‹ Dictionnaire de chimie industrielle (volume 2)Chapitre 189 sur 290 · V.— RÉSINES.— GOMMES-RÉSINES · texte numérisé non relu

V.— RÉSINES.— GOMMES-RÉSINES

Les sucs résineux qui exsudent des végétaux, soit spontanément soit par des incisions, en se concrétant sous l'influence de l'air et du soleil, produisent les résines et les gommes-résines naturelles. Il y a des résines disséminées dans le tissu des végétaux qui n'exsudent pas au dehors ; il faut les extraire par l'action d'un dissolvant comme on le fait pour la résine de jalap. D'auti-es, d'im grand emploi industriel, telles que la colophane, la poix noire, etc. , sont le résidu de la distillation d'un suc résineux fluide, soit à feu nu, soit en présence de Teau. Enfin, il y a une résine qui ne nous est connue qu'à Tétat fossile, le succin.

Les résines sont des corps solides, friables, souvent translucides, avec ou sans odeur; il y en a de molles, comme la résine élémi ; mais elles durcissent toutes avec le temps. Elles ont pour caractères communs de s'électriser par le frottement, d'être insolubles dans Teau, d'être éminemment combustibles et de brûler avec une flamme très-faligineuse. L'action de la chaleur les ramollit, les fait entrer en fusion, et, si Ton élève la température en vase clos, elles produisent en se décomposant divers carbures d'hydrogène solides, liquides ou gazeux. Ce sont des corps oxygénés, mais le carbone et l'hydrogène prédominent dans leur compo3ition élémentaire.

L'éther dissout très-bien les résines, à l'exception cependant de celles de jalap et de copal. En général, elles sont solubles dans le sulfure de carbone, dans les essences et les huiles fixes. L'alcool, 1 esprit de bois, surtout à chaud, en dissolvent le plus grand nombre. Ces dissolutions se troublent, deviennent laiteuses; lorsqu'on y ajoute de Teau, la résine s'en sépare; lorsqu'elles ne sont pas solubles, elles peuvent le devenir par une préparation préliminaire; ainsi, le copal et le succin, après la fusion, s'unissent très-bien à l'essence de térébenthine ou à l'huile de lin.

Beaucoup de résines ont une tendance à se comporter comme des acides faibles , elles se combinent avec des bases et forment des résinâtes. On a tiré parti de cette propriété pour préparer des combinaisons de résines avec la potasse ou la soude, qui rendent

3il ESSENCES NATURELLES, BAUMES £T RÉSINES. ES S

les mêmes services que les savons formés par les corps gras. Il y a aussi des résines indifférentes dont la solution alcoolique ne rougit pas le tournesol et qui ne s'unissent point aux bases. Partant de cette différence fondamentale, Unverdorben a classé les résines en résines négatives ayant les propriétés d'un acide, et en résines positives ou indifférentes. Le même chimiste, en se servant tour à tour de dissolvants spéciaux, Talcool, Téther, Tessence de térébenthine, des dissolutions alcooliques de sels métalliques, a fait voir que les résines n'étaient que des mélanges de plusieurs variétés de corps résineux. Quelques-uns d*entre eux sont cristallisables.

La laque en écaille, le copal, la sandaraque, Télemi, le mastic, ont de l'importance comme matières industrielles; ils sont la base des vernis et méritent une mention particulière. La colophane a été étudiée d'une manière spéciale dans le chapitre I**".

Résine laque. — Les femelles d'un petit insecte hémiptère, le coccus lacca, s'établissent en troupes serrées sur les branches de plusieurs figuiers de l'Inde. Elles font des piqûres à Pécorce de ces arbres; il en sort im suc rouge qui sert de nourriture aux larves, et au bout d'un certain temps les branches se recouvrent d'une croûte formée tout à la fois par l'exsudation du végétal et les débris de l'insecte. Cette croûte contient la résine laque et une matière colorante rouge avec laquelle sont teints les maroquins du Levant.

Si l'on coupe les petits rameaux qui portent ces agglomérations à leur surface on a la laque en bâtons; les fragments résineux qui s'en détachent constituent la laque en grains. De ces deux variétés on extrait, d'im côté, la matière colorante; de l'autre, la résine.

L'opération consiste à les faire bouillir avec de Teau alcaline; la couleur qui provient de Tinsecte est dissoute ; la résine se met en fusion pâteuse; on la coule sur des tables de pierre, et lorsqu'elle est refroidie, on la retire sous forme d'écaillés minces, blondes, oranges ou brunes ; c'est la laque en écailles du commerce. Tandis que la solution aqueuse, précipitée par l'alun, fournit la matière tinctoriale appelée lak-dye, lac-laque.

La laque, à laquelle on donne le nom impropre de gomme laque, est une résine précieuse par ses applications en ébénisterie et pour la fabrication des vernis et de la cire à cacheter. Elle se présente en feuilles minces, plus ou moins colorées, inodores, translucides, très-cassantes, plus pesantes que l'eau. Elle est

£SS ESSENCES. 34

fusible à la chaleur et donne un liquide visqueux. Elle se dissout en totalité dans Talcool absolu, dans les dissolutions de potasse ou de soude qu'elle neutralise à la manière d'un acide.

L'action des hypochlorites, en décolorant la gomme laque, a donné naissance à une industrie spéciale : celle des fabricants de laque blanche. Les tours de main du procédé employé dans le blanchiment sont des secrets d'atelier ; on peut cependant réussir en suivant la méthode ci-après :

On fait bouillir la laque avec de l'eau de Javelle concentrée. Une grande partie de cette résine se dissout, tandis qu'une autre partie surnage à l'état demi-fluide ; on remue le tout avec une spatule en prolongeant TébuUition et en faisant des additions d'eau de Javelle jusqu'à disparition de la couleur rouge. A ce moment on cesse de chauffer et on verse peu à peu de l'acide sulfurique en léger excès, en ayant soin d'agiter pendant toute l'opération.

L'acide sépare la laque de sa dissolution dans l'eau de Javelle^ sous forme d'une pâte blanc grisâtre et une raalaxation méthodique de cette pâte complète le blanchiment. C'est dans cette partie du procédé qu'il est nécessaire de connaître les tours de main d'atelier pour donner à la laque cette blancheur nacrée qu'on remarque dans le produit livré au commerce.

La laque blanche est très-recherchée pour fabriquer des vernis à l'esprit-de-vin incolores, pour apprêter certains tissus et les chapeaux de paille. Dans ces dernières applications, on se sert d'un dissolvant très-économique, Teau ammoniacale aidée de la chaleur.

Unverborben a pu séparer de la résine laque cinq variétés de corps résineux. Le chimiste John y a découvert 1 6 pour 100 d'une matière spéciale, la laccine, dont les propriétés tiennent de celles de la cire et de la résine.

Résine copal. — On distingue trois espèces de copal, le dur, le demi-dur et le tendre, sans compter les diverses variétés ûb ces trois espèces.

Le copal dur le plus estimé s'écoule d'un arbre de Madagascar, Vhymenea verrucosa. Les portions de résine qui, en se concrétant, restent suspendues à l'écorce, forment de grosses larmes jaune pâle, transparentes comme du verre. Mais la plus grande quantité coule jusqu'à terre et se trouve souillée par du sable et des débris organiques dont les morceaux gardent l'empreinte après le nettcjyage qu'on leur fait subir. Il se présente alors sous forme

«de fragments irréguliers, souvent plats, à surface terne et blanchâtre ; mais la cassure est vitreuse et montre Tintérieur presque incolore, ayant la transparence du cristal. Ce copal est inodore •et sans saveur; il ne se laisse pas rayer par Tongle. Il se gonfle -dans l'alcool et dans Télher, sans s'y dissoudre. Chauflë, il se ramollit, mais il n'entre en fusion qu'à une température élevée, change de nature après cette fusion et devient miscible aux huiles fixes et à l'essence de térébenthine. On pourrait le confondre avec le succjn par ses caractères extérieurs; mais il ne donne pas d'acide succinique à la distillation sèche.

Réduit en poudre et soumis à Tétuve pendant quelque temps, ou bien porphyrisé avec de l'eau et exposé à l'action de Tair, il absorbe de l 'oxygène et devient soluble dans l'éther et dans Talcool.

Le copal demi-dur est la résine de Vhymenea courbaril. Il se distingue faiblement du copal dur par son aspect extérieur. Mais il se laisse plus facilement entamer par le couteau. Il a ime odeur faible. Il se ramollit à la chaleur et forme ime masse élastique qui peut s'étirer en fil. Il se.dissout en partie dans l'alcool et dans l'éther; tandis que le copal dur devient visqueux et ne se dissout pas.

Le copal tendre, gomme dammar, provient du dammara oriep,talis. Il s'éloigne des deux précédents- parce qu'il se laisse rayer par l'ongle, par sa friabilité, sa surface blanchâtre, nébuleuse jusqu'à une certaine profondeur, et par sa solubilité plus grande dans l'alcool, les huiles et les essences. 11 a une valeur commer- <îiale bien inférieure et ne peut servir à la fabrication des vernis durs.

Résine élemi. — Sous le nom de résine élemi on désigne plusieurs variétés de résines découlant de Vicica icicariba^ Velaphrinum^ •elemiferum, Vamyris elemiferum^ de la famille des térébenthacées, arbres qui croissent au Brésil et dans l'Inde. Le commerce l'imj)orte en caisses de 100 à 150 kilogrammes. C'est une matière molle blanc jaunâtre demi-transparente vue en lames minces^ ♦elle se dessèche à l'air et devient cassante avec le temps. Elle est entièrement soluble dans l'alcool à chaud, et par le refroidissement la solution laisse déposer une résine cristallisée qu'on a appelée èlémine.

A la distillation elle peut fournir 13 pour 100 d'une essence rtrès-rapprochée de l'essence de térébenthine par sa composition élémentaire et par ses propriétés chimiques.

La résine élemi, en raison de son i)as prix, est très-propre à là

ES s ESSENXES. 344

fabrication des vernis communs et à l'imprégnation des cartons qu'on veut rendre hydrofuges.

Mastic et sandaràque. — Ces deux résines se présentent sous la forme de petites larmes blanc jaunâtre, translucides très-friables. La faible coloration de leur dissolution dans ralcool les fait appliquer de préférence aux vernis destinés à recouvrir les peintures.

Ces deux résines ayant une valeur commerciale très-différente, il est important de les distinguer Tune de l'autre. ^

Le mastic découle du pistacia lentiscus, arbre des térébentbacées cultivé en Orient, à Scio et dans les lies Ioniennes. Ses larmes sont rondes ou aplaties. Il a une odeur douce, une saveur aromatique; il est friable à la température ordinaire, mais il se ramollit aisément dans la bouche et devient ductile sous la dent. Il est entièrement soluble dans l'éther.

La sandaràque est produite par le thuya articulata des conifères. Elle est en larmes plus allongées que le mastic. Elle n'a pas la même odeur; elle reste friable et se brise sous la dent, malgré la chaleur de la bouche. Elle est moins soluble dans l'tther et l'essence de térébenthine que le mastic; mais elle se dissout complètement dans Talcool, tandis que le mastic laisse un résidu. L'eau alcaline dissout la sandaràque; on met à profit cette propriété pour enlever aux larmes la surface blanche qui les recouvre, et les livrer au commerce, transparentes, sous le nom de sandaràque lavée.

Succin, — Ambre jaune. — Cette matière appartient au règne minéral par son gisement; mais il est démontré par plusieurs indices qu'elle a découlé d'un arbre, à l'état fluide, comme le fait une résine : les débris d'écorce, de feuilles de pétiole, les petits insectes entiers qui vivent ordinairement sur les végétaux, emprisonnés dans des fragments de succin, ne laissent pas de doute à cet égard. C'est une résine fossile.

On la récolte sur les côtes de la Baltique, surtout dans le voisinage de Dantzick et de Kœnisberg. Il y en a en Sicile, en Auvergne, en Saxe; on en trouve encore dans la Sibérie et le Groenland.

Les morceaux volumineux, bien transparents, ont un très-grand prix pour la fabrication des bijoux et des objets de bimbeloterie. Les industries chimiques n'emploient que les petits morceaux et les débris des ouvrages de tour. Ce sont alors de petits fragments irréguliers, durs, à cassure conchoïdale avec éclat vitreux, d'une

couleur variable du jaune clair au rouge brun, plus pesant que l*eau, insipides et inodores à froid. Par le frottement, le succin s'électrise, d'où lui vient son nom persan de karabé, tire-paille, et à*elêctron en grec.

Le succin donne un vernis dur et très-solide en dissolution dans l'huile de lin cuite ; mais il a besoin d'être fondu par la chaleur pour devenir miscible à Thuile. Chauffé dans une cornue, il donne naissance à divers hydrogènes carbonés liquides, de même composition que l'essence de térébenthine, et à de Tacide succinique qui se condense en aiguilles sur le dôme delà cornue.

A part le sang-dragon, résine rouge employée comme matière colorante des vernis, les autres résines ont peu d'intérêt pour l'industrie.

Les gommes-résines se distinguent des résines en ce qu'elles sont le produit de la dessiccation d'un suc végétal d'une apparence toujours laiteuse, constitué par un liquide aqueux tenant en suspension une résine seule ou accompagnée d'une essence. L'eau s'évapore à l'air ou au soleil, et il reste, à l'état solide, une résine associée à des matières gommeuses,

La gomme-gutte est parmi les gommes résines la seule qui ait un emploi industriel. L'encens, lamyrrhe, Passa fœtida, la gomme ammoniaque, le galbanum, le sagapenum, la scammonée sont des substances médicinales.

6romme-5fu«e.— C'est une matière solide d'un jaune fauve, d'une cassure conchoïdale très-unie. Lorsqu'on passe la langue humide sur sa surface, il s'y forme une émulsion d'un beau jaune d'or. Elle est inodore, d'une saveur lente à se développer, mais qui devient acre à la gorge. Sa poudre est d'un jaune pur ayant beaucoup d'éclat. La belle quaUté est sous forme de cylindres de 6 à 10 cent, de longueur, et de 4 à 5 de largeur, avec ou sans cavités dans leur milieu. Les morceaux irréguliers sont moins purs.

La gomme-gutte découle par des incisions qu'on fait au stalagmitis cambogioides, arbre indigène du royaume de Siam, de Camboge et de Ceylan. La forme de cyhndres est due à ce qu'on reçoit le suc jaune de l'arbre dans des tuyaux en bambou et qu'on l'y laisse sécher. Les cavités de ces cylindres viennent du retrait que la matière éprouve pendant sa dessiccation.

L'alcool dissout entièrement la résine et laisse pour résidu la substance gommeuse dans l'eau. La résine se dissout dans les alcalis et joue le rôle d'acide dans la fabrication de certains vernis.

ES s ESSENCES. 346

La gomme-gutte est employée en peinture et comme purgatif en médecine.

Page 1