EAUX MÈRES DES SALINES
On connaît sous les noms vulgaires de sel commxmy sel de cuisine^ un composé de chlore et de sodium (Cl Na), â qui la nomenclature chimique assigne dès lors le nom de chlorure de sodium^ et qui doit à SOD origine d^étre aussi désigné par ceux de sel nmrin^ sel gemme, noms qui rappellent sa présence, soit dans les eaux delà mer doù on l'extrait, soit dans certaines couches du sol où on le trouve en masses cristallines, transparentes souvent comme une pierre précieuse. En réfléchissant que le sang des animaux doit son alcalinité au carbonate de soude , et qu'il se développe dans l'estomac de l'acide chlorhydrique, élément du suc gastrique, et réputé nécessaire pour le phénomène de la digestion, on ne peut guère s'empêcher de regarder le sel comme la source primitive de cet acide et de cet alcali , et sa présence comme indispensable à Téconomie animale. Mais les aliments que consomment les hommes et les animaux provenant d un sol originairement recouvert des eaux de la mer, contiennent toujours assez de sel pour suffire aux fonctions de la vie; laddition artificielle de ce produit aux aliments n'est donc pas une nécessité physiologique. Aussi, quelque universel que soit l'emploi du sel, a-t-on signalé dans rintérieur du Brésil des peuplades qui n'en connaissent pas l'usage, et quoique son introduction dans la ration des bétes à cornes soit pour elles une cause évidente de bien-être et de santé, on peut cependant, du moins dans nos pays tempérés, ainsi que M. Boussingault Ta constaté par des expériences directes, supprimer ce sel de leurs rations, sans qu'elles en meurent.
Mais si ces faits tendent à établir que l'addition artificielle du sel aux aliments n'est pas absolument indispensable, d'un autre côté, le choix de ce produit comme marchandise d'échange fait par tant de peuplades sauvages, les longs et périlleux voyages qu'entreprennent en Amérique certaines tribus , dépourvues de sel et qui en connaissent Tusage, dans le but unique d'aller chercher un corps dont elles ne peuvent plus se passer, l'avidité devenue proverbiale avec laquelle les bêtes â cornes se précipitent vers les lieue où Ton en opère la distribution , seul moyen qu'il y ait dans l'Amérique du Sud pour réunir périodiquement aux environs des
habitations ces animaux gu*une libre pâture finirait par ramener à l'état sauvage, tout témoigne que cet emploi du sel est pour rhomme et pour quelques-unes des espèces d'animaux dont il s'entoure une de ces habitudes invétérées qui sont devenues en quelque sorte ime seconde nature.
Les études archéologiques faites récemment en Danemark rendent très-probable que, dans les temps primitifs, les peuplades de la Scandinavie eurent recours, pour assaisonner leurs aliments, à l'emploi du sel extrait des cendres des végétaux qui croissent sur les côtes maritimes ou dans les eaux de la mer. L'art d'utiliser ces cendres s'est perpétué de nos jours, et les soudes naturelles de bartUes de varech, employées pour quelques usages spéciaux, pourraient encore aujourd'hui servir à l'extraction du sel dont elles renferment des quantités notables ; mais pourtant, sauf quelques cas particuliers, on n'emploie comme condiment de nos aliments ou comme matière de la fabrication de plusieurs produits chimiques que le sel soit extrait du sol sous la forme de sel genune, soit amené à sa surface en dissolution dans les eaux des sources salées, ou bien celui que fournit l'évaporation spontanée de l'eau de la mer.