n'est pas un péché de sa nature, puisque Dieu s'en est servi, en disant au premier homme, Cènes, m : Ecce Adam quasi unus ex nobis factus est, sciens bonum etmalum. Nunc ergo ne forte..... sumat diam de ligno vitœ, et vivat in crternum, etc. Mais on ne peut, sans blesser la charité, user d'ironie, lorsqu'on le fait par mépris du prochain, par vanité ou par quelque intention

mauvaise. Si donc Claude ne parle ironiquement que par une honnête recréation, sans avoir dessin de mépriser ou d'offenser le prochain, ou que ce soit pour quelque fin juste et légitime, il ne commet en cela aucun péché ; mais si au contraire son intention est condamnable, on ne peut l'en excuser.

Samuel a coutume de se servir de termes ironiques en parlant à Gilbert dans une compagnie où ils se rencontrent souvent. Son intention n'est que de corriger la vanité de Gilbert et de rabattre sa hauteur ; mais, comme il a souvent expérimenté que Cil-

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lui cause souvent de la confusion et du trouble d ins son intérieur, et qu'elle tend de sa nature à éloigner des pratiques de piété, non-seulement la personne dont on tourne. en ridicule les actions de religion les plus louables, mais encore ceux qui en sont lémoins. Ces sortes de railleurs doivent bien craindre d'être, au jour du jugement, du nombre de ces réprouvés, qui diront des justes, Sap. v : Hi surit quos habuimus aliquando in derisum et in simili'udincm improperii. Nos insensnti vitam il'orum cestimabamiis insaniant. et fineni eorum sine honore. Voilà le terrible aven que seront contraints de faire au tribunal de li justice de Dieu ces sortes de gens qui, faisant les esprits forts, méprisent par leurs railleries les choses qui regardent la religion, parce qu'ils n'y prennent aucun goût, et qu'ils n'en, ont que pour les choses de la terre. On ne peut doqc excuser de péché les plaisanteries très-déplacées de Lucius : et si elles ne vont pas au péché mortel (ce qui dépend des circonstances), elles ne peuvent être sans un péché véniel fort grief; et il doit par conséquent les éviter avec tout le soin possible.

bert, bien min d'en profiler', s'en offense et dévient plus lier, il craint de pécher en cela. Ou'en est-il?

H. Quand l'ironie serait une chose bonne et louable de sa nature, il ne serait pas permis à Samuel d'en user dans la circonstance dont il s'agit; car il n'est pas permis de faire une bonne œuvre à. la quelle on n'est pas obligé par son propre' devoir, sous prétexte qu'elle est bonne dfesa nature; lorsqu'on est couvaincu par l'expérience, qu'il en arrive du scandale, et que le prochain en prend occasion de persévérer avec plus d'opiniâtreté dans le péché. Ce n'est pas là pratiquer la correction fraternelle selon les règles de la charité chrétienne.

Cas 111. Lucius tourne quelquefois en plaisanterie la dévotion de Noëlle, en ce qu'elle se confesse et communie fort sou- ■vont, et qu'elle est trop délicate à éviter les conversations des gens du monde. L'ironie dont il se sert en cette occasion est-elle toujours péché, et quel est ce péché?

R. On ne peut exempter de péché une ironie de cette nature, parce qu'elle renferme toujours un mépris, au moins tacite, de la bonne conduite du prochain; qu'elle.

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