‹ Dictionnaire de chimie et de minéralogieChapitre 179 sur 354 · I.AV · texte numérisé non relu

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siiion de son temps , se confiant à bon droit en sa raison, jeune sans doute, mais éprouvée. Il le laisse donc libre de suivre ses dispositions natnielles, au lieu de lui assigner un état et de renlVriiKM- dans une existence routinière ; il l'abanilonne à ses propres inspirations, à l'i^gc où rimagination [ileino de sève possède des trésors do fécondité. Aussi le voyons-nous se livrer aux études scientifiques les |)lus variées, mais toujours d'une manière profonde, en homme (pie le besoin d'inventer pousse et maîtrise d'uiu; manière impérieuse. Il étudie les mathématiques , l'astronomie auprès do l'aldjo Lacaillc ; il reçoit des leçons de botanique do notre illustré Jussieu; enfin il veut apprendre la chimie, et c'est à Rouelle, cjui professait alors avec éclat, qu'est réservé l'honneur singulier de guider les premiers pas de Lavoisier dans l'étude de celte science.

« Pendant quelque temps, Lavoisier fut indécis sur la route qu'il devait suivre; il réussissait également dans ses études mathématiques et dans ses études re alives aux. sciences naturelles. Un moment même on aurait pu le croire perdu pour la chimie, entraîné qu'il était dans le tourbillon d'un honmie ardent, auquel on doit les premiers essais d'une carte géologique de la France. Guettard veut l'associer à sa vaste entreprise, lui inspire le goût de la géologie, et Lavoisier s'en occupe avec ardeur. Nous avons de lui, en elïet, un mémoire de géologie, l'un de ses premiers écrits scientifiques, et qui, pour avoir été publié seulement dans les derniers instants de sa vie, n'en a pas moins été composé en 17(57, au début de sa carrière. « A la sollicitation de l'adrainistiation , l'Académie avait proposé, un peu avant celte époque, un prix à décerner au meilleur mémoire sur l'éclairage do la ville de Paris. Lavoisier voulut s'occuper de celle question, et ce fut pour lui l'occasion de se faire remarquer p;u' une de ces actions où se décèle un caractère ferme et décidé qui ne recule devant aucune difficulté. Après quelques expériences, il s'aperçoit que sa vue mai!que de la délicatesse nécessaire pour apprécier les intensités relatives des diverses llamines qu'il voulait comparer. En conséquence, il fait tendre une chambre do noir, et s'y enferme pendant six semaines dans une obscurité parfaite. Au bout do ce tem[)s, sa vue avait acquis une sensibilité extrême, et les moindres difi'érences ne lui échappaient ])lus. Mais quel dévouement à la science no faut-il pas pour se condamner, à vingt-deux ans, à une réclusion aussi longue et aussi sévère! Ce dévouement fut récompensé; car l'Académie lui décerna une médaille d'or en 1766, à cette occasion.

« Son esprit calme et ferme s'était déjà fait connaître dans une autre circonstance. La position honorable de sa famille l'obligeait à quelques devoirs sociaux ; mais le mon le le tlistrait, le fatigue, et il cesse d'aï- 1 r dans le monde. Bientôt cei)endant le défaut d'exercice, un travail tro[) soutenu, allèrent ses digestions ; peu à peu il rédui'

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sa nourriture. Enfin, pendant plusieurs mois, il ne prend que du luit |ioui' tout nlimeat, ne reculant, comme on voit, devant aucun sacrifice, pourvu que les recherches qui préoccupent sa pensée puissent suivre leur cours sans interruption.

« Là, comme partout, Lavoisier se montre donc comme un homme qui prend froidement et avec maturité chacune de ses décisions, et qui les suit jusqu'au bout d'une manière ferme, sans qu'aucun obstacle puisse ébranler sa persévérance. Reportez- vous maintenant, car je viens de vous y ramener, au moment oii il écrivait sa note sur le rôle de l'air dans les combustions ou calcinations, et représentez-vous la conduite que devait suivre alors un jeune homme que des problèmes bien moins sérieux , des occasions bien moins solennelles , avaient trouvé si large dans la conception de ses plans de travail, si dévoué dans leur exécution.

« Il ne s'agissait pas moins ici que de son existence tout entière, car il fallait refaire une science qui n'existait encore que de nom; et cette science, c'était la chimie, la plus embarrassée de toutes en détails qui semblaient inextricables alors. Lavoisier le comprit, et il n'hésita pas à sacriûer sa vie à ce grand but. Mais, pour l'atteindre, il lui fallait une vie arrêtée et calme , car il avait besoin de longues veilles , de veilles tranquilles ; il lui fallait une grande fortune, car il avait besoin d'aides, de produits coûteux et d'appareils de grand prix. 11 s'occupe dès lors, en conséquence, à organiser son existence comme un général organise un plan de campagne; il mesure de l'œil toute l'étendue de sa mission, et se prépare à l'accomplir avec cet esprit d'ordre et de méthode que vous lui connaissez déjà.

« Aussi, en 1771, au moment môme oii il vient de se livrera ses premières expériences sur remploi de la balance dans l'étude des phénomènes chimiques, le voyez-vous chercher tout à coup dans les finances une place de fermier général , qui doit lui procurer le revenu nécessaire. 11 obtient en même temps la main de Mlle Paulze, fille elle-même d'un fermier général.

« Sa fortune étant ainsi devenue considérable , il put consacrer à ses travaux une portion de son revenu qui paraîtra très-forte, car elle s'élevait de 6 à 10,000 francs, comme on a pu s'en assurer après sa mort dans ses conqiles de laboratoire, qui étaient tenus avec autant de régularité f[ue ses comptes de ferriiier général. Ses habitudes d'ordre se por- 'aient sur les moindres détails.

« Ses occupations nombreuses, et en partie nouvelles pour lui , eussent complètement absorbé son existence, si cet ordre parfait qui suppléait à tout, si cette rare présence d'esprit qui lui permettait de faire chaque chose au moment prévu, ne lui eussent permis de partager son temps de façon à satisfaire à toutes les exigences de sa position et de ses goûts. Tous les matins, tous les soirs, il donnait quelijues heures à la chimie; le uii'ieu du jour, consacré aux affaires, il le

passait à s'acquitter en homme de conscience des devoirs que sa charge lui imposait. Mais le dimanche, ce jour du repos, était pour lui un jour de bonheur complet : il ne sortait pas de son laboratoire, et c'est là qu'avaient lieu ces réunions dont nos pères nous ont conservé le souvenir.

« Le dimanche, il recevait avec une bienveillance sans pareille tous les jeunes gens qui , par leurs connaissances en chimie , pouvaient profiter de sa conversation. Il attirait autour de lui tous les savants de son époque, français ou étrangers; il y attirait tous les artistes dont le concours devenait chaque jour plus indispensable à l'accomplissement de ses expériences de précision. C'est dans ces conférences que les hommes les plus illustres sont venus tôt ou tard payer leur tribut d'admiration à Lavoisier. C'est là qu'après avoir écouté les discussions qui s'élevaient sur les points les plus délicats de la science avec une froideur qui pouvait sembler de l'indifférence , il les terminait presque toujours en émettant un avis auquel chacun venait se ranger. Mais aussi chez lequel de ses contemporains aurait-on trouvé comme en lui tant de qualités réunies : le calme de la pensée, l'esprit logique, l'imagination brillante et réglée, et, sur toutes choses, l'art d'expérimenter poussé à un degré qui n'a pas été surpassé depuis?

« Lavoisier était entré à l'Académie des sciences en 1768 , à l'Age de vingt-cinq ans ; il y succéda à Baron, chimiste peu connu. Vous concevrez sans peine (car un exemple du même genre s'est reproduit sous nos yeux) que Lavoisier, ayant déjà quelque réputation dans les sciences, appartenant déjà à l'Académie , qui se l'était attaché plutôt sur des espérances que sur des faits accomplis, dut exciter beaucoup de murmures en acceptant une place de fermier général.

« C'est un jeune homme plein d'avenir-, disait-on; mais s'il se jette dans la finance, il est perdu pour la chimie : il ne produira plus rien. » Et lorsque Lavoisier venait entretenir l'Académie de quelques découvertes : « Ah ! disait-on encore, quel dommage qu'il soit fermier générai 1 il ferait bien davantage. »

« Est-il besoin de le justifier de ces reproches, de prouver que Lavoisier, comme fermier général, a fait tout ce qu'il fallait faire pour se montrer supérieur à son emploi , et que Lavoisier, comme chimiste, n'a jamais eu à redouter les distractions causées par les devoirs du fermier général? En tout cas, la tAcbe serait facile, comme elle le serait s'il fallait justifier Cuvier des mômes accusations, aujourd'hui que les passions qui la poursuivaient sont venues, mais trop tard, hélas ! s'éteindre sur sa tombe.

« A peine Lavoisier est-il entré dans la compagnie des fermiers généraux, que les savants le blâment comme un déserteur, et les fermiers généraux comme un intrus incapable de s'élever aux finesses de la profession. Ces derniers furent bientôt détronqiés, et \] sut s'attirer oarnii eux une considéra-

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tioii qui allait jusqu'au respect. Parmi eux, il a lo pPL'iniiT propose^ d'ahaisscr certains Impôts, convaincu (jue le revnu, loin do diminuer, -s'éiiWerait au contraire par cette niesiu-o. C'est A lui qiu' les Juifs de Metz durent l'abolition d'un impôt odieux, vieux reste des temps de barbarie.

« Sous le ministère de Turgot, en 1776, il fut mis à la tète de la régie des salpêtres, et c'est à lui que l'on doit l'abolition de l'usage si vexatoire en vertu duquel les enqiloyés liQuvaient [ténétrer de force dans les caves, pour enlever les terres salpétriliées qui en lorment le sol. 11 fit voir qu'on jjouvait se jiasscr de celte ressource, et qu'eu se bornant môme aux plAtras, il était facile de quadrupler la [)roduction. Ainsi Lav(fisier fait cesser les fouilles forcées; il publie une instruction sur la fabrication du salpûtre, qui a longtemps guidé tous nos salpétricrs ; il améliore la labrication do la poudre; et dans toutes ces circonstances, ne le perdons pas de vue, c'est Lavoisier, fermier général, qui conseille ou qui agit, quoiqu'il ait le malheur de cumuler les lumières de l'homme d'all'aires et celles du cliimiste consommé.

« Kn 1787, il fat nommé membre de l'assemblée provinciale d'Orléans; en 1788, il fut attaché à la caisse d'escompte; enfin, et nour terminer ce court résumé de sa vie pu- Llique, en 1790, il fut nonnué membre de la célèbre commission des poids et mesures. Et certes , si sa vie n'eût été tranchée avant ]"be\n"e, qui [lourrait douter que sa coo|)ération n'eût été du nius grand secours pour tonte la |)a;-tio expérimentale des travaux de celle commission, lui si familier avec les recherches les plus délicates de la physique? Comment ne pas regretter les conseils de cet espiit si droit et si ()ralique, qui eût certainement trouvé quelque moyen propre à faire pénétrer prompleraent dans l'esprit des masses des nouveautés où l'on s'est un (leu trop écarté peut-être des anciennes habitudes de la population?

« Kn 1791, Lavoisier mit au jour son Traite sitr In richesse territoriale de la France, dont l'Assemblée constituante décréta l'impression aux frais de l'Etat.

« Après ces détails, qu'il serait facile de développer si c'était ici le lieu, n'avons-nous nas le droit de dire que Lavoisier, comme nomme public, comme aduiinislrateur, a tenu noblement sa place; qu'il a l)ien mérité de son pays? Et s'il n'a négligé aucun de ses devoirs comme fermier général, serait-ce donc au savant qu'on viendrait reprocher d'avoir manqué à sa mission? Le résultat l'absout d'avance; mais il est peut-être utile d'examiner avec quelque détail comment il l'a accomplie. Vous verrez à quel point le grand homme a su se multiplier , quand les circonstances l'ont exigé de lui. Prenez les volumes de l'Académie des sciences, de 1772 à 1786, et vous y trouverez au moins quarante mémoires relatifs à l'établissement do sa doctrine.

<( En outre, vous voyez pendant ce mémo «euu)s Lavoisier faire jiartio do toutes les

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commissions , chargé de tous les rapports dilliciles ; vous le voyez se livrant tout entier, comuu' si rien n'eût préoccupé son esl)ril,aux recherches de ciiimie que l'occasion counnande, les plus aisées conune les plus arides, les plus agréables comme les plus dégoûtantes.

« En môme temps qu'il semble s'occuper avec tant d'ardeur des expériences nécessaires pour établir sa théorie, au moment où. ses idées sur la chaleur le jettent dans une suite de recherches délicates, vous le voyez so livrer à un travail dont pas \u\ chimiste ne voudrait peut-être se charger aujourd'hui : il avait pour objet de reconnaître la nature des gaz produits par les matières fécales corrompues , des gaz qui se dégagent des fosses d'aisance , et devait conduire à découvrir quelque moyen de secours pour les malheureux ouvriers qui périssaient si souvent as- ]>hyxiés par ces gaz délétères, ou brûlés par suile de leur explosion imprévue. Eh bien I Lavoisier, fermier général et millionnaire, Lavoisier, qui dans chaque miinite dérobée aux recherches qu'exigeait sa théorie devait voir un vol fait à sa gloire, Lavoisier se livre sur ce sujet, avec son calme et sa persévérance accoutumés, à une longue suite d'expériences si nauséabondes, que ie n'aurais pas le courage d'en rappeler ici le moindre d'étail. Elles durent pendant plusieurs mois, et Lavoisier se dévoue à cette étude rebutante par de simples vues d'humanité; car il n'espérait rien de ses expériences, si ce n'est le moyen do sauver la vie à quelques malheureux. Ces essais terminés , il les raconte avec une simplicité parfaite, comme si cette charité sublime qui avait éveillé son attention lui eût épargné ou ennobli tous les dégoûts de ce long travail.

« Vous le voyez, rien n'égale l'activité de Lavoisier comme savant. Pendant quatorze années, nos mémoires académiques n'ont jamais manqué de s'enrichir de quelques-uns de ses écrits, inégalement distribues, il est vrai; car il est certaines années où ils sont très-nombreux, et d'autres où il semble que Lavoisier se repose. Ainsi, l'année 1777 est remplie de ses mémoires; les années 1781, 1782 en sont encore remplies, à tel point (lue les volumes de l'Académie ne peuvent les contenir tous, et qu'on est obligé de dire : « Celte année, M. Lavoisier a présenté tant de mémoires, qu'il a été impossible de les imprimer tous. »

« Regardez-y de près, néannîoins, et vous verrez que ces années d'abondance ne sont pas toujoars celles qui ont coûté les jjIus grands travaux. Les mémoires dans lesquels des recherches profondes et sévères se manifestent sont toujours précédés par quelque temps de repos, et paraissent pour ainsi dire isolés. C'est ainsi que, lorsqu'on voit paraître le magnilique mémoire suri s d.aleurs s()écifi(pu'S, où à tant d'exactes déterminations LapJace et lui ajoutent des observations d un si haut intérêt sur la quantité de chaleur dégagée dans la comlnislion ou dans l'ado de la respiration, Lavoisier semblait se repo-

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ser depuis deux nns. C'est qu"il lui avait fallu 11' leiiips d"c\éc'utcr de uouibi-cux essais

f)i6 araloires pour utadriser Teinploi du eaoiiuiL'tre, outre le ten][)S que les expériences précises avaient elles-mêmes exigé.

« Ainsi, pendant quatorze ans, sa pensée toujours féconde et sa main toujours infatigable n'ont pas un seul instant connu le repos. Pendant quatorze ans, il a toujours ]iayé sa dette à la science avec la même régularité, suppléant au nombre des mémoires par leur lirofondeur ou à leui' jirofoMdeur jiar le nombre. Comme savant, que voulie/-vous donc qu'il fit de plus? Non-seulement il a élevé un monument impérissable, mais il l'a élevé pierre à jiierre, et il a soigneusement taillé, dressé, poli chacune d'elles. La collection de ses mémoires ne formerait pas moins de huit volumes; nul chimiste, jusqu'alors, n'avait autfAnt travaillé que lui; et s'il n'a pas travaillé davantage, hélas ! vous savez pourquoi.

« Pour apprécier les services rendus aux sciences par Lavoisier, il est indispensable d'établir une division entre ses travaux. Inséparables au fond, puisqu'ils tendent tous au même but, l'exidication des phénomènes de la chimie, leur nature oblige pourtant à les distinguer en deux séries. Dans la première, nous placerons tous les mémoires de chimie qui ont trait à la théorie générale de la science; dans la seconde, nous mettrons tous les mémoires de physique relatifs à la chaleur et destinés à compléter la théorie de la combustion.

« Considérez les mémoires chimiques de Lavoisier, et vous éjirouverez quelque étonnement à le voir allier à la plus grande hardiesse de pensée une extrême jirudence, une excessive réserve dans le discours. Il commence par établir que les corps en brûlant augmentent de poids en absorbant de l'air, et s'il insinue que le phlogistique n'est pas nécessaire à l'explication des phénomènes, cette pensée arrive là comme en passant et sous la forme du doute. En parcourant la suite des ouvrages de Lavoisier, on voit que ce jihlogistique dont il a si peu parlé, il n'en est plus question : il ne l'admet, ni ne le rejette; il n'en parle plus. Pendant sept, huit, dix ans, il raisoime comme si jamais on n'avait parlé de phlogistique. On dirait (et il y a bien quelque chose de semblable) qu'il ne veut de querelle directe avec personne, à ce sujet; il veut que sa théorie s'établisse sur des faits et non sur les discussions d'une |iolémique, où il arrive si souvent que l'esiirit l'emporte sur la raison, et où les deux adversaires laissent toujours quelque chose de cette paix du cceur dont rien ne dédommage , quand on l'a perdue.

« Ainsi, en continuant îi raisonner comme s'il n'y avait pas de phlogistique, il ramasse des faits observés avec un soin infini; il prouve qu'ils peuvent s'expliquer sans l'intervention de cet agent. Ce ne sont pus des faits pris au hasard (ju'il examine, mais les ?aits les plus importants de la science, ceux

liont l'explication entraîne et comprend celle de tous les autres. Ce n'est qu'au bout de dix ans, quand tous ces *'aits sont analysés, lorsque ses idées sont sorties victorieuses de tant d'épreuves et de si rudes épreuves; ce n'est qu'au bout de dix ans, lorsque les vues de son génie sont transformées en convictions inébranlables, qu'il se résume, concentre ses forces, saisit au corps le phlogistique , le presse, l'accable d'arguments irrésistibles, et d'iui seul coup le renverse foudi'oyé.

« A pi es avoir commencé le feu en 1772, ce n'est qu'en 1783 qu'il livre la bataille ; jusc[ue-l;i, aux yeux des esprits superficiels, il semble céder. C'est qu'il n'avait pas encore recueilli les faits nécessaires )iour asseoir sa propre doctrine et pour en montrer toute la jioitée. Esprit essentiellement créateur, dominé du besoin d'inventer et non de celui de détruire, peu lui imjiorte de tuer le phlogistique, il lui importe beaucoup de découvrir une explication plus conforme à la nature des choses.

« Du reste, en parcourant les mémoires de Lavoisier qui ont pour objet la chimie générale et l'établissement di^ son système, il est impossible de méconnaître la nature do sa méthode. On voit, en effet, qu'il existe un tel enchaînement entre les écrits de ce grand homme, que le picmier conduit au second; que le second est indispensable au troisième, et qu'ainsi de suite tous ses travaux se commandent, les faits conduisant à de nouvelles idées , et les idées nouvelles conduisant h leur tour à étudier, avec cette attention qui fertilise tout, des faits négligés jusqu'alors, ou h découvrir des faits inconnus. Quand il expérimente, c'est avec cette rigueur dont les observations astronomiques pouvaient seules jusque-là donner une idée; quand il raisonne, c'est avec cette logique serrée qu'il a puisée à l'école de Condillac. Comment être surpris, d'ajirès cela, si, une fois que tous les faits qu'il a étudiés ont pris leur place dans sa théorie, ceux qu'on aécouvre à côté de lui, ceux qu'on a découverts après lui, sont également venus s'y ranger?

Tous les mémoires de Lavoisier ont donc entre eux une filiation non interrompue; pas le moindre défaut de continuité ne s'y laisse remarquer. L'histoire des sciences n'olïre ]ieut-ôtrepas d'autre exemple d'unelutte poursuivie avec tant de persévérance et avec une telle suite dans les idées. Vous éprouveriez même, par cela seul, un plaisir singulier à la lecture de ses mémoires originaux , en y voyant comment une science se fait, s'établit à l'aide des expériences les plus simples , pourvu qu'elles soient accomplies avec précision et liées jiar un raisonnement sévère.

« Lavoisier commenceparétablirque sil'on chaufl'e de l'étain dans un vase fermé, une portion de l'air se fixe sur l'étain, qui passe )iar conséquent à l'état d'oxyde (|iermettezmoi d'emprunter ce mot à la nomenclature actuelle). Lorsqu'une certaine quantité d'étain est oxydée, on a beau calciner plus longtemps, le reste du métal deme-ure iu-

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