CULTURE DU TABAC. TAB
mage soit bien rempli. Peu de temps après Técimage, la plantation devient tellement fournie, qu'il faut renoncer à cultiver la terre, et iju'on ne peut y pénétrer qu'avec les. plus grandes précautions. La maturité s'annonce par les signes suivants : les feuilles, lisses auparavant, deviennent rugueuses, des taches jaunes apparaissent çà et là, et Textrémité se sèche et se retourne vers la terre. La durée de la végétation, à partir du repiquage, est de 90 à 110 jours.
La récolte s'effectue de deux manières : ou bien on cueille les feuilles à mesure que leur maturité le commande, on les fane en les retournant sur la terre et en évitant avec soin de les exposer aux ardeurs du soleil^ puis on les porte au séchoir, où on les euflle sur des ficelles, de manière à former des cha- ^ pelets d'une cinquantaine de feuilles; ou bien on coupe les pieds, et, après fanage, on pend ceux-ci dans les séchoirs, en les laissant garnis de leurs feuilles. La dessiccation demande de grands soins, et a la plus grande influence sur la qualité que le tabac acquerra. Elle ne doit point être rapide, car le tabac séché trop promptement conserve une teinte verte. Selon le temps, il convient d'aérer plus ou moins le séchoir. Pendant les premiers jours, les feuilles sont rapprochées autant que possible, ce qui provoque une sorte de transpiration accompagnée de chaleur, et le développement rapide d'une couleur jaune clair. Dès que cette teinte apparaît, on écarte les feuilles et on donne de l'air, car elles ne tarderaient pas à pourrir, si elles demeuraient pressées les unes contre les autres.
11 en est du tabac comme de toutes les autres récoltes, plus les plantations sont serrées, moins les plants sont robustes. Aussi le nombre de plants par hectare a-t>-il une grande influence sur la qualité du tabac. Daus le Lot, on ne met que 10,000 pieds à l'hectare, et Ton obtient un tabac très-corsé, très-épais, employé i la fabrication du tabac à priser. Dans le Pas-de-Calais, dans PAlsace, le nombre de pieds par hectare va jusqu'à 40,000, et Ton obtient dans ces départements des feuilles fines et légères, quoique développées, destinées à la fabrication des cigares et du tabac de pipe.
Pendant longtemps, on s'est attaché à produire, en France, des tabacs corsés, en vue de maintenir la réputation justement méritée du tabac à priser; mais, depuis quelques années, la consommation du tabac à fumer a pris xm tel développement, qu'on a dû s'attacher à produire autant que possible des tabacs plus légers.
Aussi la régie, laissant aux départements du Lot et du Nord la spécialité des tabacs forts dans laquelle ils excellent, a-t-elle demandé aux autres départements où la culture était déjà ou a été récemment autorisée des tabacs propres à la fabrication des scaferlatys et des cigares. La force du tabac est en raison directe du taux pour 100 de nicotine, alcali organique qui caractérise cette plante. Il faut donc s^attacher à cultiver dans des conditions qui donnent un taux très-modéré (2 à 3 pour 100) de nicotine. Des essais, exécutés dernièrement par M. Schlœsing, ont fait voir : lo que le taux pour 100 de nicotine est d'autant plus faible que les plants sont plus rapprochés, qu'ils portent un plus grand nombre de feuilles, et que les feuilles sont situées plus bas sur la tige; 2* qu'il dépend de la qualité de tabac cultivé, toutes choses égales d'ailleurs, du moins pour les deux premières générations. Ainsi, • des graines de Virginie, tabac fort, et des graines d'Alsace, tabac faible, cultivées à Paris dans les mêmes conditions, ont donné des feuilles contenant : les premières 6 pour 100, les secondes 3 pour 100 de nicotine; 3^ le taux pour 100 d'alcali dépend du degré de maturité ; il croit constamment pendant la végétation, depuis une proportion voisine de 0 jusqu'à la proportion constatée au moment de la récolte. On peut donc, en avançant ou reculant la cueillette^ diminuer ou augmenter la force du tabac ; 4» dans les tabacs non écimés, la proportion de nicotine est le tiers seulement du taux pour 100 dans les feuilles de même espèce écimées. Ainsi Tédmage augmente considérablement la force du tabac, n reste à savoir si des feuilles de porte-graines pourraient remplir les conditions autres que celle qui est relative au taux de nicotine, exigées pour une bonne fabrication.
La qualité la plus précieuse du tabac à fumer, c^est d'être corn* bustible, c^est à dire de garder le feu pendant un temps suffisant pour que le fumeur puisse mettre un intervalle convenable entre ses aspirations successives, n a été reconnu que la combustibilité est en raison des doses de sels de potasse à acides organiques que renferme le tabac, n y a donc le plus grand intérêt à cultiver les tabacs à fumer dans des terrains convenablement pourvus de potasse, soit naturellement, soit par des fumures raisonnées. La nature des sels de potasse contenus dans les sols n'est pas indifférente, car cette plante assimile à des degrés divers les acides minéraux, et ceux-ci, une fois introduits dans le tabac, s'emparent d'une proportion correspondante de potasse, dont l'effet, au point de vue de la combustibilité, est dôs lors neutralisé. Le chloré
est assimilé en grande abondance, Tacide sulfurique très>peu. Il conviendra donc d'éviter l'introduction dans le sol des chlorures, mais les sulfate, nitrate, silicate et carbonate de potasse seront d'un emploi excellent.
La culture indigène tend à prendre un grand développement. En 1860, elle a produit 24,355,496 kilogr., vendus] au prix moyen de 79 fr. 42 c. les 100 kilogr. Néanmoins^ on ne peut encore mettre le tabac au nombre des récoltes importantes au point de vue agricole. Sa culture n'est vraiment lucrative qu'entre les mains de petits fermiers qui emploient leurs femmes et leurs enfants aux menus travaux qu'elle exige, sans trop compter leur temps. Mais s'il fallait qu'un propriétaire payât toutes les journées que représentent les soins à donner à un hectare de tabac, pendant et après la récolte, nous doutons qu^ pût réaliser un bénéfice convenable.
fabrAItion.
Le tabac est offert à la consommation sous quatre formes : tabac à priser, à mâcher et à fumer, dans la pipe ou en cigares. De là quatre branches principales de fabrication qu'on va passer rapidement en revue.
Dans les manufactures de l'État, on rencontre d'abord un atelier dit de préparation générale chargé : l» d'épcyularder, c'est-àdire de séparer les feuilles fortement pressées dans les balles et les boucauts ; 2** de trier ^ c'est-à-dire de répartir les matières premières entre les diverses fabrications selon les convenances; 3» de mouiller^ opération nécessaire dans tous les cas, soit que le tabac doive fermenter, soit qu'il ne doive subir que des manipulations, auxquelles il ne resterait pas s'il n'était assoupli par rhumectation ; 4o enfin à'écâUr, ou enlever une portion de la côte qui ne saurait être admise dans les tabacs à fumer.
Tabac à priser. — On choisit pour cette fabrication des feuilles corsées comme celles de Virginie, de Kentucky , du Lot, du Nord, etc. Après les avoir mouillées à 18 pour 100 d'eau salée à 12'' B., on les hache en lanières d'un centimètre de large, au moyen de machines assez semblables aux hache-paiUes, puis on en forme des masses carrées pesant 40,000 à 50,000 kilogr., de 4 mètres de large sur 6 de long et 3 mètres 50 cent, de haut. La fermentation s'y déclare bientôt. La température s'élève en certains endroits jusqu'à 75o-80*, limites qu'elle ne doit point franchir.
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