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TRAVAIL DES CUIRS FORTS

Dans le travail des cuirs forts, on se propose d'obtenir des cuirs aussi forts que possible avec les peaux de bœuf. Ces cuirs sont destinés en général aux semelles des chaussures. Ce <iui constitue donc leur qualité, c'est leur compacité jointe à la souplesse. Il faut que ce cuir soit serré, flexible et peu absorbant.

Voici le mode de travail suivi pour atteindre ce résultat : Le cuir fort ne se prépare guère aujourd'hui que par la méthode dite de Liège ou à la jmée. Elle tire son nom de la jusée ou jus de tan aigre qu'on emploie pour opérer le dépilage et le gonflement du cuir. C'est du pays de Liège que les tanneurs français l'ont apprise.

Les peaux de bœuf, arrivant de l'abattoir, doivent être débarrassées de toutes les parties inutiles qui s'y trouvent adhérentes, telles que les cornes, les sabots, la graisse ; puis on les met dans une eau claire, afin dé les laver et de les dessaigner. On les rince au bout de 24 heures; elles sont prêtes alors à entrer en travail.

Les peaux sèches qui arrivent de l'étranger, de Buenos-Ayres, par exemple, doivent, avant toute autre opération, être mises en trempe pour être ramenées à un état aussi rapproché que possible des peaux fraîches ou vertes, quant à la souplesse et au gonflement.

Les peaux salées doivent également être mises en trempe, afin de les débarrasser de tout le sel qu'elles contiennent et qui nuirait à l'opération du tannage. Le ramollissage de ces peaux se fait plus vite que celui des peaux sèches, puisque le sel leur a con-

serve leur souplesse. Cette opération se fait dans de l'eau ayant déjà servi à la trempe des peaux d'une opération précédente. Cette eau, en effet, déjà chargée de principes animaux, agit plus vite et plus efficacement que Teau claire. (Dans les tanneries de Paris, situées sur la rivière de Bièvre, on met les peaux tremper dans cette rivière, en les attachant avec des cordes. Le ramollissage s'y produit très-vite, parce que les égouts de toutes les tanneries et autres établissements apportent à la Bièvre une grande quantité de matières en décomposition.)

On achève le ramoUissage en donnant un coup de fer ou cramU nage. Cette opération a pour but de faire disparaître les plis dans les peaux sèches et de briser le nerf de la peau, afin de lui donner plus de souplesse et de permettre à Teau de mieux la pénétrer.

Lorsque les peaux ont reçu ces préparations préliminaires qui ne constituent pas, à proprement parler, le travail de la tannerie, elles sont en état d'être soumises aux opérations préparatoires qui les disposent à l'action du tannin. Ces opérations préparatoires sont le dépUage ou débourrage et le gonflement.

Le dépilage ou débourrage peut s'obtenir de différentes manières qui ont toujours pour but de produire une altération dans Tépiderme, de telle sorte que le poil puisse s'arracher de la peau. Ces diverses manières d'y arriver sont : le débourrage à réchauffe naturelle, à Tétuve et à la jusée.

Dans le débourrage à Y échauffe naturelle ^ employé surtout pour les peaux fraîches, on se contente de mettre en pile les peaux pliées et d'attendre qu'un commencement de fermentation s'établisse. On doit avoir soin de visiter souvent la pile, afin de saisir le moment convenable et ne pas attendre que le poil tombe trop facilement. Le poil doit crier en s'arrachant. Si l'échauffé n'était pas arrêtée à temps, c'est-à-dire si la fermentation continuait trop longtemps, la peau se trouverait altérée et le cuir qui en résulterait aurait perdu de son poids et de sa qualité. On a abandonné complètement le procédé d'échauffé, qui consistait à envelopper les peaux avec du fumier. L'échauffé se produisait bien, mais il n'était pas aussi facile de visiter et de cou* naître à quel point la fermentation était établie.

On pratique encore le débourrage au moyen d'une étuve chauffée avec de la tannée, les peaux étant placées sur des pièces de bois transversales. Ce procédé a été amélioré par l'introduction du dèbourrage à la vapeur, faite par M. Delbut de Saint-Germain , en 1838. La vapeur est amenée sous un faux plancher et elle pé-

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