AVARICE
L'avarice est un amour désordonné des biens de la terre, et un attachement excessif à les garder. Ce vice, qui est mis au nombre des sept capitaux, est toujours péché mortel : 1' quand il est contraire à la justice en matière importante ; 2° quand il porte un homme à préférer les biens de la terre à l'amour qu'il doit à Dieu et à son prochain.
Cas I. Gratien ayant des biens suffisants, Augustin. J'espère, ajoute-il, qu'il me naîtra
met tout en œuvre pour en acquérir d'autres par des voies néanmoins qui ne sont pas contraires à la justice. Peut-on dire que son péché soit mortel.
R. Afin que l'avarice ne s'oit point péché mortel, ce n'est pas assez qu'elle exclue l'injustice; car il faut encore qu'elle n'exclue pas la charité. C'est pourquoi, si la passion de Gratien est si grande, qu'il soit disposé à violer le précepte de la charité qu'il doit à Dieu et au prochain, pour les acquérir, il n'y a nul doute qu'il ne soit coupable de péché mortel. Voyez saint Thomas, 2 2, q. 118, art. k.
Cas II. Philumène n'a plus aucun désir déréglé d'amasser des biens; mais il conserve avec un attachement extraordinaire une somme de plus de cent mille livres qu'il a, sans y vouloir toucher, ses revenus ordinaires pouvant lui suffire pour ses propres besoins, et pour ceux de toute sa famille. 11 se croit en sûreté de conscience : 1* parce qu'il a deux ou Irois enfants pour qui il conserve cel argent ; 2° parce qu'il espère en avoir encore d'autres dans la suite; 3° parce qu'il peut arriver mille accidents dans la vie, où l'on a besoin d'argent comptant, tels que sont les maladies longues, la famine, etc.; k" parce que d'ailleurs il fait les aumônes ordinaires aux pauvres. Que lui dire ?
R. Selon saint Augustin, serm. 107: Non solum avarus est qui rapit aliéna ; sed et HU avarus est qui cupide servat sua. Or c'est là le cas de Philumène. 11 est comme rassasié de bien, et cependant il met toute sa joie dans la possession de la grosse somme d'argent dont il se peut aisément passer, et de laquelle il pourrait et devrait faire un usage légitime, en soulageant plus abondamment ceux qui gémissent sous le poids de l'indigence et de la misère. Du reste ses excuses sont frivoles. 11 a deux ou trois enfants, dit-il: c'est à la vérité l'amour paternel qui parle ; mais c'esl l'iniquité qui s'excuse, dit saint
encore de nouveaux enfants. Mais lui est-il permis, sous un prétexte si douteux, de garder, peut-être même inutilement pour eux, une somme si exorbitante ? Car, que saitil si ces enfants qu'il espère, naîtront , ou si élant nés, ils vivront assez longtemps pour en jouir?
— 11 faudrait néanmoins raisonner autrement, si Philumène avait des enfants prêts à marier, et que cent mille livres ne fussent point de trop pour leur dot, eu égard à leur condition. Mais en général l'aumône n'a jamais ruiné personne.
Ledésirdes richesses vous possède-t-il jusqu'à vous les faire préférer à l'amour de Dieu ou du prochain? Vous péchez mortellement.
Etes-vous tellement attaché à l'argent et aux biens de la terre que vous soyez disposé à commettre un péché grave plutôt que de supporter une perte ou de manquer un profit ? Péché mortel.
On peut être avare, dit saint Thomas, ou dans ce que l'on donne, ou dans ce que l'on reçoit.
î° Daus ce que l'on donne: En donnant trop peu ou vivant avec trop d'épargne. Vous refusez-vous la subsistance, le nécessaire à voire famille? Péché mortel s'il en résulte un tort notable ou un grand désordre.
2' En ne donnant rien ou presque rien. Avez-vous enfoui ou caché votre argent dans la crainte de le dépenser ; avez-vous refusé l'aumône, de payer vos ouvriers, vos domestiques et vos créanciers? Dans la crainte de faire quelques dépenses et do vous dessaisir de quelques revenus, avez-vous refusé de marier, dVtablir vos enfants, de les habiller selon leur condition ? Avez-vous pris pour des travaux pénibles de petits et faibles domestiques, dans la crainte de donner un gage plus considérable à un domestique fort, vigoureux et robuste? Il mourut, il y a quelques années, à Paris, uu particulier celiba-
taire, âgé de quatre-vingts ans, qui habitait le même logement depuis quarante ans, avec une vieille gouvernante. Cet homme vivait d'une manière misérable, mal vêtu et mal nourri, se refusant même le nécessaire, allant quelquefois dans un café voisin pour s'épargner la dépense du chauffage. Ses héritiers étaient de petits-neveux qui ont été appelés à reconnaître sa succession. Ouverture a été faite en leur présence, par un serrurier, d'un vieux coffre fermé dont on ne soupçonnait pas l'usage,d'après le genre de vie du propriétaire. On y a trouvé plus de deux millions en or que cet avare y avait entassés. Il possédait plus de soixante mille francs de rente.
Avez-vous fait acheter chèrement le peu que vous avez donné, et croyez-vous faire un grand effort en donnant peu de chose ? Avezvous mal récompensé les services qu'on vous a rendus, les ouvrages qu'on vous a faits , vous persuadant qu'on est bien payé par l'honneur de vous servir ? Péché véniel, à
Saint Thomas compare les avares aux vendeurs de cumin, qui s'imaginent rendre un grand service aux autres en leur présentant si peu de chose. Pour amasser , vous êtesvous occupé à des ouvrages trop bas, indignes de voire condition ? Par exemple, étant riche ou à votre aise , vous êles-vous occupé à glaner après des moissonneurs? Attentif à toute sorte de minutie , avez-vous exigé le paiement des moindres choses que vous avez faites, des moindres services que vous avez rendus ? Une si basse économie flétrit votre réputation qui doit être pour un homme qui n'est pas avare plus chère que les richesses. N'avez-vous pas exigé avec trop de dureté le paiement de ce qui vous était dû ? Si vous avez par là gravement con'risté votre prochain, péché mortel. Quand il vous est arrivé quelque perte, n'en avez-vous pas été affligé au point de devenir malade ou d'éclater en murmures contre la Providence? Si ces murmures ont été graves, péché mortel. 0 insensé, vous dit Jésus-Christ, cette nuit on va vous redemander votre âme.
moins qu'il n'y ait injusticeou scandale grave.
AVENTURE (Grosse).
La grosse aventure est un terme de mer, qui signifie l'argent donné au risque de la mer, et dont l'intérêt se paie après le retour du navire. C'est un contrat aléatoire, une espèce de société faite entre deux particuliers, dont l"un envoie des marchandises par rîier, et l'autre fournit une somme d'argent, à condition de la retirer avec un certain profh en cas que le voyage ait un heureux succès, et de la perdre si les effets périssent. On engage au prêteur le corps et quille du vaisseau, ses agrès et apparaux , armements et victuailles, conjointement ou séparément, ainsi que sur tout ou sur une partie du chargement pour un voyage entier ou pour un voyage limité. Tout emprunt à la grosse, fait pour une somme excédant la valeur des objets sur lesquels il est affecté, peut être déclaré nul, à la demande du prêteur, s'il est prouvé qu'il y a fraude de la part de l'emprunteur; s'il n'y a fraude, le contrat est valable jusqu'à la concurrence de la valeur des effets affectés à l'emprunt, d'après l'estimation qui en est faite ou convenue. Le surplus de la somme empruntée est remboursé avec intérêt au cours de la place. Nul prêt à la grosse ne peut être fait aux matelots ou gens de mer sur leurs loyers ou voyages. Si les effets sur lesquels le prêt à la grosse a eu lieu sont entièrement perdus et que la perte soit arrivée par cas fortuit, dans le temps et dans le lieu des risques, la somme prêtée ne peut être réclamée. On peut voir dans le code un grand nombre de dispositions relatives à ce contrat.
Cas. Uu marchand veut trafiquer par mer, il prend d'un autre la somme de mille écus, dont il promet de rendre trente pour cent, pourvu que le voyage soit heureux; mais si le vaisseau périt, celui qui a fourni les mille écus perd et son principal et ses intérêts, et celui qui a reçucet argent ne doit rien rendre. Ce contrat est juste à cause du risque de la mer- Mais celui qui a mis les mille écus à la grosse trouve un autre assureur qui lui garantit cetargent en prenant seulement quinze pour cent; de sorte que si le vaisseau est perdu, le marchand ne perd que les quinze pour cent qu'il a donnés à son assureur qui est obligé de lui en payer cent. Au contraire, si le vaisseau vient à bon port, ce second assureur gagne quinze pour cent et le marchand reçoit les auîres quinze des trente pour cent qu'il doit à celui qui a fourni l'argent du profit de la grosse aventure. Ce contrat paraît juste du côté de l'assureur qui rLque de payer cent pour quinze; niais u'esiil pas injuste du côté du marchand qui ne risque que quinze pour cent que l'assureur lui doit paye/ en cas que le vaisseau périsse?