AMOUR DU PROCHAIN
C'est une erreur de croire que l'amour du prochain soit seulement de conseil ; il e^t de la plus étroite obligation; il y a un précepte d'aimer Dieu de tout noire cœur, et un aulre d'aimer le prochain comme nous-mêmes. Pour salisfaire au commandement que Dieu nous a fait d'aimer le prochain, ce n'est pas assez de ne pas haïr le prochain, il faut joindre l'affection à l'effet, et l'œuvre extérieure, doit être faite par une affection intérieure du cœur pour le prochain. Nous ne satisfaisons donc pas à l'obligation d'aimer le prochain en lui faisant seulement du bien ou temporel ou spirituel sans aucun mouvement intérieur d'amour. Les bons officesextérieurs qu'on rend au prochain peuvent procéder d'un aulre motif que de l'amour de charité : l'orgueil, selon la remarque de saint Augustin, en peut être la cause.
Avez-vous aimé votre prochain d'un amour intérieur, par des motifs surnaturels et comme vous-même? Sinon, vous n'avez pas eu la véritable charité. L'assemblée du clergé de France a censuré ces deux proposilions : Nous ne sommes pas obligés d'aimer le prochain par un acte intérieur et formel. Nous pouvons salisfaire par les seuls actes extérieurs au commandemenl qui nous a été fait d'aimer le prochain. 11 est difficile de déterminer le temps dans lequel le précepte de l'amour du prochain nous ofdige directement et par lui-même à en produire des actes. La difficulté n'est pas touchant l'amour < ffectif; car il est certa n que nous sommes obligés de faire sentir cet amour au prochain, c'est-à-dire de l'assister toutes le* fois que nous sommes en état de le faire et qu'il est dans le besoin. Quant à l'amour affectif, on peut le considérer par rapport à deux commandements, l'un négatif qui défend d'avoir aucune mauvaise affection contre le prochain; l'autre affirmatif qui nous ordonne d'avoir de la bienveillance pour le prochain. Jamais il n'est permis d'avoir de l'aversion pour le prochain, on doit être toujours disposé à l'aimer, et si quelqu'un était un moment sans celle disposition, il serait en élat de péché. Mais nous ne sommes pas pour cela obligés d'aimer à lout moment notre prochain d'un amour actuel. Cela n'est pas possible; cependant nous sommes obligés de produire des actes d'amour du prochain : en plusieurs occasions la première esl lorsque nous nous sentons vivement piqués d'une injure que nous avons reçue de quelqu'un ; alors, de crainte de concevoir de la haine contre lui, ou d'entrer dans un esprit de vengeance , il faut s'efforcer de l'aimer et pratiquer ce que l'Évangi e nous ordonne : l'riet pour aux qui vous persécutent et qui vous calomnient. Votre prochain vous maltraite , dit saint Augustin , priez pour lui ; il vous bail, ayez pi i iô de lui. La seconde c.-t lorsque nous sommes agiles par des tentations violentes de haine et de vengeance, auxquelles on ne peut résister que par des actes contraires d'amour, et que nolie prochain a besoin de notre secours, et que nous sommes tn état de l'aider, et que bien loin de penser à le faiie nous nous trouvons dans une disposition contraire. La troisième est lorsque nous prévoyons que notre ennemi cessera d'avoir de la haine pour nous, si nous lui donnons quelques marques singulières de bienveillance, et qu'autrement il conservera son aversion contre nous.
Ayant reçu une injure de quelqu'un, avez-vous dit que vous vous contenterez de l'aimer chrétiennement, c'esl-à-dire fort peu, que vous ne lui vouliez pas de mal? Ce n'est p< int assez de ne pas vouloir de mal à son prochain, il faut lui vouloir du bien. Le précepte de la chaiilé est po'siiif: aimer chrétiennement son prochain, comme Dieu le commande, ce n'est pas l'aimer fort peu, c'est loin de lui souhaiter ou de lui procurer aucun mal ; lui souhaiter et lui procurer tout le bien qu'on peut, tanl à l'égard de son âme que de son corps, c'est supporter ses défauts, excuser ses faib esses, le traiter en toutes choses comme nous avons droit de souhaiier qu'on nous traile en pareilles cire instances.
Avez-vous entretenu en vous-même des sentiments de haine contre quelqu'un? Péché véniel, si ces haines sont légères; mais péché mortel, si elles sont graves : alors elles éteignent la charité.
On distingue une haine d'inimitié qui n'est aulre chose qu'une aversion pour la personne du piochain qui déplaît et à qui on veut du mal, qui fait que sa personne esl insupportable : celte haine esl de sa nature un péché mortel. Il y a une autre haine d'abomination qui a en horreur le péché du prochain sans avoir de l'aversion pour sa personne; c'est de celle haine parfaite que David dit qu'il haïssait ceux qui haïssaient Dieu. Cell -ci n'est point | éché, à moins qu'elle ne renferme de l'aversion contre la personne du pécheur ; ce qui peul arriver et arrive même souvent.
A'ez-vous refusé de rendre service à voire prochain en des choses importantes, en empêchant, par exemple, qu'il ne lui arrivai quelque mal considérable, pouvant aisément î'eiu êcher? Péché grave contre la charité.
Avez-vous désiré qu'il arrivât du mal à votre prochain? Si ce mal esl considérable et que