EXTRACTION DES HUILES DITES DE GRAINES
Cette extraction se pratique sur ime grande échelle dans le département du Nord et offre aux portes de Lille un spectacle curieux. Dans la plaine unie de Moulins-Lille plus de cinq cents moulins à vent sont pour la plupart employés à ce travail. Ces moulins mettent en mouvement des pilons de bocard et des presses à coins. Les pilons sont des solives de chêne armées d'une tête en fer cannelée. Le mortier est creusé dans deux fortes pièces de charpente. Ses parois sont revêtues de tôle de fer, et le choc du pilon porte sur un culot de fonte enchâssé dans le fond du mortier. Malgré ses nombreux inconvénients, ce système, qui reste à la portée des petits cultivateurs, est très-employé.
Au lieu des pilons qui font un bruit des plus désagréables et produisent des secousses destructives, on emploie dans quelques moulins une paire de meules cannelées en fer, qui broient et déchirent la graine et la pressent si fortement qu'une partie de l'huile s'écoule de suite. On rencontre de même presque tous les moyens connus de broyage.
La pulpe est d'abord chauffée à feu nu ou à la vapeur, puis soumise à l'action des presses. Lorsque la première pression est terminée, on reprend les tourteaux, on les soumet à un second broyage ou rebat. On échauffe la pulpe de nouveau, et, par un second pressurage, on extrait la presque totalité de l'huile; après quoi les tourteaux sont livrés à l'agriculture.
47 BXTRACTIOH OBB HUILBS BT .GRAISSES. HUI
Dans les grandes exploitations, le broyage se pratiqua au moyen e deux machines distinctes.
La première est un laminoir ou concasseur en fonte alimenté par une trémie de bois a, au fond de laquelle tourne un petit cylindre caonelé (fig. 36i] dont la vitesse permet unechute des graines proportionnée à l'action des cylindres b qui tournent avec lenteur.
Du concasseur, les graines sont portées sous les meules verticales par charges de 60 à 75 kilogrammes, suivant l'espèce ; ces meules leur font subir un écrasage ig. ^*' ~ j'^g"'^'"^"' par l'action du poids et une torsion par leur pivotement sur le milieu de leur paisseur, ce qui les rejette meurtries vers les deux hords de auge. Deux racloirs fixés à l'arbre vertical les ramènent contiueUement sous les meules. Lorsque la pâte pulpeuse est dans n état convenable, un ramasseur la fait tomber par une vanne lîins un bassin inférieur.
Une paire de meules pèse de 8 à 10,000 kilogr.; elles font 12 jurs par minute. Le broyage d'une charge de 60 à 75 kilogr. ure de quinze à vingt minutes; ainsi, en douzeheui'es de travail, a peut broyer de 2,160 à 3,600 kilogr. de graines. Quelquefois, et c'est U ime bonne précaution, la graine est portée dans un chauffoir à vapeur avant d'être écrasée ; ce chauffoir (fig. 365) est tme sorte de chaudière autour de laquelle la vapeur circule dans un double-fond 6; deui palettes ce la remuent et en renouvellent les surfaces.
Aussitôt la graine broyée, on peut en ^^__^^___^___^ extraire Ihuile; il faut alors la soumettre Fig. 385. - uhttuffo^à à «ne pression énergique et même, par vapeur pour le» gr»!- un travail prolongé, on n'obtient pas le nei o «gineusee. plus grand rendement. L'huile obtenue
Bgt ïme huile vierge, agréable pour les aliments. Si l'on tient plus au rendement qu'aux qualités culinaires, il faut soumettre préalablement la pulpe à une température de 60 ou Su" dans des chauffoirs à vapeur. On altère un peu la saveur de l'huile, mais il n'y a aucun inconvénient pour celles qui doivent servir à l'éclairage ou aux savonneries.
Depuis qpielques années, restractiou des huiles a reçu un per fectioDuement notable. M. Deiss emploie, dans ce but, le Bulfiire de carbone. On sait combien ce liquide a de puissance dissolvante, et combien il est facile de le faire évaporer sans laisser de traça d'odeur ou d'un autre inconvénient quelconque des matières sulfurées pourvu qu'il ait été pris bien pur. Si donc, on soumet les matières premières à l'action du sulfure de carbone, après avoir extrait mécaniquement tout ce qu'elles peuvent Toumir par pression, on parvient à enlever un reste de corps gras dont la valeur est bien supérieure aux frais que cette extraction nécessite. Ce travail s'exécute aujourd'hui sur une grande échelle en France et en Italie et donne d'importants résultats. Il est souvent utile d'analyser les graiaes pour évaluer ieuT rendement. Le meilleur appareil à employer dans ce but est, je crois, celui que j'ai proposé pour d'autres usages semblables.
Dans l'allonge D, on introduit 100 gr.
de graines broyées, maintenues par une mèche de coton. Le ballon B reçoit 4 500 grammes d'éther ou de sulfure de carbone (ou mieux de chloroforme qui est plus cher, mais dont on peut ne rien perdre et qui n'est pas inflammable). On chauiffe au bain-marie ; les vapeurs montent par le tube T, se condensent presque entièrement dans le ballon M et retombent liqnëflëes sur la graine. Les vapeurs non condensées vont en M' et en M" dont le bouchon porte un tube de siii-eté muni d'une soupape (c'est tout simplement une ampoule de verre à deui longues pointes pour empêcher les projections de l'eau contenue dans la boule]. Les tubes plongent jusqu'au fond des ballons M', M". Il se condense très-peu '^^ de chloroforme en M' et pas du tout en M", excepté quand la chaleurs' élève trop; olé'agi- mais on le voit facilement et on y remédie sans aucune peine en fermant le fourneau et enlevant l'eau chaude. Au besoin même on verse de
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l'eau &t>ide sur le ballon B; immédiatement tout le chloroforme contenu en H" est aspiré en M' et de M' en M. Les perles d'éther ou de chloroforme sont nulles, et cet appareil accomplit en fort peu de temps un lavage parfait.
Quand les gouttes de chloroforme tombent depuis quelque temps bien incolores dans le ballon B, on arrête. On introduit le liquide de ce ballon dans un petit alambic tout semblable A ceux qui sont employés pour les essais de vins, on fait distiller le chloroforme. L'huile reste comme résidu et on en prend le poids.
ni— ÉPURATION DES HUILES ET DES GRAISSES.
Les matières grasses, obtenues par les procédés que nous Tenons de décrire, sont toujours souillées de plus ou moins d'impuretés, qui, même en très-faible proportion, nuisent beaucoup à l'usage. Ainsi l'huile de colza brute n'est pas propre à Uèclairage; elle charbonne les mèches. Cet inconvénient disparaît après une épuration peu coûteuse.
L'épuration se fait en pareil cas d'après une méthode indiquée par Thénard, en 1801. L'huile reçoit de 1 1/2 à 3 centièmes d'acide sulfurique concentré avec lequel on l'agite fortement pendant une demi-heure. Cette opérationa lieu généralement dans
Fig. 367— Mélangeur poui
des tonneaux; elle est conduite plus avantageusement dans un appareil comme celui de la figure 367, sorte de bac allongé où la matière est constamment brassée par un agitateur hélicoïdal disposé sur un arbre horizontal. L'huile devient verte d'abord, ensuite sa nuance toui-ne au brun par carbonisation ; les parties albuminéuses, les débris de parenchyme se précipitent en uns niasse noire qui se sépare nettement au bout de vingt-quatre