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SEL DES EAUX DE LA MER. SEL

soude provenant de toute autre source. Pour qu'il puisse ainsi être utilisé dans la fabrication du verre^ pour laquelle sa neutralité et l'absence absolue du fer le rendent précieux, ou bien pour qu'il puisse servir à la fabrication de la soude, il doit subir une dessiccation qu*on a faite pendant longtemps sur des plaques de tôle ou dans des fours à réverbère. On emploie aujourd'hui l'appareil suivant :

Dessiccation du sulfate de soude. — Des chaudières de tôle, posées sur un support roulant sur un rail, sont placées dans un long carneau chauffé par un four latéral fermé à ses deux bouts par deux portes de tôle, et analogue au four à recuire des verreries. On remplit ces chaudières placées à la file au nombre de trois ou quatre de sulfate hydraté; celui-ci, au miheu de Tair chaud qui entoure, se transforme en sulfate anhydre qui se dépose au fond, et en solution saturée qui s'évapore par la surface et par les côtés du vase. Quand, par son passage dans la partie la plus rapprochée du foyer, le sulfate est absolument sec, les portes s'ouvrent, et la chaudière qui le contient sort par la porte antérieure ; on introduit alors par la porte postérieure une nouvelle chaudière pleine de sulfate hydraté dont la dessiccation est ainsi menée d'une manière méthodique et continue. Jusqu'à présent, on n*a pu avec cet appareil évaporer que 4 kilog.d'eau par kilog. de houille, ni abaisser le coût de cette dessiccation au-dessous de 1 fr. 25 par 100 kilog. de sulfate sec. Mais l'emploi de Térorateur de M. Kess- 1er permettra peut-être d'apporter quelques perfectionnements à cette opération et d obtenir le sulfate anhydre et cristallisé.

Sel fin- fin . — Les eaux à — 1 8o qui sortent du con gélateur contiennent encore 15 pour 100 du sulfate de magnésie renfeimé dans les eaux mères; mais cette quantité ne nuit pas à la séparation des chlorures de sodium , de potassium et de magnésium, que contiennent ces eaux. Pour produire cette séparation, on les évapore dans des chaudières à sel fin-fin ; mais comme elles ne sont plus saturées de sel marin, on complète leur saturation en les faisant filtrer sur du sel récolté sur le sol ; amenées à rébullilion dans cet état de saturation, elles produisent d'abord une écume abondante qui, enlevée avec soin, permet d'obtenir par TébuUition du sel marin fin-fin pur et sans potasse, que Ton dessèche par le turbinage ; mais, pour être aussi peu hygrométrique que celui de Liverpool, ce sel devrait être lavé au moyen d'une solution saturée de sel marin pur, jusqu'à élimination complète de chlorure de magnésium.

Chlorure doiidle.— Quand, dans le courfede cette évaporation, les eaux sont assez concentrées pour marquer 34* à TébuUition, on

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les écoule dans des cristallisoirs où elles laissent cristalliser par le refroidissement, sous la forme d'un chlorure double de potassiimi et de magnésium à 12 équivalents d'eau, la totalité de la potasse que contenaient les eaux à 28» ; Feau mère chargée de chlorure de magnésium qui marque 34© à 35*» à froid n'en contient plus du tout.

Dédoublement du cMorure. — Ce chlorure double, cristallisé par le refroidissement au milieu d'une solution privée de sel marin, ne contient point du tout de ce corps ; aussi son dédoublement peut-il s'opérer d'une manière facile. On le traite par un poids égal à la moitié du sien d'eau froide, avec laquelle un agitateur le mêle exactement. Après une heure d'agitation, on laisse déposer la solution surnageante, qui contient, en outre du chlorure de magnésium, une certaine quantité de potasse et qui rentre dans le roulement général des opérations^ et le chlorure de potassium parfaitement dédoublé n'a besoin que d'être égoutté à la turbine. On l'obtient alors au titre d'environ 90 pour 100. Les dix autres par ties ne représentent que des traces de sels magnésiens, de l'eau et des matières terreuses, mais il est tout à fait pur de sel marin, circonstance qui permettrait d'obtenir avec lui du carbonate de potasse, le plus pur de beaucoup que l'industrie ait jamais employé, sauf celui qui provient du suint.

Ce chlorure est jusqu'ici employé exclusivement pour transformer le nitrate de soude en salpêtre; mais il serait facile de le transformer en carbonate par les mêmes procédés que ceux qui permettent d'obtenir le sel de soude au moyen du sel marin, avec cette seule différence que, tandis que le traitement du sel marin exige de l'acide sulfurique à 50* , il faut employer de l'acide à 40* pour attaquer le chlorure de potassium, si l'on ne veut laisser dans le produit du bisulfate et du chlorure non altérés. Cette transformation a déjà eu lieu dans d'autres circonstances, avec avantage. Le carbonate de potasse, plus fusible que celui de soude, donne ime potasse brute plus compacte et d*un lessivage plus difficile, et, vu la volatilité plus grande de la potasse, les perles dans le four sont aussi plus notables .

Chlorure de magnésium,'— Les eaux mères saturées de chlorure de magnésium sont fort colorées. Si on les évaporait de manière à marquer 44** à Tébullition, elles se prendraient en masse colorée; mais si on se contente de les amener à marquer 38*, elles laissent déposer par leur refroidissement des quantités considérables de chlorure de magnésium cristallisé, blanc et pur.

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Ce produit, desséché à une température inférieure à celle qui peut le décomposer, pourrait être substitué avec avantage de prix au sulfate de magnésie pour la préparation de la magnésie blanche. Sa grande déliquescence fait qu'on commence à l'essayer pour le répandre sur le sol, donner de la moiteur à sa surface et prévenir la dissémination de la poussière. C'est enlin la source future de la fabrication de Tacide chlorhydrique , si jamais la production abondante du sulfate de soude avec les eaux de la mer faisait renoncer à fabriquer ce produit avec la décomposition du sel marin au moyen de Tacide sulfurique ; la solution de ce sel^ bouillant à 44» B., contient la dose d'acide chlorhydrique et d'eau nécessaire pour faire de Tacide chlorhydrique concentré. Quant à la magnésie qui resterait dans cette opération, elle n'a encore reçu aucun emploi. En attendant que l'art métallurgique ait appris à Tutiliser, elle en trouverait un Irès-é tendu, si l'usage si rationnel qui en a été tenté pour la défécation du suc de betteraves, dans la fabrication du sucre, etc., présentait les avantages que lui attribue M. Kess- 1er, qui a tout récemment attiré l'attention sur ce procédé.

Extraction du brome. — Les eaux à38o, qui surnagent le chlorure de magnésium cristallisé dont nous venons de parler, contiennent la plus grande partie du brome que renferment les eaux de la mer. Une portion assez potable s'est déposée avec le chlorure de magnésium cristallisé; mais les eaux mères n'en sont pas moins le produit dans lequel on le trouve, à volume égal, en plus grande abondance. C'est là aussi que s est concentré l'iode que contient l'eau de la mer; mais il y est en trop faible quantité pour qu'on puisse songer à l'extraire avec avantage. Il n'en est pas de même du brome, pour Textraction duquel ces eaux constituent une matière première presque sans valeur, puisqu'elles doivent être rejetées à la mer, si elles ne sont pas utilisées pour cet usage.

Pour extraire le brome, on chauffe ces eaux dans une chaudière de tôle jusqu'à 125o, température de leur ébullition et on les écoule dans un de ces vases en pierre siliceuse de 1 à 2 mètres cubes de capacité ^ employés dans le midi de la France pour extraire le chlore dans la fabrication du chlorure de chaux. Ce vase est muni d'un couvercle de même pierre, percé de deux trous par lesquels on fait passer un tube plongeur en verre ou en porcelaine, et im tube de verre recourbé comme le col d'une cornue, tube qui traverse un réfrigérant de Liebig, en verre aussi et maintenu plein d'eau froide. On verse par le tube droit de l'acide sulfurique des chambres et du peroxyde de manganèse, tendre et

facilement attaquable par les acides, qu'on a déjà fait bouillir avec l'eau pour chasser les gaz qu'il condense et rendre moins vive TefiTervescence déterminée par son action; elle risquerait de faire monter une solution fort visqueuse d'ailleurs. En même temps, on fait arriver dans la liqueur un jet de vapeur, à haute tension pour prévenir la réfrigération. Le brome se dégage et se condense en filet dans le tube, et quand une addition nouvelle d'acide et d'oxyde de manganèse ne produit plus de^ vapeurs rouges , on écoule le liquide par un robinet en grès placé au bas du vase siliceux, et on recommence l'opération.

En résumant ce que nous venons de dire sur les phénomènes qui se produisent dans les salines, on voit qu'il s*y dépose et dans l'ordre suivant : du carbonate de chaux, du sulfate de chaux, du sel marin, du sulfate de magnésie, du sulfate double de potasse et de magnésie, du sulfate de soude hydraté, enfin du chlorure double de potassiiun et de magnésium. Or, ces produits sont "précisément ceux que Ton trouve dans beaucoup de mines de sel gemme. L'alternance des couches de sel et de pierre à plâtre est bien connue. Le sulfate de soude cristallisé a été signalé dans quelques locaUtés voisines de Bilbao ; le sulfate de magnésie et le sulfate double de potasse et de magnésie ont été retrouvés dans quelques couches de sel gemme ; enfin on vient tout récenmient de trouver en Prusse, à Strafford, près Magdebourg, des couches riches en chlomre double de potassium, qui se présentent déjà comme une source importante dépotasse. L'exploitation des eaux de la mer dont nous venons de rendre compte reproduit donc, en définitive, ce que la nature avait réalisé dans les temps géologiques, par rinfluence de causes analogues très-probablement à celles dont on essaye aujourd'hui d'utiliser l'influence.

Balard (de l'Institut).

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