‹ Dictionnaire de chimie industrielleChapitre 154 sur 284 · SOURCES SALÉES. SEL · texte numérisé non relu

SOURCES SALÉES. SEL

et d'une largeur de 8 à 10 mètres environ, orientés de manière à ce que les vents qui régnent dans la localité puissent frapper per-

Fig. 497. — Bâtiments de graduation.

pendiculairement tantôt Tune, tantôt Tautre des deux faces latérales. Amenée par des pompes à la partie supérieure du hangar^ Teau salée se déverse dans une rigole e^ bois qui règne tout le long du grand axe du bâtiment, dont les faces latérales sont entaillées, et dans laquelle peuvent glisser le long de ces faces des planches qu'on peut d'en bas faire mouvoir avec des leviers ; ces planches sont mdnies d'entailles semblables. On conçoit que selon que ces entailles fixes ou mobiles se correspondent sur telle ou telle face de la rigole, Teau salée peut s'écouler sur Tun ou Tautredes côtés du bâtiment. Elle tombe en filets sur des masses de fagots d'épines superposés jusqu'à une hauteur de 8 à 10 mètres, s'éparpille dans sa chute, et mouillant la surface des épines, elle présente ainsi une grande surface au vent qui frappe perpendiciilairement sur les fagots. Dans les temps ordinaires, on évapore environ 60 kil. d'eau par mètre carré de surface couverte de fagots. Une chute est d'ailleurs loin de suffire pour amener l'eau à la densité voulue. On les reprend dès lors des bassins de bois où elles sont rassemblées au bas du bâtiment pour les élever de nouveau et leur faire éprouver de nouvelles chutes, sur d'autres séries de fagots, et quand, dans ces chutes successives au nombre de huit ou dix, elles

ont atteint la densité convenable et qui, selon les localités et Tabondance du combustible varie entre 14*» et 20* Baume, on leur fait subir, au moyen du feu, dans des chaudières de tôle, le complément d*évaporalion nécessaire pour prûduiie le sel crislaDisê.

Les premiers fagots se chargent de perox^^de de fer et de carbonate de chaux qui ne se sont pas toujours^tri^^iè^^ment déposés dans les canaux où circule Teau; la seconde série se recouvre de sulfate de chaux à deux équivalents d'eau. La quantité de ce corps va croissant et rend nécessaire de renouveler de temps en temps les fagots, autour desquels Tair ne pourrait plus circuler d'une manière suffisante.

Ddtiments à cordes. — A Moustiers, en Savoie, on a depuis longtemps substitué aux fagots d'épines des cordes verticales dont la surface estmaintenue mouillée par Teau salée. La corde qui grossit sans cesse en diamètre par le sulfate de chaux qui s'y dépose augmente ainsi peu à peu la surface d'évaporation jusqu'à ce que cet accroissement de diamètre amenant le contact force à enlever le sulfate de chaux; il se brise aisément et on le détache avec facilité. Au moyen de ces cordes, on évite la perle en eau déjà concentrée qui, dans les bâtiments de graduation à épines, accompagne nécessairement sa projection et son éparpillement en gouttelettes que le vent entraîne. C'est la cause qu^j, empêche d'amener les eaux dans ces établissements à l'état de saturation, la perte en eau, saturée à 18© environ,dépassant ce qu'on pourrait gagner en économie de combustible par ime évaporation plus avancée. On avait même, à Moustiers, employé les cordes pour y faire cristalliser le sel lui-même ; mais on y a renoncé depuis longtemps, et l'évaporation s'y complète dans des chaudières, comme dans les autres salines.

Combustibles. — On emploie pour cet usage des combustibles divers: le bois, la houille, le lignite, la tourbe; mais, quoique le poids du moins riche de tous en puissance calorifique soit toujours plus faible que celui de Teau qu il peut évaporer, la facilité avec laquelle on peut exhausser Teau et la conduire fait (fue, dans les cas où le combustible et l'eau salée ne sont pas sur une même localité, c'est l'eau qui va chercher le combustible. On voit en Allemagne des salines de ce genre, où le bâtiment de graduition est situé dans une vallée distante do plusieuis lieues de la foiôt ou se complète Tévaporation.

Sehlotage. — Dans beaucoup d'usines, la première ébullition, qu'on appelé scMotage, se produit dans une chaudière spéciale ;

365 8KL GEBfME. SEL

on ajoute parfois au liquide du sang de bœuf pour faciliter la se* paralion de ce schlot avant qu'on introduise les eaux dans la chaudière dite poêle, où Tévaporation doit être continuée. Dès les premiers moments, en eCfet, où Teau salée est mise en ébullilion, il se forme un dépôt abondant, désigné sous le nom allemand de schlot. Ce n'est pas du sulfate de chaux pur, comme celui qui s'est déposé sur les épines, mais un sulfate double de soude et de chaux, formé sans doute à cause de la plus faible solubilité que présente à chaud le sulfate de soude anhydre, produit d*une double décomposition s'opérant entre le sel marin dont les eaux sont saturées et le sulfate de magnésie qu'elles contiennent. On enlève avec soin le schlot qui, dédoublé plus tard au moyen de l'eau chaude, set't dans Thiver à obtenir du sulfate de soude cristallisé, dit sd d'Epsom de Lorraine. On mêle souvent ce sulfate à la dose de 15 à 20 pour 100 au sel que Ton donne aux bestiaux. Il se dépose, pendant Tévaporation des eaux, de nouvelles quantités de ce schlot qui adhère fortement au fond des chaudières, surtout sur la partie du fond qui correspond au foyer. Ce schlot donne ainsi une certaine adhésion au sel qui s'y dépose, et provoque la formation de croûtes, un des ennuis de cette fabrication. Il faut, au bout d'un nombre variable de cuiles, selon la nature des eaux, interrompre Tévaporation et détacher à grands coups de pince et de marteau, au nsque de gâter la chaudière, ces écailles, ou mieux ces croûtes épaisses dont la mauvaise conductibilité retarde l'évaporation, contribue plus d'une fois à brûler le fond des chaudières et abrège notablement leur durée.

L'emploi des bâtiments de graduation tend du reste à disparaître, par suite des progrés faits dans l'art de forer le sol. Il existait encore en France, il y a une dizaine d'années, un bâtiment de ce genre conservé à la saline d'Arc ; mais, comme il ne servait plus depuis longtemps, il disparaîtra dans peu s'il n'a pas déjà disparu. Il en sera bientôt de même de ceux qui fonctionnent encore en Allemagne.

Page 1