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DES BLANCS

Les blancs employés par la peinture sont de deux sortes, les uns couvrent, les autres ne couvrent pas. On dit d'un blanc qu'il couvre lorsqu'il conserve son opacité au sein de l'huile, et que conséquemment, broyé à l'huile, et étendu sur une surface, il peut couvrir (cacher) les dessous.

Les blancs qui ne couvrent pas à l'huile couvrent à l'eau, ce sont :

La craie et le sulfate de baryte naturel ou artificiel. Les blancs qui couvrent à l'huile comme à Teau sont les diverses variétés de céruse, l'oxychlorure et le sulfate basique de plomb, l'oxyde de plomb, l'oxyde d'antimoine et le sous-nitrate de ce métal, enfin les sels basiques de bismuth.

BLANCS A l'eau. — Le sulfate de baryte en poudre se prépare de différentes manières; on l'appelle blanc fixe. On peut obtenir au moyen du sulfate de baryte et du chlorure de manganèse, résidu de la fabrication du chlore, une dissolution de chlorure de baryum qui, par l'acide sulfurique, donne du sulfate de baryte et de l'acide chlorhydrique faible utilisable pour la gélatinisation des os, etc. M. Pelouze a proposé de faire agir directement sur le carbonate naturel l'acide sulfurique en le mélangeant avec l'acide lydrochlorique ; ce moyen est ingénieux, toutefois il n'élimine pas les impuretés du carbonate et il présente l'inconvénient de s'adresser comme matière première au carbonate de baryte qui est plus coûteux que le sulfate.

On pourrait varier à l'infini les recettes de préparation du blanc fixe qui doit, en tous cas, être fabriqué à bon marché.

Le blanc de Meudon, le blanc de Bougival, le blanc de Troyes, sont tous du carbonate de chaux. Toutefois l'aspect, les propriétés plastiques et notamment la blancheur différant pour chacun d'eux, justifient ces divers noms donnés à un même produit. Leblanc de Meudon, près Paris, forme de vastes carrières exploitées par galeries. La matière brute est mise à tremper dans l'eau, délayée, broyée et tamisée; on la ramasse par blocs qu'on ressuie en les déposant sur une surface absorbante, puis on la pétrit et on la forme en pains cylindriques d'un poids de 200 à 500 grammea.

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Le blanc de Troyes est plus blanc, plus compacte que celui de Meudon. Cette pierre, sciée en petits fragments prismatiques, est connue sous le nom de craie à tableau. L'un et l'autre sont employés dans la peinture, délayés à Teau et non à l'huile.

On produit un blanc calcaire excellent en laissant se carbonater spontanément la chaux éteinte à l'air ou délitée soigneusement à l'eau, et qu'on obtient au moyen du calcaire le plus blanc, le marbre statuaire par exemple.

BLANCS A l'huile, céruse.— Parmi les blancs couvrant à Thuile, le plus anciennement employé est , sans contredit , la céruse. La fabrication est décrite par Pline avec une grande clarté. VEncyclopcdie japonaise la donne aussi dans tous ses détails. Chose digne de remarque, le procédé de VEncijclopédie japonaise et celui qu'employaient les Romains sont identiques. Ce fait n'est pas isolé, et de nombreuses preuves de contact peuvent être citées entre l'industrie des anciens Chinois et celle des Romains, ce qui ne saurait surprendre , ces deux peuples ayant eu des communications régulières.

La céruse est une combinaison de carbonate de plomb, d'oxyde de plomb et d'eau. Sa préparation, quel que soit le procédé employé, est basée sur les données suivantes : déterminer la production d'un sel basique de plomb et faire réagir l'acide carbonique sur le sel basique maintenu en excès.

Trois procédés principaux conduisent à ce résultat, nous allons les décrire, puis nous verrons qu'ils comportent une seule et même explication ; les renseignements qui suivent sur la fabrication de la céruse nous ont été donnés par M. Delaunay, trèshabile fabricant et de plus botaniste distingué, quia dirigé longtemps sous le nom Delaunay et C«, à Portillon, près Tours, l'usine fondée par M. Pallu. Cette usine appartient aujourd'hui à la société Bruzon et C«.

Procédé hollandais, — Dans ce procédé, le plomb, l'oxygène atmosphérique concourent avec le vinaigre sous l'influence de la chaleur à la formation directe de l'acétate basique ; l'acide carbonique et le calorique nécessaires à l'opération sont fournis par la fermentation du fumier : voici au surplus comment se conduit l'opération.

On coule le plomb en lames minces de 10 centimètres de la^ geur sur une longueur de 30 à 40 centimètres. Ces feuilles sont roulées en spirale, de telle sorte que toutes les surfaces soient bien séparées. Chaque lame est déposée dans un pot conique por-

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tant au tiers de aa hauteur, à partir du fond un rebord ou trois petits tasseaux sur lesquels repose le métal enroulé. Au fond de ce pot, vernissé à l'intérieur, on verse une certaine quantité de vinaigre de qualité inférieure : ces pots ainsi disposés et couverts sont rangés côte à côte sur une couche épaisse de fumier frais de cheval. Le lit entier est recouvert d'abord de déhris de lames et de rognures inattaqufes dans de précédentes opérations, puis de lames qui établissent un plancher, enfm de planches épaisses disposées de façon à former une séparation complète en Ire elles et les lils qui vont être superposés. Sur ces planches, on étabUt une nouvelle couche de fumier, garnie, comme la précédente, d'une série de pois préparés de la même manière ; on forme aiusi alternativement des couches dépôts etdefumier jusqu'à ce que la masse ait atteint une épaisseur de 5 à 6 mètres, des contre-murs (banquettes) en fumier enveloppent la couche tout au pourtour ; le tout est disposé sous des hangars bien aérés.

La Qgure représente la disposition prise dans une usme. AE, CF sont les murs du hangar, £B, FD représentent la hauteur de la

Fig. 3U.--F0BBe àcéruae

fouille, ao, aa, sont les contre-murs en fumier, ce, sont les hts de pots qui reposent sur les couches de fumier b. Ces pots sont recouverts de plomb, puis de planchers représentés par g et soutenus par des traverses f.

On comprend que chaque usine varie plus ou moins les ma-

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nières de préparer ses couches à cénise. C'est ainsi qu'au lieu de couler le plomb en lames seulement, certains fabricants le coulent sous forme de grille. C'est ainsi qu'au lieu d'employer le fumier, certains fabricants se servent de tan (écorce de chêne qui a été épuisée de tannin pour la préparation des peaux).

La fermentation commence bientôt à se produire ; la température s'élève et peut atteindre au delà de 100 degrés, il arrive même parfois que les planches sont carbonisées et que la cénue déjà formée se transforme partiellement en mimum. Pour éviter cet effet, on a besoin de ménager des courants d'air dans la ma«e des couches.

Au bout de vingt ou trente jours l'opération est terminée, les lames de plomb sont converties presque complètement en écailles blanches et dures de carbonate de plomb, adhérentes aux parties du métal qui n'ont pas été transformées.

Les lames sont 'alors soumises à l'opération du battage quia pour but de séparer les écailles des parties du métal non attir quées ; ce travail des plus insalubres se faisait autrefois manuet lement; depuis plusieurs années on a étabU'dans toutes les usines des appareils clos, ou il s'opère mécaniquement.

Les écailles ainsi séparées sont soumises au broyage à l'eau, dans des moulins composés de meules horizontales en pierres dures ; la meule du fond est fixe ; la supérieure est animée d'un mouvement assez rapide. Il y a quatre ou cinq appareils semblables placés à la suite et en contre-bas les uns des autres, de telle sorte que la matière passe successivement de l'un dans l'autre. La pâte, au sortir du dernier moulin, doit être impalpable (d'unft finesse telle qu'on ne sente plus le moindre grain en la froia- j; sant entre les doigts). Cette pâte est versée dans des petits pota \ coniques en terre poreuse et portée dans des séchoirs disposés de j^ telle sorte que la température s'élève graduellement sans chan* ; gements brusques. i^

Au lieu d'avoir recours au fumier pour produire le calorique [ et l'acide carbonique on peut demander l'un et l'autre à un coinf bustible ; ce procédé qui revient exactement au précédent a la . plus grande analogie avec celui qu'employaient les Romains.

Dans une chambre parfaitement close, on établit des étagères à claire-voie, sur lesquelles on place des feuilles de plomb couléea, pliées en Vrenversé (A) et rapprochées le plus possible sans qu'elle! se touchent ; à la partie inférieure de la chambre sont disposées dei sortes d'auges, remplies, les unes, d'acide acétique pyroligneux,

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es autres d'un liquide susceptible de donner, par la fermentation )u autrement, naissance à de Tacide carbonique gazeux. L'appareil ainsi disposé est maintenu à ime température constante de ?5 à 30*, par un courant de vapeur d'eau qu'on fait passer sous les auges qui contiennent Tacide pyroligneux ; la transformation du plomb en écailles de céruse s'opère à peu près dans le même temps que par le procédé précédemment décrit. Cette méthode donne des produits plus blancs. Aussi est-ce par ce moyen que se leJ^riquè le blanc de Krems ou blanc d'argent, spécialement employé dans les peintures fines. On pourrait établir ce procédé dans les localités où l'on a à la fois de la chaleur et ime effluve naturelle d'acide carbonique.

Ces divers procédés demandent un laps de temps assez long pour la transformation du plomb en céruse, et par conséquent, exigent un gros capital. Cette transformation, d'ailleurs, s'opère hors du contrôle du fabricant; par suite, elle échappe à Tobser- Tation, et il en résulte que le produit ne répond pas toujours à l'attente. Enfin, ces procédés nécessitent beaucoup de maind'œuvre. Ces considérations ont conduit à rechercher des moyens plus expéditifs pour préparer la céruse.

Dans les premières années de ce siècle, Thénard, le premier, proposa un nouveau mode de fabrication différent de ceux connus, et qui reçut le nom de procédé français ou de procédé par précipitation, lequel est basé sur la décomposition partielle du sous-acétate de plomb, dissous dans Veau par un courant de gaz acide carbonique : ce procédé fut appliqué en grand par M. Roard, dans son usine de Clichy, près Paris, d'où cet autre nom de procédé de Clichy ; en voici la description :

On verse dans ime cuve munie d un agitateur et remplie d'eau aux trois quarts environ du protoxyde de plomb ou de la litharge pulvérisée ; le mélange est mis en mouvement et Ton ajoute peu i peu de l'acide pyroligneux autant que possible décoloré ; la dissolution s'opère, l'oxyde de plomb doit être en excès, afin qu'il se forme de l'acétate de plomb tribasique. Il faut aussi ne pas dépasser un certain degré de saturation du liquide, car au delà (m risquerait de le voir se transformer en magma, qu'une addition d'eau ne dissoudrait qu'en partie. Lorsqu'on juge la dissolution terminée, on la laisse en repos ; le liquide clair, qui doit marquer 16 à 18® au pèse-sels, est décanté et versé dans un bassin à large surface et n'ayant pas plus de 1 mètre de profondeur. Cet appareil est muni d'un système de tuyaux nombreux plour

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