APPLICATIONS INDUSTRIELLES
Au point de vue de l'application à l'industrie, Teau peut être envisagée sous plusieurs aspects différents : comme dissolvanl lorsqu'on la destine à séparer de son mélange avec des matériauï insolubles un corps soluble qu'elle abandonne après refroidissement ou par évaporation, tel est le salpêtre qu'elle extrait des matériaux salpêtres ; comme agent laveur, si elle sert à éliminer des corps sohLbles qui souillent un corps insoluble qu'on veut purifier : tels sont les filaments, les tissus; comme agent inUrmédiaire, dans le cas où elle a mission de transporter un principe d'un corps sur un autre, ce qui arrive dans les opérations de la teinture; comme principe constituant^ si elle doit faire partie de la marchandise qu'on se propose de produire, comme la bière , les eaux gazeuses ; enfin comme source de vapeur pour distribuer le calorique ou produire de la force.
On comprend que, pour ces difiPérentes applications, la question de la pureté de Teau ait une grande importance. £n efiet, les matières étrangères, suspendues ou dissoutes dans Teau, peuvent rendre impure ou gâter la substance qu'on prépare, salir ou maculer celle qu'on cherche à épurer par le lavage, modifier ou ternir la couleur des tissus ou dénaturer les mordants, entra- Ter l'évaporation et être ainsi une cause de perte de combustible ou d'altération du matériel.
On admettra en conséquence qu'il y a un grand intérêt pour les manufacturiers à connaître la nature des impuretés que présentent les eaux, ainsi que les moyens de purification appropriés à leurs besoins.
Les impuretés ordinaires ou naturelles des eaux sont des matières insolubles ou des principes solubles ; les matières insolubles sont retenues par dépôt et soutirage ou par filtration, comme la marne ou les débris de tourbe; les principes solubles peuvent être neutralisés par un réactif saturant ou précipités : tels sont ^ l'acide carbonique, l'acide sulfurique et la chaux,,ou modifiés par l'action de la chaleur, qui en opère la décomposition, comme c'est le cas pour le bicarbonate de chaux.
Quelquefois elles ne peuvent être séparées entièrement que par distillation ; c'est ainsi que Teau de mer est convertie en eau douce, tandis que le sel est laissé pour résidu. Ajoutons que, dans cette circonstance, l'action de la chaleur pourra être remplacée par la soustraction du calorique, et qu'ainsi, continuant l'exemple de Teau de mer, on obtiendra Feau douce à Tétat de cristaux de glace, le sel étant concentré dans l'eau non congelable.
Ces considérations établies, nous allons passer en revue successivement les diverses causes d'impureté de l'eau, et indiquer les moyens de dépuration applicables à chaque cas.
Certaines eaux sont souvent troubles : ce sont, par exemple, les eaux des rivières ou cours d'eau que grossissent subitement les pluies; elles se chargent de matériaux insolubles, de marne, de débris tourbeux ou de terre végétale, et ces eaux sont facilement épurées par le repos; aussi convient-il, lorsqu'on veut les employer, d'avoir un ou plusieurs bassins assez grands pour contenir la provision convenable pour le temps que l'observation a montré nécessaire au repos de l'eau courante. Ces bassins sont pour le mieux assis sur un fond perméable filtrant recouvrant le sol imperméable , en communication avec des regards, par lesquels se fait l'aspiration du liquide.
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' Si l'épiiratioii doit être plus complète, on emploie les proprement dits. Dans les ménages, on préfère les pierres po- , reuses; dans les usines, on adapte directement à la canelle qui amène l'eau des sacs remplis de poils ou de laine. Si l'on veut une flltration encore plus parfaite, on se sert de cônes de toile ou de feutres {chausses), ou mieus de cônes de papier sans colle, plissés ou non, garnissant un entonnoir dont la douille est manie d'un tampon de coton ; on emploie aussi hien l'entonnoir seul rempli de sable, de verre pilé, de charbon animal, mais comme ces instruments ne donnent qu'un mince débit, si on veut opérer sur des quantités considérables, il convient de les ampliflei». Noos donnerons, comme exemple de ces appareils opérant sur de grandi voliunes d'eau, celui de la Compagnie générale des eaux de Seine.
L'appareil Fonvielle se compose d'une série de filtres superposés, pouvant recevoir l'eau â volonté par la partie snpérieoie ou par la partie inférieure, ce qui permet d'en opérer rapidemenl le lavage. A, A', A" sont des compartiments ou filtres formés de couches épuratrices d'épongés , de sable de rivière et de charbon.
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Fig. 319.— Filtre FonTÎelle.
Normalement, l'appareil reçoit, par le tuyau principal CO, l'eau que distribuent les tuyaux R, R', R" et qui s'écoule filtrée parles robinets S', S", &"', et se rend dans le collecteur DE, d'où elle s'échappe par le robinet E.
Quand le filtre est trop chargé d'impuretés, on donne accès à l'eau par tous les robinets d'entrée et on renvoie l'eau par toutes les issues, de telle façon que les filtres sont envahis à la fois par on courant descendant et par un courant ascendant.
Ce lavage ajourne le nettoyage complet des filtres gui, pourtant, doit élre fait de temps à autre. Le charbon est renouvelé toutes les semaines, les éponges et le sable sont lavés en dehors ' de l'appareil plusieurs fois par an.
Le filtre Souchon est formé d'une toile sur laquelle sont disposées d'abord d'épaisses étamines, puis une couche considérable de tontisse de laine. L'eau suit une marche ascendante ; elle traverse la toile, les tissus de laine et s'y dépouille de ses impuretés, '■ . puis la tontisse achève l'épuration.
La filtration ne retient guère que les matières insolubles; cependant le charbon végétal enlève à Teau certaines impuretés odorantes, et le charbon animal retient des substances colorées; mais les impuretés solubles ordinaires des eaux, les matières salines passent à travers les filtres quels qu'ils soient.
L'une des impuretés les plus préjudiciables est le sulfate de chaux, qu'accompagne souvent le sulfate de magnésie. Une eau contenant du sulfate de chaux, acidulée par l'acide chlorhydiique pur, est précipitée par le chlorure de baryum et par l'oxalate d'ammoniaque. Cette eau empêche la mousse du savon; et son degré d'impureté peut être apprécié par l'ingénieux procédé de D. Clarke (voy. page 159). On corrige l'eau chargée de sulfate par une addition de carbonate de soude ou de silicate de soude. Il est hon de dire que les eaux contiennent rarement le sulfate de chaux seul; le sel est le plus souvent accompagné de carbonate de chaux tenu en dissolution dans l'acide carbonique.
Cette dissolution calcaire, ce bicarbonate de chaux est une des impuretés les plus ordinaires, et cela se comprend : l'acide carbonique, dont la production est incessante, est soluble dans l'eau, et le carbonate de chaux est répandu partout dans la nature. On reconnaît la présence du bicarbonate de chaux aux caractères suivants : l'eau se trouble lorsqu'on la chauffe, exhalant de Tacide carbonique, elle laisse déposer le carbonate de chaux. Quelquefois ces eaux sont tellement chargées de carbonate de chaux, qu'elles se troublent au seul contact de l'air.
Cette proprîété a donné heu à une industrie intéressante dans le Puy-de-Dôme. On expose à l'action d'une nappe d'eau des objets que Ton veut recouvrir de carbonate de chaux : des nids
EAU EAUX. les
d^oiseaux, des fleurs sèches, ou bien encore des moules eh creox dont on veut obtenir le relief. L'eau, tombant sur ces objets, se divise, reçoit Timpression de Pair, perd son acide carbonique excédant, et dépose sur les surfaces qu'elle touche du carbonate de chaux à l'état cristallin. Ces produits, ou comme on dit improprement ces pétrifications, rappellent, par la pureté de la matière, la finesse du grain et aussi, par la netteté des reproductions, les épreuves de la galvanoplastie.
Peu d'eaux sont incrustantes au point qu'on utilise cette propriété; beaucoup le sont assez pour que la présence des sels de chaux soit le plus souvent un grand inconvénient. A la longue, elles déposent dans les vases qui les renferment, et surtout dans ceux qui servent d'ordinaire de récipient pour entretenir l'eau bouillante , une pellicule qui s'attache aux parois et qui peut acquérir une épaisseur considérable. C'est surtout dans les bouilleurs qu'on remarque cette incrustation calcaire; elle y est sou* vent assez épaisse pour constituer une sorte de vase intérieur qui isole le liquide du vase métallique, présentant l'inconvénieut réel d'exiger une grande dépense de combustible et le danger de causer de graves accidents, lorsque le vase de métal, isolé pour ainsi dire de l'enveloppe calcaire, a pris une température élevée, et que cette enveloppe venant à se rompre, Teau se trouve brusquement mise au contact des parois métalliques surchauffées.
Ces incrustations calcaires n'ont pas, on le conçoit, une composilion toujours identique; elles diffèrent avec la nature des eaux et pour une même eau, avec la durée de rébullition, et la température à laquelle l'eau se trouve soumise. (M. Goustet a indiqué, il y a une dizaine d'années, que l'eau calcaire ou séléniteuse, chauffée à 140°, laisse déposer toute la chaux qu'elle renferme. Le sulfate de chaux lui-même est insoluble à cette température.)
On doit à M. Tresca une expérience pleine d'intérêt sur ce sujet important. L'habile mécanicien a disposé im appareil formé de trois bouilleurs et d'une chaudière; les trois bouilleurs sont superposés, la chaudière est sur le plan du bouilleur supérieur; Teau est dirigée du bouilleur inférieur à la chaudière, tandis que les fumées marchent en sens contraire. Dans ces conditions, la température de Teau va s'élevant en passant du premier bouilleur dans le second, de celui-ci dans le troisième, et du troisième dans la chaudière. Or, il arrive que Teau (eau de la Seine) forme dans le premier bouilleur un dépôt boueux, composé de carbonate et de sulfate de chaux, produit par la première impression de la
chaleur, qui décompose le bicarbonate et diminue la solubilité au sulfate. Le second bouilleur reçoit un dépôt déjà d*une certiaine consistance, mais cependant peu adhérent, qui se comjpose de carbonate de chaux pour la presque totalité. On trouve dans le troisième bouilleur une matière dure, solide^ adhérente aux jiarois, une vraie pierre rappelant l'albâtre et qui est du sulfate <le chaux presque pur. Enfin, dans la* chaudière, on rencontre encore quelque peu de dépôt sans consistance.
n résulte de ce fait, comme donnée générale, que le sulfate de chaux formerait surtout les dépôts adhérents, tout au moins le sulfate déposé à une haute température , alors qu'un premier dépôt a enlevé la plus grande partie des composés calcaires.
Trois moyens ont été proposés pour corriger les eaux incrustantes : le premier, le plus ancien, a pour but d'empêcher le soudage des molécules calcaires entre elles. Le second a pour effet de modifier la nature chimique du sel de chaux; le troisième consiste à produire volontairement un dépôt par l'action de la chaleur et à Téliminer avant d'employer Teau ou à le recueillir lors même de sa formation dans les vases où Teau est mise à bouillir.
Pour empêcher le soudage des molécules, on ajoute à Teau, dans le vase même où elle doit être soumise à rébullition , des substances végétales, des extraits de bois tannants ou colorants, des rondins ou des copeaux de chêne, des pommes de terre, etc. Il paraîtrait que c'est le hasard qui a conduit à cette pratique, et qu'on aurait employé d'abord les pommes de terre. Je dois rappeler que longtemps avant cette découverte moderne , on s'était occupé des moyens de faire tomber les incrustations adhérentes aux vases métalliques employés dans le serVice domestique pour tenir l'eau bouillante. On lit dans Phne le naturaliste que si l'on fait bouilhr des choux dans un vase incrusté on obtient un prompt nettoyage. Ce moyen, qui consiste à modifier la nature physique du dépôt (peut-être à former un composé entre le sel calcaire et la matière organique), n'est pas toujours efiicace.
Plusieurs réactifs ont été proposés pour éliminer l'élément incrustant, la chaux pour saturer le bicorbonate de chaux, le carbonate de soude pour précipiter la chaux qui se trouve à Tétat de sulfate; un mélange de carbonate de soude ou de soude caustique qui précipite en même temps la chaux du sulfate et du ]3icarbo* nate ; le silicate de soude, recommandé par MM. Wersmann et Buff, et qui agit à lui seul de la même manière que ces deux réactifs; un mélange de chlorure de baryiun et de baryte qui a pour
effet de soustraire Facide carbonique et l'adde sulforique, tandis que la chaux reste dans le liquide à Tétat de chlorure* de caldum, sel déliquescent, par conséquent très-soluble et non incrustant.
Les réactifs sont quelquefois introduits dans la chaudière; le plus souvent ils sont versés dans le liquide que contiennent de vastes réservoirs où il s'éclaircit. On a conseillé, dans ces dernières années, remploi du chlorhydrate d'ammoniaque ajouté directement dans la chaudière. Le choix de ce réactif serait très-judicieux si l'ammoniaque et ses sels n'avaient sur le cuivre, dont on ne peut éviter l'emploi, une action très-énergique. Le chlorhydrate d'ammoniaque, réagissant sur le carbonate de chaux, donne naissance à du chlorure de calcium et à du carbonate d'ammoniaque, sel volatil. La réaction a, comme les précédentes, pour effet de supprimer le carbonate de chaux; elle n'exige pas l'emploi de réservo'rs, mais elle ne supprime pas le sulfate de chaux.
On a pensé que pour ces eaux qui sont incrustantes par la chaux, en utilisant ce fait de la précipitation des sels de chaux à l'aide de la chaleur, on éviterait toute possibilité d'incrustation, et qu'il sufïïrait de porter l'eau et de la maintenir à une température suffisamment élevée dans des vases annexés à la chaudière. Les dispositions proposées ont été nombreuses; elles ont souvent réussi, mais il nous paraît qu'elles sont moins avantageuses, en tout cas, que le système suivant, très-ingénieux et essentiellement pratique, deM. Duméry.
Si l'on soumet deTeau à rébuUition, et si, alors qu'elle bout, on jette dans cette eau des impuretés solides, on remarque que ces impuretés sont soulevées par les bulles de vapeur et portées constamment vers la surface, et il parait évident que si on écumait cette eau tant que la surface porte des corps insolubles, on arriverait à obtenir de Teau claire. Il doit en êlre de même des impuretés solides qui naissent dans l'eau sous l'action de la chaleur ou de l'évaporation ; ces molécules terreuses qui se déposent à la longue et forment des incrustations, sont pendant longtemps ainsi soulevées dans le liquide, poussées vers la surface par les bulles de vapeur. Il en résulte que, si on les séparait du liquide à mesure qu'elles apparaissent à la surface, le liquide serait peu à peu clarifié et ne pourrait donner lieu à aucune incrustation. Tel est le but que M. Duméry s'est proposé d'atteindre.
Son appareil a pour effet de séparer incessamment la couche supérieure du liquide bouillant du restant du liquide, et de conduire celle eau trouble hors du bouilleur, pour l'y renvoyer
EAU
lorsque, par un- repos suffisant, elle s'est dépouillée de ses impuretés (celles-ci n'étant plus soutenues par les bulles de yapenr, obéissent à leur densité et se précipitent).
I>a âgure 320, coupe verticale, représente le récipient où se rend l'eau sortant de la chaudière; c'est dans ce récipient même qu'elle se repose avant de rentrer dans le bouilleur. Ce repos a lieu pendant le temps que l'eau chaude (plus légère), arrivant de ta chaudière, met à parcourir, à la surface de l'eau moins chaude [plus lourde) du récipient, le petit labyrinthe représenté sur la soupe horizontale. La circulation se fait du point A', entrée de t'eau, au point 4. renvoi de l'eau en parcourant les sinuosités
Fig 320 -Appareil
que la flèche indique. Ces impuretés s'amassent dans le fond du récipient; on les expulse au besoin par l'orifice D.
Cet appareil de M, Duméry fonctionne parfaitement bien, avec la plus grande régularité ; l'eau sort de la chaudière par la partie supérieure en C, vient dans le récipient, y circule, s'y clarifie et retourne épurée en rentrant en fi dans le bouilleur par la partie inférieure.
L'appareil fonctionne, mais comment fonctionne-t-ilî M. Duméry eiqtlique ce mouvement de siphonnage continu en admettant que la formation des bulles de vapeur au sein du liquide (à la partie inférieure de la chaudière) produit, lorsque ces bulles s'élèvent,l'effet du vide; chaque bulle qui s'enlève joue le râle d'un coup de piston, et il se fait ainsi une succion qui provoque et witretlent le mouvement.
^ Les ingénieurs des Messageries impériales de la Méditerranée ont pensé que Tappareil Duméry pourrait être appliqué à Teau de mer et que, peut-être, on arriverait à recueillir à la fois et la vapeur d'eau et le sel. Les expériences ont prouvé jusqu'ici que le dépôt calcaire et magnésien est éliminé avecTeau de mer comine avec l'eau douce ; et de plus on est parvenu, en retardant de plus en plus les évacuations, à les supprimer complètement» à n'avoir aucun dépôt ni calcaire ni salin, et à réaliser une économie évaluée à 20 pour 100, malgré la température supérieure à laquelle il faut entretenir Teau saturée de sel.
Cette tentative indirecte d'exploitation de l'eau salée pour l'extraction du sel a conduit à proposer l'application du système Duméry pour la préparation de certains produits chimiques. L'opération, dans ce cas, rappellerait le tour de main bien connu de la fabrication et de l'épuration du salpêtre.
Tous les moyens que nous avons indiqués produisent une épuration relative, imparfaite dans certains cas et nulle dans certains autres, pour tous les usages autres que la production de la vapeur; d'ailleurs ils ne s'adressent qu'aux substances susceptibles d'être partiellement ou totalement précipitées. Pour purifier l'eau d'une manière réelle, nous ne connaissons que deux moyens : la réduire en vapeur et condenser cette vapeur, la faire congeler partiellement et recueillir les cristaux de glace.
Nous ne décrirons pas les appareils employés dans les laboratoires pour obtenir l'eau distillée; nous rappellerons seulement celui qui est généralement adopté pour le service de la marine.
Nous voulons parler du réfrigérant de M. Sabatier. Le vase producteur de la vapeur peut être quelconque ; la vapeur peut être condensée directement ; elle peut intermédiairement servir à divers emplois comme source de chaleur, principalement à chauffer les appareils culinaires, par exemple, la cuisine de M. Rocher.
Le plus souvent , l'eau que Ton se procure par condensation n'est pas destinée à être donnée comme boisson ; elle sert au lavage du linge, etc.; pour cette raison, on ne s'attache pas i obtenir une eau agréable. En effet, l'eau à condenser provient de chaudières, et, lorsque celles-ci ne fonctionnent pas, on les enduit de suif, d'huile et de blanc de zinc, ce qui protège le métal, mais ne laisse pas de communiquer à l'eau une fâcheuse saveur, laquelle est plus désagréable encore lorsqu'on se sert du moyen employé par les Anglais pour modérer rébullition , moyen qui consiste à injecter de l'huile dans la chaudière.
Le réfrigérant du docteur Sabatier consiste dans une série de tubes, disposés dans un récipient cylindrique. Ces tubes sont ouverts à leurs deux extrémités et solidairement unis à deux plaques métalliques qui forment cloison, et ménagent ainsi, à chaque extrémité du vase cylindrique, une chambre où se ramassent, dans Tune la vapeur, dans Tautre Teau de condensation. L'espace compris entre les deux cloisons reçoit Teau courante qui entoure les tubes; chacun de ceux-ci est traversé dans toute sa longueur par un cylindre en tôle (rempli de poudre de charbon), qui en occupe presque toute la capacité, de sorte que la vapeur qui arrive forme dans chaque tube un cylindre creux de mince épaisseur, que l'eau extérieure, sans cesse renouvelée, refroidit et condense facilement.
Un réfrigérant Sabatier peut produire en vingt-quatre heures 7 à 8,000 litres d'eau sortant à 50®, pour une dépense de 4,000 à 4,500 kilogrammes de charbon. La ration d'eau à bord de nos navires est de 3 litres par homme et par jour.
Gomme cet appareil n'admet au contact de l'eau que l'étain fin, celle-ci peut servir à Talimentation, à la condition d'employer un appareil spécial pour la production de la vapeur et d'adopter, pour plus de sûreté, le filtre à charbon animal de M. le docteur Lefèvre.
La congélation est aussi un moyen d'épuration. L'eau solide est dans ce cas purifiée à la manière des sels, du sucre et de toute substance susceptible de cristalliser.On l'obtient en cristaux aussi petits que possible; ceux-ci sont égouttés et lavés méthodiquement. On peut employer pour ce lavage Thydro-extracteur , qui sert pour l'épuration du sucre par la même méthode. Le froid est produit par la volatilisation de gaz liquéfiés, notamment de l'ammoniaque. Cette application industrielle de la belle découverte de Faraday est fiue à M. Carré.
L'appareil employé par Tingénieux mécanicien peut être intermittent ou continu. L'appareil intermittent consiste en deux cylindres métalliques reliés entre eux par un tube, comme ceux de l'appareil Thilorier, pour la liquéfaction de l'acide carbonique. L'un des cylindres renferme une dissolution aqueuse d'ammoniaque, on le chauffe; l'autre est vide, on le refroidit. Le gaz ammoniaque, sous l'influence delà chaleur, quitte l'eau et se condence en liquide dans le récipient froid. La séparation du gaz étant complète, on refroidit le cylindre que Ton a chauffé, et l'on entoure de l'eau qu'on veut congeler celui qui recèle l'ammoniaque
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liquéfiée. Bientôt le liquide se gazéifie, le gaz ammoniaque I^ retourne à l'eaii qui le redissout. Cette gazéification absorbe ime p quantité énorme de chaleur, et Teau devient glace. (Le froid si sutâti, si instantané est tel, que M. Balard a pu solidifier le mercure.)
Nous avons seulement parlé jusqu'ici des impuretés naturelles des eaux; il existe des causes accidentelles d'altération qu'il est bon de faire connaître.
Ces impuretés tiennent à la nature des conduits oudes vases, et au voisinage d'usines ou de dépôts de produits.
M. Faraday et dernièrement M. Crace Calvert ont signalé le fait de la présence du plomb dans les eaux potables; ce plomb provenait des tuyaux dans lesquels cette eau avait circulé. La cause était-elle due à la nature de Teau ou bien à la nature du métal ? C'est ce que je ne saurais dire. Les deux explications sont théoriquement possibles, à priori. On sait en effet que Teau distillée attaque le plomb, et Ton a trouvé souvent du plomb dans Teau de fleur d'oranger du commerce ; on en a même le plus souvent rencontré dans l'eau distillée des cuisines de bord, jusqu'à ce que des mesures très-rigoureuses aient été prises, sur le rapport de M. le docteur Lefèvre, directeur du service de santé, pour garantir la qualité de Tétamage. D'un autre côté, il y a des eaux qui ont une pureté très-grande, ou dont les impuretés ne s'opposent pas à Taltération du plomb, et même la facilitent.
M. Faraday a proposé, pour enlever le plomb de ces eaux accidentellement impures , d'y ajouter une très-petite quantité de carbonate de chaux. M. Lefèvre a conseillé de recourir à l'emploi du noir animal.
Parmi les causes d'impureté par infiltration, je citerai le mélange aux eaux potables d'eaux des citernes, des gazomètres, ou d'eaux des fosses d'aisance. Lorsqu'une eau est corrompue par l'une ou l'autre de ces causes, le mieux à faire est de la perdre, afin d'assainir le récipient.
On reconnaît l'eau des citernes à gaz à l'odeur prononcée des produits de distillation de la houille, et aussi à la présence de l'ammoniaque, du sulfure et des cyanoferrures alcalins ou terreux. Les eaux vannes sont caractérisées également par leur odeur et la présence des sulfures, des sels ammoniacaux, et quelquefois des phosphates alcalins.
Enfin une eau peut être corrompue par le séjour de matières . organiques en putréfaction. L'action seule du charbon pourra . souvent épurer de telles eaux. C'est ainsi qu'on a pu ramener à
Vétat potable des eaux de puits ou de citernes accidentellement infectées en y immergeant des charbons en ignition. Il peut se présenter ime circonstance qu'il est bon de noter. L'eau renfermée dans un réservoir peut, étant corrompue , avoir exhalé des gaz délétères qui vicient l'atmosphère limitée de ces réservoirs. Il faut se tenir en garde contre celte circonstance, et lorsqu'on veut pénétrer dans un puits ou une citerne dont on suppose Teau corrompue, il est nécessaire d'éprouver préalablement la qualité de l'air en y faisant pénétrer une bougie allumée; si la bougie s'éteint, il convient de ventiler, et si Ton n'est pas pourvu du nécessaire pour cette opération, on peut recourir au procédé recommandé par M. de Silvestre, et qui consiste à suspendre dans la capacité un panier rempli de chaux vive et à arroser les parois de lait de chaux. L'application de ce procédé, souvent sufTisante, ne doit pas, il faut bien le dire, donner une sécurité absolue. En effet, Tacide carbonique n'est pas le seul gaz irrespirable qui puisse vicier Tair, et l'oxyde de carbone pourrait bien se rencontrer dans les produits de la putréfaction. M. Boussingault, qui vient de fixer l'attention sur ce gaz, l'a signalé dans une circonstance où Ton n'aurait jamais cru à sa production régulière : lorsque les plantes, exposées sous Tinfluence de la lumière à Taction de l'acide carbonique, exhalent de l'oxygène. (Cet oxygène est mêlé d'oxyde de carbone et d'hydrogène protocarboné.)
Il nous reste à dire que l'eau est conservée, pour de petites quantités, dans des vases de tôle ; pour des quantités considérables, dans des réservoirs, lesquels, ainsi que le conseille M. Coste, doivent être couverts et convenablement aérés, semblables à ces réservoirs romains, « qui étaient d'immenses voûtes formées par des pierres de taille, soutenues par de longues séries d'arcades ■parallèles qui reposaient sur des dalles ; toutes les parties de ces constructions étaient reliées entre elles par un ciment d'une dureté plus grande que celle de la pierre, formant comme un immense monolithe creux où l'eau se maintenait dans un état de pureté parfaite et de perpétuelle fraîcheur. » (Répertoire de Chimie appWiuée^ juillet 1861.)
BARRESWIL.