‹ Dictionnaire de chimie et de minéralogieChapitre 249 sur 354 · RAÏ · texte numérisé non relu

RAÏ

« I,a chimie organique, dit 'M. Liohij^, est la l'iiimii' des radiaiux composés. — Toutos les conibiiiaisoiis orfi;ani(iiii»s iioiiveiit so classer en eertaiiis f^roiipos, dont le point (1(! départ est un radieal ; clNuine iiujividu do ces groupes ost lo résultat de la combinaison du radical dont il dérive; avec des corps simples, ou liiiMi il est foi-mé par la réunion do ces nouveaux comiiosés avec d'autres combinaisons. »

Voici les radicaux admis par M. Liebig, et autour dcsfjuels vieiuiont, suivant cecélél)re chimiste, se grouper tous les corps de la chimie organique :

Aniiile. Oxyde de carbone. Cyanogène.

Bt'iizoile. Cynnaniyle. Salityle.

Etliylc. Acélyle. Méihyle.

Forinyle. Cétyle. Aniylo.

Glycéryle.

Il ost à remarquer que tous ces radicaux sont hypothétiques, à l'exception de deux, l'oxyde de carbone et le cyanogène. Tant que l'expérience n'aura pas prononcé, chacun a le droit de rejeter les hypothèses ou de les adopter, au gré de sa volonté.

RAISIN. Yoi/. Huiles.

RAISIN, dilférenles sortes. Vot/. Vin.

— Structure et composition du raisin. Voy. Yjn.

RAYMOND LULLE. — C'est le type éminemment accompli des chimistes du moyen âgcl'invenleur de l'athanor et delà médecine universelle, le docteur illumine', élève d'Arnauld de Villeneuve, né vers la même année que lui (1235), mais qui, ayant étudié plus tard, lui succède dans les fastes de ralchimie.

Il serait bien diflicile et jjien long de donner une idée exacte de l'existence aventureuse de ce personnage. Il faudrait pour cela dérouler sa vie tout entière, qui n'a pus duré moins de quatre-vingts ans, et qui fut toujours active jusqu'au dernier moment. Il faudrait vous le montrer voyageant de tous les côtés, ne passant jamais une année dans le même lieu, se mettant eu communication avec les savants , discutant , ergotant sur tous les sujets, et en même temps laissant des écrits dont le nombre surpasse l'imagination, dans lesquels il se fait remarquer par la multitude et l'étendue de ses connaissances , et où l'on trouve un mélange bizarre de théologie, de chimie, de pliysique et de médecine; de théologie, parce c|u'il était moine ; de physique et de chimie, parce que ces deux sciences n'étaient point séparées, et qu'il avait un goût passionné pour les études chimiques; de médecine, entin, à cause do ses rapports avec Arnauldde Villeneuve, qui cultivait cette science avec beaucoup d'ardeur.

Raymond Lulle était Espagnol : il naquit à Majorque, et appartenait à une famille noble et riche. Comme les autres seigneurs de son temps, il [)assa les années de sa jeunesse •dans les fêtes et les plaisirs. Le hasard le fit amoureux d'une dame, et amoureux passionné. Il n'est point de folie cjuo cette passion ne lui ait inspirée. On le vit même, son-

gez au temps et au pays,*on le vit même p6" nétrer dans l'église h' cheval, pour s'y faire remar<iuei' de; la dame (le ses pensées.

Faligué(> de ses assi<lnilés lurbnleides, la signora Anil)rosia de Castello lui écrivit une lellre qui nous est resiée, où elk; cherc'lii; à calmer cet amour dont elle se sent indigni!, où elle rappelle fi lui-même un esprit l'ait j>our s'appliquer à des choses plus séri(^uses. Raymond Lulle n'en continua pas moins S(^s poursuiles; il fit des vers en son honneur, elle occupait toutes ses pensées, et lo délire de sou amour ne s'apaisait imllement. Enlin, inspirée par la Providence, à ce que disent des anciens autours, et voulant mettre un terme à ses importunités, elle lui donne un rendez-vous chez elle; et là, après avoir répété ses conseils, sans rien gagner sur son esprit, elle ajoute : « Eh bien ! Raymond, vous m'aimez, et savez-vous ce que vous aimez? Vous avez chanté mes louanges dans vos vers ; vous avez célébré ma beauté, vous avez loué surtout celle de mon sein. Eh bien ! voyez s'il mérite vos éloges, YOjtz si je suis digne de votre amour. » Et en même temps elle lui découvrit ce sein, que rongeait un cancer affreux.

Raymond Lulle, frappé d'horreur, court s'enfermer chez lui ; il renonce au monde, il distribue ses biens aux pauvres pour entrer dans un cloître à l'âge do trente ans. Il s'y livre à l'étude de la théologie, 'a celle des langues et à celle des sciences physiques, avec la passion qu'il mettait naguère dans ses folies déjeune homme.

Rientôt après il conçoit l'idée d'une croisade, et porte dans ce projet toute l'exaltation de son esprit ardent. Pour cette entreprise, on le voit parcourir tous les pays de l'Europe, se mettre en rapport avec les jirinces et les grands de presque toutes les nations, visiter tous les hommes célèbres du temps, ot, malgré son peu de succès, ne jias négliger la moindre chance pour l'organisation de sa croisade, dont le but, chose singulière, était la conversion du peuple d'Algérie et la destruction de l'esclavage. Comme il avait besoin de parler aisément la langue du pays, il prend auprès de lui un esclave mahométan ; mais celui-ci, ayant pénétré le's intentions de son maître, le frappe d'un coup de poignard dans la poitrine.

Raymond Lulle eut le bonheur de ne pas succomber, et son zèle apostolique ne fut jias refroidi. Il parcourut de nouveau une partie de l'Europe sans succès, et se décida à partir seul pour Tunis, où il établit des conférences publiques sur la religion. Il fut bientôt arrêté, mis en prison, puis embarqué de force et renvoyé en Italie, où il recommença sa carrière aventureuse et agitée, sans cesser de produire 'quelques-uns des ouvrages si nombreux dont il est l'auteur. EnUn il se décida à retourner en Afrique, recommença ses prédications dans une -ville dernièrement illustrée par le succès de nos armes, à Bougie, où la populace, ameutée contre lui, le poursuivit à coui)s dp pierre, et lo laissa mort sur le rivage. Quelques marins rapportèrent son

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corps clans sa patfie, où Raymond fut hon'>ré coiniue un saint; et de fait, si l'on en croit la légende, sun corps, abandonné sur la grève, attira l'attention des matelots à cause do la lueur qu'il réi)andait au loin.

Telle fut la lin de cet homme extraordinaire, qui se fût acquis un rang éminent dans l'histoire de la civilisation, si les circonstances n'eussent fait échouer sans cesse les projets qu'enfantait son génie pour soumettre l'Afrique à l'Europe.

D'après cet exposé des aventures de Raymond Lulle on croirait impossible qu'il ait pu laisser, sur la chimie surtout, des ouvrages dignes de quelque attention. Comment s'imaginer en elfet qu'une vie si agitée luiait permis de méditer des idées profondes, de se livrer à des travaux importants? Eh bienl tout en voyageant sans cesse, il trouvait le moyen d'écrire dans presque tous les pays, et souvent simultanément, sur la chimie, la physique, la médecine et la théologie. Dégagez de ses ouvrages l'élément alchimique, et vous serez surpris d'y observer une méthode et des détails qui maintenant même nous étonnent. Parmi les alchimistes , Raymond Lulle a fait école, et l'on peut dire qu'il" a donné une direction utile. En effet, c'est lui qui, cherchant la pierre philosophale par la voie humide, et qui, employant la distillation comme moyen, a fixé leur attention sur les produits volatils de la décomposition des corps.

L'authenticité des écrits de Raymond Lulle ayant été souvent contestée, et non sans motifs pour certains d'entre eux, nous éviterons toute difficulté, et nous donnerons cependant une idée juste de sa manière et de celle des chimistes de son école, en puisaut dans les écrits de Riplée, qui vivait environ un siècle après lui. 11 suffit de citer comme exemple la recette i)Our obtenir la pierre philosophale, souvent reproduite par les alchimistes, qui en attribuent l'invention à Raymond Lulle. En prenant la description de Riplée à la lettre, elle est tout à fait inintelligible; mais une lois que l'on a le mot de' l'énigme, on est frappé de la netteté de l'exposition des phénomènes qu'il avait en vue.

Pour faire , dit-il, Ve'lixir des sages, la pierre pliilosophale (et par ce mot pierre, les alchimistes n'entendaient pas toujours désigner littéralement une pierre, mais un composé quelconque ayant la propriété de multiplier l'or, et auquel ils attribuaient presque toujours une couleur muge); pour faire l'e'/îxir (les sages, il faut prendre, mou fils, le mercure des philosophes, ai le calciner jusqu'à ce qu'il soit transformé en lion vert ; et après qu'il aura subi cette transformation, tu le calcineras davantage, et il se changera en lion rouge. Fais digérer au bain de sable le lion rouge avec Vesprit aigre des raisins ; évapore ce produit, et le mercure se prendra eu une espèce de gomme qui se cou[)e au couteau; mets cette matière gommeuse dans une cucurbite lutée, et dirige sa distillation avec lenteur. Récolte sé[iarément les liqueurs qui te paraîtront de diverse nature. Tu ob-

tiendras un flegme insipide, puis de l'esprit j et des gouttes rouges. Les ombres cynimé- ' riennes couvriront la cucurbite de leur voile sombre, et tu trouveras dans son intérieur un véritable dragon, car il mange sa queue. Prends ce dragon noir, broye-Ie sur une pierre, et touche-le avec un charbon rouge : il s'enllammera, et prenant bientôt une couleur citrine glorieuse, il rej)roduira le lion vert. Fais qu'il avale sa queue, et distille de nouveau le produit. Enfin, mon fils, rectifie soigneusement, et tu verras paraître l'eau ardente et le sang humain.

C'est surtout le sang humain qui a fixé son attention, et c'est à cette matière qu'il assigne les propriétés de l'élixir.

Appelez plomb ce que Riplée nomme asoque ou mercure des philosophes, et toute l'énigme se découvre. Il prend du plomlj et le calcine, le métal s'oxyde et passe à l'état de massicot : voilà le lion vert. Il continue la calcinalion; le massicot se suroxyde et se change en minium : c'est le lion rouge. Il met ce minium en contact avec l'esprit acide des raisins, c'est-à-dire avec le vinaigre: l'acide acétique dissout l'oxyde de plomb. La liqueur évaporée ressemble à de la gomme ; ce n'est autre chose que de l'acétale de plomb. La distillation de cet acétate donne lieu à divers produits, et pirticulièrement à de l'eau chargée d'acide acétique, et d'esprit pyroacétique que dans ces derniers temps on a nommé acétone, accompagné d'un peu d'une huile brune ou rouge.

Il reste dans la cornue du plomb très-divisé et par conséquent d'un gris sombre, couleur que rappellent les ombres cymmériennes.

Ce résidu jouit de la propriété de prendre feu par l'approche d'un charbon allumé, et repasse à l'état de massicot, dans une portion mêlée avec la liqueur du récipient ; se combine peu à peu avec l'acide que celle-ci renferme, et ne tarde pas à s'y dissoudi'e. C'est là le dragon noir qui mord et qui avale sa queue. Distillez de nouveau, puis rectifiez, et vous aurez, en définitive, de l'esprit pyroacétique, qui est Veau ardente, ei une huile rouge brun, bien connue des personnes qui ont eu l'occasion de s'occuper de ces sortes de distillations, et dont elles ont dû voir leur esprit pyroacéiique brut constamment souillé. C'est cette huile qui forme le sang humain, et qui a excité principalement l'attention des alchimistes. C'est qu'en elfet elle est rouge, et j'ai déjà signalé l'importance que les alchimistes attribuaient à cette couleur. De plus, elle possède la propriété de réduire l'or de ses dissolutions et de le précipiter à l'état métallique, comme bien d'autres huiles du reste.

Riplée avait d'ailleurs purifié l'esprit pyroacétique, et il a dû l'obtenir presque exempt d'eau. Aussi connaît-il bien ses propriétés.

Après tous ces détails on ne peut s'empêcher d'être frappé de l'attention scrupuleuse j qu'il a fallu porter dans l'examen des divers f phénomènes qui accompagnent la distillation de l'ac"étate de plomb, pour les observer

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