SALINES DE LA MÉDITERRANÉE
Il est probable que, dans l'origine, les salines du Midi de la France, sur les bords de la Méditerranée, ont été comme celles de rOuest divisées entre des particuliers nombreux ; mais, réunies depuis longtemps par des syndicats, elles appartiennent aujourd'hui pour la plupart à des compagnies puissantes qui ont introduit peu à peu dans leur exploitation tous les perfectionnements consacrés par la science.
Le choix du sol sur lequel il convient d'établir une saline n'est pas indifférent. Il convient, en général, de le choisir argileux et peu perméable. Il existe cependant des salines construites sur des terrains sablonneux, dans lesquelles l'inconvénient qui résulte de la perte des eaux concentrées, et de l'impossibilité d'y produire des eaux mères, se trouve compensé par la qualité du sel, qui est alors en beaux cristaux, très-pur, très-sec et très-dense, tel que le commerce le réclame ordinairement.
Les marées étant presque nulles sur les côtes de la Méditerranée, il faut, pour que les salines puissent être facilement alimentées par l'eau de la mer, que les surfaces où se fait la première évaporation soient au-dessous du niveau moyen de ces eaux ; on utilise pour cet usage ces étangs étendus et peu profonds qui, depuis Hyères jusqu'à Port-Vendres, font autour des côtes de la France une ceinture presque continue.
Parlènement. — Les premières surfaces sont partagées en grandes divisions qu'on appelle parfènerwento; elles sont séparées, par de petites chaussées faites par remblai , en surfaces plus petites qu'on appelle pièces. Les pièces communiquent par des martelières dites buzets^ qui permettent d'opérer d'une pièce à l'autre un écoulement méthodique et continu.
n serait à désirer qu'en s'écoulant à la surface de ce grand plan incliné, les eaux pussent arriver à la pièce la plus basse tout à fait saturées de sel ; mais les difTérences de niveau toujours trèsfaibles (60 à 80 centimètres), quelques efforts qu'on fasse pour en profiter le mieux possible, ne le permettent pas toujours, et il faut alors élever les eaux par des machines hydrauliques, pour déter-
miner sur une autre partie de la surface disposée aussi en échiquier irrégulier, et qu'on appelle partènement intérieur, un nouvel écoulement qui complète Tévaporation. Ces machines sont des roues à tympan, mues par des mules ou presque généralement par la vapeur ; on a essayé la turbine ; mais, pour le mouvement des grandes masses d'eau, la roue hollandaise à palettes mue dans un coursier en maçonnerie parait devoir être préférée.
Dans les premières phases de Tévaporation, les eaux déposent (lu carbonate de chaux mêlé de traces de peroxyde de fer. Quand celte évaporalion les a amenées de 3*», 5 Baume que marque l'eau de la mer à 15° environ du même aréomètre, elles laissent cristalliser du sulfate de chaux. Il se forme, dans les pièces alimentées sans cesse d*eau à ce degré, un dépôt de ce sulfate qui finirait par exhausser le sol, et qu'il faut enlever, quoiqu'on n'en tire aucun parti. On pourrait pourtant en opérer la cuisson et en faire du plâtre excellent. Ce sulfate de chaux cristallise à ce degré non à cause de la soustraction absolue de Teau, ni à cause de l'enrichissement de ce liquide en sel marin dans lequel il est plus soluble que dans l'eau pure, mais par suite delà concentration du sulfate de magnésie qui diminue considérablement sa solubilité. A IS'^, les eaux n'en déposent plus que des quantités insignifiantes, et quand, arrivées à 25©, elles sont sur le point de donner du sel, elles ne renferment plus du tout de chaux.
Coloration des eaux. — Le moment où la saunaison va commencer est annoncé généralement dans les salines qui salent depuis plusieurs années par l'apparition d'une teinte rouge que prennent les eaux, et qui est due à l'existence de myriades d'êtres microscopiques, l/oncw Duna/ii (Joly), qui trouvent dans ces eaux concentrées les conditions de leur existence, et qu'il ne faut pas confondre avec un petit crustacé , Artemia salina , qui accompagne les eaux dans leur concentration, mais meurt à ce degré de saturation. 11 est rouge, aussi, probablement parce qu'il fait dans les eaux concentrés sa nourriture de ces menas colorés.
Tables salantes. —Les eaux des divers jeux des partènements qui se réunissent alors sur une grande surface qui sert de réservoir commun et qu'on appelle pièce maîtresse sont, en général, reprises de là au moyen de machines , et déversées sur des tables dites salantes dont la surface argileuse, bien lissée, bien battue avec une pelle appropriée, a été humectée d'avance et maintenue dans un état de moiteur convenable. Ces tables, dans les salines nouvellement construites, sont prises sur la partie la plus basse