IV.— BAUMES NATURELS
Les résines demi-fluides exsudant d'un arbre autre que le pin et le sapin recevaient autrefois le nom de baumes.
Lorsqu'on a voulu faire un classement de ces matières, fondé sur leur composition chimique mieux connue, on a réservé le nom de baumes pour celles qui contiennent de Tacide benzoïque ou cinnamique, en reléguant parmi les térébenthines celles qui n'en contenaient pas.
La distinction scientifique n'a pas prévalu dans le langage; on persiste à appeler baumes des corps dépourvus de ces acide& caractéristiques.
Les baumes à acide benzoïque ou cinnamique sont le benjoin, le baume de tolu, le styrax, le liquidambar.
Les baumes de copahu, de la Mecque, du Canada, de Gilead, sont des analogues de la térébenthine des conifères.
Au moment de leur exsudation, ces divers produits sont composés de deux matières dominantes, une résine et une essence, qui donnent à la résine la fluidité nécessaire pour s'écouler par les fissures de l'écorce. Si l'essence est volatilisée, en totalité ou en partie, par l'action de l'air et du soleil, quand on fait la récolte, le baume est à Tétat sec comme le benjoin, à l'état pâteux comme le tolu, ou en consistance de miel comme le styrax et le liquidambar.
Leurs propriétés générales sont celles d'un mélange d'une résine et d une essence. Lorsqu'on les chaufîe, l'essence se volatilise et la résine reste pour résidu. Leur densité est plus grande que celle de l'eau. Ils sont solubles dans l'éther, dans Talcool, dans le sulfure de carbone. L'eau n attaque pas la résine, mais elle peut se charger de l'odeur de l'essence et dissoudre un peu des acides benzoïque ou cinnamique. La parfumerie
emploie le benjoin, le styrax; les autres baumes sont des médicaments.
Benjoin, — Il découle, sous forme d'un suc blanc, des incisions iaites au styrax-benzoin, arbre de la famille des styracinées. Il se solidifie promptement sous Faction de Tair.
On le rencontre dans le commerce tantôt en larmes ou en blocs demi-transparents, parsemés de larmes blanches : c'est le benjoin de Siam, le benjoin Vanille ; tantôt sous forme de masses opaques offrant çà et là de larges taches blanches, uniformes et sans impuretés : c'est le benjoin de Sumatra, benjoin aïnygdaloïde.
Le benjoin contient une essence à laquelle il doit son odeur, de l'acide benzoïque qu'on peut séparer par la sublimation ou par rébuUition dans l'eau avec de la chaux, et plusieurs variétés de corps résineux.
Baume de tolu. — Il provient du myrosperimum /o/wt/erwm, arbre de la famille des légumineuses (Amérique méridionale).
Suivant son ancienneté, le baume de tolu est ou mou, ou sous la forme d'une résine cassante translucide en couches minces. On le recherche à l'état sec, et cependant il est bien plus aromatique lorsqu'il est mou.
On y trouve une huile essentielle, de l'acide cinnamique et deux espèces de résine. A la distillation sèche, on peut en retirer de l'acide benzoïque, de l'acide cinnamique, de l'éther benzoïque et un carbure d'hydrogène (G^*H*) que M. Deville a nommé benzoène.
Styrax liquide. — Le styrax liquide est une matière grise ayant la consistance d'im miel épais; elle est opaque et s'agglutine fortement sous les doigts. Lorsqu'on la distille avec de l'eau, on obtient une essence qu'on a nommée styrol. Le résidu, traité par l'alcool bouillant, fournit une résine ciistallisable, la styracine. Cette styracine, sous l'influence de la potasse caustique , se transforme en acide cinnamique et en un corps remarquable, la styrone, capable d'être convertie en essence de cannelle par une oxydation lente (Strecker), et en essence d'amandes amères par une oxydation plus énergique, au moyen de l'acide sulfurique et du peroxyde de manganèse.
Le baume du Pérou et le liquidambar ont l'apparence d'une huile épaisse; le premier est noir, le second a une couleur fauve. Leur composition chimique est analogue. M. Frémy en a retiré la cinnamèine et la meta-cinnamèine, sur lesquelles il a observé ce fait intéressant, que l'acide cinnamique était le produit de l'oxydation lente de ces deux substances.
ESS ESSENCES. 340
Les baumes de copahu, du Canada y de la Mecque, de Gilea(l,ne se distinguent des térébenthines que par leur odeur spéciale et quelques caractères différents dans les acides que fournissent leurs résines. L'essence de ces baumes (C*^H*) est isomère avec celles de térébenthine et de citron.