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TRAVAIL DBS CUIRS FORTS. TAN

Les cuirs doivent être séchés lorsqu'ils sont levés de la troisième fosse. Cependant, il y a quelques tanneurs qui soumettent à l'action d*une quatrième poudre ; mais ce n^est que dans les cas où les cuirs n'auraient pas acquis le degré de qualité voulue, par suite de mauvaises façons dans les opérations précédentes.

Le séchage des cuirs se fait à air libre, dans des séchoirs garnis de Persiennes à lames mobiles. On évite que le soleil frappe sur les cuirs; le séchage à lombre laisse le cuir d'une couleur plus égale et plus blanche. On à soin, lorsque les cuirs sont encore en moiteur, de les abattre sur le plancher du séchoir et de les dresser^ soit en marchant dessus avec des sabots, soit en les frappant avec des maillets de bois. On achève de les sécher ensuite, soit en les plaçant sur des cordes, soit en les pendant à des clous par la tête. Quelques cuirs doivent être battus, lorsqu'ils sont trop mous, avec des maillets de bois, sur une table de bois ou de pierre. On leur donne ainsi plus de fermeté et de consistance.

On met ensuite les cuirs en pile et on les charge. Au bout de quelques jours, ou les retourne et on les étend pour enlever l'humidité qui s'y trouve encore. On conserve ainsi les cuirs quelque temps avant de les vendre pour qu'ils soient bien secs, restent plats et unis et qu'ils ne se tourmentent plus.

Dans les petites tanneries, où il ne se trouve pas à la fois assez de cuirs au même degré d'avancement, pour remplir en totalité une fosse, il arrive qu'on est obhgé de coucher des cuirs amenés à différentes phases dans la même fosse. On a soin de placer alors au fond de la fosse ceux qui sont le plus avancés, et à la partie supérieure ceux qui le sont moins. En effet, au fond de la fosse, l'eau entraîne toujours une plus grande quantité de tannin, et si les cuirs sont déjà assez avancés, il faut bien qu'ils rencontrent une plus grande richesse en principe tannant pour que la réac^ tion continue régulièrement.

Cette même raison fait que lorsqu'on change les cuirs d'une fosse à l'autre, il faut mettre au fond de la fosse ceux qui étaient à la partie supérieure de la fosse précédente, afin d'obtenir plus de régularité dans le tannage.

De même encore, si dans une tannerie on a des écorces de richesses différentes en tannin, il faudra, pour agir avec méthode, employer d'abord l'écorce la moins riche lorsque lapeau absorbera avec avidité tout le-principe actif qu'on lui présentera, en réserservant l'écorce la plus riche, l'écorce de meilleure qualité pour la mettre en contact avec le cuir déjà presque tanné. Le principe

de la tannerie, en effet, est de présenter au cuir, à mesure qu'il avance en travail, des jus renfermant de plus en plus de tannin, afin de nourrir de plus en plus le cuir, sans jamais laisser la réaction tomber et s'amoindrir.

MOLLETERIE, CUIRS A OEUVRE.

Le but qu'on se propose dans cette fabrication n'est plus d'obtenir des cuirs serrés, compactes et conservant toute leur force, mais bien d'avoir des cuirs susceptibles, par le travail du corroyeur, de donner des cuirs souples, devant servir aux usages divers de la sellerie, la carrosserie, la cordonnerie, etc.

Nous avons ici plusieurs subdivisions à établir, comprenant les peaux de vaches, celles de veaux, celles de chevaux, et enfin celles de chèvres et moutons.

Tannage des peaux de vaches, —On emploie dans ce travail les peaux de vaches et de petits bœufs. La peau de vache est plus fine, moins spongieuse que celle des bœufs ; cependant, avec de jeunes bœufs, on obtient de bons résultats.

On travaille ces sortes de peaux au moyen des plains à la chaux. Les peaux doivent recevoir les mêmes préparations préliminaires que celles destinées à faire des cuirs forts, c'est-à-dire qu'on doit les laver, les débarrasser des parties inutiles, et, si elles sont sèches ou salées, les mettre tremper pour les faire revenir complètement. Il en est, du reste, de même pour toutes les peaux; nous supposerons donc toujours que ce travail est fait avant toute autre chose.

Dans des cuves de bois enfoncées en terre, ou mieux dans des bassins de maçonnerie de brique et ciment romain, on verse un lait de chaux éteinte dans lequel on jette les peaux. C'est là ce qui constitue un plain. On donne aux peaux fraîches cinq à six jours en trois plains et pour les peaux sèches dix à douze jours. Void commenj; on opère : Dans un plain mort, ou ayant déjà servi, on jette les peaux, puis on les relève le lendemain pour les mettre en retraite, c'est-à-dire égoutter. Pendant ce temps et avant de remettre les peaux, on agite les plains avec un morceau de bois nommé bouloir, puis on rabat les peaux. Le lendemain, on lève les peaux pour les rabattre après Tégouttage dans le plain suivant qui a déjà servi à ime opération précédente, et qui, par conséquent, n'est pas encore neuf, mais a plus de force que le plain mort. On passe de même de ce plain au plain suivant qui

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est le plain neuf. On a soin de relever, mettre en retraite et rabattre tons les jours.

Quand les peaux sont en état d'être ébourrées, on procède à cette façon comme pour les gros cuirs. 11 faut environ dix à douze jours en hiver et cinq à six en été, pour arriver à ce résultat.

Les peaux ébourrées reçoivent la façon suivante, qui est Tëcharnage. Dans cette opération, on enlève les chairs restant adhérentes à la peau, on baisse les parties fortes telles que la tête, et on coupe les parties inutiles, les extrémités des pattes, les mamelles, le museau, si toutefois la peau doit être vendue à la pièce et non au poids. Les débris ainsi coupés deviennent matières premières pour la fabrication de la gélatine et de la colle.

Les peaux, après cet écharnage, sont mises à tremper dans ime eau claire, afin de faire sortir la chaux qu'elles pourraient contenir dans leur épaisseur. On facilite cette sortie de la chaux par des recoulages, c'est-à-dire qu'on étend la peau sur le chevalet et qu'on la presse avec le couteau rond. On répète cette opération sur chair et sur fleur.

Les peaux de vaches destinées à faire des cuirs à semelles ne reçoivent que deux façons, mais il en faut davantage pour celles qui doivent servir à la fabrication des cuirs mous, attendu que la douceur est la qualité essentielle de ces produits, et que la chaux qui y serait laissée donnerait de la dureté. On doit donc achever le travail de rivière, jusqu'à ce que Teau de recoulage sorte de la peau claire et sans teinte laiteuse de chaux.

Les peaux passent alors dans la série des opérations qui constituent réellement le tannage. Dans Topération suivante, le coudrementy elles vont se trouver en contact pour la première fois avec le tannin ; aussi doit-on produire une réaction très-faible si Ton veut obtenir de bons résultats, puis aller en augmentant graduellement, de manière à amener la peau à l'état de cuir bien tanné.

Les vaches sont coudrées de cette manière : on a une cuve de jus faible ayant déjà servi, dans lequel on jette les peaux en y ajoutant un peu de tan neuf. On les y laisse douze heures, puis on les relève et on les met en retraite. On agit ainsi, afin que la peau ne forme pas de plis et prenne une couleur égale. On laisse les peaux pendant deux jours dans ces cuves, en les lavant et les rabattant chaque jour. Pendant que les peaux sont en retraite, on ajoute un peu d'écorce dans la cuve, de manière à augmenter graduellement la force du jus.

Les peaux, ayant reçu cette première action du tannage, sont mises en refaisage. A cet efifet, on forme au fond d'une cuve ou d'une fosse une couche de tan sur laquelle on étend une peau entière, puis on garnit toute sa surface d'une couche de tan neuf. On place par-dessus une nouvelle peau qu'on recouvre égaleront de tan et ainsi de suite, de façon que la dernière peau soit recouverle de tan. On abreuve la fosse avec l'eau de coud rement qui, ayant déjà servi, n'a presque plus de force. Ce refaisage sert de première poudre pour les vaches, et, au sortir du refaisage^ elles n'ont plus besoin que d'être couchées eu fosse deux fois. Le refaisage dure un mois; la première fosse^ deux mois et la deuxième cinq à six semaines.

Le couchage eu fosse des peaux de vaches se fait de la même manière que pour les cuirs forts. Il en est de même pour les usages de ces sortes de cuirs.

Tannage des peaux de veaux.— La nature de ces peaux étant trèsdélicate et très-sujette aux altérations, elles demandent beaucoup plus de soin dans le travail. Comme les autres peaux, elles doivent être lavées et dessaignées, si elles sont vertes; ramollies et craminées, si elles sont sèches, dessalées enfin, si elles ont été conservées par le sel.

Amenées à un état convenable, elles passent par les plains, qui sont en plus grand nombre que pour les peaux de vaches, de manière à graduer davantage la force de ces plains, depuis le plain mort, qui doit être très-faible pour ne pas saisir la peau, jusqu'au plaiu neuf, qui achève le gonflement et permet le débourrage.

On débourre les veaux à la quœurce et jamais au couteau, la fleur des veaux étant très-fine et ne devant pas être altérée.

Après l'ébourrage, les peaux reçoivent la façon suivante, qui est Técharnage, puis on baisse les parties plus fortes, telles que la tête, c'est-à-dire qu avec une faux ou couteau très-tranchant, on coupe sur l'épaisseur de la peau, par tranches, de manière à réduire les parties fortes à l'épaisseur moyenne ou à peu près du reste de la peau. On enlève également les parties inutiles, le museau, les extrémités des pattes, la queue, et ces parties enlevées deviennent matière première pour la fabrication de la gélatine.

Après ces opérations vient le contre-écharnage, puis les façons de fleur et de chair qui doivent être données avec beaucoup de soin ; enfin le recoulage, façon dans laquelle Teau qui sort de la peau doit être claire et propre comme preuve que toutes les

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peaux sont bien débarrassées de la chaux qu'elles avaient prises dans les plains.

Les peaux de veaux qui doivent avoir le plus de souplesse possible exigent un travail supplémentaire, qui est le foulage. Après les façons de rivière, quatre hommes, munis d'un pilon en bois dur, frappent sur les peaux placées dans un baquet avec très-peu d'eau. On rompt ainsi le nerf de la peau, ce qui lui donne de la douceur et de la souplesse.

On procède ensuite au coudrement. Pour cela, on jette les peaux dans des cuves contenant des jus faibles, de manière qu^elles baignent complètement sans être foulées. On doit agiter constamment, afin d'éviter que les peaux, se touchant, ne se collent entre elles ou ne forment des plis, ce qui empêcherait les parties collées de recevoir Taclion du tannin et nuirait au résultat cherché. En effet, l'opération du coudrement a surtout pour but de préparer également Faction des jus plus forts qui viendront réagir sur la peau dans les cuves suivantes, ce qui se reconnaît à une couleur bien uniforme que prend la peau dans le coudrement.

L'agitation est entretenue dans les cuves de coudrement de plusieurs manières. Voici le procédé le plus ancien et qui donne de très-bons résultats. Quatre hommes prennent chacun une pelle en bois et se placent autour de la cuve à égale distance Tun de Tautre, puis ils manœuvrent la pelle dans la cuve en poussant Teau tous quatre dans le même sens. Au bout d'un quart d'heure, on change de sens et on tourne pendant un quart d'heure. On agit ainsi pendant quatre heures, en laissant quelque repos après le changement de main et ajoutant un peu de tan.

Le lendemain du coudrement, les peaux sont levées sur barres et mises à égoutter. On ajoute de Fécorce neuve au jus et on rabat. On agit ainsi pendant huit à dix jours, après quoi on les met en seconde cuve, c'est-à-dire qu'on retire la vieille écorce usée de la cuve et qu'on renouvelle le jus avec du jus neuf plus fort. On rabat les peaux en mettant chaque fois un peu de tan neuf. La seconde cuve dure, comme la première, huit à dix jours, pendant lesquels on lève et on rabat chaque jour.

On donne une troisième, quelquefois une quatrième cuve, puis ^es peaux sont mises en refaisage. Cette opération se fait de cette manière : dans du jus de tan neuf, dont la cuve est à moitié remplie, on ajoute du tan sec qui reste à la surface, puis on jette les peaux étendues sur ce tan. Un ouvrier enfonce les peaux dai^ le

jus en les pressant au moyen d'une perche. Les peaux ainsi submergées entraînent avec elles une partie du tan, et, lorsqu'il n'en reste plus à la surface, on a soin d'en ajouter. Le tan employé pour le refaisage doit être assez fin.

Dans les refaisages, les peaux rencontrent une plus grande quantité de tannin ; aussi les petites peaux sont-elles généralement tannées en sortant du refaisage qui dure un mois. Mais elles n'ont pas le corps et la fermeté nécessaires à leur qualité, ce qu'elles acquerront en fosses.

Les peaux de veaux sortant des refaisages sont débarrassées par un rinçage de la tannée qui reste adhérente, puis couchées en fosses. On doit avoir soin de plier les peaux de veaux en deux sur la longueur, afin de ne pas altérer la fleur. Gomme ces peaux sont minces et faciles à pénétrer, elles se tannent aussi bien doubles que simples, et la fleur en a plus de finesse et de blancheur.

L'opération du couchage en fosses se fait de la même manière que pour les autres cuirs déjà indiqués. On donne aux peaux de veaux légers une seule fosse; quand on a des peaux de veaux plus lourdes, on passe en deux fosses dans chacune desquelles le contact est prolongé six semaines à deux mois.

Au bout du temps convenable, on lève les peaux pour les mettre sécher, puis on en fait des douzaines, ce genre de produits se vendant de cette manière.

La dessiccation des peaux de veaux demande à être soignée, pour que le produit fabriqué ait tout le coup d'oeil dont il est susceptible. Les peaux déjà essorées sont mises en pile les unes sur les autres, afin de perdre tous leurs plis et de rester bien plates et unies ; puis on achève de les sécher et on les met ensuite en douzaines.

Tannage des peaux de chevaux. — Comme la culée du cheval est très-épaisse, on peut couper la peau transversalement, de manière à séparer la culée, qui est travaillée en cuir fort, de la partie antérieure de la peau, qui est travaillée pour molleterie.

Le planage des peaux ne dure guère que trois jours en été, dans trois plains, puis on laisse trenlper les peaux sortant de ces plains pendant deux ou trois jours. Cette trempe facilite beaucoup le débourrage et peut être employée avec succès poiu* toute espèce de peau.

On travaille ensuite les peaux de cheval comme les peaux de veau dans quatre passements successifs, variant de 6» à 20« au pèse-tannin et d'une durée de dix à quinze jours chacun. Pendant

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