A L'ÉCLAIRAGE
Il n'est pas nécessaire de remonter aux temps reculés de Thistoire pour apprécier convenablement les progrès accomplis par rindustrie de l'éclairage au moyen des corps gras. Il suffit , en effet, de se reporter à la fin du siècle dernier pour se trouver en présence d'un état de choses à peine différent de celui sous lequel vivaient les sociétés du moyen âge. A côté des huiles utilisées pour la combustion dans les lampes, et dont nous ne devons point nous occuper ici (Voy. Huiles et graisses ^ HUI), on ne trouve, à cette époque, pour éclairer les veillées de nos pères, que la chandelle de cire, monopole du riche, et la chandelle de suif, ressource des classes bourgeoises et aisées.
Depuis quarante ans environ, cet état de choses a subi une métamorphose complète; grâce aux travaux de la science, grâce aux faits qu'elle a révélés, ime industrie nouvelle a pris naissance, qui, marchant à pas de géant, a su prendre un développement prodigieux et apporter à la civilisation un élément précieux et inattendu.
C'est aux belles recherches exécutées de 181 3 à 1823, par M. Chevreul, que Ton doit faire remonter les progrès accomplis par rindustrie qui nous occupe. Jusqu'alors, en effet, la chimie ne ^voyait dans les graisses diverses fournies par le règne animal que des matières inertes , qu'elle ne pouvait faire rentrer dans le cadre ordinaire de ses connaissances. M. Chevreul sut démêler ce chaos, et, assignant à ces matières leur véritable rôle, démontrant que chacune d'elles pouvait se dédoubler, d'imepart, en un corps gras particuher acide, peu fusible, et dont l'acide stéarique est le type , d'une autre, en ce produit liquide et sucré que Scheele avait appelé principe doux des huiles^ et qu'il appela glycérine, il posa les premiers jalons de l'industrie stéarique.
Non content d'avoir résolu ce beau problème scientifique, M. Chevreul, secondé par le génie éminemment pratique de Gay- LossaC) voulut tenter aussi de faire pénétrer ses découvertes
ËGL ÉCL.\1RAGE PAR LES CORPS GRAS. 193 g
dans rindustrie, et Tannée 1825 vit paraître, sous le nom de ^ MM. Chevreul et Gay-Lussac, le premier brevet relatif à la trans- fc formation des graisses neutres en corps gras durs et acides, k Mais, soit que la tentative industrielle effrayât les illustres lù savants, soit que le procédé ne leur parût point parfait, leur bre- f vet ne donna lieu à aucune exploitation sérieuse. A peu près à h & même époque, im ingénieur des ponts et chaussées, M. Camltt- hl cérès, utilisant les découvertes de M. Chevreul, fit breveter el ff tenta pratiquement le traitement des graisses neutres par lesalci- ;> lis et leur transformation en bougies; mais ce premier essai t. industriel échoua, par suite de l'imperfection des produits obtenm. 5^ Cependant les travaux de M. Cambacérès ont exercé une heureuse ^i influence sur les premiers pas de l'industrie stéarique, et la forme t de mèche qu'il avait découverte n'a pas peu contribué à rendre >f d'un emploi pratique et avantageux les bougies qu'elle produit, j
L'honneur d'avoir rendu véritablement industrielles lesdécoO' i vertes de M. Chevreul appartient à MM. de Milly et Motard. C'est f à eux qu'il était réservé de savoir choisir, dans les travaux qoi ^ avaient précédé les leurs, les éléments de succès, et d'industrii- ^ liser en un mot la fabrication toute française des bougies stéan- ^ ques. Le choix judicieux de l'agent de saponification , la chaux, L que BerthoUet, à la fin du siècle dernier, Gay-Lussac et M. Che- V vreul, en 1825, n'avaient indiqué que d^une manière sommaire, h la disposition des appareils, la détermination exacte des propb^ ji tiens et des températures, constituent à MM. de Milly et Motard des titres dont l'importance fut appréciée dès les premiers jours. Leurs produits, mis dans la consommation en 1831 sous le nom de bougies de l'Étoile, étaient dès 1834 et 1836 l'objet de hautes récompenses. Bientôt, à côté de leur établissement, d^autres usines se développaient en suivant les mêmes procédés ; en 1839, neuf fabriques différentes figuraient à l'Exposition des produits de l'industrie française, et, grâce à un essor prodigieux, la production, limitée à 14,000 kil. en 1833, augmentait rapidement, pour atteindre le chiffre de 2,000,000 de kil. auquel elle s'élève aujourd'hui pour la France seulement.
Peu à peu des perfectionnements s'introduisirent dans la fabrication; les chaudières autoclaves, primitivement employées par MM. de Milly et Motard, disparurent; d'autres points de détail furent également simplifiés, et l'industrie stéarique arriva bientôt à une sorte de perfection.
Cependant un progrès nouveau devait apporter à cet état de