‹ Dictionnaire de chimie et de minéralogieChapitre 185 sur 354 · LAY · texte numérisé non relu

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tesse infinie; s'agit -il d'opinions, elles sont pesées et mûries avec un soin tel, qu'elles sont presque toutes admises aujourd'hui comme des vérités reconnues.

« En général , Lavoisler ne laisse rien d'important en arrière dans l'étude d'un phénomène , à moins que l'expérience ne soit impossible. C'est ainsi qu'il arrive à sentir ia nécessité d'étudier les phénomènes relatifs à la chaleur combinée, et qu'il invente avec Laplace le calorimètre qui porte leur nom , et à l'aide duquel ils ont mesuré la chaleur spécifique des principaux corps. Ce soni eux qui ont cherché les premiers à se rendre compte de la quantité exacte de chaleur dégagée par la combustion des cor|)S , et la science possède k peine d'autres données que les leurs sur cet important sujet. C'est à l'aide du même appareil qu'ds ont expliqué , car c'est à eux que cette découverte est due, les phénomènes de la respiration et de la chaleur animale, en faisant voir que non-seulement l'oxygène est absorbé dans la respiration, mais encore que la chaleur animale est représentée, en grande partie, par la chaleur mise en liberté pendant la combustion du charbon brûlé dans le poumon.

« En physique comme en chimie, Lavoisier se montre donc le même. C'est toujours cet esprit mesuré et logique dont la marche mérite d'être étudiée et méditée , car on est sûr d'y découvrir comment procède l'esprit d'invention aiipliqué aux plus nobles conceitlions de notre intelligence.

« Dans tous les cas , Lavoisier débute par une idée juste et profonde , mais par une id(''e incomplète , qui commence à poindre , qu'il présente avec hésitation et dont l'intérêt ne saurait frapper que les connaisseurs. Les premières conséquences en sont immédiatement soumises à l'épreuve de l'expérience; il en découle d'autres vues qui mènent à de nouveaux essais que Lavoisier poursuit sans relAche, tant que son œil peut découvrir quelque circonstance obscure ou inexpliquée dans l'ensemble des faits qu'il veut approfondir.

« C'est ainsi que son idée première , qui apparaît d'abord voilée et confuse , peu à peu s'illumine et s'élargit , sans cesser d'être elle-même. C'est ainsi que, tout en conservant son caractère originel, elle devient successivement remarquable , importante , sublinip. C'est ainsi que, fécondée jiar le génie, elle sort de ses langes pour se convertir . en une de ces conceptions éblouissantes de clarté qui honorent l'esprit humain et qui illustrent à jamais un siècle et un pays.

« Chez lui re\[)ression suit la mèàie progression. Simj)le et sans ornements dans ses premiers essais , elle devient plus travaillée à mesure que le sujet grandit; elle se colore : quelque poésie vient même se mêler a sa grave pensée, et l'on peut dire que dès qu'elle est sûre du terrain, son imagination ne craint pas de s'y engager et de se permettre quehpies images , toujours justes ot du meilleur goût,

« Ce qu'il est dans chaque partie de ses recherches , Lavoisier l'est aussi pour leur ensemble.

rf Ainsi, quand, parvenu au terme de ses recherches il croit pouvoir les réunir en un ouvrage élémentaire destiné à les populariser, celui-ci présente une description claire, nette et logique de toute la chimie philosophique qui lui est due. Ce|)endant , pris fi ]iart , cha(]ue chapitre ne brille que par sa clarté, mais leur ensemble offre l'enchaînement le plus parfait et le plus logique.

« Mais quand cet ouvrage est terminé et

3u'il veut en résumer les principes, sûr alors e ses détails, car ce qu'il veut avant tout , c'est une base composée défaits certains, de faits vrais, incontestables, il écrit «ou discours préliminaire, modèle déraison élevée, de philosophie et de logique, tout comme il est un modèle du langage noble qui convient aux sciences. C'est ainsi que pour lui les faits ne sont qu'un moyen de s'élever à de hautes pensées.

« .\vec Lavoisier tout tend sans cesse à la perfection , à la vérité , à la simplicité. A mesure qu'il avance dans sa carrière scientifique , ses expériences deviennent plus précises et plus délicates, ses opinions plus arrêtées et plus étendues , son langage plus net et plus translucide.

« Tel est le caractère du génie toujours plus fort que son sujet. Telle est la marche de celui qui sait enchaîner la nature, et qui, l'œil toujours tixé sur la vérité, ne se laisse jamais éblouir par de fausses lueurs.

« Ecoulez Priestley au contraire, et il vous dira : Plus j'avance et moins je comprends ; plus je découvre et moins je sais; plusj'examine et plus je doute ; et si vous voulez l'en croire, il ajoutera ijue c'est là une des nécessités des sciences expérimentales, que c'est là une preuve de l'excellence de sa méthode et de la justesse de ses idées. Or, sa méthode, elle se réduit à dire que les faits sont tout et les idées générales un vain fantôme , bon tout au plus à l'aire découvrir quelques faits nouveaux

0 Mais tandis que l'horizon s'obscurcit de plus en plus autour de lui , pour Lavoisier chaque jour apporte une nouvelle lumière. Plus il découvre de faits , mieux il les comprend. Chacune de ses découvertes sert à aplanir quelque difticulté qui restait encore. Tous les faits qu'on observe autour de lui servent à compléter quelque raisonnement demeuré imparfait. C'est en effet le propre d'une tliéorie générale vraie; non-seulement elle ]jermet d'expliquer ce qu'on sait cléjà, mais encore ce que l'on apprend ensuite, et même ce qu'on laisse à découvrir à la postérité.

« Du reste, rien de plus commun que ce contraste. Bien des gens qui raisonnent comme Priestley se trouvent encore dans la science , et ceux qui raisonnent comme Lavoisier sont rares. Aujourd'hui comme alors, demain comme aujourd'hui, vous trouverez des hommes qui diront : Pkvs je découvre de f«its , moins je les comprends; et d'au-

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très, plus rares, qui ont nc(]uis lo dniit de dire : Plus je découvre de l'âits, plus ils ralferniisseiU mes opinions.

« M.i'S vous me deuiaudercz sans doute si la théorie de I.avoisier, cette théorie ([u'un lui attribue aujourd'hui d'un consenleuient uuaniiue , vous nie deniauih^rc/ si elle n'a susrité aueune de ces réclamations si communes dans les sciences. \'ous aurez raison, car la beauté des résultats de Lavoisier, la [)récision inconnue de ses exjiériences , en lixant sur lui des regards jaloux , lui attij'èn nt le sort qui menace tous les inventeurs de haut parafe. Tant (pie ses idées demeurèrent obscures, nn ne dit rien; mais vers l'époque où sa théorie commençait à devenir une puissance , on déterra un ouvrage oii cette tliéorie se trouvait présentée dans ce fiu'elle avait d'essentiel. C'est là une chose dont nous sommes journellement témoins.

Quand on annonce une idée nouvelle , il se trouve cerlains esprits qui dsent aussitôt qu'elle n'est pas vraie ; <iuand on leur a piouvé qu'elle est vraie, ils se consolent en disant qu'elle n'est pas nouvelle, et ils le prouvent facilement, car il est toujours possible, en consultant les anciens documents, d'y trouver une pensée quelconque qui se rapproche plus ou moins ties opinions qu'on attaque. C'est ce c[ui est ar-i-ivé pour Lavoisier.

« En 1C30 , époque où Salomon de Caus publiait ses expériences sur la vapeur d'eau, Jean Rey, médecin périgourdin , écrivait quelques essais sur la cause de l'augmentation de poids des métaux qu'on calcine.

Cette augmentation de poids était connue dès la naissance de la chimie. Au huitième siècle Geber en parle d'une manière parfaitement claire , en ce qui concerne le plomb et l'élain. Mais personne n'en avait pu donner d'explication satisfaisante. Jean Key l'explique en prouvant par le raisonnement et l'expérience que les métaux qu'on calcine augmentent de poids, 7;a>'/e mcslunge de l'air espessi ; c'est-à-dire parce qu'ils s'emparent d'une certaine quanti té d'air. Il serait trop long delesuivredanslamanière dontil établit cette opinion ; mais il est certain que son ouvrage démontre qu'il entendait parfaitement la nature de ce phénomène. Ses raisonnements deviennent surtout remarquables, quand on compare son explication avec celles qui étaient présentées [)ar ses contemporains et dont l'absurdité nous révolte aujourd'hui.

« Ainsi C(Uisultez l'un des beaux-esprits du temps, Scaliger , il trouvera cette augmentation toute simple ; il vous dira qu'elle lirnt à la perte des parties aériennes du métal , que les métaux augmentent de poids |iar la calcination, de la môme manière que les tuiles par la cuisson , confondant ainsi , par une lourde bévue, le poids absolu et la densité.

« Consultez Cardan , il vous dira que le plomb calciné devient plus lourd, parce qu'il jterd sa vie métallique, que l'oxyde n'est jilus qu'un cadavre , et il ne manquera ])as d'ajouter qu'un cadavre pèse toujours plus que l'animal en vie. Ces détails vous exj)li-

(pient pounpioi l'excellont ouvrage de Jean Itey n'a pas été compris, et couuuont on a droit de dire qu'il ne j)0uvait pas l'être des hommes de son temps.

« Mais Jean Key était inconnu à Lavoisier. Connnent voulez- vous (pi'il en fût autrement? il n'existait do cet ouvrage ([uo deux exem|)Iaiies , dont un seul était Completel fut retrouvé dans une bililiolliè(pje imbli- (pie , la grande bildiothèqui! du loi. Cejiendant il fut réim|uimé en 1777 et ré[)andu avec quehiue |)rofusi(jn. On ertt laissé crowe volontiers alors que Lavoisier avait emprunté à cet ouvrage le fond de ses idées. Mais il n'en est rien , soyez-en convaincus. Si Lavoisier n'avait pas découvert l'augmentatiou de jioids des métaux i)endant leur calcination, il en avait certainement découvert la cause. Sa note de 1772 respire la candeur et la bonne foi. Et de plus il avait découvert, et c'est là le point sur lequel il insiste surtout, que dans toutes les opérations de la chimie on devait retrouver ce qu'on y avait mis. C'est là sa découverte fondamentale, celle d'où découlent toutes les autres ; et s'il arrive à expliquer comment se passent tous les phénomènes de la chimie, c'est que, la balance à la main, il a étudié tous ces phénomènes, qu'il en a examiné les divers produits, qu'il a pesé tout ce qu'il employait et tout ce cfu'il formait , méthode dont la chimie est fière et qu'elle n'abandonnera certainement jamais.

« Ce n'est pas tout, mais rappelez -vous que cette théorie est née en 1772 , que depuis lors elle avait gagné chaque année une nouvelle certitude , et qu'en 1783 , époque où elle était complète, où elle n'avait plus rien à acquérir, Lavoisier était encore seul de son opinion. Seul, je me trompe, Laplace la partageait, mais parmi les chimistes aucun ne s'était prononcé en sa faveur. Vous serez surpris et vous comprendrez peut-être les souffrances auxquelles est condamné le génie, en voyant, à l'époque dont je parle, quand ses idées étaient développées avec une clarté qui ne laissait rien à désirer, en voyant, dis-je , qu'à cette époque Lavoisier était en France sans aucun appui parmi les chimistes, et qu'à l'étranger personne ne partageait ses doctrines. Bergmann, ([ui vivait encore, lui faisait des objections telles qu'en vérité on a peine à les comprendre. Eu Angleterre, personne n'était de son avis.

« Enlin le jour de la justice arrive pour lui, mais bien tard , car ce n'est quen 1787 cnie Fourcroy professe concurremment ks deux théories et qu'il consent à les melli o en parallèle dans ses cours. Berthollet adopte celle de Lavoisier en 1787. Guyton iMorvcau mettait en avant vers la môme époque une nouvejle nomenclature , mais il rai>i)liquait à la théorie du jdilogistique. Lavoisier, après (pielques discussions, liiiit j)ar riilraînertous h^s suli'rages, et obtint (jue la nomenclature nouvelle serait rexj)r('Ssion de ses doctrines. Ce fut un vrai Irionijilie pour lui ; car bientôt cette théorie si belle , exposée dans un langage si clair et si logique , obtint la fa-

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