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cherches dencates qu'il entreprendra jiar la suite. Ce n'i'st [«lint une expérience qu'il tente au hasard, en jiassant, à laquelle il veut consai'n^r (piel([ue3 heures do loisir. C'est une expérience à lai[uell(^ il se prépare, tout au contraire, de longui^ main, comme h une chose sérieuse, enti-eprise avec réllexion, (sxécutéo avec calme et persévérance dans un grand but. Ou voit qu'il ne veut jamais consulter la nature; en vain, (;t qu'il jirend ses dispositions, de manière que la vérité, (juelle qu'elle puisse ùtre, soit nécessairenu'iit mise au jour.
« Il fait donc construire une balance d'une parfaite précision, instrument qui avant lui n'avait jamais été sérieusement employé dans les recherches chimiques. Il en étudie les allures, reconnaît la nécessité des doubles pesées et ne manque pas d'en adopter l'emploi.
« Comme il avait besoin de faire bouillir pendant longtemps do l'eau dans un vase de verre, et qu'il devait véritier son jioids de temps à autre pour s'assurer qu'il ne laissait rien échapper, il pèse ce vase à des températures diverses, et s'assure que le vase, quoique bien fermé, perd un j)ou de son poids quand il est chaud. Il n'en voit pas la cause, qui tient, comme on le sait maintenant, à ce que le verre est hygrométrique, à ce qu'il attire l'humidité de l'air, et qu'il s'en revêt d'une couche mince qui disparaît à une températ'ure assez haute pour la mettre en vapeurs. Mais si Lavoisier ne découvre pas la cause de ce fait, il n en déduit pas moins la nécessité, trop souvent négligée depuis, de ftnre les pesées qu'on veut comparer aux mêmes températures. Pour le moment, c'est tout ce dont il avait besoin.
« Le vase dont il se servait est un de ceux qu'on désignait sous le nom de pélican, espèce d'alambic dont Ta partie supérieure communiquait avec le ventre. La vapeur d'eau condensée au chcpiteau redescendait à l'état liquide au bas de l'appareil, poi.r y être soumise K une nouvelle distillation, parcourant ainsi et sans cesse toutes les parties do l'appareil par une circulation non interrompue, pendant toute l-a durée de l'expérience.
« Lavoisier prend une certaine quantité d'eau ; il la pèse et l'introduit dans son pélican dont le poids lui est connu ; il pèse l'ensemble pour plus de sûreté et ferme le vase avec soin. Alors, avec cette persévérance éclairée qui ne s'est jamais démentie et dont il a donné tant de preuves toutes les fois qu'il a eu que'que recherche sérieuse à accoini)lir, nous le voyons, pendant cent et un jours, distillant contiiniellement cette eau et la faisant circuler sans cesse dans l'intérieur du vase, jusqu'à ce que l'expérience lui semble assez avancée pour donner un résultat ceitain.
« 11 pèse alors à la fois le vase et ce qu'il contient, et trouve que l'ensemble n'a pas changé de poids. 11 démonte l'appareil pour peser sé|iarément le vase et la liqueur, et il trouve que le vase a perdu dix-sept grains
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lie son poids, tandis que l'eau a augmenté de densité, est devenue trouble et s'est évi- (lemiu 'Ut chargée de quelque pro luit fixe. En effet, soumise à révaporation, elle laisse un résidu dont le poids s'élève à vingt grains.
« Elle renfermait donc vingt grains de substances étrangères ; et comme le vase n'en av;iil perdu que dix-sept, un esprit moins iiardi que celui de Lavoisier se serait arrêté Dcut-ètreàceltecirconstance et auraitdit : Le 7aso a perdu quelque chose de son poids, cl cette perte est représentée par une portion de l'augmentation de l'eau -, mais pour expliquer îe reste de celte augmentation, il faut nécessairement qu'une partie de l'eau se soit convertie en terre. Lavoisier, au contraire, passe outre : pour lui cette augmentation de trois grains ne prouve rien ; c'est quoique accident de l'espéiience ; et dans la hardiesse de ce jugement, on le trouve tel qu'il sera toujours, saisissant le fond des choses par un instinct merveilleux, et jamais ne s'arrêtant à ces détails accidentels dans lesquels un esprit médiocre ne manque pas de s'égarer.
« Parmi singulier hasard, Scheele, vers le même temps peut-être, s'occupa de cette grave question de son côté. 11 arrive à la même conséquence ; m;ds les moyens qu'il CDiploie sont bien dili'érents. Scheele, au lieu de peser, analyse. Lavoisier n'analyse pas; il pèse. L'un et l'autre, ils font usage de la méthode qu'ils doivent préférer en toute occasion par la suite. Scheele s'assure en effet que l'eau ne se change point en terre, en déterminant la nature de cette terre qu'il reconnaît pour de la silice et en voyant que l'eau devenue alcaline s'est chargée des éléments solubles du verre. Lavoisier, de son coté, prononce le môme arrêt ; mais il se fonde sur ce que le poids de l'eau est demeuré le même, et sur ce que la terre qui semblait se produire correspond en poids à la perte que le verre a subie.
« La balance est donc dès le premier essai, entre les mains de Lavoisier, un réactif, permettez-moi cette expression, et un réactif Irdèle dont il a fait depuis un usage constant.
« Mais aussi n'est-ce point à lalégèrequ'il a choisi cet instrument. S'il l'adopte, c'est qu'il est guidé par une pens/'C nouvelle et profonde. Pour lui tous les phénomènes de la chimie sont dus à des déplacements de matière, à l'union ou à la séparation des corps. Rien ne se perd, rien ne se crée, voilà sa de vise, voilà sa pensée;etdèslapremière application qu'il en fait, il etl'are une grande erreur.
« Pour lui, dans toute réaction chimique désormais, les produits formés doivent peser autant et pas plus que les produits employés. Si cette condition d'égalité ne se manifeste pas, c'est que la chimie n'a pas su tout recueillir, ou bien qu'elle a méconnu l'nitervention de quelque corps occulte. La balance vous apprend donc à l'instant qu'il faut retrouver le produit perdu, ou reconnaître la nature du corps ({ui est venu compliquer l'expérience. ,Son apolicaHon à l'étude d^'s
phénomènes naturels devait donc révolutionner la chimie et pouva't seule la révolutionner ; aussi vovcz-vors Lavoisier, peu de temps après, fomlcr les premières bases de sa théorie sur l'application de cet instrument.
« C'est en 1771, le 1" novembre, date que lui-même a pris soin de nous conserver, avant la découverte de l'oxygène, qu^il consigna, dans une note déposée à l'Acadéinie des sciences, les faits qui lui ont évidcunnent servi de [)oint de départ |ioiu' la formation de l'admirable théorie qui a rcmlu son niui sijustement illustre entre les jilus illustres. Dans cette note il dit : « Depuis i|uelqnes jours j'ai découvert que le soufre en brûlant donne naissance h un acide en augmentant de [loids; il en est de même du phosphore. Cette augmentation de poids vient delà fixation d'une prodigieuse quantité d'air. Si les métaux calcinés augmentent également de poids, c'est qu'il y a également fixation d'air, et par une vérification certaine je puis démontrer qu'il en est ainsi. En effet, si je prends une chaux métallique, si je la calcine avec du charbon en vaisseaux clos ; au moment où elle se réduit, au moment où la litharge se change en jilomb miHallique, par exemple, on voit reparaître l'air qui s'était fixé lors de lacalciuation, et on peut recueillir un produit gazeux dont le volume est au moins mille fois plus grand que celui de la litharge employée. »
« Ainsi, dès 1772, à une époque où ses rechei'chos avaient à peine été dirigées vers l'étude de la chimie, il établit nettement que les corps en brûlant augmesitent de poids, jiar suite d'une combinaison, d'une fixation d'air, et qu'on peut ensuite faire reparaître celui-ci sous sa forme première. « Cet'e dé- « couverte, dit Lavoisier, me paraît une des « plus intéressantes qu'on ait faites depuis K Stahl. » Jugement que la suite de ses travaux n'a fait que confirmer et auquel la postérité donne une ratification éclatante.
« Permettez-moi d'insister, permettez-moi de vous faire remarquer encore que, dès 1772, Lavoisier possédait l'idéefondamentale surlaquelle tousses travaux sesontappu3és, et qu'il y a été conduit par cet emploi de la balance que lui seul connaissait alors ; car, avant Lavoisier, les chimistes ignoraient l'art de peser. Dès cette époque, il sait donc que la combustion est due à une tixatiun d'air, que le corps en brûlant augmente de poids ; et sous ce rapport Lavoisier est telleimnt avancé que les idées qu'il émettait ne pouvaient même pas être comprises.
« Si j'insiste particulièrement sur cette remarque, c'est qu'elle jette le plus grand jour sur toutes les questions de priorité que le hasard a si souvent suscitées à celte épo que entre Scheele, Piiestley et Lavoisier. Elle permet d'afnimer, sans crainte, que Lavoisier, avant que Scheele ou Prieslley eussent rien produit dans cette direction, avait déjà arrêté positivement le fond de ses idées , les découvertes postérieures faites par d'autres ou pir lui-même n'en ont modifié que la forme. On lui a juvté des faits ;
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mais son point do vue priinilif, doiiu-uK) |iur, lie s'est nhévô d'aucun emprunt.
» Voulez-vous apiiircier , du reste, toute la distance qui sépare Lavnisier de ses contemporains , li-e/ celle iellre ih; Macifuer éiTile, noa eu 177-2. mais en 1778; uon au moment oCi ses idces en gcinu' pouvaient (^Iro confoiulucs avec tant d'autres tiiéories hasardces (iu'unj(Mn' voit uailie et moiiri.r, mais six ans plus tard, et ([uand les idées de l.avoisier avaient déjà pour nous un sens comiilet et basé sur d'irréprochables expérieni^es.
« M. Lavoisier, écril Macquer, m'eflVayait drpuis longtemps il'une ii;rande ({('cmiverte iin'il réservait in petto, et (pii n'allait à rien moins (ju'à renverser toute la théorie du lilriogistiiiue. Où en aurions-nous été avec notrt,' vieille chimie, s'il avait fallu rebâtir un édifice tout dilléreut? Pour moi, je vous avoue que j'ainais abandonné la partie.
Heureusement, M. Lavoisier vient do mettre sa découvert!^ au grand jour, dans un mémoire In à la dernière assem!)lée publique de l'Académie, et je vous assure que depuis ce tem|)S j'ai un grand poids de moins sur l'estomac. «
« Pauvre Macquerl L'oxygène était connu, l'air analysé, le rôle de l'oxygène assigné dans l'oxydation et l'acidification, dans la respiraliou- et la combustion ; dix mémoires pleins de faits avaient éclairé toutes ces questions delà lumière la plus vive, et Macquer, et les autres chinustes de l'époque comme Macquer, n'y comprennent pas davantage ; tandis que Lavoisier , six années auparavant, alors que sa pensée commençait cl peine h poindre, en mesure déjà la portée dans sa noble intelligence. « C'est la décoxi- « verte la plus intéressante qu'on ait faite « depuis Stahl ! » dit-il ; et ce cri de sa conscien"e nous prouve assez que le jeune Lavoisie'- avait dès lors le sentiment profond e't juste de la révolution ciu'il était appelé à accomplir dans les sciences, pendant les années trop courtes de son âge mûr.
« Un mot sur Lavoisier, que je vous présente au moment où, iirononçant son fiat lux, il écarte d'une main hardie les voiles que l'ancienne chimie s'était vainement efforcée de soulever, au moment où, docile à sa voix ])uissanle, l'aurore commence à percer les ténèbres qui doivent s'évanouir bientôt aux feux de songi'nie ; un mot, pour vous faire comprendre comment il s'était [réparé à ses travaux, pour vous faire connaître la ilirection de son est)rit, la tournure générale de ses idées.
« Lavoisier, qui est pour moi l'homme le plus complet, le plus grand homme, peutôlre, que la Franco ait produit <lans les sciences, Lavoisier est né à Paris, le l(>août 17i3, six mois après la naissance do Scheele. Son père, qui [)0ssédait une fortune assez considérable acquise dans le commei'ce, l'avait placé au collège Ma/.arin, où il lit des étudi'S brillantes. Le voyant animé d'un zèle ardent pour l'élude des sciences, il eut le bon esuril de lui abandonner la libre disjio-