GRAVURE ET LITHOGRAPHIE
De nombreux essais ont été faits également pour appliquer la photographie à la gravure et à la lithographie, et pour remplacer par la limiière le travail de Tartiste.
Plusieurs de ces procédés sont basés sur l'emploi du bitume de Judée, qui, dissous dans l'étherou une essence et étendu en couche mince, acquiert la propriété de devenir insoluble sous rinfluence lumineuse.
Nicéphore Niepce employa le premier cette substance pour la gravure. MM. Barreswil, Lemercier et Lerebours en reprirent Fétude et en firent la base du procédé de lithophotographie que l'auteur de cet article a expérimenté avec eux ; puis, M. Niepce de Saint-Victor, avec le même agent dont il fit varier les dissolvants, réiissit à faire plusieurs belles gravures. Son procédé consiste à couvrir une planche de cuivre ou d'acier avec une solution de bitume de Judée dans l'essence de lavande, à Texposer à la lumière sous ime photographie pendant un temps convenable, puis à laver avec l'huile de naphte additionnée de benzine.— Les parties de bitume devenues insolubles dessinent Tirnage; il ne reste plus qu'à mettre vu grain de résine sur la planche et à faire mordre par les acides.
M. Nègre, qui a produit plusieurs grands spécimens de gravure sur acier, procède d'une manière analogue. Sa planche, recouverte de bitume de Judée, est exposée sous im négatif; après exposition et lavage, le métal se trouve mis à nu daus les parties où la lumière n'a pas agi, et qui doivent représenter les blancs. On ne fait pas mordre à ce moment, mais on recouvre ces parties par ime couche d'or au moyen de la galvanoplastie. Les grands blancs se trouvent entièrement dorés, les demi-teintes ne le sont
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que partiellement, et dans les noirs il se forme un réseau d'or qui remplace le grain de la gravure. On traite alors la planche ainsi préparée par les procédés ordinaires de la gravure à Teau-forte.
M. Talbot, en 1853, fit en Angleterre de beaux essais de gravure en couvrant une plaque d'acier d un mélange de gélatine et de bichromate de potasse; il mettait sur cette plaque l'objet à reproduire, exposait à la lumière le temps convenable, lavait à l'eau, puis à l'alcool. L'acier était mis à nu dans toutes les parties non touchées par la lumière, ^inventeur faisait alors mordre la plaque par une solution de bichlorure de platine. Il obtint ainsi des épreuves très-fines, mais n'ayant pas encore la dégradation de teintes nécessaire à une épreuve artistique.
Le procédé de lithophotographie de MM. Barreswil, Lemercier et Lerebours * consiste à préparer une pierre en la recouvrant d'une couche de bitume de Judée dissous dans Téther; après l'avoir exposée un temps convenable sous un négatif, on la lave largement à l'éther; le dessin reste fait par le bitume de Judée comme par un crayon lithographique; on le traite alors comme une lithographie ordinaire. M. Poitevin a substitué au bitume de Judée le mélange de M. Talbot (bichromate de potasse et gélatine ou albumine). La pierre, recouverte par ce mélange, est exposée à la lumière , lavée à l'eau , chargée d'une couche uniforme d'encre lithographique; on mouille à Téponge, on repasse le rouleau, qui enlève l'encre. On fait ensuite subir à la pierre les opérations ordinaires de la lithographie.
A. DAVANNE.
i Le brevet d'inTention pris sur les indications de M. Barreswil au nom de MM. Lemercier, Lerebours et Ban j^i:, u^ sont compris i^.. ji^.^^do l'opération, porte la date du 25 août 1862. Le réactif employé par la lithophotographie, le bitume de Judée, avait été employé par Niepce, mais le procédé de cet inventeur, le père de la photographie^ était tombé dans un complet oubli et M. Barreswill'a d'ailleurs complètement modifié. On peut dire que la lithophotographie est le point de départ de tout ce qui a été produit comme transport, gravures et épreuves inaltérables. De magnifiques spécimens ont été préparés par M. Davanne.
(Note de M. BatTeiwiL)
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