ESSENCE DE ROSE
La quantité d'essence de rose fabriquée en France est insignifiante ; le commerce du Levant fournit la presque totalité de la consommation.
Des voyageurs ont raconté que le procédé d'extraction usité en |^.' Orient consistait à faire fermenter les pétales de la rose (row "^ damascena) avec de l'eau, dans des pots que Ton expose au soleil. Il vient à la surface une écume blanche qu'on recueille avec un V pinceau, et, fondue à une douce chaleur, cette écume constitue |^ l'essence de rose qu'on livre au commerce. Ce procédé tout primitif ne doit être employé que par les agriculteurs dépourvus d'alambic. Partout ailleurs on se sert de la distillation avec de l'eau, suivant la méthode décrite précédemment.
L'essence de rose, à la température ordinaire, offre la consistance d'un beurre transparent. Elle fond à la chaleur de la main en un liquide onctueux, de couleur ambrée, d'une odeur de rose très-forte, devenant plus suave lorsqu'elle est en petite quantité. C'est un mélange de deux substances, Tune solide jusqu'à +80**» le stéaroptène, qui est un hydrogène carboné simple; l'autre liquide, dans laquelle réside plus particulièrement l'odeur de roses, et qui contient de l'oxygène.
Le haut prix de l'essence de rose excite à la fraude les importateurs du Levant. On la mélange surtout avec de l'essence de géranium ou de sandal, et ces mélanges sont très-difficiles à reconnaître au moyen de réactions chimiques. L'essai par Tiode, par l'acide sulfurique (conseillé par quelques auteurs), ne donnent : pas d'indices certains. Jusqu'à la découverte d'une meilleure méthode, voici celle qui mérite le plus de confiance. L'essence de rose pure reste congelée à 34 et 36**. Lorsqu'on s'est assuré X)ar les procédés indiqués plus haut qu'une essence suspecte ne contient pas de corps fixes (blanc de baleine ou cire) capables d'augmenter sa faculté d'être congelable, on peut tirer un indice de sa pureté du degré élevé de température auquel elle résiste avant de se fluidifier. Toutes les essences d'Orient fondent de + 15 à + 20°. Aussi, nul ne peut se flatter de recevoir de l'essence de roses pure.
Après cette expérience, il n'y a plus que l'odorat pour apprécier sa qualité.
ESSENCE d'amandes AMÈRES.
Cette essence appartient au groupe de celles qui ne préexistent pas toutes formées dans le végétal et qui sont le produit d'une réaction chimique, d'une sorte de fermentation entre plusieurs principes immédiats du même végétal (ramygdaline, Témulsine, la myrosine, le myronate de potasse).
Pour la préparer, on délaye le tourteau d'amande améres avec de l'eau froide, de manière à former une pâte claire. Trois heures après, on verse cette pâte dans un alamhic et on fait arriver dans la masse un courant de vapeur. Le reste de l'opération s'exécute comme il a été décrit dans le procédé général par distillation. Quand la macération du tourteau dans Teau est trop ou pas assez prolongée, le rendement en essence est amoindri. L'emploi de la vapeur est indispensable, car par la simple ébuUition dans l'eau le magma est exposé à brûler dans la cucurbite, ou bien il monte et gagne le serpentin. On fait subir à Tessence d'amandes amères une seconde distillation avec de Teau pour l'avoir incolore.
La même méthode est employée pour extraire l'essence de moutarde.
L'essence d'amandes amères est un liquide plus lourd que l'eau, réfractant fortement la lumière. L'action de Tair dans les flacons à moitié remplis produit des cristaux blancs qui sont de l'acide benzoïque. Elle contient de Tacide cyanhydrique dont on peut la débarrasser par l'agitation avec du perchlorure de fer et la distillation sur de la chaux. Ainsi purifiée, l'essence d'amandes amères constitue l'hydrure de benzoïle (G** H*0* -f-H), radical hypothétique d'où MM. Liebig et Wœhler ont fait dériver un grand nombre décomposés remarquables.
• La densité de l'essence d'amandes amères (1 ,043) s'oppose à ce qu'on la fraude avec de l'alcool et des essences légères qui changeraient cette densité si facile à constater. Mais la nitro-benzine (essence de mirbane) se prête mieux à la falsification en lui donnant, il est vrai, une teinte ambrée qui fait naître le soupçon. Cependant l'essence d'amandes amères pouvant être colorée sans cesser d'être pure, on constatera la présence de la mirbane par .l'expérience suivante :
Un centimètre cube d'essence est bien mélangé dans un verre à pied avec 5cc d'acide sulfurique à 66**. On ajoute à ce mélange 5cc d'alcool à 36o, et, après avoir agité, on verse encore 5cc d'eau.
ES s ESSENCES. Î38
Si Tessence d'amandes amères est pure, le liquide reste transparent ; ne contiendrait-elle que 5 pour 100 de mirbane, le liquide devient laiteux et, à la surface, il parait une gouttelette huileuse qui est la mirbane mélangée.
En donnant quelques détails sur les trois essences précédentes, nous avons fait connaître trois types de séries dans lesquelles on peut ranger les autres espèces. L'histoire particulière de chacune d'elles n'apprendrait que des faits intéressants au point de vue de la science générale, mais se rattachant peu aux questions de chimie industrielle.