ESSENCE DE POMMES
Sous le nom d'essence de pommes, on désigne une solution alcoolique d'éther valérianique de l'huile de pommes de terre. Quelquefois on prépare simplement ce produit en soumettant à la distillation l'huile brute de pommes de terre en présence de l'acide sulfurique et du chromate de potasse ; mais l'on n'obtient ainsi qu'une petite quantité d'un éther très-impur, mélangé d'une grande quantité d'alcool amylique, et, pour obtenir une substance de 'bonne qualité, il est préférable d'opérer par une méthode rationnelle consistant à isoler l'acide valérianique pour l'éthérifier dans une deuxième opération.
Pour préparer Tacide valérianique, on prend 1 partie d'huile de pommes de terre purifiée , on la mélange , petit à petit et avec précaution, avec 3 parties d'acide sulfurique, puis on ajoute 2 parties d'eau. On chauffe, en même temps, dans une cornue tubulée, une solution de 2 parties 1/4 de bichromate de potasse dans 4 1/2 d'eau; on introduit ensuite, tout doucement et par petites portions, le premier liquide, de manière à maintenir une douce ébullition dans la cornue. Le liquide distillé est saturé avec du carbonate de soude et évaporé à siccité pour obtenir du valérianate de soude. C'est ce sel que l'on emploie directement à la production de Téther.
Dans ce but, on prend 1 partie en poids d'huile de pommes de
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terre, qu'on mélange, avec précaution, avec une quantité égale d'acide sulfurique; on ajoute 1 partie 1/2 de valérianate de soude bien sec, et Ton maintient quelque temps la liqueur au bainmarie en ayant soin de ne pas trop élever la température. En ajoutant de Teau, Téther se sépare ; on le purifie de la même manière que les composés précédents.
Lorsqu'on étend cet éther de cinq à six fois son volume d'alcool, on obtient un produit qui prend une odeur de pomme trèsagréable.
ESSENCE DE MIRBÂNE.
Ce produit, que Ton désigne encore quelquefois dans le commerce SOUS le nom d'huile artificielle d'ama^ndes amères, n'appartient plus à la série des éthers ; c'est un composé d'un tout autre ordre. L'essence de mirbane, en effet, provient de Tactioii de l'acide nitrique sur la benzine, et les chimistes la désignent sous le nom de nitro-henzine. C'est aux recherches de M. Hoffmann qu'est due la découverte de la présence de la benzine parmi les carbures d'hydrogène si nombreux qui composent l'huile légère de houille, et c'est à partir de cette époque (1849) que la nitro-benzine est devenue, grâce aux travaux de M. Mansfield,uii produit commercial.
La première méthode suivie en Angleterre pour la préparation de cette essence a été imaginée par M. Mansfield. Son appareil consiste en im large tube de verre ou de grès ayant la forme dun serpentin; à sa partie supérieure, il se bifurque, et chacune de ses branches porte un entonnoir. Un filet d'acide nitrique concentré coule lentement par l'un de ces entonnoirs; l'autre reçoit la benzine. Les deux liquides se rencontrent à la bifurcation, et l'attaque s'opère avec dégagement de chaleur. En suivant le serpentin, la nitro-benzine se refroidit; on la recueille, à l'orifice inférieur, mélangée avec une certaine quantité d'acide nitrique en excès.
Aujourd'hui, les fabricants de nitro-benzine opèrent, en général, d'une manière plus simple; l'attaque de la matière a lieu tantôt dans des vases ouverts, tantôt dans une série de tourilles disposées à la suite les unes des autres, comme celles que nous avons décrites pour la fabrication de l'acide picrique (voy. Acides végétaux, ACI), et destinées, comme celles-ci à la condensation des composés nitreux. On place dans de grandes terrines en grès on dans les tourilles dont nous venons de parler de Tacide nitrique
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fumant, puis on verse peu à peu, dans celui-ci, en agitant constamment, rhuile de houille ou benzine commerciale que Ton veut attaquer. Celle-ci doit avoir été choisie avec soin, parmi les huiles légères, de manière qu'elle renferme la plus grande proportion possible de benzine réelle, et, dans tous les cas, son point d'ébullition doit toujours être inférieur à 100°. La proportion dacide nitrique fumant diffère suivant la qualilé de rhuile ; elle ne saurait être déterminée à priori d'une manière exacte ; mais Texpérience apprend que l'addition de la benzine doit être continuée jusqu'à ce que la solution chaude de nitrobenzîne dans Tacide nitrique en excès marque 24 à 23° au pèseacide. A chaque addition d'huile, l'attaque se produit avec énergie et la masse se boursoufle en dégageant de grandes quantités de vapeurs nitreuses; aussi faut-il avoir soin d'attendre que 1 ebuUition se soit calmée, et que la température causée par la réaction se soit abaissée avant de faire une addition nouvelle de matière. On continue ainsi jusqu'à ce que toute l'huile légère de houille ait été employée; on laisse alors refroidir; la nitro-benzine se sépare peu à peu, et pour rendre sa séparation plus complète, on ajoute au liquide une quantité d'eau égale à cinq ou six fois son volume.
Lorsque la nitro-benzine est ainsi déposée, on enlève le liquide qui la surnage, et pour la purifier et la débarrasser de l'excès d'acide, on la lave d'abord à l'eau, puis avec une solution faible de carbonate de soude, et enfin une dernière fois avec de l'eau.
L'essence de mirbane ainsi préparée est directement livrée au commerce sous cet état lorsqu'elle doit servir à la préparation de l'aniline, etc.; mais lorsqu'elle est destinée à la parfumerie, elle doit subir une rectification préalable. Celle-ci a lieu quelquefois dans un alambic ordinaire en cuivre chauffé à feu nu; mais cette manière d'opérer présente de graves dangers par suite de rinflammabilité de la nitro-benzine et de la température élevée (243') qu'exige sa volatilisation; aussi préfère-t-on, en général, distiller le produit à une température inférieure à celle de son point d'ébullition, au moyen d'un courant de vapeur d'eau qui, arrivant dans l'alambic, par un serpentin percé de trous, barbote dans le liquide et entraîne dans le réfrigérant, d'une manière mécanique, la nitro-benzine que ce liquide renferme.
AIMÉ GIRARD