‹ Dictionnaire de chimie et de minéralogieChapitre 186 sur 354 · LAV · texte numérisé non relu

LAV

vciir po|)iilaire et réunit tous les suffrages.

« Après vous avoir raontrû ce que F.avoisier était devenu couiuie savant , quels services innueiisi's il avait rendus au monde, il luc reste à remplir une tâche bien douk)ui eusi% il me reste à vous exposer comment celle vie si belle, si pure, fut brusquement tranchée. Vous ne pouvez vous faire une idée de l'émotion qu'on é|)rouve quand on a paicouru, comme je viens de le l'aire, ses Mémoires, l'honniHU' de la France, quand on a suivi, pas à pas, cette existence si pleine, si dévouée aux sciences et au bien [lublic, vous ne pouvez, dis-je, vous faii'e une idée de l'émotion qui saisit au cœur, (juaud on ouvre l'ouvraye dont il s'occujiait au moment de sa mort. Sa théorie était com- |>léle alors, mais il avait besoin de la résumer, d'en présenter les bases fondamentales à la posiérilé. Ce besoin était devenu iilus impérieux que jamais, car à cette époque, par un de ces retours dont vous avez vu plus d'un exemple, la théorie de Lavoisier n'était [ilus celle de Lavoisier, c'était celle des chimistes français. On confondait l'établissement de la nomenclature avec la découverte des faits et l'invention des idées qu'elle représente. Ainsi, Lavoisier, après avoir vu sa doctrine contestée sous le rapport de l'invention, la voyait encore s'échapper de ses mains par un partage auquel tous les chimistes de son temps étaient appelés.

« Ce nouveau coup lui fut très-pénible. « Cette théorie n'est pas, comme je l'entends dire, celle des chimistes français, elle est la MIENNE, s'écrie-t-il , dans une réclamatiou écrite presque au pied de léchafaud. C'est une propriété que je réclame auprès de mes contemporains et de la postérité. »

« A cet égard, tout nuage a disparu et ses mAnes doivent être apaisés.

« Alors il conçut la pensée de former un recueil de tous ses Mémoires, atin de donner au public les moyens d'apprécier si Cette doctruie lui appartenait ou non. Si cet ouvrage était complet, nous jiourrions parcourir d'un seul coup d'œil la série de ses recherches, et ma tâche eût été plus facile. Mais, au moment même où il s'occupait de sa iiublieation, la mort, une mort atlVeuse vint soudain le fra|)per, cl ce recueil incomplet demeure comme le monument le [)liis touchant que l'on puisse rencontrer dans l'histoire des sciences. Kien n'(^sl douloureux à voir comme cet ouvrage dont le second volume seul est entier, et tlont le piemier et le troisième, en train de s'imprimer, sembUnit tranchés par la môme hache qui fra[>pail leur auteur!... La i)hrase est coupée là où se ti'ouvait sa pliuue, au moment où le bourreau vint le saisir. Je le ré|)ète, il n'est point d'éimilion com[) iral)!e à celle-là; il n'est rien de plus dramatique au monde que la vue de ces funèbres pages, de ces pages inachevées, dont un voile de sang nous dérobe la suite.

« Comment cet événement est-il arrivé?

Comment Lavoisier, après une vie si honorable et si [mre, a-t-il été conduii s ri' cha-

LAV

faud par les fureurs de la révolution? Hélas 1 c'est une chose toute sim[)le!

« Lavoisier était fermier général, et commo tel il fut compris dans la proscription qui les alteignit tous. H connut son péril, mais dans le moment même où la moit planait sur sa tèle, il continuait encore ses travaux; il pouisuivail, il hâtait l'impression de ses œuvres avec un calme, une séiénité dignes des tem|)s antiques. Peut-être pensa-t-il (ju'il était au-dessus du péril , et que sa réimlation, sa gloire, exigeiaient quel((ue |iiélexle raisonnahle à son accusation. Contiance luneslel Le piétexte ne manqua jias; on se contentait si aisément alors !

« Kn 17y'(., le 2 mai, un mend^re de la Coftventioi), nommé Dupin, ancien commis do son beau-père, vint [lorlerà cette assemblée un acte d'accusation contre tous les fermiers généraux; Lavoisier s'y trouva compris. Peu de jours après, le rap[)ort est lu et changé par Fouquier-Tliinville en un acie d'accusation près le tribunal révolutionnaire.

« Lavoisier élait de garde^il apprend le danger qui menace sa tète, on le |trévient qu'il va être arrêté. Moment cruel ! Que devenir? Que faire? Représentez-vous le grand homme proscrit, isolé tout à cou,), déjà retranché de la société par ce décret funeste; n'osant plus rentrer chez lui; errant dans ce Paris où il n'est plus d'asile qu'il puisse réclamer, qu'il ose accepter, car il porte la mort avec lui.

« Leliasard lui fait rencontrer un homme de cœur, notre vieux Lucas de l'Académie et du Jardin. Lucas prend Lavoisier, l'eminèae avec lui, et le cache au Louvre dans le cabinet le plus retiré du secrétariat de l'Académie des sciences qui était déjà dé- Iruile elle-même. Circonstance touchante , comme si cette Acailémie que Lavoisier avait tant illustrée, où il avait jeté tant d'éclat, se ranimant tout à coup au péril qui menace sa tèt >, ouvrait son sein, pour y cacher son bien-aiinô, ou pour recueilbr au moins les pensées solennelles de ses dernières heures.

« Lavoisier passe un jour ou deux tout au ])lus dans celte relraite; il apprend que ses collègues sont arrêtés, que sou beau-père est arrèlé. 11 n'nésile i)lus, il s'arrache à l'asile qu'on lui avait ouvert et va se constituer piMsonnier. Le 6 mai il est condamné à mort; et le 8 mai, jour de funeste mémoire, il monle à l'échafaud.

« Le tribunal, s'il est permis de profaner ainsi ce nom, le tribunal n'hésite pas un instant; pour lui Lavoisier n'est qu'un chiffre. Ce n'est point Lavoisier qu'on a condamné, c'est le fermier général numéro cinq, sans plus d'attention; et c'est peut-être cetto imliUéreiue imprévue pour lui qui a causé sa perle. D'autres ont échappé au même péiil à la faveur des démarches les plus actives, mais lui elles siens n'ont pu s'imaginer que cette gloire dont ils sentaient tout le poids n'aurait aucune espèce d'inllucuce sur ses «juges; ils se sont, trompés.

LAV

(I 11 fut rondumiR- coinnii' tous sns colli^- ^urs, sciiis 11' iii(''l(>\tn le plus ()U(^iil, uiais il

n'eu fallait [las d'autix-s à cette époque

L'ariiM |ioi'lo :

« CoudaunK^ ?i mort , coinnio convaincu « d'i^tce auteui' ou (v)iniilico d'un coui|)lot ([ui « a oxi.st(^ conti'e le [«niplo français, tendant « Jv favoriser les succès des ennemis île la « Frani^o; notannuent en exerçant toute es- « pèce d'exactions et de concussions sur le n peuple français, en mettant au tabac do « l'eau et des in.^rédients nuisibles à la santé « des citoyens ([ui en faisaient usaj^e. » \'ous n'ignore/ point (jue dans la fermentation du tabac il est nécessaire d'ajouter une certaine (piantité d'eau; c'est parce (pi'un ancien commis vint assurei-, et sans preuve aucune, (pi'on en avait mis troii, (jue les fermiers généraux furent condamnés à mort.

« On dit que Lavoisier, condanmé à mort, aurait demandé un sursis, sous prétexte de terminer quelijues exi)ériences importantes et que ce sursis lui fut refusé; cela ])araît douteux. Lavoisier est mort , comme on mourait alors, avec calme et résignation, en même temps ipie ses collègues, avec le même sentiment qui l'avait porté à venir partager leur captivité.

'.( On dit aussi qu'une députation du Lycée des arts vint lui olfrir une couronne, la veille de sa mort, dans sa prison. C'eitt été là luie pauvre jonglerie, peu digne d'une circonstance aussi douloureuse, mais je crois pouvoir assurer que le fait n'est point vrai; car, parmi les personnes qui auraient figuré dans cette scène théAtrale, se trouve désigné Cuvier, qui, à cette époque, n'était pas encore à Pai'is.

« Un fait bien digne d'être remarqué et qui, (léliguré, a pu servir de base à cette anecdote, c'est la démarche d'un honniie ([ui ne s'occupait point de chimie, du docteur Halle, dont les amis savent tous la bonté, le courage. Halle apprend avec horreur que Lavoisier est arrêté ; d'une main tremblante, il rédige un rapport sur ses travaux oii il essaye de retracer les services qu'il a rendus h. la société; il lit ce ra]iport au Lycée des arts; il distribue cet écrit ; mais rien n'arrête le terrible tribunal.

« Parmi les cliimistes du temps, un seul osa se permettre des démarches actives et pressantes, c'est Loysel, l'auteur d'un ouvrage estimable sur l'art du verrier. Mais ces démarches furent vaines et peut-être, pour l'honneur de l'humanité, convient-il li'ensevelir dans l'oubli la réponse froide et sordonique qui les accueillit.

" Quelques personnes vous diront, oui, la mort de Lavoisier fut un crime abominable, un malheur public; mais du moins la jjhilosophie n'y a-t-elle rien perdu ; son système était complet, achevé: il se fiU reposé désormais.

« Hélas, cette consolation, tant faible soitello, cette consolation même nous manque.

« Sans doute, le cercle tracé par Lavoisier se trouvait fermé; sans doute l'esprit humain s'y débattra Iont;temps encore, avant

LAV m

d'en sortir; mais, loin d'être épuisé, son génie semlilait se ranimi^r d'un nouveau feu, et ces (haines (pi'ii nou{' n forgées, sa maiu les eut soulevées en se jouant.

« Lisez ses œuvres et vous verrez qu'ici Lavoisier se promet de terminer bientôt ses expériences sur la chaleur i)roduite par la cinnbinaison des corps ; ((ue l;\ il annonce ([u'il va s'occuper d'une étude attentive de l'adinité, d'après des vues (pii lui sont propres; qu'ailleurs il parle d'un grand travail sur la fermentation, travail teiniiné, dont nous ne connaissons qu'une faible partie.

« Lisez ses oeuvres, et votre douleur repoussera toute consolation, car vous y lirez :

« Ce n'est point ici le lieu d'enti'er dans aucuns détails sur les corps oi'ganisés ; c'est à dessein que j'ai évité de m'en occuj)erdans cet ouvrage, et c'est ce qui m'a emjiêché de parler des phénomènes de la respiration, do la sanguilication et de la chaleur animale. »

« Je keviendbai un jour sur ces objets. »

« Ces lignes s'imprimaient en 93; une année après il n'était plus.

« Après une vie si honorable, après une mort si cruelle, qu'avons-nous fait pour Lavoisier ? Qu'a fait la France pour Lavoisier? Où trouver un monument qui rappelle sa mémoire, un simj)le buste qui lui suit consacré? La France , hélas ! semble l'avoir oublié. Nous ne possédons qu'un portrait de Lavoisier; c'est tout ce qui nous reste de lui; un portrait de famille peint jiar David.

« Mais si le.'i monuments se taisent, l'univers nous redit sans cesse son nom. L'air, l'eau, la terre, les métaux, c'est lui ijui nous en a fait connaître la nature. La combustion des corps, la respiration des animaux, la fermentation des matières organiques , c'est lui qui nous en a révélé les lois et dévoilé les mystères.

« Les hommes ne lui ont élevé aucun monument de bronze ou de marbre, mais il s'en est érigé lui-même un moins périssable; c'est la chimie tout entière. Comme il domine, comme il maîtrise encore cette science ! Ne voyez-vous pas son omL)re [ilaner sur elle , ne la voyez-vous pas grandir, s'élever sans cesse, comme si chacun de nos etforts, chacune de nos découvertes, continuant son œuvre, devait tourner encore au [irolit de sa gloire?

« Uiennepeutaujourd'huinousdonneruiie idée de l'enthousiasmi,' aviic lequel riiurofie savante accueillit les opinions de Lavoisier, une fois que leur atloption par les ])riiii;i|iaux membres de l'Académie des sciences les eut sanctionnées. Les esprits les ])lus timides, ceux qui répugnaient le plus à se jeter dans une direction nouvelle, rassurés par cette haute approbation, se laissèrent séduire, ei essayèrent de se mettre au courant des doctrines qu'on |)réconisait maintenant avec tant d'ardeur. Et dès (jue le [iremier ell'ort pour s'appro|irier ces idées, ce langage, ét.";it accniqili, les partisans les plus rebelles

LAV

LEF

de l'ancienne chimie, reconnaissant bientôt toute la supériorité des nouvelles o|iinions, s'empressaient de les adopter à leur tour et en devenaient souvent les preneurs les plus enthousiastes.

-, Comment n'être point dominé, en effet, (juand, à la place de cette chimie conventionnelle , de ses explications contradictoires, de sa nature confuse , Lavoisier vous offrait une chimie vraie, dont les théories nettes et losiques perçant à jour, du même coup, tous les phénomènes naturels, expliquaient non-seulement tout ce que l'observation avait appris aux hommes, mais mémo tout ce que l'imagination la plus active pouvait inventer.

« Comment n'être point séduit, quand à l'époque même où Schéele, Priestley, bégayaient leurs essais de théories, Lavoisier se levait en France et prononçait ces paroles si simples, mais si solennelles :

« La phlogistique n'existe pas :

« L'air du feu, l'air déphlogistique est un corps simple ;

« C'est lui qui se combine avec les métaux que vous calcinez

« C'est lui qui transforme le soufre, le phosphore, le charbon en acides;

« C'est lui qui constitue la partie active de l'air : il alimente la tlamme qui nous éclaire, le foyer qui nous alimente ;

« C'est lui qui dans la respiration des animaux change leur sang veineux en sang artériel, en môme temps qu'il développe la chaleur qui leur est propre;

« 11 forme partie essentielle de la croûte du globe tout entière, de l'eau, des plantes et des animaux;

« Présent dans tous les phénomènes naturels, sans cesse en mouvement, il revêt mille formes; mais je ne le perds jamais de vue et puis toujours le faire reparaître à mon gré, quelque caciié qu'il soit ;

« Dans cet être éternel , impérissable, qui peutchanger de place, mais (pu ne peut rien gagner ni rien (lerdre, que ma balance poursuit et retrouve toujours le même , il faut voir l'image de la matière en général ;

a Car toutes les espèces de matière partagent avec lui ces propriétés fondamentales et sont comme lui éternelles, impérissables ; elles peuvent comme lui changer de place, mais non de poids, et lu balance les suit sans peine à travers toutes leurs modifications les plus surprenantes. »

LAZCLITE ou LAPIS LAZULL — C'est une des plus belles pierres qu'on puisse em- [iloyer en revêtement; mais on ne la trouve ([u'en petites piôies rarement de 15 à 20 |j luces de côté, de sorte que la plupart des nicrustations se composent de petites plaques placées l'une à côté de l'autre. C'est aussi rarement la substance [lure qu'on emploie, mais plutôt la roche dans la(iuelle elle est disséminée en plus ou moins grande aboiulance, et on recherche alors eelli' dont Ir ionl est d'un beau Ijlanc avec de belles taches bleues, en [noportions convenables. Les variétés pures, qui ne sont uas d'un ainsi

bel effet, quoique plus riches, sont rescvées pour la bijouterie. Cette matière, très-rare, ne peut être eiii|ilovée que pour des décorations très-somptueuses; elle a été employée avec profusion dans les appartements du palais de marbre que Catherine 11 a fait bâtir à Pétersbourg. Dans quelques églises , les tabernacles sont décorés avec cette précieuse matière. On la fait entrer en petites pièces dans les tables incrustées ou espèces de mosaïques que l'on a faites à Florence. Yoy. Outremer.

LE FÈVRE (Nicolas), fit ses études dans l'académie protestante de Sedan. S'étant signalé en chimie et en pharmacie, il fut choisi par Vallot, premier médecin de Louis XIV, pour occuper la place de professeur, ou plutôt, pour nous servir des termes alors en usage, de démonstrateur de chimie, au Jardin des plantes. Le Jardin des plantes n'était pas en ce temps-là ce qu'il est aujourd'hui. Fondé durant le règne précédent, il n'avait encore reçu qu'un faible développement, et se trouvait placé tout à fait sous la dépendance ilu premier médecin du roi.

Ainsi les cours de chimie du Jardin desplanj tes sont les [iremiers cours de ce genre que la France ait possédés, et ils datent d'une époque déjà fort ancienne.

Après avoir professé pendant quelque temps avec succès. Le Fèvre passa en Angleterre, où il fut appelé par Jacques 11, qui voulait lui confier le laboratoire de Saint- James, établi à l'occasion de la création de la Société royale. La France possédait alors des chimistes, l'Angleterre en était dépourvue; de là les efforts du roi pour attirer à Londres Nicolas Le Fèvre, et pour le (léterminer à quitter son pays. D'ailleurs l'Angleterre lui assurait pour l'exercice de sa religion plus de tranquillité que la France, où s'exeiçaient déjà les persécutions contre les protestants.

Ses ouvrages ont été composés à Londres. Néainnoiiis, étant écrits en français et publiés à Paris, ils sont acquis à la France. On y retrouve le style élégant d'un homme formé aux bonnes écoles. Son Traité de chimie raisonnée, n'est point, comme la plupart de ceux qu'on a publiés vers cette époque, un ramassis confus de recettes. L'auteur cherche soigneusement au contraire à se rendre compte des phénomènes, qu'il décrit avec ordre, méthode et clarté.

En commençant son livre , il se demande s'il y a plusieurs sortes de chimie, et il est conduit à en distinguer trois : la chimie philosophique, l'ialrochimie et la chimie pharmaceutique.

La chimie philosophique, c'est la science pure, dégagée de toute application à la médecine et à la pharmacie; c'est l'étude de la nature, la recherche des composés qu'elle permet de produire, l'explication des mystères qu'elle oll're ii notre curiosité : elle comprend même l'élude des phénomènes météorologiques. L'iatrochimie, c'est l'application de la chimie aux iihénomèues de l'organisa lio'i et lies fonctions des animaux; c'est en

LKF

ÇTO

(TU nvA, \:\ [ihysiolii^io aiiiiimlt'. i: ilii la rhiniie plianiiacciiliiiui' couiprond le (li'Vt'iofipciueiit des iinxunk's à suivre pour la préparation ili's iiu'dicaniL'uls.

Lo Fèvro se demaudo (!nsuit<> si la chimie est l'art dos transmutations, ou liion l'art des séparations, ou bien (ont h la l'ois l'art des transmutations et des séparations? Doit-elle être la science des mixtes, ou celle des éléments. Chacune de ces détinilions est insuffisante, réjjond-il; et donnant à la cliimie la plus grande extension, il admet qu'elle a jjour objet la connaissance de toutes les choses que Dieu a tirées du chaos i)ar la création, et il embrasse à la fois ainsi les matières qui dépendent de la physique et celles que la chimie actuelle s'est réservées.

S'agit-il enfin d'établir une dilférence entre le chimiste et le physicien spéculatif, voici comment il procède :

« Si un élève demande au chimiste de quelles parties un corps est composé, celuici ne se contenle pas de répondre à ses oreilles ; mais il lui fait voir, sentir, toucher, goûter ces parties, dans lesquelles le mixte s'est résous entre ses mains. Que ce soient, par exemple, un esprit acide, un sel amer, une terre douce, ou tout autre produit, peu imporle : il les montre en nature, et l'élève en saisit par lui-même et par ses propres sens toutes les qualités.

« Que la question s'adresse au physicien. Ahl dira-t-il, de quelles parties ce corps est composé? Cela n'est pas encore bien déterminé dans l'école Si c'est un corps, il

a de l'étendue, par consi5quent il doit être divisible, et ne peut être composé que de parties ou de points. Or il ne peut se composer de iioints, car les points étant sans étendue ne la sauraient communiquer aux corps. Il doit donc être foruié de parties étendues ; mais, lui dira-t-on, celles-ci seront divisibles elles-mêmes en plus petites qu'on pourra partager en plus petites encore, et qui à leur tour le seront de nouveau tant qu'elles auront de l'étendue. Pour que la division s'arrête, il faut manifestement arriver à des parties sans étendue, mais alors celles-ci seront des points, et les corps n'en peuvent être formés.

« Ainsi le {)hysicien se borne à vous apprendre que le corps sur lequel vous l'interrogez doit être composé de parties étendues; admettez pourtant, si vous voulez, qu'il est compose de points ou parties sans étendue , car dans l'état de la question, le physicien ne saurait vous donner une solution claire sur ce point.

« D'où vient, continue-t-il, cette énorme différence entre les doctrines des chimistes et celle des physiciens? C'est que les physiciens ont peur de se compromettre en se noircissant les mains de charbon. C*esl qu'ils se contentent d'aller prendre leurs grades dans quelque université, et qu'ils se pavanent ensuite avec leur soutane, leur fierruque, leurs parcheinins et leurs sceaux. Le cliimi te, au coitraire, se tient attentif (leva;!! les v^dss.taux de son laboral.)ire, dissè-

DlCTIJ>N. 1)K ChIVIU.

ipu» laborieusement les mixtes, ouvre l(\s choses composées , de manière à découvi-ir ce que la nature a caché de beau sous leur écorce. »

La distinction qu'établit ainsi Le Fèvro entre la chiuiie et la physique, telles qu'on les entendait de son tenif)s, peut étonner; mais elle est vraie. La chimie, prenant toujours l'expérience pour guide dans ses recherches , pouvait exposer dès-lois ses ré sullals précis; l'autre science, rejetant ce llainbeau pour s'atlacher à des idées purement hyi)Othétiques, se perdait au milieu d'un dédale d'argnties puériles. Voilà pourquoi Nicolas Le Fèvre, en môme temps (|u'il témoigne pour l'une la plus haute admiration, traite l'autre avec un mépris si [itnfond.

Ainsi se continue cette lutte enirc la chimie naissante et la physique scolastique.

Le Fèvre admettait cinq éléments : lo phlegme ou l'eau, l'esprit ou le mercure, le smifre ou l'huile, le sel et la terre. Ces cinq principes présentent l'image fidèle de la distillation. Ain.-i, tandis qu'Aristote était évidemment parti de la combustion du bois pour établir ses quatre éléments. Le Fèvre fut conduit à admettre ces cinq éléments par les résultats que lui fournissent les matières végétales soumises, non plus à la combustion, mais à l'action do la chaleur en vases clos.

Les péripatéticiens trouvaient dans la flamme du bois qui brûle, dans la fumée qui s'en exhale, dans l'eau qui en suinte, et dans la cendre qu'il laisse, les quatre éléments naturels du corps. Aux yeux de Nicolas Le Fèvre, ce mode de destruction ne mettait jias en évidence tous les principes de la matière : il fallait les chercher dans les produits de la distillation. Or, qu'obtenait-il, en distillant soit le bois, soit toute autre matière prise dans les végétaux ou les animaux? Il voyait se dégager des gaz qu'il confondait sous le nom d'air; il recueillait une liqueur aqueuse chargée d'acide acétique, qui lui olftait à la fois l'eau et l'esprit : car le vinaigre était pour les anciens chimistes un esprit acide; il obtenait en même temps une autre liqueur d'apparence oléagineuse et de nature inllammable, qui lui représentait l'huile ou le soufre. Lniin, dans le résidu, il trouvait un charbon |)ronre à se résoudre en chaleur et en ceidres qui lui fournissaient les deux derniers princijies. Traitées par l'eau, elles se sé|)araient en effet en deux parties : l'une soluble, c'était le sel, l'autre insoluble, c'était la terre.

Voilà bien l'eau, l'esprit, l'huile, le sel et la terre, premiers produits de la décomposition du corps, qu'une chimie plus savante devait bientôt décomposer à leur tour.

Au reste Nicolas Le Fèvre avait senti le besoin d'admettre encore un nouvel élément, quelque chose d'analogue à la quin* tessence ou à l'élément prédestiné de Para • celse, c'est ce qu'il apjielait Vt'spril universel, il no l'availjamais vu. Ses propriétés, il n.' s'en i-eidait pas bien conqtti'. iVai.s on.

LEF

LEF

DTi

voit que le rôle qu'il lui fait jouor n'est autre chose (jue celui ([ui appartit^iit r(?enement à l'oxygèiio, qu'on croirait s'être révélé l lui, roais comme une idée très-confuse et trèsobscure. 11 pensait que cet esprit universel émanait des astres sous forme de lumière ; qu'il se corporifiait dans l'air, et qu'il produisait ensuite presque tous les elfets observés dans les minéraux, les plantes et les animaux. Ai:;si, par exemple, suivant Lo Fèvre, 1 air ne se borne pas, dans l'acte de la respiration, à rafraîchir le p )umon, mais il y exerce une véritable réaction sur le san;^, par I2 moyen d* l'esprit uiiversel, qui s<iblilise et volatilise toutes les snpariluités du .sang. C'est par lui que l'animai peut exercer toutes les fonctions de la vie. T.et es[)rit a^it de même d ns les plantes, quoique plus obscurément. Il semble, dit-il , aii'ectionner la terre; car il descend des airs, pour se corporifier e;i elle. Il alfectionne aussi particuuèrenicnt le sel : c'est h sa fixation qu'est duo la formation du nitre, et c'est à lui que le nitre dnil l,s propriétés qui le caractérisent. Ainsi le rôle attribué par le Fèvre à l'esprit universel est bien celui que joue en général l'oxygène. Vous en jugerez mieux encore par le passage suivant, consacré à la description des elfets produits par lacalcination solaire de l'antimoine.

Hamerus Poppius avait déjà observé que l'antimoine augmente de poids quand on le '.alcine au moyen d'une lentille, quoiqu'une oarlie du produit s'exliale en fumée. Pondus auctum pothis cjuam diminutum, dit-il. Mais Le Fèvre est bien plus précis à cet égard.

A côté d'une gravure très-détaillée, représentant l'artiste qui remue l'antimoine, puis la lentille et tous les accessoires de l'opération, tant l'afTaire lui a paru sérieuse, vous lisez la page suivante :

« Nous avons fait voir que les calcinations de l'antimoine avec le niCre l'ouvraient, la purifiaient et le fixaient ; ce qu'il ne pourrait faire, si ce sel ne participait tout à fait de la lumière qui se trouve corporipée en lui.

« Maisilliiut que nous fassions voir ici pathétiquement que le soleil, qui est le père et la source do la lumière, qui engendre le nitre, purifie et fixe l'antimoine beaucoup mieux et plus efficacement que le nitre no le peut faire.

« Ce digne feu conserve et multiplie l'antimoine. Si l'artiste prend douze grains d'antimoine et qu'il les calcine au feu commun, il obtient une poudre blanche o;i grise qui se trouve diminuée de cinq ou six grains.

« Avec lo miroir ardent, l'antimoine est converti en uiie poudre blanche qui pèse quinze grains au lieu de douze. »

A cette desci-iption emphatique, ajoutons que Jean Key, en j)arlantde cette expérience, et voulant s'en servir pour démontrer le rôle de l'air dans les calcinations, se compare à « Hercule, qui n'avait pas plutôt coupé une « des tètes de l'hydre qui ravageait le Pahi-- « lernéan, qu'il en renaissait deux. » L'i'S tètes de l'hydre, ce sont les objections qu'on lui adresse, et l'expérience de l'antimoin;',

le coup Qécisif qu'il leur [ orte, après avoir recueilli ses forces et raidi son bras, afin d'abattre toutes ces têtes d'un seul coup.

Comment cosopinions si arrêtées sur l'effet principal de la calcination, comment ces idéei si justes sur l'augmentation du poids des corps, ont-elles disparu des discussions, de la chimie générale? C'est que, par un instinct bien remarquable, on a toujours regardé les théories comme choses fort distinctes de la vérité. C'est qu'h ce titre on s'esb accordé depuislongtemps ?i donner aux théories une importance proportionnelle aux services qu'elles rendaient. On a accepté les théories qui menaient à découvrir quelquo chose, et on a dédaigné celles dont les inventeurs s'étaient montrés stériles. En chimie, nos théories sont des béquilles; pour montrer qu'elles sont bonnes, il faut s'ert servir et marcher. C'est ce que n'o:it fait nî Jean Rey, ni Le Fèvre; c'est ce qui explique l'oubli, lo dédain mémo où tombèrent leurs idées; c'est ce qui expliquera le dédain ou l'oubli dans lequel nous laissons tomber des idées justes peut-être, mises en avant de nosjours, mais dont les inventeurs devraient nous démontrer la puissance, ea découvrant, à leur aide, quelqu'une de ces nouveautés que recèle toute t'iéorie bien faite.

Une théorie établie sur vingt faits doit en expliquer trente, et conduit à découvrir les dix autres. Mais presque toujours elle so modifie ou succombe devant dix faits nouveaux ajoutés à ces derniers. On la voit naître, se développer, vieillir et mourir comme toutes les idées de transition nécessaires au progrès de l'intelligence humaine. Si un auteur se borne à représenter les vingt faits connus et qu'il s'arrête, sa pensée nous semble un avorton sans vitalité. De là cet abandon où on la laisse.

On comprendra l'à-propos de ces réflexions quand on saura que Le Fèvre, professeur habile et heureusement placé pour faire dominer une idée, n'a pu mal 'ré ses clforts donner à son esprit universel la place qu'il méritait peut-être. Loin de là, comme Le Fèvre n'est point inventeur, qu'il se borne à généraliser, à épurer la pensée d'autrui, chacun semble avoir pensé que la stérilité de sa carrière condamnait ses doctrines, et bientôt; celles-ci furent abandonnées.

Elles renfermaient pourtant un germe précieux, un premier essai de théorie; et ce premier essai reposait sur une vue juste de la nature des choses.

Qu'il y a loin d'ailleurs de Lo Fèvre à ses prédécesseurs dans la manière dont ceux-ci envisageaient leur esprit universel, car cette création remonte aux premières époques do la chimie 1 C'est Hermès lui-même, le grand Hermès, qui en aurait révélé la connaissance aux adeptes ; mais nous pouvons nous arrêter plus près de Le Fèvre, c'est-à-dire au commencement du dix- septième siècle.

L'ouvrage ex professa de Nuisement, poète althimisle, va nous faire connaître ce que Ion en pensait alors; et où en trouverions-

Page 1