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TRATAIL DES CUIRS FORTS. TAN

cuir sur la couche de tan, en ayant soin de placer le cuir en tournant autour de la fosse, de manière que les têtes se trouvent Tune à côté de Tautre. On continue ainsi en tournant dans le même sens, jusqu'à ce que la fosse soit pleine à environ 50 centimètres du bord supérieur. On met alors, sur la dernière couche de tan neuf, une quantité de tannée sufllsante pour remplir la fosse. On foule la tannée et on lat;harge avec des planches. Il faut alors abreuver la fosse.

J'ai dit qu'on se servait de tan humecté. En effet, on arrose le tan au moment de s'en servir et on le mêle avec une pelle ou un crochet en fer étamé. On évite par là la poussière qui s'élèverait dans la fosse et qui gênerait beaucoup les ouvriers. C'est là, du reste, le seul avantage de cette méthode. On a prétendu aussi que le tan humecté se divisait mieux que le tan sec et qu'il jetait plus vite son feu.

On doit avoir soin également, en couchant, de répandre une couche plus forte sur les parties fortes et épaisses dû cuir que sur les parties faibles.

La fosse doit être abreuvée exactement, afin que l'eau, qui est Intermédiaire nécessaire à la réaction, soit répandue dans toute la fosse en quantité suffisante. On fait cet abreuvement en versant Teau ou le jus de tan sur des toiles étendues sur la fosse jusqu'à ce que toute la masse soit complètement imbibée. Quelquefois on est obligé d'ajouter de Teau le lendemain, parce que Feau n'ayant pas d'abord pénétré dans toute l'épaisseur de la fosse, s'y est ensuite infiltrée peu à peu. La fosse semblait abreuvée et ne l'était pas.

On facilite cette opération en plaçant sur le côté de la fosse une gouttière dans laquelle on fait couler un filet d'eau ou de jus à mesure que Ton couche les cuirs; de cette façon, la fosse se trouve abreuvée quand elle est remplie.

Cette méthode permet également de voir à chaque instant si la fosse conserve bien l'eau et n'a pas de fuite, au moyen de la gouttière qui reste dans la fosse. Quand on n'emploie pas ce second moyen, on doit sonder la fosse de temps en temps, afin de s'assurer de son état et de la présence de l'eau.

On donne aux cuirs forts trois fosses^ c'est-à-dire qu'on couche les cuirs trois fois, comme nous venons de le détailler. La première poudre (tan) se donne sur la fleur; elle doit être fine et le contact dure deux à trois mois ; la seconde se donne sur chair, plus grosse que la première poudre, et l'opération dure trois à

quatre mois. On pourrait la faire durer plus longtemps sans inconvénients. Enfin la troisième écorce ou poudre se donne sur fleur. On emploie de la grosse écorce et Ton prolonge le contact pendant quatre à cinq mois, ce qui fait en totalité, pour le cuir, neuf mois à un an de fosse.

A chaque addition de poudre, quand on relève les cuirs, on doit avoir soin de faire tomber la tannée adhérente au cuir. Ceci a pour but de mettre la surface du cuir en contact direct avec le tan neuf et de le débarrasser de la tannée usée qui ne produirait aucun effet et nuirait à Faction du tan neuf.

J'ai dit que la durée du contact de chaque poudre allait en augmentant ; la raison en est bien simple : lorsque la peau est mise en refaisage, elle n'a pas encore subi l'action du tannin, elle est gonflée et disposée à le recevoir promptement. Elle Tabsorbe donc, la réaction a lieu promptement; aussi, est-il inutile de laisser les cuirs plus longtemps en refaisage. Sous l'action de la première poudre, le cuir a déjà été un peu tanné, il a déjà moins d'avidité pour le tannin ; aussi, le laisse-t-on plus longtemps qu'en refaisage. Sous l'action de la deuxième poudre, on retourne le cuir sur chair, afin que Faction du tan ait lieu sur cette partie comme elle a eu lieu sur la fleur lors de l'emploi de la première poudre. Elle dure plus longtemps que celle-ci, à cause du tannage plus avancé, et même ce tannage peut être presque complètement terminé dans cette poudre.

La troisième poudre rencontre un cuir presque tanné. La quantité de matière à tanner devient donc très-faible. Mais, dans cette poudre, le cuir gagne en poids, le tannin se logeant dans l'épaisseur du cuir et achevant de tanner les moindres fibres; la fleur n'offre plus alors une ligne blanche sur la coupe du cuir, elle diminue d'épaisseur à mesure que le cuir se tanne davantage ; il y a plus d'homogénéité dans toute Tépaisseur du cuir, qui gagne par là de la souplesse tout en augmentant de compacité. Il prend donc de la qualité, et plus le séjour en fosse est prolongé, du moins jusqu'à ime certaine limite, plus le cuir gagne en poids et en qualité.

L'augmentation de poids a une grande importance, puisque c'est au poids que se vendent les cuirs de cette espèce, et il n'arrive que trop que cette augmentation de poids, due au tannage, est remplacée, dans les cuirs mal tannés, par une quanUté d'eau restant dans le cuir et qui n'a pas été enlevée par une évaporation assez prolongée.

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