‹ Dictionnaire de chimie et de minéralogieChapitre 244 sur 354 · GAR · texte numérisé non relu

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PROTOXYDE DE POTASSIUM. Voy. Potasse.

PROTOXYDE DE SODIUM. Voy. Soude.

PROTOXYDE DE BARIUM. Voy. BaniCM.

PROTOXYDE DE ZINC. Voy. Zinc.

' PROTOXYDE DE PLOMB. Voy. Plomb.

PROUST. —Elève de Rouelle, manii)ulatcur habile, raisonneur exact, plein de verve et de feu dans l'expression.

Proust a vu le premier qu'il existe une constance dans l'oxydation des métaux qu'on était loin de soupçonner. Malgré la difficulté que présentait, dans l'étude des sulfures, la iiropriété qu'a le soufre de se dissoudre par la fusion dans certains d'entre eux presque en

toutes proportions , il recoûtiut également que la sulfuration donnait naissance à des combinaisons définies. Enfin, tout à l'opposé de Berthollet, il admit que partout en chimie :les composésdistincts étaientinvariables dans leurs proportions, et que dans les combinaisons tout se faisait par sauts brusques.

En général, il n'admettait guère que deux oxydes pour chaque métal, et les deux sulfures correspondant à ces deux oxydes. On lui objecta, il est vrai, le minium. Le minium, répondit-il, eh bien ! c'est un composé de protoxyde de plomb et de peroxyde. Cette manièreheureuse de se représenterles oxydes intermédiaires et irréguliers comme étant de véritables combinaisons salines nous vient donc de Proust, et l'observation de leurs propriétés justifie tous les jours davantage cette vue vraiment philosophique. Il appliqua à l'oxyde noir de fer et à plusieurs autres cette explication, qui maintenant est généralement adoptée.

Doué à la fois d'unjugement très-droit et d'un esprit très-prompt, il établissait ses raisonnements sur des bases positives et savait en déduire des conséquences ingénieuses.

L'expérience est constamment son guide ; ses observations sont toujours exactes; ses résultats sont en général nets et précis.

Quelques chimistes de son temps, persuadés que les corps éprouvaient dans leur composition des variations continuelles, n'examinaient jamais une série de composés sans découvrir une multitude de variétés. Etudiaient-ils un métal, ils lui trouvaient cinq ou six oxydes et quelquefois davantage; s'occupaient-ils d'un sel, ils se croyaient bientôt en droit de distinguer autant de soussels ou de sels acides. Négligeant les analyses et accordant une importance exagérée à des caractères physiques souvent insignifiants, ils établissaient des variétés nouvelles, dès que l'aspect de deux produits était différent, que leur couleur n'était pas la même, ou que l'addition de quelques matières étrangères, dont ils ne soupçonnaient pas l'existence, venait en modifier certaines propriétés.

Proust, la balance à la main, ramenait à l'ordre tous ces résultats compliqués. 11 prouvait l'identité des produits dans lesquels des accidents de préparation avaient déterminé les différences de propriétés physiques. Il démontrait que les dissemblancies remarquées puisaient leur source dans la présence de matières étrangères qui avaient échappé aux observations qu'il critiquait.

Voilà comment il fut conduit à découvrir les hydrates, et il ne se borna pas à remarquer le premier cette classe inq^ortante de composés ; il établit non-seulement l'existence des oxydes hydratés, mais encore leur composition, et il y tit voir un nouvel exemple de la constance des combinaisons. Une fois les hydrates découverts, il lui devint facile d'écarter nombre d'oxydes mal établis, basés sur de simples variations de couleur, et qui n'étaient autre chose que des hydrates plus ou moins purs.

C'est ordinairement sous un titre très-

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iiuulcsto qu'il publiait ses rpcliorclios. La i)lii|iart lie ses luc^imiires sont intitulés : Fdils surttl mi'tal. \\\vn do plus reniar([ual)l(3 cMic 10 qu'il a imlilir sous k's sauplcs titres de Fuits sur l'or. Faits sur /'(irycii/, Fciits sur l'etain. Faits sur le nickel, Faits sur l'antimoine, ete. Ces mémoires sont etlectivenieiit remplis de laits nouveaux ou mieux observés, et de plus ils abondent d'idées justes et ]>rofondes. On y sent la place de (■lia([iie métal dans l'ordic naturel ; elle y est neltement dessinée l'ar les observations rapportées sur son compte ; on y trouve une appréciation juste de ses relations avec les autres corps.

Placés h des points do vue si opposés, Proust et Bertliollet ne pouvaient demeurer longtemps en présence sans discussion.

Aussi s'en!,'aii,ca-l-il bientôt entre ces deux, grands antagonistes, si dignes de se mesurer ensemble, une longue et savante querelle, autant remar([uable par le talent que par l'urbanité et le bon goût. Pour la forme comme pour le fond, c'est un des plus beaux modèles de discussion scientifique. Chacun des adversaires a|)porte de puissants motifs en sa faveur ; chacun raisonne serré, chacun expérimente. D'abord les armes sont égales, el les deux adversaires s'en servent avec un égal avantage ; l'issue du débat demeure tout à fuit incertaine. Mais Bertliollet, parti dans cette ciiconstancc d'une idée fausse, se trouve engagé dans une mauvaise route : il devient de plus en plus obscur, embarrassé, confus. A mesure que la discussion s'avance, on le voit s'épuiser en eil'orts inutiles, et son génie demeure imimissant.

Proust, au contraire, dont le point de vue est juste, marche avec lui, s'élève, et grandit sa pensée. Plus le débat se prolonge, plus les faits qu'il découvre parlent haut en sa faveur, jusqu'à ce qu'il demeure complètement maître du terrain Oui, s'écrie-t-il entin, tous les corps de la nature ont étéfaits à'ia balance d'une sagesse éternelle. Tout ce que nous pouvons faire, c'est de les imiter en retombant dans ce pondus nalurœ, dans ces ra|)ports qu'elle a fixés à jamais. Nous pouvwiis créer des combinaisons sans doute, mais des combinaisons prévues dans l'ordre général de la nature, et non pas des combinaisons infinies et variables au gré de nos désirs. Quand vous croyez combiner les corps en proportions arbitran-es, pauvres myopes, ce ne sout que des mélanges que vous faites et dont vous ne savez pas distinguer les parties ; ce sont des monstres que vous créez, et que vous ne savez i)as disséquer.

En un mot, Proust a dit, répété, et mis hors de doute : que les combinaisons procèdent par sauts brusques ; que les oxydes et les sulfures sont peu nondjreux et constauts ; que les sels le sont également; que le môme principe s'applique pareillement aux hydrates. C'est aussi lui qui a prouvé que les sulfures ne renferment pas d'oxygène. Enfin, dans une foule de circonstances, en étudiant les faits qui présentaient de la bizarrerie, il a

été conduit à proposer pour les caractériser, les vues (pie nous admettons aujourd'hui, et souvent des vues très-fines et très-inattendues.

IVwn que la plupart de ses travaux aitut été faits en Espagne, Proust était Français. Il élait né ?i Angers, eu 1753. Son père était pharmacien : il embrassa la même profession, et obtint au concours la place de [iharmaciea de la Salpétrière.

Rempli d'ardeurpourlesdécouvertes scientifiques, on le voit figurer parmi les personnes qui tirent les premiers essais de la navigation aérienne. 11 fit en effet, eul78'i-, une ascension avec Pdatre dans un ballon à air chaud.

Les avantages que lui proposa le roi d'Espagne le décidèrent à passer dans ce pays, où il fut d'abord professeur à l'Ecole d'artil lerie de Ségovie.

Appelé peu après comme professeur à Ma drid, il reçut du roi en propriété un laboratoire magnifique, monté avec un luxe rare. Tous les ustensiles étaient en platine. Proust devint bientôt d'ailleurs, grâce à sa position, l'heureux possesseur d'une foule d'objets précieux en tous genres, d'échantillons les plus curieux en minéraux, en produits organiques et autres, [irovenant de l'Espagne elle-même ou du nouveau monde.

Entre les mains de Proust se trouvait donc réuni tout ce que peut ambitionner un chimiste. Il sut se montrer digne d'une si belle position. C'est pendant qu'il était à Madrid qu'il a exécuté ses recherches les plus remarquables, et qu'il a publié ses meilleurs mémoires.

Mais ces jours de bonheur eurent une trop courte tlurée ; cai' Proust fut aussi atteint par une do ces catastrophes qui n'ont ])as épargné, vous le savez, les savants les jilus dlustres. Des affaires do famille l'avaient rafipelé en France. Pendant ce temps , de grands événements ébranlaient l'Europe.

Une armée française entra en Espagne , et bien des gens pensèrent alors qu'ils devaient agir comme ce chien de la fable qui mange le dîner de son maître. C'est ainsi que le laboratoire de Proust, où il avait réuni des collections du plus grand jirix, où il avait placé, avec trop d'imprévoyance peut-être, toutes ses économies, c'est ainsi que son laboratoire, à la fois théâtre de ses plus beaux travaux etdépositaire de l'avenir de ses vieux jours, fut pillé et détruit. L'ancien proiesseur de Madrid, que la munificence royale avait placé dans une position si indépen- . dante, est réduit tout à coup à la misère. II est contraint pour vivre de chercher une dernière ressource dans la vente ds quelques minéraux précieux qu'il a\ ait emporte^ avec lui ut qu'il destinait à des reche ' " ou à des caaeaux. « Je fus obligé, d' c'est la seule jilainte que sa triste si lui ait arrachée, je fus obligr- de porti des marchands les minéraux que je d à l'analyse, et de leur dire : Fac ut isti pancm fiant : Faites que ces pierr' „. changent en pain. »

Le sort do ce chimiste distingué excitait Tin vif intérêt. A son insu Berthollet, son rival, ap'-ela sur lui l'attention de Napoléon. Le haut mérite de Proust, l'éclat de ses travaux scientitiques, lui méritaient la bienveillance du grand liomme ; mais Proust y avait un droit plus particulier, il avait découvert le sucre de raisin. L'empereur lui accorda 100,000 fr., h lacondition qu'il exploiterait sa découverte, et qu'il établirait une fabrique de sucre de raisin. Proust refusa obstinément, et il eut raison. Chimiste excellent, il pouvait être médiocre ou mauvais manufacturier. Etranger à l'industrie, il est resté fidèle à sa mission, en vouant sa vie au culte de la science. Il fallait récompenser sa découverte sans condition; il fallait lui fournir les moyens de travailler suivant ses goûts à la recherche des vérités philosophiques.

L'existence de Proust fut très -pénible jusqu'en 1816, époque à laquelle il fut nommé membre de l'Académie des sciences, ce qui lui permit de passer tranquillement ses dernières années, d'autant jilus qu'aux honoraires d'académicien Louis XVIII joignit xuie pension de mille francs. Sa nomination k l'Acauéraie ne put se faire que par une honorable et rare exception, car il ne résidait pas à Paris, et les statuts exigent la résidence ; mais, grâce à la généreuse abnégation de son honorable concurrent, l'Académie put se permettre une de ces fraudes pieuses qui ne méritent que des éloges. Proust mourut en 182o.

Si l'on désire lire les Mémoires de Proust, on les trouve presque tous dans le Journal de Physique, et parliculièrement depuis 1798 jusqu'en 1809. Leur lecture fera toujours épr.juver un plaisir singulier. Son style rappelle le ton de la conversation, ses écrits sont jtleins de faits et d'idées, mais leur allure est brusque et saccadée ; sa phrase est mordante ; sa pensée souvent causiique et tranchante. Il se complaisait dans la critique ; et d suflit de rappeler une série d'articles qu'il a publiés sur l'ouvrage de Fourcroi, pour montrer qu'il saisissait toutes les occasions de s'exercer. A peine l'ouvrage de M. Thénard venait-il de jiaraître, qu'il essaya d'en faire également une critique raisonnée ; mais il fit bientôt voir que h'S rapports reconnus dans les composés par la chiiuie moderne lui étaient demeurés étrangers, et qu'il s'était arrêté en routf, après avoir ouvert la carrière à dos chimistes plus halùles, en letir démontrant la permanL'iiced.'S combinaisons.

Si Proust était un peu querelleur, il avait du moins un cœur franc et droit ; il était doué d'une sincérité i^arfaite. Il avait hérité de Rouelle une prolonde horreur pour les plagiaires; il la manifestait souvent, et son respect pour les droits des premiers inventeurs était poussé si loin, que peu d'hommes seraient capablesd'un désinléressementaussi rare que celui dont il a fait preuve dans son travail sur le protochlorure de cuivre.

Pelletier avait découvert le protochlorure d'étain et décrit toutes ses propriétés. Quelque temps après, Proust, qui s'était occupé

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du même sujet, publia un mémoiie où il confirmait les résultats de Pelletier, en y ajoutant quelques faits nouveaux. Il faisait connaître en particulier l'existence du protochlorure de cuivi'f, obtenu |)ar l'action du protodilorure d'étain sur les sels cuivreux. Mais il n'hésite pas à proclamer Pelletier comme l'inventeur de ce nouveau corps, et cela par une raison qui va vous sembler bien étrange, car il se fonde sur ce que ce ciiimiste n'en a point: « En effet, dit-il, Pelletier a décrit l'action du protochlorure d'étain sur les disso- ^ huions salines de tous les métaux, les sels ' de cuivre seuls exceptés. Puisqu'il a examiné la manière d'agir de tous les autres sels, il est impossible qu'il ait omis d'essayer aussi ces derniers ; nécessairement il les a essayés. S'il n'en a pas parlé, c'est qu'ils lui ont offert un fait qui lui a paru digne d'une attention spéciale, et qu'il a réservé pour en faire une étude ultérieure. Il a donc reconnu la formation de nouveaux corps du protochlorure de cuivre, et c'est lui qui en est l'inventeur.»

Ainsi, Proust s'etforce d'établir en faveur de Pelletier la priorité d'une découverte qu'il était le premier à faire connaître et qui lui était propre ; et, bien différent de tant d'autres qui contestent les paroles les plus claires, il va chercher ses preuves dans le silence même de son rival.

En examinant les travaux de Proust , on voit avec surprise qu'il a eu entre les mains assez de doucements pour fonder la loi des nombres proportionnels, et que néanmoins il n'a point été conduit à la découverte. C'est qu'au lieu d'établir ses résultats analyticjues, en prenant pour terme constant le poids de la matière employée, il fallait choisir pour terme constant le [loids de l'un ou de l'autre des composants. S'il eût agi de la sorte, il est clair que les rapports déduits de ses analyses n'auraient pas manqué de faire impression sur son esprit, et de le conduire à reconnaître la loi des équivalents et celle des ^roporlions multiples. Il ne suffit donc pas de faire des expériences exactes, il faut encore savoir les confronter entre elles, de telle façon que les rapports naturels des nombres ne soient pas déguisés, comme il arrive toujours quand on prend une unité artificielle.

Si, par exemple, au lieu d'exprimer la composition des oxydes d'étain , en disant que lyO parties de deutoxyde contenaient 78 parties d'étain et 22 pariies d'oxygène, et que 100 de protoxyde renfermaient 87 d'étain et 13 d'oxygène , il avait compté la quantité d'oxygène combinée avec 100 | larties uumétal dans les deux cas, il eût trouvé 28 pour le bioxyde et 11 pour le protoxyde; certainement il aurait remarqué que le premier nomlire était double du second. D'autres analyses calculées de la même manière lui auraient donné lieu de faire des observations semblables. Avec son opinion si bien arrêtée sur les limites des combinaisons, sur leur constance, sur leur simplicité, il n'eût pas manqué de généraliser ces remarques.

Mais ces idées, qui auraient dû s'offrir d'elles-mêmes à son esprit, en étaient si éloi-

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